mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201878 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CH 3 JU |
| Avocat requérant | BREY CÉLINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 18 juillet et 30 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Brey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 3 janvier 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Yonne a décidé de récupérer un indu d'allocation de logement familiale (ALF), d'un montant de 2 109 euros, et la décision du 5 juillet 2022 rejetant le recours préalable exercé contre cette décision et de prononcer la décharge de cette somme de 2 109 euros ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 5 juillet 2022 par laquelle la directrice de la CAF de l'Yonne a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette d'ALF et de lui accorder le bénéfice d'une remise gracieuse totale de cette dette ;
3°) d'ordonner à la CAF de l'Yonne de lui restituer les sommes déjà retenues au titre de l'indu ;
4°) de mettre à la charge de la CAF de l'Yonne le versement d'une somme de 2 000 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- les décisions des 3 janvier 2022 et 5 juillet 2022 sont entachées d'un vice de forme tiré de la méconnaissance du 1° du I de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale et d'une insuffisance de motivation ;
- en faisant effectuer un contrôle par un agent qui n'était ni agréé ni assermenté dans les conditions prévues par l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, la directrice de la CAF de l'Yonne a entaché les décisions attaquées d'un vice de procédure ;
- en s'estimant, à tort, en situation de compétence liée par l'avis de la commission de recours amiable, la directrice de la CAF de l'Yonne a commis une erreur de droit ;
- en lui notifiant un indu de 2 109 euros d'ALF au motif qu'il ne remplissait plus les conditions pour obtenir cette allocation au regard du prêt immobilier qu'il a souscrit, la directrice de la CAF de l'Yonne a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation ;
- en ne lui accordant aucune remise gracieuse de sa dette d'ALF, alors que sa situation est précaire et qu'il est de bonne foi, la directrice de la CAF de l'Yonne a commis une erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 août et 21 décembre 2022, la CAF de l'Yonne conclut au rejet de la requête.
La CAF de l'Yonne soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par un courrier du 21 juin 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions tendant à l'annulation de la partie de la décision 3 janvier 2022 par laquelle la directrice de la CAF l'Yonne a notifié à M. B un indu d'ALF n'est pas recevable dès lors que la décision du 5 juillet 2022 rejetant le recours administratif préalable obligatoire qui a été exercé le 20 janvier 2022 contre cette décision du 3 janvier 2022 s'y est substituée et est ainsi seule susceptible d'être déférée au juge.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 29 juillet 1977 relatif aux caractéristiques techniques et aux prix des logements neufs en accession à la propriété financés au moyen de prêts aidés par l'Etat ;
- l'arrêté du 17 mars 1978 modifié relatif au classement des communes par zone géographique ;
- l'arrêté du 27 septembre 2019 relatif au calcul des aides personnelles au logement et de la prime de déménagement ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Boissy a lu son rapport et entendu les observations de Me Brey représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 812-1, L. 821-1, L. 823-9, L. 825-3, R. 825-2 et R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ainsi que des articles L. 553-2 et R. 142-1 du code de la sécurité sociale, les aides personnelles au logement, au nombre desquelles figure l'allocation de logement familiale, sont liquidées et payées, pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'Etat, par les organismes chargés de gérer les prestations familiales.
2. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu d'aides personnelles au logement, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par le directeur de cet organisme, après avis de cette commission, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu d'aides personnelles au logement et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le directeur de cet organisme, après avoir recueilli l'avis de la commission de recours amiable, peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l'allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s'est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée. Statuant sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'aides personnelles au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
4. A la suite d'un contrôle de la situation de M. B effectué en septembre 2021, la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Yonne a décidé, le 3 janvier 2022, de récupérer un indu d'allocation de logement familiale (ALF), d'un montant de 2 109 euros, au titre de la période allant du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2021. Le recours préalable, mentionné au point 2, que l'intéressé a exercé le 20 janvier 2022 a été rejeté par la directrice de la CAF de l'Yonne par une décision du 5 juillet 2022. Le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler ces décisions des 3 janvier et 5 juillet 2022 en exerçant son office défini au point 2 et, d'autre part, de lui accorder le bénéfice d'une remise totale de sa dette d'ALF au regard de son office défini au point 3.
