mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201249 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET DE STEFANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mai 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Immobilière 'PSEUDO'Thierry Desserey'/PSEUDO', représentée par Me de Stefano, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration a procédé à une vérification de comptabilité, en se bornant à demander la communication de documents et sans jamais intervenir sur place, privant la contribuable de tout débat oral et contradictoire ; elle n'a jamais été informée de la fin des opérations de contrôle et l'administration n'a jamais répondu au courriel du 5 décembre 2018 ; le service a refusé d'entrer en contact avec son conseil, en violation des droits de la défense ;
- les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement, avant que la contribuable ait pu bénéficier du recours hiérarchique, dûment sollicité ; le dégrèvement du 20 mai 2019 n'a jamais été régulièrement porté à la connaissance du contribuable avant le 14 octobre 2019 ;
- l'administration fiscale a manqué à son obligation de loyauté, le 23 mai 2019, en prenant l'attache téléphonique de son conseil, pour lui recommander de ne pas retirer le courrier contenant la mise en demeure du 15 mai 2019, tout en lui laissant croire qu'il s'agissait d'un document relatif à une autre procédure de rectification relative aux années 2012, 2013 et 2014 ; elle a, ce faisant, tenté de réparer la violation d'une garantie par le recours au mensonge ;
- l'avis de dégrèvement, en date du 15 mai 2019, est argué de faux ;
- la charge de la preuve incombe à l'administration, en l'absence de saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- contrairement à ce que soutient l'administration, elle exerce une activité de nature commerciale et non de nature civile, dès lors qu'elle a donné à bail cinq locaux équipés et meublés, comme l'établissent les baux commerciaux de location en meublé et les factures d'acquisition des meubles meublants, de sorte qu'elle est fondée à revendiquer le régime d'exonération de l'article 44 sexies du code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 6 juillet 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 5 septembre 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2022 par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Immobilière Thierry Desserey, qui exerce une activité de location de locaux commerciaux, a fait l'objet d'un examen de comptabilité, portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, à l'issue duquel l'administration fiscale lui a notifié des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés par une proposition de rectification, en date du 7 décembre 2018, au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017. Malgré les observations du contribuable, l'administration a maintenu l'intégralité des rehaussements et les impositions en résultant ont été mises en recouvrement le 31 juillet 2019 pour un montant de 44 005 euros en droits et pénalités. Par une décision explicite du 14 mars 2022, l'administration fiscale a rejeté la réclamation contentieuse du 23 décembre 2021 de la société. Par sa requête, l'EURL Immobilière Thierry Desserey demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, et des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 13 G du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, les agents de l'administration peuvent, lorsque des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables tiennent leur comptabilité au moyen de systèmes informatisés, examiner cette comptabilité sans se rendre sur place. ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 47 du même livre : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. ".
3. Il résulte de l'instruction que l'EURL Immobilière Thierry Desserey a fait l'objet, non d'une vérification de comptabilité, mais d'un examen de comptabilité du 17 septembre au 30 novembre 2018, dont elle a été informée par un avis d'examen de comptabilité, en date du 4 septembre 2018, qu'elle produit elle-même à l'instance et qui mentionne notamment la faculté de se faire assister par un conseil de son choix et le fait que des échanges pourront avoir lieu sous forme de courriel, par téléphone ou, à la demande du contribuable, dans le cadre d'entretiens dans les locaux du service. Alors que l'examen de comptabilité litigieux a duré près de deux mois et demi, il résulte des termes, non contestés sur ce point, de la proposition de rectification du 7 décembre 2018 et de la lettre recommandée du 16 octobre 2018, adressée par le vérificateur au contribuable, que des entretiens téléphoniques ont eu lieu les 17 septembre, 2 octobre et 14 novembre 2018 entre le vérificateur et le contribuable, que le vérificateur a adressé au représentant légal de la société des courriels les 17 et 28 septembre, 4 et 16 octobre et 14 et 27 novembre 2018, que ce vérificateur a également adressé des lettres recommandées avec avis de réception à la société requérante les 9 et 16 octobre 2018.
