mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201209 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LABETOULE ANGÉLIQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mai 2022, M. B A et Mme D A, représentés par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Dumont, Bortolotti, Combes, Junguenet et Associés, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015, 2016 et 2017, et des pénalités correspondantes ;
2°) de les faire bénéficier du sursis de paiement, en application des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en requalifiant le contrat de travail qui liait Mme C et la société GECT et en le considérant inopposable, l'administration fiscale a implicitement invoqué l'abus de droit, sans mettre en œuvre la procédure de répression des abus de droit prévue par les dispositions de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, et sans faire bénéficier les contribuables des garanties prévues aux articles R. 64-1 et R. 64-2 du même livre, de sorte qu'elle a commis une erreur substantielle au sens des dispositions de l'article L. 80 CA du même livre, entraînant la nullité de la procédure d'imposition ;
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée, s'agissant de la remise en cause de la réduction d'impôt pour souscription au capital d'une petite entreprise, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales et de la documentation administrative référencée BOI-CF-IOR-10-40 du 12 septembre 2012, dès lors qu'elle ne mentionne pas les motifs pour lesquels l'administration estime que la société GECT n'aurait pas eu deux salariés à la clôture des exercices concernés ;
- contrairement à ce qu'indique l'administration fiscale, Mme C était effectivement titulaire d'un contrat de travail au sein de la société GECT à la clôture de l'exercice clos en 2018, caractérisant un lien de subordination, et ses rémunérations ont été payées par voie d'inscription au crédit d'un compte courant d'associé, de sorte que cette société disposait bien de deux salariés à cette date et que les conditions d'application de la réduction d'impôt pour souscription au capital d'une petite entreprise étaient remplies, s'agissant des versements effectués par M. A au titre de l'année 2017 ;
- ils sont fondés à se prévaloir des paragraphes n° 140 à 160 de la documentation administrative référencée BOI-IR-RICI-90-10-20-40, dans leur version du 10 avril 2015, selon lesquels la notion de salariés doit être entendue au sens du code du travail, et du paragraphe n° 10 de celle référencée BOI-RSA-BASE-20-10, dans sa version du 12 septembre 2012, selon lequel les sommes mises à la disposition du contribuable au cours de l'année d'imposition par voie d'inscription au crédit d'un compte courant d'associé sont imposables ;
- en vertu du paragraphe n° 50 de la documentation administrative référencée BOI-PAT-ISF-40-30-10-10, dans sa version du 6 juillet 2016, les versements effectués au titre des souscriptions réalisées lors d'augmentations de capital d'une société dont le redevable est associé ou actionnaire sont éligibles à la réduction d'impôt lorsqu'ils constituent un investissement de suivi ;
- ils étaient fondés à déduire, au titre des charges, une somme de 9 600 euros, correspondant au remboursement du montant annuel dû, en vertu de l'engagement de caution souscrit par M. A en 2005, en qualité de dirigeant de la société Harmony du Bureau, dès lors que cet engagement de caution n'était pas supérieur au triple de la rémunération annuelle qu'il pouvait raisonnablement escompter à la date de la signature de l'engagement, eu égard au montant de 69 407 euros, correspondant au montant des salaires moyens perçus par les dirigeants de petites et moyennes entreprises en 2005, et que les rémunérations perçues par M. A au cours de l'année 2005 étaient limitées du fait des pensions d'invalidité perçues par l'intéressé ;
- le paragraphe n° 160 de la documentation administrative référencée BOI-RSA-BASE-30-50-30-40 admet qu'il soit tenu compte, pour apprécier la proportion entre l'engagement souscrit et les rémunérations perçues, de l'évolution de celles-ci que le dirigeant pouvait raisonnablement espérer au moment où il a pris l'engagement de caution concerné ;
- les intérêts et les pénalités devons faire l'objet d'une décharge, dès lors qu'ils ne sont que les accessoires des droits, qui devront eux-mêmes faire l'objet d'une décharge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 5 octobre 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 21 novembre 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2022 par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A et Mme D C on fait l'objet d'un contrôle sur pièces en matière d'impôt sur le revenu au titre des années 2015, 2016 et 2017, à l'issue duquel l'administration fiscale leur a proposé divers rehaussements par deux propositions de rectification, en dates des 20 décembre 2018 et 20 août 2019. À l'issue de la procédure de rectification contradictoire, les impositions supplémentaires restant en litige ont été mises en recouvrement le 31 octobre 2019, pour des montants de 14 903 euros en droits et pénalités, s'agissant de l'année 2015, 12 350 euros, s'agissant de l'année 2016, et 3 440 euros, s'agissant de l'année 2017. Par une décision explicite du 14 mars 2022, l'administration fiscale a rejeté la réclamation contentieuse préalable du 3 août 2021 des époux A. Par leur requête, M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015, 2016 et 2017.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. / En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. ". Aux termes de l'article R. 64-1 du même livre : " La décision de mettre en œuvre les dispositions prévues à l'article L. 64 est prise par un agent ayant au moins le grade d'inspecteur divisionnaire qui vise à cet effet la notification de la proposition de rectification. ". Aux termes de l'article R. 64-2 de ce livre : " Lorsque l'administration se prévaut des dispositions de l'article L. 64, le contribuable dispose d'un délai de trente jours à compter de la réception de la réponse de l'administration à ses observations pour demander que le litige soit soumis à l'avis du comité consultatif de l'abus de droit fiscal. ".