Sur le litige relatif au bien-fondé de l'indu d'ALF :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 3 janvier 2022 :
5. Ainsi qu'il a été dit au point 2, la décision du 5 juillet 2022 prise par la directrice de la CAF de l'Yonne sur le recours administratif préalable obligatoire qui a été exercé le 20 janvier 2022 s'est substituée à la décision du 3 janvier 2022 et est ainsi, en tout état de cause, seule susceptible d'être déférée au juge. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 3 janvier 2022 ne sont dès lors pas recevables.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 5 juillet 2022 :
S'agissant des moyens de légalité externe :
6. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. Pour autant, les moyens tirés du vice d'incompétence et du défaut de motivation de la décision initiale, qui sont en tout état de cause propres à cette dernière et ont nécessairement disparu avec elle, ne peuvent pas être utilement invoqués. De même, seules les irrégularités procédurales relatives à la décision initiale qui présentent un caractère irrémédiable peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire.
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés (), le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire () ".
8. Il ne résulte pas de l'instruction que la CAF de l'Yonne a procédé à l'un des contrôles prévus à l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale. Dès lors, et en tout état de cause, le requérant ne peut pas utilement faire valoir que la décision du 5 juillet 2022 est entachée d'un vice de procédure à ce titre.
9. En deuxième lieu, aux termes l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale, applicable aux aides personnelles au logement en vertu de l'article R. 823-24 du code de la construction et du logement : " I. - L'action en recouvrement de prestations indues prévue à l'article L. 133-4-1 s'ouvre par l'envoi à l'assuré par le directeur de l'organisme créancier, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, d'une notification constatant, sur la base des informations dont dispose l'organisme, que l'assuré a perçu des prestations indues. Cette notification : / 1° Précise la nature et la date du ou des versements en cause, le montant des sommes réclamées et le motif justifiant la récupération de l'indu ; / 2° Indique : / a) Les modalités selon lesquelles l'assuré peut, dans un délai de vingt jours à compter de la réception de cette notification et préalablement à l'exercice du recours mentionné à l'article L. 142-4, demander la rectification des informations ayant une incidence sur le montant de l'indu ; / b) La possibilité pour l'organisme, lorsque l'assuré ne fait pas usage du a, de récupérer à compter de l'expiration du même délai de vingt jours les sommes indûment versées par retenues sur les prestations à venir, sauf si l'assuré, dans ce même délai, rembourse ces sommes ou accepte le principe d'un échéancier de paiement, dont la durée peut être fixée ultérieurement sans pouvoir excéder douze mois. A défaut de conclusion d'un échéancier dans un délai d'un mois suivant cette acceptation, les sommes sont mises en recouvrement immédiatement ; / c) La possibilité pour l'organisme, à l'expiration du délai au terme duquel naît une décision implicite de rejet mentionné au 1° du II, de procéder à la récupération des sommes après expiration du délai mentionné au 2° du II sauf si l'assuré, dans ce même délai, rembourse ces sommes ou accepte le principe d'un échéancier de paiement dont la durée peut être fixée ultérieurement sans pouvoir excéder douze mois. A défaut de conclusion d'un échéancier dans un délai d'un mois suivant cette acceptation, les sommes sont mises en recouvrement immédiatement ; / d) Les voies et délais de recours. / II. - Pour l'application du huitième alinéa de l'article L. 133-4-1 : / 1° Le délai au terme duquel naît une décision implicite de rejet de la demande de rectification mentionnée au a du 2° du I est fixé à un mois ; / 2° Le délai à l'issue duquel la mise en recouvrement peut être effectuée est fixé à deux mois suivant l'expiration du délai au terme duquel naît une décision implicite de rejet. / III. - La demande de rectification présentée dans le délai mentionné au a du 2° du I interrompt le délai de saisine de la commission de recours amiable mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 142-1. Cette interruption prend fin, selon le cas, à la date de réception de la notification de la décision du directeur de l'organisme créancier ou à l'expiration du délai au terme duquel naît une décision implicite de rejet. / Lorsque le directeur de l'organisme créancier statue sur la demande de rectification avant l'expiration du délai mentionné au 1° du II, la nouvelle notification adressée à l'assuré en cas de rejet total ou partiel de la demande : / 1° Précise le motif ayant conduit au rejet total ou partiel de la demande ; / 2° Indique la possibilité pour l'organisme de récupérer, à l'expiration d'un délai de sept jours à compter de cette nouvelle notification, les sommes indûment versées par retenues sur les prestations à venir, sauf si l'assuré, dans ce même délai, rembourse ces sommes ou accepte le principe d'un échéancier de paiement, dont la durée peut être fixée ultérieurement sans pouvoir excéder douze mois. A défaut de conclusion d'un échéancier dans un délai d'un mois suivant cette acceptation, les sommes sont mises en recouvrement