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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2201932

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2201932

jeudi 5 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2201932
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL RODAS DEL RIO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a été saisi par la société XL Insurance Company SE, subrogée dans les droits de Dijon Métropole, afin d’obtenir la condamnation in solidum de plusieurs constructeurs et du CEREMA sur le fondement de la garantie décennale, en raison de désordres affectant la plateforme du centre de maintenance de tramways. Après avoir été renvoyée par la cour administrative d’appel de Lyon, la juridiction a jugé que les désordres, rendant l’ouvrage impropre à sa destination, relevaient bien de la garantie décennale des constructeurs. Elle a condamné in solidum les sociétés Ferrand-Sigal architectes et associés, Bureau Véritas Construction, WSP France, EGIS villes et transports, Guintoli, EODD Ingénieurs Conseils, Burgéap, OTEIS, le CEREMA et l’État à verser à la société XL la somme de 2 594 376,94 euros, avec intérêts légaux capitalisés, au titre de l’indemnisation des préjudices subis. Cette solution a été fondée sur les principes de la responsabilité décennale des constructeurs (articles 1792 et suivants du code civil) et sur l’article L. 121-12 du code des assurances relatif à

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Le 23 décembre 2021, la société XL Insurance Company SE -ci-après " société XL "- a demandé au tribunal administratif de Dijon de condamner in solidum les sociétés Ferrand-Sigal architectes et associés, Bureau Véritas Construction, WSP France, EGIS villes et transports, Guintoli, EODD Ingénieurs Conseils, Burgéap, HAH Bureau d'études et le centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) à lui verser, au principal, une somme de 65 231,20 euros, " à parfaire ", correspondant au montant de la somme qu'elle a versée à son assurée, Dijon Métropole, en réparation des désordres affectant la plateforme du centre de maintenance de tramways.

Par une ordonnance n° 2103325 du 11 janvier 2022, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Dijon a rejeté a rejeté sa demande comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Par un arrêt n° 22LY00752 du 21 juillet 2022, la cour administrative d'appel de Lyon a annulé cette ordonnance et a renvoyé l'affaire devant le tribunal administratif de Dijon.

Procédure devant le tribunal :

Par des mémoires, enregistrés les 20 avril, 19 juin, 12 et 28 juillet, 15 et 25 septembre 2023 et les 15 janvier, 5 et 26 février, 28 mars et 12 juin 2024 et des mémoires récapitulatifs, enregistrés les 19 juillet, 30 août et 10 octobre 2024, la société XL, représentée par la SCP Raffin et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner in solidum les sociétés Ferrand-Sigal architectes et associés, Bureau Véritas Construction, WSP France venant aux droits de Technip TPS, EGIS villes et transports, Guintoli, EODD Ingénieurs Conseils venant aux droits de CSD'AZUR, Burgéap, OTEIS venant aux droits de HAH Bureau d'études, le CEREMA et l'État à lui verser une somme de 5 162 983 euros " outre les intérêts légaux capitalisés à compter du jugement à intervenir " ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum les sociétés Ferrand-Sigal architectes et associés, Bureau Véritas Construction, WSP France, EGIS villes et transports, Guintoli, EODD Ingénieurs Conseils, Burgéap, OTEIS, le CEREMA et l'État à lui verser une somme de 2 594 376,94 euros " outre les intérêts légaux capitalisés à compter du jugement à intervenir " ;

3°) de mettre solidairement à la charge des sociétés Ferrand-Sigal architectes et associés, Bureau Véritas Construction, WSP France, EGIS villes et transports, Guintoli, EODD Ingénieurs Conseils, Burgéap, OTEIS, du CEREMA et de l'État les dépens ainsi qu'une somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société XL soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître de son action subrogatoire dirigée contre les différents constructeurs mis en cause ;

- la responsabilité des différents constructeurs qu'elle a mis en cause est engagée, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, dès lors que les désordres affectant la plateforme et les zones de stationnement et de circulation du centre de maintenance des tramways rendent progressivement cet ouvrage impropre à sa destination ;

- elle est recevable et fondée, sur le fondement de l'article L. 121-12 du code des assurances, à demander la condamnation des constructeurs à lui verser la somme de 5 162 983 euros, correspondant au montant de la quittance subrogatoire dont elle dispose sur Dijon Métropole, ou, à défaut, la somme de 2 594 376,94 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 septembre 2022, 27 juillet et 2 octobre 2023, 25 mars et 26 août 2024, la société Ferrand-Sigal Architectes et Associés, représentée par Me Salles, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter les demandes de condamnation présentées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant de sa condamnation et de condamner les sociétés Guintoli, Technip TPS et le CEREMA à la garantir des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de la société XL le versement d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Ferrand-Sigal Architectes et associés soutient que :

- l'action subrogatoire de la société XL n'est pas recevable dès lors que celle-ci ne justifie pas avoir procédé, dans les mains de Dijon Métropole, son assurée, au versement, total ou partiel, de la somme dont elle revendique le paiement au titre de sa quittance subrogatoire ;

- sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que les désordres allégués n'entrent pas dans le champ de la garantie décennale des constructeurs et ne lui sont en tout état de cause pas imputables ;

- le montant de sa condamnation doit être minoré à 2 448 891,91 euros ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander la condamnation de la société Guintoli, de la société Technip TPS et du CEREMA à la garantir des condamnations prononcées à son encontre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mai 2023, 19 septembre 2023, 2 octobre 2023 et 26 février 2024, la société EODD Ingénieurs conseils, venant aux droits de la société CSD'AZUR, représentée par la SCP Reffay et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de rejeter les demandes de condamnation présentées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant de sa condamnation et de condamner in solidum les sociétés Guintoli, EGIS villes et transports, WSP France, Ferrand-Sigal architectes et associés, Burgéap, OTEIS et Bureau Véritas construction ainsi que le CEREMA et l'État à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de la société XL le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société EODD Ingénieurs conseils soutient que :