3. Il résulte de l'instruction que le rehaussement tiré de la remise en cause du bénéfice de la réduction d'impôt pour souscription au capital de petites et moyennes entreprises était initialement fondé, dans la proposition de rectification du 20 août 2019, sur le 2° du I de l'article 199 terdecies-0 A du code général des impôts et sur le motif de droit tiré de ce que la société à responsabilité limitée Gérer Entreprendre Comprendre Transmettre (SARL GECT) ne disposait pas d'au moins deux salariés à la clôture de l'exercice qui suit la souscription ayant ouvert droit à la réduction d'impôt. Il résulte également de l'instruction que l'administration fiscale a entendu substituer, dans la décision prise sur la réclamation préalable des époux A, à ce fondement légal le 1° du I de l'article 199 terdecies-0 A du code général des impôts, et à ce motif de droit celui tiré de ce que l'investissement ne pouvait être considéré comme un investissement de suivi au sens des dispositions de l'article 885-0 V bis du même code.
4. D'une part, la rectification initiale se fondait exclusivement sur le motif de droit qui vient d'être énoncé et sur les motifs de fait tirés de ce que la SARL GECT avait elle-même déclaré un seul salarié dans sa liasse fiscale déposée au titre de l'exercice clos en 2018 et dans sa déclaration sociale nominative déposée le 26 février 2019. Cette rectification ne se fondait ni sur le caractère fictif de la relation de travail entre cette société et Mme C ni sur celui du contrat de travail de l'intéressée, dont il n'est pas sérieusement contesté que l'administration n'en a eu connaissance qu'à l'occasion du recours hiérarchique du 29 juin 2020. D'autre part et en tout état de cause, il résulte de ce qui vient d'être dit au point 3 du présent jugement que l'administration, qui continue de se prévaloir, dans son mémoire en défense, de la base légale et qu'elle a substituée dans la décision du 14 mars 2022, prise sur recours contentieux des contribuables, et d'un nouveau motif de droit, ne soutient plus, implicitement ou explicitement, que la SARL GECT ne disposait pas d'au moins deux salariés à la clôture de l'exercice suivant la souscription en litige. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'administration fiscale aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 64, R. 64-1 et R. 64-2 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. ", et aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. ".
6. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon utile. En outre, le caractère suffisant de la motivation d'une proposition de rectification doit être apprécié distinctement par chef de redressement.
7. Eu égard à la portée du moyen soulevé, les requérants doivent être regardés comme se bornant à soutenir que la seule proposition de rectification du 20 août 2019 est insuffisamment motivée, s'agissant de la seule remise en cause de la réduction d'impôt pour souscription au capital de petites et moyennes entreprises, au titre de l'année 2017. Il résulte toutefois des termes mêmes de cette proposition de rectification qu'elle mentionne l'impôt sur le revenu, l'année 2017, le montant de la souscription, les bases déclarées et retenues avant et après rectification, pour le calcul de la réduction d'impôt, le montant de la réduction d'impôt remise en cause, les dispositions pertinentes de l'article 199 terdecies-0 A, le motif de droit du rehaussement, tiré de ce que la société au bénéfice de laquelle est réalisée la souscription doit disposer d'au moins deux salariés à la clôture de l'exercice qui suit cette souscription, et les motifs de fait tirés de ce que la SARL GECT a elle-même déclaré ne disposer que d'un seul salarié, tant dans la liasse fiscale déposée le 30 juillet 2019 que dans la déclaration sociale nominative déposée le 26 février 2019. L'administration fiscale a déduit de ces éléments, dans cette même proposition de rectification, que la société ne respectant pas l'une des conditions mises au bénéfice de la réduction d'impôt, M. et Mme A ne pouvaient se prévaloir d'une réduction d'impôt, s'agissant de l'année 2017, au titre de la souscription au capital de petites et moyennes entreprises. Dès lors, la proposition de rectification était suffisamment motivée, s'agissant de ce chef de redressement et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, s'agissant de ce chef de rehaussement, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.
