jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202092 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ROUSSOT-LOISIER-RAYNAUD DE CHALONGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 août 2022, 24 juillet 2023, 16 février 2024 et 23 avril 2024, la société Joseph, représentée par Me Loisier, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Cluny, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, à lui verser une somme de 16 833 euros au titre du solde du lot n° 14 " menuiseries intérieures " du marché ayant pour objet la restructuration de l'établissement de santé ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cluny une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Joseph soutient :
- qu'ayant notifié son mémoire de réclamation au pouvoir adjudicateur et au maître d'œuvre dans le délai prévu par l'article 50 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-T), le décompte général du marché n'est pas devenu définitif ;
- à titre principal, que les pénalités de retard qui lui ont été infligées ne sont pas justifiées ;
- à titre subsidiaire, que le montant des pénalités de retard que le centre hospitalier lui a infligées est manifestement excessif.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 février 2023, 31 janvier 2024, 20 février 2024 et le 26 avril 2024, le centre hospitalier de Cluny, représenté par Me Millanvois, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Joseph une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre hospitalier de Cluny soutient que :
- la société Joseph n'ayant pas notifié son mémoire de réclamation au maître d'ouvrage et au maître d'œuvre dans le délai prévu par l'article 50 du CCAG-T, le décompte général du marché est devenu définitif, de sorte que cette société n'est pas recevable à contester le montant des pénalités qui lui ont été infligées ;
- les moyens invoqués par la société Joseph ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boissy,
- les conclusions de M. A,
- les observations de Me Flandin, substituant Me Loisier, représentant la société Joseph,
- et les observations de Me Millanvois représentant le centre hospitalier de Cluny.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'une opération de restructuration de l'établissement, le centre hospitalier de Cluny a notamment confié à la société Joseph, le 29 octobre 2013, le lot n°14 " menuiseries intérieures " de cette opération pour un prix global et forfaitaire de 1 056 809,33 euros HT porté à 1 065 772,16 euros HT par des avenants conclus entre les parties. Un litige s'étant noué lors de l'établissement du règlement financier du marché, la société Joseph demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Cluny à lui régler la somme de 16 833 euros au titre du solde du lot n°14.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir contractuelle opposée par le centre hospitalier de Cluny :
2. L'article 50 du CCAG-T, relatif aux " règlement des différends et des litiges ", du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux (CCAG-T), dans sa rédaction issue de l'arrêté du 8 septembre 2009 et que les parties ont entendu appliquer à leurs relations contractuelles par l'effet du B de l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché : " 50.1. Mémoire en réclamation : / 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. / 50.1.2. Après avis du maître d'œuvre, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire sa décision motivée dans un délai de quarante-cinq jours à compter de la date de réception du mémoire en réclamation. / 50.1.3. L'absence de notification d'une décision dans ce délai équivaut à un rejet de la demande du titulaire. / 50.2. Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas donné suite ou n'a pas donné une suite favorable à une demande du titulaire, le règlement définitif du différend relève des procédures fixées aux articles 50.3 à 50.6. / 50.3. Procédure contentieuse : / 50.3.1. A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation. / 50.3.2. Pour les réclamations auxquelles a donné lieu le décompte général du marché, le titulaire dispose d'un délai de six mois, à compter de la notification de la décision prise par le représentant du pouvoir adjudicateur en application de l'article 50.1.2, ou de la décision implicite de rejet conformément à l'article 50.1.3, pour porter ses réclamations devant le tribunal administratif compétent. / 50.3.3. Passé ce délai, il est considéré comme ayant accepté cette décision et toute réclamation est irrecevable ".
3. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de la réception, le 14 décembre 2021, du décompte général du marché, la société Joseph a notifié son mémoire de réclamation, le 20 janvier 2022, soit dans le délai de quarante-cinq jours suivant la notification du décompte général prévu au troisième alinéa de l'article 50.1.1 du CCAG-T, à la fois au représentant du pouvoir adjudicateur et au maître d'œuvre, la SCP architecture Garbit et Blondeau. La fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Cluny tirée de la méconnaissance, par le titulaire du marché, des règles édictées par l'article 50.1.1 du CCAG-T doit dès lors être écartée.
En ce qui concerne les postes de réclamation :
S'agissant du poste de réclamation relatif aux pénalités :
Quant à la pénalité pour absences aux réunions de chantier :
4. Il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contesté que la société Joseph a été absente à sept reprises aux réunions de chantier. Le maître d'ouvrage était dès lors fondé à lui infliger, en application de l'article 6.3 du CCAP, des pénalités d'un montant de 1 050 euros (7x150).
Quant aux pénalités de retard :
5. L'article 6.3 du CCAP prévoit notamment que, du simple fait de la constatation d'un retard par le maître d'œuvre, l'entrepreneur est susceptible d'encourir une " pénalité définitive " journalière de 1/1 000ème du montant de son marché s'il n'a pas achevé les travaux lui incombant dans le délai d'exécution propre à son lot ou a perturbé la marche du chantier ou provoqué des retards dans le déroulement des marchés relatifs aux autres lots.
6. Lorsque le cocontractant n'est que partiellement responsable d'un retard dans l'exécution du contrat, les pénalités applicables doivent être calculées seulement d'après le nombre de jours de retard imputables au cocontractant lui-même.