4. L'EURL Immobilière Thierry Desserey soutient qu'elle n'a jamais été informée de la clôture des opérations de contrôle, qu'elle n'a jamais reçu de message téléphonique en ce sens le 30 novembre 2018, que l'administration n'a jamais pris contact avec son conseil, malgré son courriel en ce sens du 5 décembre 2018, et enfin que le service aurait exigé un mandat de représentation de la société par son avocat. Cependant, alors que la société requérante n'a jamais transmis, au cours de l'examen de comptabilité, les documents, autres que les fichiers des écritures comptables, sollicités par le vérificateur, malgré au moins deux demandes en ce sens, qu'elle a manifesté une absence de diligences au cours des deux premiers mois de l'examen de comptabilité, que, pour toute réponse concrète, cette société a indiqué que les conditions d'exploitation demeuraient inchangées pour la période en litige, par rapport à celles de la période précédemment vérifiée, que ce vérificateur a invité cette société à solliciter rapidement son conseil, lorsque son représentant en a manifesté le souhait, le 14 novembre 2018, sans que ce conseil ne se manifeste avant l'issue de la procédure de contrôle, il résulte au contraire de l'instruction que, par un courriel du 27 novembre 2018, le vérificateur a invité le contribuable à le recontacter avant le 29 novembre 2018 " afin de clôturer cet examen de comptabilité ", et que, par suite, en l'absence de réponse de sa part dans ce délai, circonstance qui n'est pas contestée par le contribuable, celui-ci ne pouvait que s'attendre à ce que l'examen de comptabilité soit considéré comme terminé par le service à cette date. En outre, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas du courriel du vérificateur du 14 novembre 2018, produit par le contribuable lui-même, que cet agent aurait exigé un mandat de représentation de l'avocat du contribuable. Enfin, alors qu'il était loisible au conseil de la requérante, qui ne soutient ni n'allègue avoir effectué de telles diligences, d'entrer en contact avec le vérificateur, avant ou après la fin de l'examen de comptabilité, le courriel du 5 décembre 2018, par lequel la société requérante a invité ce vérificateur à s'adresser à son conseil est, en tout état de cause, postérieur à la clôture de l'examen de comptabilité. Dans ces conditions, la société requérante n'est fondée à soutenir ni qu'elle aurait été privée d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur ni que celui-ci aurait méconnu le principe des droits de la défense.
5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration. ". Dans le paragraphe intitulé " En cas de désaccord avec le vérificateur " de sa partie relative aux conclusions du contrôle, la charte des droits et obligations du contribuable vérifié prévoit, dans sa version applicable à la procédure en litige, que : " Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les rectifications envisagées, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal. ".
6. Les dispositions précitées assurent au contribuable qui en fait la demande la garantie substantielle de pouvoir obtenir, avant la clôture de la procédure de rectification, un débat avec le supérieur hiérarchique du vérificateur dans les conditions qu'elles précisent. La mise en œuvre de cette garantie doit être demandée par le contribuable avant la décision d'imposition, c'est-à-dire la date de mise en recouvrement d'une imposition supplémentaire résultant des opérations de contrôle entrant dans le champ de la charte des droits et obligations du contribuable vérifié.
7. D'autre part, aucune disposition du code général des impôts ne fait obstacle à ce que l'administration, après avoir reconnu l'irrégularité de la procédure de rectification suivie, à la suite notamment d'une réclamation contentieuse du contribuable, reprenne cette procédure dans le délai de reprise imparti par l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, afin de parvenir à la fixation des impositions dans des conditions régulières. Cette faculté ne lui est cependant ouverte qu'autant qu'elle a expressément constaté l'irrégularité de la première procédure en notifiant le dégrèvement des impositions précédentes et informé le contribuable de la persistance de son intention de l'imposer préalablement à la reprise de la procédure d'imposition. L'absence d'une telle notification du dégrèvement des impositions précédentes demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'imposition s'il est établi que, n'ayant privé le contribuable d'aucune garantie, elle n'a pas pu avoir d'influence sur la décision de redressement.
