vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201770 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SANDO WANG-YOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, Mme F G, agissant en sa qualité de représentante légale du jeune C H B, et M. A B et Mme G, agissant en leur nom propre, représentés par Me Sando, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier (CH) d'Auxerre à leur verser globalement une somme de 2 337 750 euros, assortie des intérêts au taux légal, au titre des préjudices subis par le jeune C B et de leurs propres préjudices ;
2°) de mettre à la charge du CH d'Auxerre les dépens de l'instance et le versement d'une somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 et du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- le CH d'Auxerre a commis une faute dans la prise en charge médicale du jeune C le 5 janvier 2021 ;
- la faute commise par le CH d'Auxerre est à l'origine de préjudices subis par le jeune C B, évalués à 2 317 750 euros et de préjudices propres globalement évalués à 20 000 euros.
Par un mémoire, enregistré le 6 septembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or conclut qu'elle n'a pas de créance à faire valoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le CH d'Auxerre, représenté par la SCP du Parc, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la demande de condamnation présentée à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant de sa condamnation.
Le CH d'Auxerre soutient :
- à titre principal, que la faute commise, le 5 janvier 2021, dans l'établissement du diagnostic de la pathologie du jeune C B n'est pas à l'origine de l'orchidectomie gauche subie par l'intéressé le 10 janvier 2021 et que sa responsabilité n'est dès lors pas engagée ;
- à titre subsidiaire, que la faute commise, le 5 janvier 2021, dans l'établissement du diagnostic de la pathologie du jeune C est seulement à l'origine des souffrances et d'un préjudice esthétique temporaire qui ont été endurés par le jeune C B entre le 5 et le 10 janvier 2021 et qui peuvent globalement être évalués à 1 000 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bois,
- les conclusions de M. D,
- et les observations de Me Sando, représentant les requérants et de Me Cordin, subsittuant Me Dandon, représentant le CH d'Auxerre.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une douleur et d'une inflammation du testicule gauche, le jeune C B, alors âgé de 11 ans, s'est rendu aux urgences pédiatriques du CH d'Auxerre le soir du 5 janvier 2021 où lui a été prescrit un antibiotique pour une durée de quinze jours. Face à la persistance de ses douleurs et à la tuméfaction du testicule, l'intéressé s'est de nouveau rendu aux urgences le 9 janvier 2021. Il a ensuite été hospitalisé dans le service d'urologie où il a subi, le 10 janvier 2021, une orchidectomie gauche. Estimant que leur fils avait été victime d'une erreur médicale, Mme G et M. B, ses parents, ont demandé l'organisation d'une expertise judiciaire. Par une ordonnance n° 2100236 du 9 mars 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon a diligenté l'expertise sollicitée et a désigné un expert qui a remis son rapport le 2 mars 2022. La demande indemnitaire présentée par les intéressés le 2 mai 2022 a été implicitement rejetée par le CH d'Auxerre. Les requérants demandent la condamnation du CH d'Auxerre à réparer les différents préjudices subis par leur fils et par eux-mêmes.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne la responsabilité du CH d'Auxerre :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de vives douleurs survenues au plus tard dans la nuit du 4 au 5 janvier 2021 à une heure du matin au niveau de l'aine et au niveau de la verge puis d'une inflammation de son testicule gauche apparue l'après-midi du 5 janvier 2021, le jeune C B a fait l'objet, le même jour à 22h51, d'une première prise en charge aux urgences pédiatriques du CH d'Auxerre à l'issue de laquelle l'urologue lui a prescrit un antibiotique pour une durée de quinze jours, le médecin ayant diagnostiqué une orchi-épididymite. Face à la persistance des douleurs supportées au niveau du testicule gauche et en présence d'une tuméfaction, l'intéressé a de nouveau été pris en charge par les urgences pédiatriques le 9 janvier 2021 et une torsion du cordon spermatique gauche a alors été diagnostiquée par un second urologue. Le jeune C B a ensuite été pris en charge par le service d'urologie pour y subir une orchidectomie gauche le 10 janvier 2021.