- l'action subrogatoire de la société XL n'est pas recevable dès lors que celle-ci ne justifie pas avoir procédé, dans les mains de Dijon Métropole, son assurée, au versement, total ou partiel, de la somme dont elle revendique le paiement au titre de sa quittance subrogatoire ;

- sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que, n'ayant eu en charge que le volet environnemental des bâtiments, et non celui de la voirie, les désordres allégués ne lui sont pas imputables ;

- à titre subsidiaire, le montant de sa condamnation doit être minoré et elle est fondée à demander la condamnation de la société Guintoli, de la société EGIS villes et transports, de la société WSP France, de la société Ferrand-Sigal architectes et associés, de la société Burgéap, de la société OTEIS, de la société Bureau Véritas construction, du CEREMA et de l'État à la garantir des condamnations prononcées à son encontre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 mai, 13 juillet et 8 septembre, 12 octobre et 24 novembre 2023, 15 janvier, 16 février, 25 mars, 22 août, 30 septembre et 31 octobre 2024, la société Guintoli, représentée par Me Chamard-Sablier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de rejeter les demandes de condamnation présentées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant de sa condamnation et de condamner in solidum les sociétés Ferrand-Sigal architectes et associés, WSP France, EODD Ingénieurs conseils, Burgéap, EGIS villes et transports et Bureau Veritas Construction ainsi que le CEREMA et l'État à la garantir des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) à titre très subsidiaire, de minorer le montant de sa condamnation et de condamner in solidum la société WSP France, la société EGIS villes et transports, le CEREMA et l'Etat à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

4°) de mettre à la charge de la société XL le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Guintoli soutient que :

- l'action subrogatoire de la société XL n'est pas recevable dès lors que celle-ci ne justifie pas avoir procédé, dans les mains de Dijon Métropole, son assurée, au versement, total ou partiel, de la somme dont elle revendique le paiement au titre de sa quittance subrogatoire ;

- à titre principal, sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que les désordres allégués n'entrent pas dans le champ de la garantie décennale des constructeurs ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander la condamnation de la société Ferrand-Sigal architectes et associés, de la société WSP France, de la société EODD Ingénieurs conseils, Burgéap, de la société EGIS villes et transports, de Bureau Veritas Construction, du CEREMA et de l'État à la garantir des condamnations prononcées à son encontre ;

- le montant de sa condamnation doit être minoré à hauteur de 2 448 891,94 euros HT ; sa part de responsabilité dans la survenance des désordres doit être limitée à 60 % ; la part de responsabilité imputable à la société EGIS villes et transports s'élève à 30 % ; la part de responsabilité imputable au CEREMA et l'État s'élève à 10 %.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 et 24 juillet, 11 septembre et 6 octobre 2023, 21 février, 16 juillet et 9 octobre 2024, la société EGIS villes et transports, représentée par l'AARPI Pennec et Michau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de rejeter les demandes de condamnation présentées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant de sa condamnation et de condamner in solidum les sociétés Ferrand-Sigal architectes et associés, WSP France, Guintoli, EODD Ingénieurs Conseils, Burgéap et OTEIS ainsi que le CEREMA et l'État à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de la société XL le versement d'une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

La société EGIS villes et transports soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de l'action de XL dirigée contre elle ;

- l'action subrogatoire de la société XL n'est pas recevable dès lors que celle-ci ne justifie pas avoir procédé, dans les mains de Dijon Métropole, son assurée, au versement, total ou partiel, de la somme dont elle revendique le paiement au titre de sa quittance subrogatoire ;

- sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que les désordres allégués, d'une part, n'entrent pas dans le champ de la garantie décennale des constructeurs et, d'autre part, ne lui sont en tout état de cause pas imputables compte tenu de la nature même de la mission qui lui avait été assignée et qui était limitée à la phase de conception -et non d'exécution- des travaux ;

- à titre subsidiaire, sa part de responsabilité dans la survenance des dommages doit être limitée à 10 % ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander la condamnation de la société Ferrand-Sigal architectes et associés, de la société WSP France, de la société Guintoli, de la société EODD Ingénieurs Conseils, de la société Burgéap, de la société OTEIS, du CEREMA et de l'État à la garantir des condamnations prononcées à son encontre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 juillet 2023, 12 octobre 2023 et 28 mars 2024, la société WSP France, venant aux droits de la société Technip TPS, représentée par la SELARL Rodas-Del Rio, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de rejeter les demandes de condamnation présentées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant de sa condamnation et de condamner in solidum la société Guintoli, la société Bureau Veritas construction, la société Ferrand-Sigal architectes et associés, la société EODD Ingénieurs Conseils, la société Burgéap, le CEREMA et l'État à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de la société XL le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société WSP France soutient que :

- à titre principal, sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que les désordres allégués ne lui sont pas imputables ;

- à titre subsidiaire, le montant de sa condamnation ne peut pas excéder 2 448 891,94 euros ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander, sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle, la condamnation de la société Guintoli, de la société Bureau Veritas Construction, du CEREMA et de l'Etat à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, la condamnation des sociétés Ferrand-Sigal architectes et associés, EODD Ingénieurs Conseils et Burgéap à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 et 28 juillet 2023 et 6 août 2024, la société OTEIS, venant aux droits de la société HAH Bureau d'études, représentée par la SCP Beziz-Cleon - Charlemagne - Creusvaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal :

a) de rejeter la demande de condamnation présentée à son encontre par la société XL ;

b) de mettre à la charge de la société XL le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire :

a) de limiter le montant de sa condamnation à une somme de 2 448 891,74 euros HT ;

b) de condamner in solidum les sociétés Guintoli, WSP France et EGIS villes et transports ainsi que le CEREMA à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

c) de mettre solidairement à la charge des sociétés Guintoli, WSP France et EGIS villes et transports et du CEREMA le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société OTEIS soutient que :