8. En troisième lieu, les requérants ne sont pas fondés à invoquer, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les termes de la documentation administrative référencée BOI-CF-IOR-10-40, qui est relative à la procédure d'imposition et ne peut être regardée comme comportant une interprétation d'un texte fiscal au sens de ces dispositions.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
9. En premier lieu, eu égard à la substitution de base légale et de motifs de droit dont s'est prévalue l'administration fiscale, à l'occasion de la décision du 14 mars 2022, prise sur la réclamation contentieuse préalable des contribuables, qui n'entend plus, devant le juge de l'impôt, fonder le rehaussement litigieux en matière de réduction d'impôt pour souscription au capital de petites et moyennes entreprises sur la circonstance tirée de ce que la SARL GECT n'aurait pas disposé d'au moins deux salariés à la clôture de l'exercice suivant celui de la souscription au capital de cette société, le moyen tiré de ce que Mme C était effectivement titulaire d'un contrat de travail au sein de la société GECT à la clôture de l'exercice clos en 2018 et, en tout état de cause, le moyen tiré du bénéfice des paragraphes n° 140 à 160 de la documentation administrative référencée BOI-IR-RICI-90-10-20-40, dans leur version du 10 avril 2015, selon lesquels la notion de salariés doit être entendue au sens du code du travail, et du paragraphe n° 10 de celle référencée BOI-RSA-BASE-20-10, dans sa version du 12 septembre 2012, selon lequel les sommes mises à la disposition du contribuable au cours de l'année d'imposition par voie d'inscription au crédit d'un compte courant d'associé sont imposables, sont inopérants et ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
10. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article 199 terdecies-0 A du code général des impôts : " 1° Les contribuables domiciliés fiscalement en France peuvent bénéficier d'une réduction de leur impôt sur le revenu égale à 18 % des versements effectués au titre de souscriptions en numéraire réalisées dans les mêmes conditions que celles prévues aux 1 et 2 du I de l'article 885-0 V bis. ". Aux termes du 1 du I de l'article 885-0 V bis du même code : " Le redevable peut imputer sur l'impôt de solidarité sur la fortune 50 % des versements effectués au titre : / 1° Des souscriptions en numéraire : / a) Au capital initial de sociétés ; / b) Aux augmentations de capital de sociétés dont il n'est ni associé ni actionnaire ; / c) Aux augmentations de capital d'une société dont il est associé ou actionnaire lorsque ces souscriptions constituent un investissement de suivi, y compris après la période de sept ans mentionnée au troisième alinéa du d du 1 bis du présent I, réalisé dans les conditions cumulatives suivantes : / - le redevable a bénéficié, au titre de son premier investissement au capital de la société bénéficiaire des versements, de l'avantage fiscal prévu au premier alinéa du présent 1 ; / - de possibles investissements de suivi étaient prévus dans le plan d'entreprise de la société bénéficiaire des versements ; / - la société bénéficiaire de l'investissement de suivi n'est pas devenue liée à une autre entreprise dans les conditions prévues au c du 6 de l'article 21 du règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité ; () ".
11. Pour refuser aux contribuables la réduction d'impôt en litige au titre de l'année 2017, l'administration fiscale s'est fondée, dans la décision du 14 mars 2022, statuant sur la réclamation contentieuse préalable des époux A, sur la circonstance selon laquelle l'investissement réalisé en 2017 ne constituait pas un investissement de suivi au sens des dispositions précitées, dès lors que le premier investissement de M. A, en 2014, n'ouvrait lui-même pas droit à la réduction d'impôt en litige, dans la mesure où cette société avait été créée, à la date de cet investissement, depuis plus de cinq ans. Les requérants soutiennent dans leur requête que le premier investissement réalisé doit s'apprécier au niveau du foyer fiscal et qu'il s'agit d'un investissement réalisé en 2011 par Mme C, pour lequel les contribuables ont bénéficié, d'une réduction d'impôt de même nature. L'administration fiscale soutient désormais, dans son mémoire en défense, que le premier investissement réalisé au capital de la SARL GECT par les époux A, à prendre en considération pour apprécier le caractère d'investissement de suivi est effectivement celui réalisé en 2011 par Mme C, mais que cet investissement n'était pas éligible à l'avantage fiscal prévu par les dispositions alors applicables de l'article 199 terdecies-0 A du code général des impôts, dès lors que la société ne comptait pas au moins deux salariés à la clôture de l'exercice qui suivait la souscription ayant ouvert droit à la réduction.