4. L'expert souligne, de manière non contestée, que l'orchidectomie gauche du jeune C B résulte exclusivement d'une nécrose du testicule par une ischémie provenant d'une torsion du cordon spermatique gauche. Il résulte également de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expert, que la prise en charge médicale de l'intéressé lors de sa première venue aux urgences pédiatriques le 5 janvier 2021 n'a pas été conforme aux règles de l'art dès lors que le bon diagnostic, qui étant pourtant aisé à poser, aurait dû être évoqué prioritairement en urgence et faire l'objet d'une opération immédiate avec une intervention exploratrice du testicule gauche. Dans ces conditions, le CH d'Auxerre a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la perte de chance :
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Comme l'expert l'indique, une torsion du cordon spermatique doit faire l'objet d'une intervention chirurgicale en urgence au plus tard six heures après l'apparition des premières douleurs qui peuvent apparaître au niveau du testicule mais aussi au niveau abdominal et être intermittentes ou continues. Au-delà de ce délai, compte tenu de la nécrose du testicule, l'orchidectomie est inévitable. Or, il résulte de l'instruction, ainsi que l'indiquent d'ailleurs eux-mêmes les requérants dans leurs écritures, que le jeune C a ressenti une très vive douleur au niveau de l'aine et au niveau de la verge au plus tard dans la nuit du 4 au 5 janvier 2021 à une heure du matin. Cette douleur, qui a nécessité un contrôle des testicules par le père du jeune homme, doit être regardée, en l'absence d'autres éléments de nature médicale apportés par les requérants, comme le commencement d'une torsion du cordon spermatique, même si elle a pu être soulagée temporairement par un analgésique. Dans ces conditions, en se rendant aux urgences pédiatriques du CH d'Auxerre, au plus tôt le 5 janvier 2021 à 20 heures, soit dix-neuf heures après le début des douleurs, l'orchidectomie gauche du jeune C était inévitable, indépendamment de sa prise en charge par le service hospitalier. Par suite, la faute médicale identifiée au point 4 ne peut pas être regardée comme étant directement à l'origine d'une perte de chance réelle et sérieuse pour le jeune C B d'éviter une orchidectomie gauche.
7. Toutefois, il résulte de l'instruction que la faute commise par le CH d'Auxerre identifiée au point 4 a été exclusivement à l'origine de la persistance de douleurs et de l'inflammation du testicule gauche ressenties par le jeune C B entre les 5 et 10 janvier 2021, date de son orchidectomie gauche.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
S'agissant des préjudices de C B :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, la perte de gains professionnels futurs, le préjudice d'agrément, le préjudice esthétique permanent, le préjudice d'établissement et le déficit fonctionnel permanent allégués par les requérants, qui proviennent exclusivement de l'orchidectomie gauche subie par l'intéressé le 10 janvier 2021, ne sont pas imputables à la faute commise par le CH d'Auxerre identifiée au point 4. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à demander la réparation de ces chefs de préjudice.
9. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par le jeune C entre le 5 janvier 2021 et le 10 janvier 2021 en évaluant ce chef de préjudice à une somme de 1 000 euros.
10. En dernier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire subi entre les 5 et 10 janvier 2021 et résultant de l'inflammation du testicule gauche du jeune C, évalué à 0,5/7 par l'expert, en l'évaluant à une somme de 500 euros.
S'agissant des préjudices propres de Mme G et de M. B :
11. Mme G et M. B, qui ne font pas valoir un préjudice d'affection particulier, n'établissent pas avoir subi un préjudice moral exceptionnel résultant de la faute commise par le CH d'Auxerre identifiée au point 4. Dès lors, ce chef de préjudice doit être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 2 à 11 que les préjudices subis par le jeune C B dont le centre hospitalier d'Auxerre doit assurer la réparation s'élèvent à 1 500 euros.
En ce qui concerne les intérêts :
13. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
14. Mme G, en sa qualité de représentante légale de son fils mineur C B, a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme de 1 500 euros à compter du 2 mai 2022, date à laquelle sa demande indemnitaire a été reçue par le centre hospitalier.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G, en sa qualité de représentante légale de son fils mineur C B, est seulement fondée à demander la condamnation du CH d'Auxerre à lui verser une somme de 1 500 euros assortie des intérêts au taux égal à compter du 2 mai 2022.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
16. Compte tenu de l'ensemble de ce qui a été dit ci-dessus, il y a lieu de mettre définitivement les frais d'expertise, qui ont été taxés et liquidés à la somme de 2 277,44 euros par une ordonnance n° 2100236 du 4 mars 2022 du président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Dijon, à la charge du CH d'Auxerre.
En ce qui concerne les frais exposés par les parties et non compris dans les dépens :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH d'Auxerre une somme de 1 200 euros à verser à Mme G, en sa qualité de représentante légale de M. C B, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier d'Auxerre est condamné à verser à Mme G, en sa qualité de représentante légale de M. C B, une somme de 1 500 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 mai 2022.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 277,44 euros, sont définitivement mis à la charge du centre hospitalier d'Auxerre.
Article 3 : Le centre hospitalier d'Auxerre versera à Mme G, en sa qualité de représentante légale de M. C B, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G et M. A B, au centre hospitalier d'Auxerre et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
C. BoisLe président,
L. BoissyLa greffière,
M. E
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026