- à titre principal, sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que les désordres allégués ne sont pas imputables à la société HAH Bureau d'études qui, en sa qualité de sous-traitant du groupement solidaire de maîtrise d'œuvre, n'a commis aucune faute ;

- à titre subsidiaire, le montant de sa condamnation doit être limité à la somme de 2 448 891,94 euros HT et elle est fondée à demander la condamnation in solidum de la société Guintoli, de la société WSP France, de la société EGIS villes et transports et du CEREMA à la garantir de toutes les condamnations prononcées à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le CEREMA demande au tribunal :

1°) de rejeter les demandes de condamnations présentées à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de la société XL le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le CEREMA soutient que :

- à titre principal, il doit être mis hors de la cause en application de l'article 20 du décret n° 2013-1273 du 27 décembre 2013 ;

- à titre subsidiaire, sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que le CCAP comporte des contradictions avec le CCTP et qu'il n'a commis aucune faute dans l'exécution de sa mission.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, la préfète du Rhône conclut à sa mise hors de cause.

La préfète du Rhône soutient que sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que l'État n'a pas conclu de contrat avec Dijon Métropole.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, la société Burgéap, représentée par Me Pacifici, conclut au rejet des demandes de condamnation présentées à son encontre.

La société Burgéap soutient que :

- l'action subrogatoire de la société XL n'est pas recevable dès lors que celle-ci ne justifie pas avoir procédé, dans les mains de Dijon Métropole, son assurée, au versement, total ou partiel, de la somme dont elle revendique le paiement au titre de sa quittance subrogatoire ;

- sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que les désordres allégués ne lui sont pas imputables.

Par un courrier du 7 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens, relevés d'offices, tirés de l'irrecevabilité des conclusions de la société XL dirigées contre les sociétés EGIS villes et transports et OTEIS et de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de l'action en garantie de la société EGIS Villes et Transports dirigée contre la société WSP France.

Le 25 octobre 2024, la société XL a présenté des observations sur ce courrier du 7 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code monétaire et financier ;

- le décret n° 99-443 du 28 mai 1999 relatif au cahier des clauses techniques générales applicables aux marchés publics de contrôle technique ;

- le décret n° 2013-1273 du 27 décembre 2013 relatif au centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois,

- les conclusions de M. B,

- et les observations de Me Mauduy-Dolfy substitué par Me Benhalima représentant la société XL, de Me Salles substitué par Me De Mesnard représentant la société Ferrand-Sigal architectes et associés, de Me Rodas représentant le société WSP France et de Me Chamard-Sablier représentant la société Guintoli.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de la construction d'un centre de maintenance et d'exploitation pour les lignes de tramways et du parc d'autobus de l'agglomération dijonnaise, la communauté d'agglomération du Grand Dijon (COMADI) a confié le marché de contrôle extérieur des travaux au Centre d'études techniques de l'équipement (CETE) de Lyon le 26 mars 2009.

2. Le 23 juin 2009, la COMADI a confié la maîtrise d'œuvre du projet à un groupement solidaire notamment composé de la société CSD'Azur, chargée du " suivi environnemental ", de la société Burgéap, chargée du suivi " ICPE ", de la société Technip TPS, qui était notamment le bureau d'études techniques du lot n°2 " VRD " et de la société Ferrand-Sigal architectes et associés, architecte et par ailleurs mandataire de ce groupement. La société Technip TPS a sous-traité sa mission de bureau d'études techniques du lot n°2 " VRD " à la société EGIS villes et transports et a également sous-traité au bureau d'études HAH la " cellule de synthèse ".

3. La collectivité publique a par ailleurs attribué à la société Guintoli le lot n° 1 " Terrassements plateformes " et le lot n°2 " VRD " et a assigné à la société Bureau Veritas la mission de contrôleur technique.

4. Le 10 juin 2010, La COMADI a parallèlement souscrit auprès de la société Axa Corporate Solutions, pour cette opération, un contrat d'assurance de dommages à l'ouvrage qui comportait notamment une police d'assurance n°XFR005649CE10A dédiée à la réalisation de la voirie et des réseaux divers.

5. Le chantier a débuté en juillet 2010 et les travaux ont été réceptionnés avec réserves le 10 juillet 2012. Le 17 mai 2017, Dijon Métropole a fait une déclaration de sinistre auprès de de la société Axa Corporate Solutions au titre de quatre désordres affectant les enrobés identifiés sous les intitulés D1, D2, D3 et D4. À la suite de la remise d'un rapport de l'expert de l'assureur, le 31 mai 2017, la société XL Insurance Company SE- ci-après " société XL ", venant aux droits de la société Axa Corporate Solutions a accepté de prendre en charge la reprise de trois désordres sur les quatre -désordres D1, D2 et D4- et de verser à Dijon Métropole, venue aux droits de la COMADI, une somme de 5 100 000 euros le 3 juillet 2023.

6. Parallèlement aux échanges avec son assureur, Dijon Métropole a sollicité l'organisation d'une expertise judiciaire en décembre 2019. Par une ordonnance n° 1903576 du 13 février 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon a diligenté cette expertise et a désigné un expert qui a remis un premier rapport le 28 octobre 2021 puis, avec le concours d'un sapiteur, un deuxième rapport le 12 février 2024 avant d'adresser un ultime addendum au tribunal le 1er mai 2024.

7. Dans le dernier état de ses écritures, la société XL demande au tribunal de condamner in solidum la société EODD Ingénieurs Conseils -venue aux droits de la société CSD'AZUR-, la société Burgéap, la société WSP France -venue aux droits de la société Technip TPS-, la société Ferrand-Sigal architectes et associés, la société EGIS villes et transports, la société OTEIS -venue aux droits du Bureau d'études HAH-, la société Guintoli, la société Bureau Véritas Construction, le CEREMA -venu aux droits de la CETE de Lyon- et l'État à lui verser une somme correspondant au montant de la quittance subrogatoire qu'elle estime détenir, au titre des désordres constatés sur les enrobés, sur Dijon Métropole, venue aux droits de la COMADI.

