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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201810

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201810

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201810
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. B, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Côte-d'Or a refusé de faire droit à sa demande de prime d'activité ;

2°) d'enjoindre à la CAF de la Côte-d'Or de lui octroyer la prime d'activité dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, dans les mêmes conditions de délai de d'astreinte, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et méconnait les dispositions de l'article L. 842-2 du code de la sécurité sociale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

La CAF de la Côte-d'Or soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Desseix, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement avisées du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Desseix a lu son rapport et entendu les observations de Me Mifsud, représentant M. A, qui s'en rapporte à sa requête et sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes du premier alinéa l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. La présente requête ne présentant pas les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 1, il n'y a pas lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à la prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

5. M. A a déposé une demande de prime d'activité auprès de la CAF de la Côte-d'Or le 19 janvier 2022. Par une décision du 24 février 2022, la CAF de la Côte-d'Or a rejeté cette demande, en se fondant sur la circonstance qu'à la date de sa demande, l'intéressé ne justifiait pas d'une résidence régulière d'au moins cinq années en France sous couvert d'un titre de séjour l'autorisant à travailler. Par un courrier du 7 mars 2022, M. A a formé un recours administratif à l'encontre de cette décision. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. M. A demande l'annulation de cette décision implicite.

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

7. M. A soutient que la décision implicite de rejet serait entachée d'un défaut de motivation. Cependant il n'établit ni même n'allègue avoir demandé la communication des motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Aux termes de l'article L. 842-2 du même code : " Le droit à la prime d'activité est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : / 1° Etre âgé de plus de dix-huit ans ; / 2° Être français ou titulaire depuis au moins cinq ans d'un titre de séjour autorisant à travailler. () ".

9. Il résulte de ces dispositions que la prime d'activité a notamment pour objet de favoriser l'insertion professionnelle et que le législateur a estimé que la stabilité de la présence sur le territoire national, dans une situation l'autorisant à occuper un emploi, du demandeur de cette prestation était de nature à contribuer à cet objectif. Il a ainsi subordonné le bénéfice de la prime d'activité pour les étrangers, sous réserve de certaines exceptions, à une condition de détention d'un titre de séjour autorisant à travailler depuis au moins cinq ans à la date de la demande. Si cette période doit être continue, le respect de cette condition ne saurait toutefois être affecté en principe par une interruption correspondant à la durée nécessaire à l'examen d'une demande de renouvellement ou d'obtention d'un nouveau titre de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement sur le territoire le 21 septembre 2016 muni d'un visa long-séjour en qualité d'étudiant, et que, depuis lors, des récépissés et titres de séjour lui ont été délivrés de façon quasiment ininterrompue à l'exception de trois périodes. Il est vrai, d'une part, que concernant la période du 1er janvier 2019 au 21 janvier 2019, celle-ci fait suite à la durée de validité d'un récépissé dont l'échéance a précédé de trois semaines la délivrance de son titre de séjour et doit être considérée comme la durée nécessaire à l'examen de la demande de renouvellement du titre de séjour, et que, d'autre part, concernant la période du 28 avril 2020 au 30 juin 2020, si la durée du récépissé de l'intéressé était effectivement arrivée à son terme le 27 avril 2020, compte-tenu de la crise sanitaire, celle-ci a été automatiquement prolongée pour une durée de trois mois par ordonnance. Toutefois, s'agissant de la période du 22 septembre 2018 au 5 novembre 2018 durant laquelle M. A n'était titulaire d'aucun récépissé ni titre de séjour, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le requérant, que celui-ci n'a déposé sa demande de renouvellement que le 29 octobre 2018 soit plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour. Ainsi, cette période ne saurait être regardée comme la durée nécessaire à l'examen de la demande de renouvellement du titre de séjour. Par suite, M. A ne peut se prévaloir d'une résidence régulière d'au moins cinq années en France sous couvert d'un titre de séjour ne l'autorisant à travailler qu'à compter du 5 novembre 2018. Dans ces conditions, la directrice de la CAF de la Côte-d'Or a pu légalement refuser, à la date de la décision attaquée, d'accorder à l'intéressé le bénéfice de la prime d'activité en application des dispositions de l'article L. 842-2 du code de la sécurité sociale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique par lui-même aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à Me Mifsud.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

La magistrate désignée,

M. DesseixLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Le greffier0

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