7. Il résulte de l'instruction que, par un ordre de service n°16-14, le maître d'œuvre a lancé la phase 2 de l'opération de restructuration du centre hospitalier et demandé à la société Joseph d'exécuter ses travaux entre le 6 juillet 2015 et le 3 mars 2017.
8. D'une part, il résulte de l'instruction que la société Joseph n'a pas commandé en temps utile les portes stratifiées auprès de son fournisseur, qui les lui a livrées avec retard, au début du mois de juin 2017 et qu'elle a posé avec retard les " paillasses humides ".
9. D'autre part, il résulte de l'instruction, notamment des comptes rendus de chantier des 24 et 31 mai 2017, du courrier du 19 juin 2017, des photographies produites et du courrier du maître d'œuvre du 21 novembre 2018, que d'autres corps de métier, et en particulier les entreprises titulaires des lots nos 12 et 16, respectivement chargées d'exécuter les prestations relatives aux " peintures " et aux " sols souples ", ont également pris d'importants retards dans l'accomplissement de leurs travaux qui n'étaient pas encore achevés à la fin du mois de mai 2017.
10. Si la société Joseph avait été en mesure de poser les portes stratifiées dès le début du mois de mai 2017, elle aurait ainsi nécessairement été perturbée dans l'exécution de ses propres prestations. Il n'est cependant pas établi que cette situation de co-activité l'aurait radicalement empêchée d'accomplir, au fur et à mesure de l'avancement des travaux des autres lots, l'exécution, même ralentie, de ses propres travaux. Compte tenu de cette situation particulière, il sera fait une juste appréciation du nombre de jours qui aurait été nécessaire à la société Joseph pour exécuter ses prestations en les évaluant à onze.
11. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 8 à 10, le nombre de jours de retard imputables à la société Joseph dans le retard général du chantier au cours du mois de mai peut être évalué à vingt. Compte tenu du taux des pénalités que le maître d'ouvrage a décidé d'appliquer -543 euros par jour (16 833/31)-, il y a lieu de fixer le montant des pénalités de retard à la somme de 10 860 euros (543 x20).
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que le montant du poste " pénalités " s'élève à 11 910 euros.
Quant à la modération des pénalités :
13. Les pénalités de retard prévues par les clauses d'un marché public ont pour objet de réparer forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer au pouvoir adjudicateur le non-respect, par le titulaire du marché, des délais d'exécution contractuellement prévus. Elles sont applicables au seul motif qu'un retard dans l'exécution du marché est constaté et alors même que le pouvoir adjudicateur n'aurait subi aucun préjudice ou que le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché qui résulte de leur application serait supérieur au préjudice subi.
14. Si, lorsqu'il est saisi d'un litige entre les parties à un marché public, le juge du contrat doit, en principe, appliquer les clauses relatives aux pénalités dont sont convenues les parties en signant le contrat, il peut, à titre exceptionnel, saisi de conclusions en ce sens par une partie, modérer ou augmenter les pénalités de retard résultant du contrat si elles atteignent un montant manifestement excessif ou dérisoire, eu égard au montant du marché et compte tenu de l'ampleur du retard constaté dans l'exécution des prestations.
15. Les pénalités, telles qu'elles ont été déterminées par le présent jugement, représentent environ 1 % du montant total du marché. Dans ces conditions, la société Joseph n'est pas fondée à soutenir que ces pénalités ont atteint un montant manifestement excessif. Il n'y a donc pas lieu d'en modérer le montant.
En ce qui concerne la détermination du décompte général et du solde du marché :
S'agissant des postes du décompte général :
16. Au crédit du décompte général du marché figurent le poste " marché de base ", d'un montant de 1 056 809,33 euros HT, le poste " avenants " d'un montant de 8 962,83 euros HT, et le poste révisions des prix, d'un montant de 34 555,04 euros HT. Le montant total du crédit du décompte général s'élève donc à 1 100 327,20 euros HT, soit, compte tenu du taux de TVA applicable en 2013 puis à partir du 1er janvier 2014, à 1 320 246,29 euros TTC. Au débit du décompte général figure le poste " pénalités ", d'un montant de 11 910 euros. Le décompte général du marché s'élève dès lors à la somme de 1 308 336,29 euros TTC (1 320 246,29 - 11 910).
S'agissant du solde du marché :
17. Il résulte de l'instruction que le pouvoir adjudicateur, à la date du présent jugement, a réglé à la société Joseph et à ses sous-traitants une somme totale de 1 302 363,89 euros TTC (1 278 398,89 + 23 965). Le solde du marché s'élève donc à 5 972,40 euros TTC (1 308 336,29 - 1 302 363,89) au profit du titulaire du lot n° 14.
18. Il résulte de tout ce qui a été dit aux points 2 à 17 que la société Joseph est seulement fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Cluny à lui verser la somme de 5 972,40 euros TTC au titre du règlement du lot n°14. Il n'y a en tout état de cause pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Joseph, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande le centre hospitalier de Cluny au titre des frais que celui-ci a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Cluny la somme que demande la société Joseph au titre de ces mêmes frais.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier de Cluny est condamné à verser à la société Joseph la somme de 5 972,40 euros TTC au titre du solde du marché.
Article 2 : Les conclusions présentées par les parties sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Joseph et au centre hospitalier de Cluny.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
M. DesseixLe président,
L. Boissy
La greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026