Sur les litiges opposant la société XL à la société EGIS villes et transports et à la société OTEIS :

En ce qui concerne l'exception d'incompétence de la juridiction administrative opposée par la société EGIS villes et transports :

8. Le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé.

9. L'action de la société XL, en sa qualité d'assureur subrogé dans les droits et obligations de Dijon Métropole, qui est dirigée contre la société EGIS villes et transports, laquelle était le sous-traitant de la société Technic TPS, -aux droits de laquelle la société WSP France est venue- et avec laquelle elle n'est pas liée par un contrat de droit privé, porte sur un litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics. Dans ces conditions, l'exception d'incompétence de la juridiction administrative opposée par la société EGIS villes et transports doit être écartée.

En ce qui concerne la recevabilité de l'action de la société XL dirigée contre les sociétés OTEIS et EGIS villes et transports :

10. S'il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage, il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs.

11. Il ne résulte pas de l'instruction que la société XL, agissant en sa qualité de subrogée aux droits de Dijon Métropole, ne pourrait pas utilement rechercher la responsabilité de la société WSP France sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs dès lors qu'il est constant que celle-ci a repris l'ensemble des droits et obligations de la société Technip TPS -avec laquelle les société OTEIS et EGIS villes et transports avaient conclu des contrats de sous-traitance-. Les conclusions à fin de condamnation présentées par la société XL et dirigées contre les sociétés OTEIS et EGIS Villes et Transports ne sont donc pas recevables et doivent dès lors être rejetées pour ce motif.

Sur les litiges opposant la société XL aux autres parties :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées à l'action subrogatoire de la société XL :

12. La subrogation légale instituée par l'article L. 121-12 du code des assurances est subordonnée au seul paiement de l'indemnité d'assurance en exécution du contrat d'assurance. Il incombe donc à l'assureur qui entend bénéficier de cette subrogation d'apporter la preuve, par tout moyen, du versement de l'indemnité d'assurance entre les mains de son assuré ou, le cas échéant, directement auprès de tiers au nom et pour le compte de son assuré.

13. Il résulte de l'instruction, et en particulier des documents " capture d'écran " portant une référence d'un virement réalisé le 11 décembre 2017 au profit de M. C, de la " proposition d'indemnité provisionnelle " du 5 janvier 2018, de la " capture d'écran " portant une référence de virement du 6 mars 2018, de la " capture d'écran " portant une référence d'un virement réalisé le 23 avril 2019 au profit de la société Rincent BTP services matériaux, de la " lettre d'accord d'indemnité définitive valant subrogation de l'assureur dommage-ouvrage " en date du 30 juin 2023, de la " capture d'écran " portant une référence de virement du 3 juillet 2023 et du " papillon individuel d'opération " du 3 juillet 2023, qu'en exécution de la police d'assurance identifiée au point 4, la société Axa Corporate Solutions et la société XL ont respectivement versé à Dijon Métropole, les 6 mars 2018 et 3 juillet 2023, les sommes de 36 268 euros et de 5 100 000 euros et que l'assureur a par ailleurs directement procédé au règlement, auprès de tiers, les 11 décembre 2017 et 23 avril 2019, des sommes de 3 660 euros et 25 303,20 euros, au titre de frais d'investigations de géomètre et d'analyses en laboratoire, qui ont été utiles à l'évaluation des désordres. Le montant de la quittance subrogatoire dont dispose la société XL au titre des désordres en litige s'élève dès lors à 5 165 231,20 euros (36 268 + 5 100 000 + 3 660 + 25 303,20).

14. Les fins de non-recevoir opposées sur ce point par les sociétés Ferrand-Sigal Architectes EODD Ingénieurs conseils, Guintoli et Burgéap doivent dès lors être écartées.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'action subrogatoire :

En ce qui concerne la nature des désordres :

15. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. La responsabilité décennale du constructeur peut, en particulier, être recherchée pour des dommages survenus sur des éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage s'ils rendent celui-ci impropre à sa destination. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

16. Tout d'abord, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expert, que, dans les zones de stationnement réservées aux bus, des flaches -c'est-à-dire des dépressions du sol- sont apparues, dès 2015, créant des déformations de la couche d'assise de l'enrobé à l'endroit des essieux des bus et que ces affaissements, qui peuvent atteindre sept à huit centimètres, conduisent à un frottement de certains bus anciens sur le sol et à un risque avéré de chutes du personnel -deux accidents du travail ayant déjà été déclarés-.

17. Ensuite, au sein des zones de circulation et de stationnement des bus et de véhicules légers et de stationnements, des fissures affectant la couche de roulement de l'enrobé -qui sont indépendantes des flaches mentionnées au point 16- sont apparues en 2015 et, ainsi qu'a pu le constater l'expert lors des opérations d'expertise, l'aggravation de ces fissures dans le temps est certaine, en dépit des réparations -non pérennes- conduites par Dijon Métropole avec de la résine, compte tenu des phénomènes cycliques de gel et de dégel.

18. Enfin, l'expert a constaté que les bus pouvaient connaître des difficultés à accéder et à sortir de la station de carburant, composée de béton et d'enrobé, en raison d'importantes fissurations et d'affaissements.

19. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 16 à 18, les désordres qui affectent l'ensemble de l'enrobé des zones sur lesquelles stationnent et circulent les bus et qui sont apparus postérieurement à la réception des travaux et présentent un caractère évolutif certain sont de nature à rendre le centre de maintenance, destiné à accueillir des véhicules lourds, impropre à sa destination et relèvent donc de la garantie décennale des constructeurs.