immédiatement ; / 3° Indique les voies et délais de recours. / IV. - Lorsque la demande de rectification est présentée postérieurement au délai mentionné au a du 2° du I et avant l'expiration du délai de saisine de la commission de recours amiable mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 142-1 : / 1° En cas de demande formulée par écrit, celle-ci est réputée être exercée dans les conditions du recours préalable mentionné à l'article L. 142-4 ; / 2° En cas de demande formulée par oral, l'assuré est invité par l'organisme à produire dans un délai de vingt jours les documents rappelant sa demande et la justifiant. Le défaut de production de ces documents dans le délai imparti entraîne le rejet de la demande. Si l'assuré produit ces documents dans le délai imparti, celle-ci est réputée être exercée dans les conditions du recours préalable mentionné à l'article L. 142-4. / V.-A défaut de paiement, à l'expiration du délai de forclusion prévu à l'article R. 142-1, après notification de la décision de la commission instituée à ce même article ou à l'expiration des délais de remboursement des sommes en un ou plusieurs versements mentionnés au b et c du 2° du I et au 2° du III, le directeur de l'organisme créancier compétent adresse au débiteur par tout moyen donnant date certaine à sa réception une mise en demeure de payer dans le délai d'un mois qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement et les voies et délais de recours ".
10. D'une part, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 6, le moyen tiré de ce que la décision du 3 janvier 2022 ne comporterait pas les mentions figurant au 1° du I de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale est inopérant à l'égard de la décision du 5 juillet 2022. D'autre part, le moyen tiré de ce que la décision du 5 juillet 2022 ne comporte pas lesdites mentions est inopérant dès lors que cette décision n'a pas le caractère de la " notification " d'un indu mentionné au I de l'article R. 133-9-2. Le vice de forme invoqué à ce titre doit par suite être écarté.
11. En dernier lieu, la décision par laquelle l'autorité compétente statue expressément sur le recours administratif d'une personne qui conteste le bien-fondé d'un paiement indu d'ALF doit être motivée en application des dispositions du 8° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Une telle décision doit ainsi comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, à ce titre, doit notamment indiquer, soit directement dans les mentions de la décision soit par référence à la décision de notification d'indu initiale, la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. L'autorité compétente n'est en revanche pas tenue de faire figurer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
12. D'une part, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 6, le moyen tiré de ce que la décision du 3 janvier 2022 est entachée d'une insuffisance de motivation est inopérant à l'égard de la décision du 5 juillet 2022. D'autre part, la décision du 5 juillet 2022 comporte en l'espèce l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.
S'agissant des moyens de légalité interne :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 841-4 du code de la construction et de l'habitation : " Aucune allocation de logement n'est due pour les prêts permettant d'accéder à la propriété de l'habitation signés après le 31 décembre 2017 ". L'article L. 831-1 du même code prévoit que : " L'aide personnalisée au logement s'applique aux : / 1° Logements occupés par leurs propriétaires, construits, acquis ou améliorés au moyen d'aides de l'Etat ou de prêts dont les caractéristiques et les conditions d'octroi sont fixées par voie réglementaire, sous les réserves énoncées à l'article L. 831-2 ; () 6° Logements occupés par des titulaires de contrats de location-accession conclus dans les conditions prévues par la loi n° 84-595 du 12 juillet 1984 définissant la location-accession à la propriété immobilière, lorsque ces logements ont été construits, améliorés ou acquis et améliorés au moyen d'aides de l'Etat ou de prêts dont les caractéristiques et les conditions d'octroi sont fixées par voie réglementaire, sous les réserves énoncées à l'article L. 831-2 ". Aux termes de l'article L. 831-2 de ce code : " Les logements qui ont fait l'objet d'un prêt ou d'un contrat de location-accession mentionné au 1° ou au 6° de l'article L. 831-1 signé après le 31 décembre 2017 n'ouvrent pas droit à l'aide personnalisée au logement. / Toutefois, continuent à ouvrir droit à l'aide les logements ayant fait l'objet des mêmes prêt ou contrat de location-accession signés avant le 1er janvier 2020 dès lors qu'ils répondent à la double condition d'être anciens et situés dans une commune ne se caractérisant pas par un déséquilibre important entre l'offre et la demande de logements entraînant des difficultés d'accès au logement dans le parc résidentiel existant. / Un arrêté des ministres chargés du logement et du budget dresse la liste des communes répondant aux conditions énoncées au deuxième alinéa ". L'article 49 de l'arrêté du 27 septembre 2019 dispose que : " Les zones géographiques prévues au présent arrêté sont celles définies par l'arrêté du 17 mars 1978 modifié susvisé. / Pour l'application du dernier alinéa de l'article L. 831-2 du même code, les communes auxquelles s'applique la dérogation sont celles appartenant à la zone III ".