8. D'une part, il est constant que, par une lettre en date du 24 avril 2019, reçue par le service le 26 avril suivant, le conseil de la société a adressé à l'administration fiscale une demande de recours hiérarchique. Il résulte de l'instruction qu'un avis de mise en recouvrement des impositions supplémentaires, en date du 30 avril 2019, puis une mise en demeure de payer, en date du 15 mai 2019, ont néanmoins été envoyées au contribuable, que, parallèlement, les échanges entre le vérificateur et le conseil du contribuable par courriel ont abouti à fixer la date du recours hiérarchique au 3 juin 2019, et que le contribuable, constatant que les impositions supplémentaires avaient déjà été mises en recouvrement, a renoncé le jour même, 3 juin 2019, au recours hiérarchique. Il résulte encore de l'instruction que, le lendemain, 4 juin 2019, par une lettre qui a nécessairement été notifiée au contribuable, qui en a accusé réception, au plus tard le 20 juin 2019, le vérificateur a informé le contribuable que la demande de recours hiérarchique avait été reçue concomitamment à l'émission de l'avis de mise en recouvrement, qu'un dégrèvement d'office avait été prononcé en conséquence, en date du 20 mai 2019, afin de pouvoir donner une suite favorable à la demande de recours hiérarchique, et que plusieurs dates postérieures au 20 juin 2019 lui ont été proposées à cette fin. D'une part, par cette proposition, l'administration ne peut qu'être regardée, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme ayant informé la contribuable de son intention de l'imposer préalablement à la reprise de la procédure de rectification au stade du recours hiérarchique. D'autre part, si, comme le soutient la société requérante, l'administration n'établit pas avoir expressément notifié la décision de dégrèvement au contribuable avant le 14 octobre 2019, il résulte néanmoins de l'instruction que la lettre du 4 juin 2019 du vérificateur l'informait sans équivoque de l'existence de ce dégrèvement et qu'était joint à cette lettre un bordereau de situation fiscale mentionnant expressément, en date du 20 mai 2019, une " décharge administrative " de l'intégralité des droits en litige et la " remise " de l'intégralité des pénalités afférentes. Eu égard d'une part à ce qui vient d'être dit au point 7 du présent jugement, et d'autre part, à la nature et à l'étendue des informations ainsi communiquées au contribuable, l'absence de notification expresse de la décision de dégrèvement n'a privé le contribuable d'aucune garantie.
9. D'autre part, comme cela vient d'être dit, le vérificateur, par sa lettre du 4 juin 2019, a proposé deux nouvelles dates pour l'exercice du recours hiérarchique, postérieures à la date à laquelle cette lettre a été nécessairement notifiée. Par lettre, en date du 20 juin 2019, le conseil de la société a décliné ces propositions, considérant " inopérante " la " nouvelle proposition de recours hiérarchique ". Néanmoins, l'administration fiscale, eu égard aux nouvelles propositions de recours hiérarchique qu'elle a formulées, a pu, sans méconnaître les dispositions rappelées au point 5 du présent jugement, de nouveau mettre en recouvrement le 31 juillet 2019 les impositions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'absence de bénéfice du recours hiérarchique doit être écarté.
10. En troisième lieu, la société requérante soutient que l'administration fiscale aurait manqué de loyauté, en prenant attache, par un appel téléphonique, le 23 mai 2019, avec son conseil pour lui demander de ne pas retirer la lettre recommandée qui lui aurait été adressée. La société soutient encore qu'alors que cette lettre contenait une mise en demeure de payer les impositions litigieuses, faisant suite à la première mise en recouvrement du 30 avril 2019, l'administration aurait indiqué à son conseil que ladite lettre était en rapport avec une procédure fiscale antérieure et aurait, ce faisant, sciemment recouru au mensonge pour tenter de dissimuler l'irrégularité de procédure tenant à la mise en recouvrement prématurée des impositions. Toutefois, d'une part, eu égard à ce qui vient d'être dit aux points précédents du présent jugement, la contribuable n'a été privée d'aucune garantie du fait de la mise en recouvrement prématurée des impositions, compte tenu du dégrèvement intervenu et de la reprise de la procédure de rectification avant la nouvelle mise en recouvrement des impositions litigieuses. D'autre part, l'existence de l'appel téléphonique dont se prévaut l'EURL Immobilière Thierry Desserey, et qui constitue le seul élément factuel sur lequel cette dernière fonde le moyen soulevé, n'est établi par aucune pièce du dossier et ne résulte pas davantage de l'instruction. Par suite, le moyen tiré du manque de loyauté de l'administration fiscale ne peut, dans les circonstances de l'espèce, et en tout état de cause, qu'être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 633-1 du code de justice administrative : " Dans le cas d'une demande en inscription de faux contre une pièce produite, la juridiction fixe le délai dans lequel la partie qui l'a produite sera tenue de déclarer si elle entend s'en servir. / Si la partie déclare qu'elle n'entend pas se servir de la pièce, ou ne fait pas de déclaration, la pièce est rejetée. Si la partie déclare qu'elle entend se servir de la pièce, la juridiction peut soit surseoir à statuer sur l'instance principale jusqu'après le jugement du faux rendu par le tribunal compétent, soit statuer au fond, si elle reconnaît que la décision ne dépend pas de la pièce arguée de faux. ".