En ce qui concerne l'origine des désordres :

20. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'ensemble de l'enrobé du centre de maintenance en litige est composé de quatre couches distinctes : une couche de roulement en " Béton Bitumineux à Module Elevé " (BBME) d'environ 7 cm d'épaisseur, une couche de fondation en " Enrobé à Module Elevé " (EME) d'environ 13 cm d'épaisseur, une couche de réglage de 5 à 10 cm d'épaisseur et, enfin, une couche de forme en mâchefer d'incinération d'ordures ménagères (MIOM) d'environ 35 cm d'épaisseur.

21. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier des investigations expertales, que la couche d'assise " EME " présente une valeur d'orniérage qui n'est pas conforme à la norme NF EN 13108-1 et que le défaut de rigidité d'une telle couche par rapport à la couche de roulement " BBME " est à l'origine des flaches dans les zones de stationnement de poids-lourds mentionnés au point 16. La couche de roulement " BBME " présente pour sa part une dureté excessive et se montre ainsi " cassante " et très sensible aux variations de température et est à l'origine des fissurations mentionnées au point 17.

22. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les anomalies des couches d'assise et de roulement indiquées aux points 20 et 21 résultent elles-mêmes d'une " variante ", introduite par un avenant n°1 notifié le 5 avril 2012 du lot n°2 " VRD ", qui a modifié la structuration de la chaussée avec une épaisseur du MIOM supérieure à celle-prévue initialement -passant de 15 à 35 cm- et à une diminution des épaisseurs des couches de BBME et d'EME qui a été ramenée de 29 à 20 cm.

23. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que les désordres affectant la zone de carburant, mentionnés au point 18, résultent de l'absence de zone de transition entre les zones comportant de l'enrobé et les zones en béton.

En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :

S'agissant de la société Guintoli :

24. D'une part, il résulte de l'instruction, et en particulier du CCTP du lot n°2 " VRD ", que la société Guintoli avait notamment la charge de réaliser la structure des voiries et des revêtements extérieurs avec la conduite d'essais sur les matériaux utilisés.

25. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'alors que les articles 2.3.4, 2.3.8, 2.4.5 et 2.5.2 du CCTP avaient précisément défini les caractéristiques requises pour les matériaux utilisés sur les différentes couches composant l'enrobé, la société Guintoli a été à l'origine d'une variante dans la structure de l'enrobé, mentionnée au point 22, qui a été directement à l'origine des désordres identifiés aux points 16 à 18 sans que les conséquences attachées à cette nouvelle structure, en particulier à travers la réalisation d'une étude de matériaux compte tenu du trafic projeté du centre de maintenance, n'aient été identifiées, en dépit de la réalisation d'une étude de synthèse.

26. Dans ces conditions, la société XL est fondée à soutenir que les désordres identifiés aux points 16 à 18 sont imputables à la société Guintoli et engagent sa responsabilité sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs. Il sera en l'espèce fait une juste appréciation de la part de responsabilité de la société Guintoli dans l'apparition de ces désordres en l'évaluant à 60 %.

S'agissant du groupement de maîtrise d'œuvre :

Quant à l'incidence sur la solidarité du groupement de maîtrise d'œuvre sur l'imputabilité :

27. En l'absence de stipulations contraires, les entreprises qui s'engagent solidairement envers le maître de l'ouvrage à réaliser une opération de construction, s'engagent de manière solidaire non seulement à exécuter les travaux mais encore à réparer le préjudice subi par le maître de l'ouvrage du fait de manquements dans l'exécution de leurs obligations contractuelles. Un constructeur ne peut ainsi pas échapper à sa responsabilité solidaire avec les autres entreprises co-contractantes, au motif qu'il n'a pas réellement participé aux travaux révélant un tel manquement, que si une convention, à laquelle le maître de l'ouvrage est partie, fixe la part qui lui revient dans l'exécution des travaux.

28. Il résulte de l'analyse des documents contractuels liant le groupement de maîtrise d'œuvre à la COMADI, et en particulier de l'acte d'engagement et de l'annexe 3 à cet acte d'engagement, que les missions des différents membres du groupement, ainsi que la part de chaque co-cocontractant dans leur réalisation, ont été fixées avec précision.

29. Dès lors, la société XL n'est pas fondée à soutenir qu'elle est en droit de demander la condamnation solidaire des différentes sociétés composant le groupement de maîtrise d'œuvre. Il appartient seulement au juge, ainsi que le font valoir les membres du groupement en défense, de déterminer si, et dans quelle mesure, certains membres ont réellement participé aux travaux à l'origine des désordres identifiés aux points 16 à 18.

Quant à l'imputabilité des désordres à chacun des membres du groupement :

30. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la société Ferrand-Sigal architectes et associés, chargée d'une mission d'architecture générale du centre de maintenance, serait intervenue dans le cadre des travaux à l'origine des désordres identifiés aux points 16 à 18, que ce soit au stade de la conception, de l'exécution ou de la réception des travaux.

31. En deuxième lieu, les missions des sociétés de CSD'AZUR et Burgéap, chargées respectivement du volet environnemental des bâtiments et du suivi du dossier de l'ICPE ne présentant aucun lien avec les travaux à l'origine des désordres identifiés aux points 16 à 18.

32. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que si la société Technip TPS, chargée de l'ingénierie " tout corps d'État ", n'est pas intervenue directement dans le cadre des désordres en litige, elle a toutefois sous-traité une partie de ses missions aux sociétés EGIS villes et transports et au Bureau d'études HAH.