12. Il résulte toutefois de l'instruction que, comme le soutient elle-même l'administration fiscale, M. et Mme A ont effectivement bénéficié, au titre de leur investissement au capital de la SARL GECT, de l'avantage fiscal prévu au 1° du 1 de l'article 199 terdecies-0 A du code général des impôts, quand bien même cet avantage fiscal n'aurait pas dû leur être consenti, de sorte que l'administration fiscale n'était pas fondée à leur refuser, pour ce seul motif, la réduction d'impôt en litige au titre de l'année 2017. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen soulevé sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale, M. et Mme A sont fondés à demander la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à leur charge, à raison de la prise en compte de la réduction d'impôt prévue par les dispositions de l'article 199 terdecies-0 A et à raison d'un investissement d'un montant en base de 80 000 euros, sous réserve de l'application des dispositions relatives au plafonnement global des avantages fiscaux, et dans la limite du quantum du litige au titre de l'année 2017, rappelé au point 1 du présent jugement.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article 13 du code général des impôts, dans sa version applicable aux années en litige : " 1. Le bénéfice ou revenu imposable est constitué par l'excédent du produit brut, y compris la valeur des profits et avantages en nature, sur les dépenses effectuées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu. / 2. Le revenu global net annuel servant de base à l'impôt sur le revenu est déterminé en totalisant les bénéfices ou revenus nets visés aux I à VII bis et au 1 du VII ter de la 1re sous-section de la présente section ainsi que les plus-values et créances mentionnées à l'article 167 bis, compte tenu, le cas échéant, du montant des déficits visés aux I et I bis de l'article 156, des charges énumérées au II dudit article et de l'abattement prévu à l'article 157 bis. / 3. Le bénéfice ou revenu net de chacune des catégories de revenus visées au 2 est déterminé distinctement suivant les règles propres à chacune d'elles. / Le résultat d'ensemble de chaque catégorie de revenus est obtenu en totalisant, s'il y a lieu, le bénéfice ou revenu afférent à chacune des entreprises, exploitations ou professions ressortissant à cette catégorie et déterminé dans les conditions prévues pour cette dernière. () ". Aux termes de l'article 83 du même code : " Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du montant brut des sommes payées et des avantages en argent ou en nature accordés : / () 3° Les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi lorsqu'ils ne sont pas couverts par des allocations spéciales. () ". Le I de l'article 156 du même code, dans sa version applicable, prévoit que le " déficit constaté pour une année dans une catégorie de revenus " est déduit du revenu global du contribuable et que, dans le cas où ce revenu " n'est pas suffisant pour que l'imputation soit intégralement opérée, l'excédent du déficit est reporté successivement sur le revenu global des années suivantes jusqu'à la sixième année inclusivement ".
14. En vertu de ces dispositions, les sommes qu'un salarié qui, s'étant rendu caution d'une obligation souscrite par la société dont il est le dirigeant de droit ou de fait, a dû payer au créancier de cette dernière, sont déductibles de son revenu imposable de l'année au cours de laquelle le paiement a été effectué, à condition que son engagement comme caution se rattache directement à sa qualité de dirigeant, qu'il ait été pris en vue de servir les intérêts de l'entreprise et qu'il n'ait pas été hors de proportion avec les rémunérations allouées à l'intéressé ou qu'il pouvait escompter au moment où il l'a contracté. Si cette dernière condition n'est pas remplie, les sommes payées ne sont déductibles que dans la mesure où elles n'excèdent pas, en l'espèce, le triple du montant des rémunérations perçues pendant l'année au cours de laquelle l'engagement a été souscrit.
15. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A, en qualité de dirigeant de la société Harmony du Bureau, a souscrit un engagement de caution au profit de la Société générale le 20 juillet 2005 d'un montant de 585 000 euros, et que la libération de la caution a été confirmée par le tribunal de commerce de Sens par un jugement du 2 septembre 2008 pour un montant de 308 587,38 euros. Il résulte également de l'instruction que l'administration fiscale a considéré, au stade de la réponse aux observations du contribuable, que cette caution avait été consentie en vue de la conservation, tant du revenu de M. A, que de celui de Mme C, salariée de la société, de sorte que l'administration a considéré que les sommes payées étaient déductibles dans la mesure où elles n'excédaient pas le triple de la somme des rémunérations des conjoints au cours de l'année 2005, soit la somme totale de 216 102 euros. L'administration a alors considéré qu'était déductible chaque année une somme égale à la somme effectivement remboursée, affectée d'un coefficient égal au rapport entre cette somme de 216 102 euros et le montant appelé au titre de la libération de la caution. L'administration a ainsi remis en cause la déductibilité d'une somme de 2 877 euros, pour chacune des années 2015, 2016 et 2017 et a corrélativement considéré que la déduction de la somme de 6 723 euros était exclusive de la déduction de 10 % pour frais.
16. Pour contester ce chef de rehaussement, les époux A se bornent à soutenir, d'une part, que M. A pouvait raisonnablement escompter une rémunération égale aux salaires moyens perçus par les dirigeants de petites et moyennes entreprises en 2005 et d'autre part, que les rémunérations qu'il a perçues au cours de l'année 2005 étaient limitées du fait des pensions d'invalidité perçues, et qu'il aurait perdu le bénéfice de sa pension d'invalidité s'il avait perçu une rémunération supérieure de la société Harmony du Bureau. Toutefois, alors que les requérants ne produisent pas même la source de la statistique dont ils se prévalent relative à la moyenne de rémunération des dirigeants de petites et moyennes entreprises, ils ne sont pas fondés à soutenir que M. A pouvait espérer une telle rémunération qui est sans rapport avec les situations respectives de la société Harmony du Bureau et de l'intéressé, alors en outre qu'au surplus M. A travaillait à temps partiel. Par ailleurs, alors que les requérants n'établissent devant le juge de l'impôt ni l'existence de la pension d'invalidité dont ils se prévalent, ni son montant, ni les conditions d'attribution et de maintien dont ils semblent faire état, leur argumentation sur ce point est dépourvue des précisions permettant d'en apprécier la portée. Pour l'ensemble de ces motifs, et alors qu'il n'est contesté ni que l'engagement comme caution pris par M. A se rattachait directement à sa qualité de dirigeant, ni qu'il a été pris en vue de servir les intérêts de l'entreprise, les requérants ne démontrent pas, par les seuls arguments qu'ils font valoir, que les sommes payées au titre de l'engagement de caution auraient été déductibles dans une proportion supérieure à celle admise par l'administration fiscale. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.
17. En quatrième lieu, le paragraphe n° 160 de la documentation administrative référencée BOI-RSA-BASE-30-50-30-40 ne donne pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application dans le présent jugement. Par suite, M. et Mme A ne sont pas fondés à s'en prévaloir sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne les pénalités :
18. Le moyen tiré de la décharge des pénalités par voie de conséquence de la décharge des droits, doit être accueilli, en tant qu'il est relatif aux droits dont le présent jugement prononce la décharge et doit être écarté pour le surplus, dès lors qu'il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge du surplus des droits restant en litige.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A sont seulement fondés à demander la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à leur charge, à raison de la prise en compte de la réduction d'impôt prévue par les dispositions de l'article 199 terdecies-0 A à hauteur d'un investissement d'un montant en base de 80 000 euros, au titre de la seule année 2017, sous réserve de l'application des dispositions relatives au plafonnement global des avantages fiscaux, et des pénalités correspondantes, dans la limite du quantum en litige d'un montant de 3 440 euros en droits et pénalités. Le surplus de leurs conclusions à fin de décharge doit être rejeté.
Sur les conclusions à fin de sursis de paiement :
20. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire. Les conclusions tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent ainsi privées d'objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. et Mme A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. et Mme A à fin de sursis de paiement.
Article 2 : M. et Mme A sont déchargés de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017, à raison de la prise en compte de la réduction d'impôt prévue par les dispositions de l'article 199 terdecies-0 A à hauteur d'un investissement d'un montant en base de 80 000 euros, sous réserve de l'application des dispositions relatives au plafonnement global des avantages fiscaux, et des pénalités correspondantes, dans la limite du quantum en litige, d'un montant de 3 440 euros en droits et pénalités, au titre de l'année 2017.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme D C et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026