12. Ces dispositions ne sont pas applicables lorsque la pièce arguée de faux est un acte ou un document administratif dont aucune disposition législative expresse ne prévoit que les mentions de cet acte font foi jusqu'à inscription de faux. Il appartient au seul juge administratif, au cas où il entendrait fonder sa décision sur un tel acte ou document administratif argué de faux, de se prononcer sur l'exactitude des indications qu'il comporte.
13. L'EURL Immobilière Thierry Desserey argue de faux la décision de dégrèvement, en date du 15 mai 2019, qu'elle produit en pièce n° 18 jointe à sa requête introductive. Cette décision constitue un document administratif dont aucune disposition législative expresse ne prévoit que ses mentions font foi jusqu'à inscription de faux. Dès lors, il appartient au tribunal d'apprécier l'exactitude de ses mentions, sans mettre en œuvre la procédure prévue par les dispositions de l'article R. 633-1 du code de justice administrative.
14. En l'espèce, la société requérante doit être regardée comme soutenant que cette décision de dégrèvement constitue un faux, qui aurait été fabriqué par l'administration, d'une part au soutien d'une demande de non-lieu à statuer dans une précédente instance, et d'autre part pour couvrir a posteriori l'irrégularité dont serait entachée la procédure de rectification ayant donné lieu à la mise en recouvrement des impositions litigieuses. Elle soutient encore que le caractère de faux de cette décision serait révélé par la discordance entre la date du 15 mai 2019 dont elle est revêtue et celle du 20 mai 2019 mentionnée sur le bordereau de situation fiscale qui lui a été adressé le 4 juin 2019. Alors que la date du 15 mai 2019 correspond à celle à laquelle le dégrèvement a été édicté par son auteur et que celle du 20 mai 2019 correspond à celle à laquelle le comptable a imputé ce dégrèvement sur la dette fiscale de la contribuable, et à supposer même que la mention de cette date ait fait l'objet d'une erreur de plume sur l'un des deux documents, cette erreur est sans incidence sur l'issue du litige, dès lors que l'existence de ce dégrèvement est nécessairement établie, tant par la lettre du 4 juin 2019 du vérificateur adressée à la société requérante, que par le bordereau de situation fiscale qui l'accompagnait. Par suite, le moyen soulevé ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
S'agissant de la charge de la preuve :
15. Contrairement à ce que soutient la société requérante et nonobstant l'absence de saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
S'agissant de l'exonération d'impôt sur les sociétés au titre de l'article 44 sexies :
16. Aux termes du I de l'article 44 sexies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Les entreprises soumises de plein droit ou sur option à un régime réel d'imposition de leurs résultats et qui exercent une activité industrielle, commerciale ou artisanale au sens de l'article 34 sont exonérées d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices réalisés, à l'exclusion des plus-values constatées lors de la réévaluation des éléments d'actif, jusqu'au terme du vingt-troisième mois suivant celui de leur création et déclarés selon les modalités prévues à l'article 53 A. () Toutefois, les entreprises qui se sont créées à compter du 1er janvier 2004 jusqu'au 31 décembre 2010 dans les zones de revitalisation rurale mentionnées à l'article 1465 A, et à la condition que le siège social ainsi que l'ensemble de l'activité et des moyens d'exploitation soient implantés dans ces zones, sont exonérées d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices réalisés, à l'exclusion des plus-values constatées lors de la réévaluation des éléments d'actif, jusqu'au terme du cinquante-neuvième mois suivant celui de leur création et déclarés selon les modalités prévues à l'article 53 A. Ces bénéfices sont soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés à hauteur de 40 %, 60 % ou 80 % de leur montant selon qu'ils sont réalisés respectivement au cours des cinq premières, des sixième et septième ou des huitième et neuvième périodes de douze mois suivant cette période d'exonération. () / Ces dispositions ne s'appliquent pas aux entreprises qui exercent une activité bancaire, financière, d'assurances, de gestion ou de location d'immeubles sauf dans les cas prévus au premier alinéa, ni aux entreprises exerçant une activité de pêche maritime créées à compter du 1er janvier 1997. () ".