33. Il ne résulte pas de l'instruction que le Bureau d'études HAH, qui avait seulement une mission de " synthèse ", aurait participé aux travaux à l'origine des désordres identifiés aux points 16 à 18. En revanche, il résulte de l'instruction, notamment de la " commande de sous-traitance " modifiée du 22 juin 2010 et des déclarations de sous-traitance présentées auprès du maître de l'ouvrage des 28 décembre 2009 et 4 janvier 2011, que la société EGIS villes et transports avait clairement pour missions d'assurer les études de conception et de suivre l'exécution des travaux de " voiries, réseaux divers " et, en particulier, de s'assurer de la conformité des documents d'exécution des ouvrages -le cas échéant avec des essais et des mesures-, de réaliser des études d'exécution et d'assister le maître de l'ouvrage pendant les opérations préalables à la réception des travaux. Dès lors, en validant la variante proposée par la société Guintoli dans la composition de l'enrobé à l'origine du litige sans émettre de réserve particulière et sans mener d'investigations complémentaires, alors qu'elle avait été destinataire de l'étude de synthèse réalisée par le constructeur, la société EGIS villes et transports a failli à sa mission d'exécution.

34. Il résulte de tout ce qui a été dit aux points 27 à 33 que la société XL est seulement fondée à soutenir que les désordres identifiés aux points 16 à 18 sont imputables à la société Technip TPS et engagent la responsabilité de la société WSP France -venue aux droits de la société Technip TPS- sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs. Il sera en l'espèce fait une juste appréciation de la part de responsabilité de la société WSP France en l'évaluant à 30 %.

S'agissant de la société Bureau Véritas Construction :

35. aux termes de l'article L. 111-23, alors en vigueur, du code de la construction et de l'habitation, désormais codifié à l'article L. 125-1 du même code : " Le contrôleur technique a pour mission de contribuer à la prévention des différents aléas techniques susceptibles d'être rencontrés dans la réalisation des ouvrages. / Il intervient à la demande du maître de l'ouvrage et donne son avis à ce dernier sur les problèmes d'ordre technique, dans le cadre du contrat qui le lie à celui-ci. Cet avis porte notamment sur les problèmes qui concernent la solidité de l'ouvrage et la sécurité des personnes ". En application de l'article L. 111-24 du même code, désormais codifié à l'article L. 125-2, le contrôleur technique est soumis à la présomption de responsabilité découlant du régime de la garantie décennale des constructeurs dans les limites des missions définies par le contrat le liant au maître d'ouvrage.

36. L'article 4 du CCTP, qui détaille avec précision le périmètre de la mission de contrôle technique dévolue à la société Bureau Véritas Construction, ne comporte aucune mention relative à la voirie et aux réseaux divers.

37. La société XL n'est dès lors pas fondée à soutenir que les désordres identifiés aux points 16 à 18 sont imputables à la Bureau Véritas Construction et engageraient la responsabilité de cette société sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs.

S'agissant du CEREMA et de l'État :

Quant à la demande de mise hors de cause du CEREMA :

38. Aux termes de l'article 20 du décret n° 2013-1273 du 27 décembre 2013 : " L'établissement est substitué à l'Etat dans l'ensemble des droits et obligations de celui-ci liés aux activités exercées par les services à partir desquels est constitué l'établissement () à l'exception () des obligations nées au titre des contentieux liés aux activités précédant la création de l'établissement () ". Aux termes de l'article 27 de ce décret : " Le présent décret entre en vigueur le 1er janvier 2014, à l'exception de l'article 21 ".

39. Ainsi qu'il a été dit aux points 1 et 5, le CETE de Lyon, ancien service composant aujourd'hui le CEREMA, a conclu avec le maître de l'ouvrage un contrat d'assistance à maîtrise d'ouvrage le 26 mars 2009 et les travaux en litige se sont déroulés entre 2010 et 2012, soit avant le 1er janvier 2014. Les litiges qui sont nés des activités du CETE de Lyon n'ont dès lors pas été transférés au CEREMA de sorte que seule la responsabilité de l'État, à raison de ces activités, est susceptible d'être engagée.

40. Le CEREMA est dès lors fondé à demander à être mis hors de cause.

Quant au manquement de l'État à sa mission de contrôle extérieur :

41. Aux termes de l'article 1.8 du CCAP du marché conclu entre le CETE de Lyon et le maître de l'ouvrage : " Le présent marché a pour objet de confier, sous la forme d'un marché à bons de commande sur 36 mois, une mission de contrôles extérieurs des travaux à réaliser sur l'agglomération dijonnaise dans le cadre de la construction des lignes A et B du tramway sur un linéaire de 20 kilomètres environ. / Le présent marché de contrôles extérieurs de laboratoire s'appliquera aux travaux suivants : () béton de revêtement de la plate-forme tramway () enrobés de la plate-forme tramway et de la voirie, chaussée () ". L'article 1.1.2 du CCTP de ce marché stipule que : " () Le marché comprend : l'assistance technique à la maîtrise d'œuvre pour la validation, le suivi et le contrôle des Plans d'assurance qualité et des procédures d'exécution associées, des formulations de bétons et enrobés, la composition des couches de structure, des matériaux, fournitures et produits mis en œuvre ; les contrôles sur le site de la mise en œuvre des bétons, enrobés, remblais de couches et de structure les différentes fournitures et produits pour les ouvrages d'art ; l'envoi à la maîtrise d'œuvre des documents suivants : / procès-verbal de la vérification de la conformité des bétons, matériaux de constitution des couches de structures des chaussées et plate-forme () ; procès-verbal de visite de vérification sur le site de la conformité de la mise en œuvre de bétons, matériaux de constitutions des couches de structures des chaussées et plate-forme, enrobés et revêtements de chaussées () ".

42. Il résulte de l'instruction que si, conformément à l'article 1.1.2 du CCTP -qui n'est par lui-même pas contradictoire avec l'article 1.8 du CCAP-, le CETE de Lyon a bien procédé à un contrôle technique extérieur sur les couches d'enrobé entre 2011 et 2012, il n'a pas cependant accompli correctement sa mission de contrôleur en ne détectant pas les anomalies mentionnées aux points 20 à 23.

43. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 38 à 42, la société XL est seulement fondée à soutenir que les désordres identifiés aux points 16 à 18 sont imputables à l'État, représenté par le préfet de la région Rhône-Alpes -responsable au titre des activités exercées par le CETE de Lyon dans le cadre du contrat conclu en 2009 avec la COMADI- et engagent la responsabilité de l'État sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs. Il sera en l'espèce fait une juste appréciation de la part de responsabilité de l'État dans l'apparition de ces désordres en l'évaluant à 10 %.

En ce qui concerne l'évaluation des travaux de reprise :

S'agissant de la détermination de méthode de réparation :

44. Par une demande adressée au tribunal le 21 février 2023, alors qu'un premier rapport avait été remis le 3 novembre 2021, l'expert judiciaire a sollicité la désignation d'un sapiteur externe en vue d'assurer " la définition du projet de réparation " reprenant les préconisations de ses précédents rapports avec les missions AVP et PRO. Par une ordonnance du vice-président du tribunal administratif de Dijon du 24 février 2023, la société Ginger CEBTP, société spécialisée dans l'ingénierie des sols, des matériaux et des ouvrages, a été désignée à cet effet. Dans sa première version, le sapiteur a préconisé une première méthode de réparation dite " réfection à neuf " de l'enrobé sur l'intégralité des zones utilisées par les bus avec un rabotage de 29 centimètres. À la suite de dires des parties, dans une seconde version, le même sapiteur a envisagé en plus une seconde méthode de réparation, dite de " réparation ", qui consiste à opérer une réfection à neuf sur les seules zones de stationnement et une réfection partielle des zones de circulation avec un rabotage de 8 cm correspondant à la couche de roulement BBME, le maintien de la couche de fondation EME d'origine et la mise en œuvre d'une couche d'accrochage.

45. Certes, l'expert judiciaire préconise dans son rapport du 5 février 2024 d'opérer des travaux de réparation conformément à la seconde proposition proposée par la société Ginger CEBTP.

46. Toutefois, tout d'abord, l'expert ne justifie son choix de méthode réparatoire qu'au sein d'un courriel en indiquant très succinctement que l'adoption de la première proposition présentée par le sapiteur consisterait en une " amélioration de l'ouvrage " sans étoffer son argumentation au sein de son rapport et propose par ailleurs une évaluation sensiblement différente de celle proposée par le sapiteur sans en justifier.

47. Ensuite, selon le sapiteur, sa première proposition de réfection intégrale est conforme aux objectifs de réparation durable de la cause des désordres, de délais de réalisation des travaux compatibles avec les contraintes d'exploitations du site, d'une proposition de solution équivalente à la solution initiale, d'une solution homogène pour permettre une reconfiguration du site et d'un niveau fini constant pour conserver ses conditions d'exploitations similaires aux conditions actuelles.

48. Enfin, les désordres identifiés aux points 16 à 18 résultent de la même cause tenant à une structuration homogène de la chaussée défectueuse et impactent l'ensemble des zones de stationnement et de circulation utilisées par les bus. Ces désordres se manifestent tant par des flaches, en présence d'un stationnement régulier que par des fissurations sur l'ensemble des zones. Il résulte des termes du rapport du sapiteur que dans le cadre du renouvellement progressif de son parc de bus, l'aménagement actuel de la plateforme de stationnement du centre de maintenance est susceptible d'évoluer à moyen terme pour garantir le stationnement des nouveaux bus. Les zones dédiées à la circulation pourraient ainsi devenir des zones de stationnement et les flaches identifiés au point 16 pourraient survenir puisque la couche de fondation EME serait maintenue. Par ailleurs, le sapiteur, constatant la faiblesse des analyses conduites sur les zones de circulation, a émis de fortes réserves sur la durabilité des travaux envisagés selon la seconde proposition et a indiqué dans sa première version " qu'aucune autre solution " ne paraissait durable compte tenu du trafic journalier.

49. Compte tenu de l'ensemble de l'analyse qui a été conduite aux points 44 à 48, seule la première méthode de réparation, dite de " réfection intégrale ", proposée par le sapiteur assure avec certitude une réparation pérenne de l'ensemble des désordres.

S'agissant de l'évaluation du coût des travaux de reprise :

50. En premier lieu, compte tenu de ce qu'a indiqué le sapiteur dans son rapport, il y a lieu d'évaluer les travaux de réfection à neuf permettant de remédier à l'ensemble des désordres identifiés aux points 16 à 18 à une somme de 4 520 162 euros HT, soit 5 424 194,40 euros TTC.

51. En deuxième lieu, en l'absence de discussion sur ce point et en l'état de l'instruction, compte tenu des frais annexes aux travaux évalués à 69 257,34 euros HT par l'expert judiciaire selon la deuxième solution de " réparation " préconisée par le sapiteur, en présence d'une durée de travaux équivalente avec la solution de réfection à neuf, il sera fait une exacte appréciation de ces frais en les évaluant à une somme de 69 257,34 euros HT, soit 83 108,81 euros TTC.

52. En dernier lieu, il sera fait une juste appréciation des frais de supervision en les évaluant à une somme de 57 171 euros HT, soit 68 605,20 euros TTC.

53. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 50 à 52, il y a lieu d'évaluer le coût de l'ensemble des travaux de reprise à 5 575 908,41 euros TTC.

En ce qui concerne la détermination des condamnations :

S'agissant de la condamnation au principal :

54. Il résulte de ce qui a été dit aux points 13 et 53 que la société XL a en principe droit au versement d'une somme de 5 165 231,20 euros correspondant au montant de sa quittance subrogatoire. Toutefois, dans le dernier état de ses écritures, la société XL a expressément limité à 5 162 983 euros le montant de sa demande. Dans ces conditions, et en vertu du principe selon lequel le juge ne peut pas statuer ultra petita, il y a seulement lieu de limiter à 5 162 983 euros le montant de la condamnation auquel a droit la société XL.

S'agissant des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts :

55. D'une part, aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de dispositions spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement () ". L'article L. 313-3 du code monétaire et financier prévoit que : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire, fût-ce par provision. Cet effet est attaché de plein droit au jugement d'adjudication sur saisie immobilière, quatre mois après son prononcé () ".

56. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification.

57. Dans ses écritures, la société XL a seulement demandé le versement d'intérêts au taux légal " à compter du jugement à intervenir ". Une telle demande, qui présente ainsi un caractère prématuré, est dépourvue d'objet et doit être rejetée.

58. D'autre part, en application de l'article 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

59. La demande d'intérêts au taux légal étant dépourvue d'objet, comme il a été dit au point 57, la demande de capitalisation des intérêts présentée par la société XL doit être rejetée.

60. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 8 à 59 que la société XL est seulement fondée à demander la condamnation in solidum de la société Guintoli, de la société WSP France et de l'Etat à lui verser une somme de 5 162 983 euros.

Sur les actions en garantie :

En ce qui concerne les actions en garantie présentées par les sociétés Ferrand-Sigal Architectes, EODD Ingénieurs Conseils, EGIS villes et transports et OTEIS :

61. Aucune condamnation n'ayant été prononcée à l'encontre de la société Ferrand-Sigal Architectes, de la société EODD Ingénieurs conseils, de la société EGIS villes et transports et de la société OTEIS, les actions en garantie présentées par ces sociétés, qui n'ont d'ailleurs été présentées qu'à titre subsidiaire, doivent être rejetées.

En ce qui concerne les actions en garantie présentées par la société WSP France :

62. D'une part, compte tenu de ce qui a été dit aux points 26, 34 et 43, il y a lieu de condamner la société Guintoli et l'État à garantir la société WSP France respectivement à hauteur de 60 % et 10 % au titre des condamnations prononcées à son encontre.

63. D'autre part, compte tenu de ce qui a été dit aux points 27 à 33, 37 et 39, les actions en garantie exercées par la société WSP France contre la société Bureau Veritas, la société Ferrand-Sigal architectes et associés, la société EODD Ingénieurs Conseils, la société Burgéap et le CEREMA doivent être rejetées.

En ce qui concerne les actions en garantie présentées par la société Guintoli :

64. D'une part, compte tenu de ce qui a été dit aux points 26, 34 et 43, il y a lieu de condamner la société WSP France et l'État à garantir la société Guintoli respectivement à hauteur de 30 % et 10 % au titre des condamnations prononcées à son encontre.

65. D'autre part, compte tenu de ce qui a été dit aux points 27 à 33, 37 et 39 et 64, les actions en garantie exercées par la société Guintoli contre la société Ferrand-Sigal architectes et associés, la société EODD Ingénieurs conseils, la société Burgéap, la société EGIS villes et transports, la société Bureau Veritas Construction et le CEREMA doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

66. Compte tenu des parts de responsabilité retenues à l'égard des différents acteurs à l'acte de construire identifiées ci-dessus, il y a lieu de mettre définitivement les frais d'expertise et les frais de sapiteur, qui ont été taxés et liquidés à la somme totale de 62 659,20 euros TTC par une ordonnance du 24 juin 2024 du vice-président du tribunal administratif de Dijon, à la charge de l'État à hauteur de 6 265,92 euros, à la charge de la société WSP France à hauteur de 18 797,76 euros et à la charge de la société Guintoli à hauteur de 37 595,52 euros.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

S'agissant des demandes de la société XL :

67. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge des sociétés Ferrand-Sigal architectes et associés, EGIS villes et transports, EODD Ingénierie, Burgéap, OTEIS, Bureau Véritas Construction et du CEREMA, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes vis-à-vis de la société XL, le versement de la somme que demande la société XL au titre des frais que celle-ci a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

68. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre respectivement à la charge de la société Guintoli une somme de 1 500 euros, à la charge de la société WSP France une somme de 750 euros et à la charge l'État une somme de 250 euros à verser à la société XL au titre de ces mêmes frais.

S'agissant des demandes présentées par les autres parties :

69. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société XL, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante vis-à-vis de la société WSP France et de la société Guintoli, le versement des sommes que demandent respectivement ces sociétés au titre des frais qu'elles ont exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

70. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société XL les sommes que demandent respectivement les sociétés Ferrand-Sigal architectes associés, EGIS villes et transports, EODD Ingénierie et OTEIS au titre de ces mêmes frais.

71. Le CEREMA, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat et ne justifie pas avoir exposé des frais spécifiques à l'occasion de l'instance, n'est pas fondé à demander qu'une somme soit mise à la charge de la société XL au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La société Guintoli, la société WSP France et l'État sont condamnés in solidum à verser à la XL Insurance Company SE une somme de 5 162 983 euros.

Article 2 : Les frais d'expertise et les frais de sapiteur, taxés et liquidés à la somme de 62 659,92 euros, sont mis à la charge définitive de la société Guintoli, à hauteur de 37 595,52 euros, de la société WSP France, à hauteur de 18 797,76 euros, et de l'État à hauteur de 6 265,92 euros.

Article 3 : La société Guintoli versera à la société XL Insurance Company SE une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La société WSP France versera à la société XL Insurance Company SE une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : L'État versera à la société XL Insurance Company SE une somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : La société Guintoli et l'État garantiront la société WSP France respectivement à hauteur de 60 % et de 10 % des condamnations prononcées à son encontre à l'article 1er.

Article 7 : La société WSP France et l'État garantiront la société Guintoli respectivement à hauteur de 30 % et 10 % des condamnations prononcées à son encontre à son encontre à l'article 1er.

Article 8 : Les conclusions présentées par les parties sont rejetées pour le surplus.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à la société XL Insurance Company SE, à la société Ferrand-Sigal Architectes et associées, à la société Bureau Véritas Construction, à la société WSP France, à la société EGIS villes et transports, à la société Guintoli, à la société EODD Ingénieurs Conseils, à la société Burgéap, à la société OTEIS, au centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2025.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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