14. En principe, aucune allocation de logement n'est accordée aux personnes qui ont souscrit, après le 31 décembre 2017, un prêt, quel qu'il soit, permettant d'accéder à la propriété de leur l'habitation. Toutefois, les personnes qui ont conclu, entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2019, l'un des contrats ou prêts aidés, mentionnés aux 1° et 6° de l'article L. 831-2 du code de la construction et de l'habitation, en vue de construire, d'acquérir ou d'améliorer leur résidence principale peuvent continuer à bénéficier de l'aide personnalisée au logement à la condition que ces contrats ou prêts aidés concernent des logements anciens situés en zone III.
15. Il résulte de l'instruction que, le 24 octobre 2014, M. B a souscrit auprès de LCL un contrat de prêt immobilier, d'une durée de treize ans et d'un montant de 70 000 euros, afin de financer l'acquisition de son logement, situé au 6 ter rue des Allants à Saint-Valérien, dans le département de l'Yonne, qu'il occupait avec son épouse et leur enfant né en 2003. L'intéressé a toutefois procédé au remboursement anticipé de ce prêt, dont l'encours était alors de 51 000 euros, au cours de la procédure de divorce, et a parallèlement souscrit auprès du Crédit mutuel, le 17 juillet 2019, un nouveau prêt immobilier, d'un montant de 83 892 euros, destiné à financer l'acquisition de ce même bien immobilier et qui a par ailleurs servi à régler à son ancienne épouse la soulte de 30 083,50 euros mise à sa charge par la convention de divorce signée le 18 juin 2020.
16. D'une part, il est constant que le logement dont M. B est propriétaire à Saint-Valérien n'est pas situé en zone III et que les contrats de prêt souscrits en 2014 et en 2019 ne sont pas au nombre des contrats ou prêts aidés mentionnés aux 1° et 6° de l'article L. 831-2 du code de la construction et de l'habitation. D'autre part, aucune disposition législative ou réglementaire ne permet à un allocataire d'aides personnelles au logement propriétaire d'un logement qui fait l'objet d'un prêt immobilier souscrit avant le 1er janvier 2018 de continuer à percevoir des aides lorsque, pour des motifs de convenances personnelles -ou tout autre motif d'ailleurs-, cet allocataire a remboursé de manière anticipée et a décidé de souscrire un nouveau prêt immobilier pour le même bien. Dès lors, en estimant que M. B ne pouvait pas bénéficier d'aides au logement au motif qu'il a souscrit, après le 1er janvier 2018, un nouveau prêt immobilier n'entrant pas dans le champ de la dérogation analysée au point 14, la directrice de la CAF de l'Yonne n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation.
17. En second lieu, si la directrice de la CAF de l'Yonne, lorsqu'elle a statué sur le recours préalable de M. B, s'est appropriée les motifs de l'avis de la commission de recours amiable dont elle avait recueilli l'avis, il ne résulte pas en revanche pas de l'instruction qu'elle se serait crue en situation de compétence liée par cet avis. La décision du 5 juillet 2022 n'est dès lors entachée d'aucune erreur de droit sur ce point.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge présentées par M. B à titre principal doivent être rejetées.
Sur le litige relatif à la remise gracieuse de la dette d'ALF :
19. Il ne résulte pas de l'instruction, notamment de l'analyse du formulaire " demande de recours " signé le 20 janvier 2022, que M. B aurait, préalablement à la saisine du juge, présenté une demande de remise gracieuse de la dette d'ALF en litige. La CAF de l'Yonne est dès lors fondée à soutenir qu'il n'existe aucun litige né et actuel relatif à un refus de remise de dette. Les conclusions subsidiaires par lesquelles le requérant demande au juge de lui accorder le bénéfice d'une remise gracieuse totale de sa dette ne sont dès lors pas recevables et doivent être rejetées pour ce motif.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de la CAF de l'Yonne, qui agit pour le compte de l'Etat et qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la caisse d'allocations familiales de l'Yonne et à Me Brey.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
L. BoissyLa greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier0
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026