17. Aux termes de l'article 35 du code général des impôts : " I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / () 5° Personnes qui donnent en location un établissement commercial ou industriel muni du mobilier ou du matériel nécessaire à son exploitation, que la location comprenne, ou non, tout ou partie des éléments incorporels du fonds de commerce ou d'industrie ; () ".
18. Il résulte des dispositions précitées, éclairées par les travaux préparatoires de l'article 14 de la loi du 23 décembre 1988 dont elles sont issues, que le législateur a entendu réserver le régime prévu par l'article 44 sexies du code général des impôts aux entreprises nouvelles dont l'activité est de nature industrielle, commerciale ou artisanale, et, sous certaines conditions, à celles exerçant une activité professionnelle au sens du 1 de l'article 92 de ce code, à l'exception, toutefois, de celles qui exercent une activité bancaire, financière, d'assurances, de gestion ou de location d'immeubles, et en exclure les entreprises nouvelles dont les bénéfices proviennent, en tout ou partie, d'activités d'une autre nature, du moins lorsque ces activités n'ont pas un caractère accessoire et ne constituent pas le complément indissociable d'une activité exonérée.
19. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'EURL Immobilière Thierry Desserey a pour activité la location de cinq locaux commerciaux situés dans la galerie commerciale d'un supermarché à Vénarey-les-Laumes. S'il résulte de l'instruction que, pour trois de ces locaux, ceux loués en vue d'y exercer une activité commerciale, initialement sous les enseignes Z, Scottage et Celio, la société requérante peut être regardée comme établissant donner en location un établissement commercial muni du mobilier et du matériel nécessaires à son exploitation au sens des dispositions précitées du 5° de l'article 35 du code général des impôts, elle n'établit pas, contrairement à ce qu'elle soutient, cette même circonstance pour les deux autres cellules commerciales en litige. Ainsi, d'une part, les factures d'achat d'équipements, de mobilier, de matériel et d'aménagement des locaux ne mentionnent que trois d'entre eux et d'autre part, la promesse de bail commercial relative au magasin d'optique mentionne une location nue " brut(e) de béton ", activité expressément exclue du bénéfice des dispositions de l'article 44 sexies du code général des impôts. L'attestation du président de la société exploitant ce magasin, qui a été établie pour les besoins de la cause, postérieurement à l'engagement de la première procédure de contrôle ayant porté sur cette exonération par l'administration, et qui est dépourvue de toute pièce comptable susceptible de la confirmer, ne saurait, en l'espèce, revêtir de caractère probant. Alors qu'il n'est ni soutenu ni allégué que l'activité de location nue pourrait revêtir un caractère accessoire et constituer le complément indissociable d'une activité exonérée et alors que de telles circonstances ne résultent pas davantage de l'instruction, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé, au motif de l'exercice d'une activité expressément exclue du champ de l'article 44 sexies du code général des impôts, le bénéfice de l'exonération qu'il prévoit, au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017.
20. Il résulte de tout ce qui précède que l'EURL Immobilière Thierry Desserey n'est fondée à demander la décharge ni des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, ni des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que l'EURL Immobilière Thierry Desserey demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL Immobilière Thierry Desserey est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Immobilière Thierry Desserey et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026