jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202214 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ROUSSEAU BALDINI PUJOL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 août 2022 et le 29 mai 2024, la société Orange, représentée par Me Pujol, demande au tribunal :
1°) de condamner la société Maréchal TP à lui verser la somme de 37 287,22 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 février 2021, en réparation de son préjudice matériel résultant des dommages causés à son réseau enterré de télécommunications ;
2°) de condamner la société Maréchal TP à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation de sa perte d'exploitation et de son préjudice commercial ;
3°) de mettre à la charge de la société Maréchal TP une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Orange soutient que :
- à l'occasion de travaux de forage effectués en qualité de sous-traitant de la société Engie Ineo dans le cadre de travaux publics sur le réseau de chauffage urbain appartenant à l'autorité concédante, Mâcon Energie Service, la société Maréchal TP a endommagé des câbles et fibres optiques enterrés lui appartenant ;
- la responsabilité sans faute de la société Maréchal TP est engagée envers elle, en sa qualité de tiers victime d'un dommage de travaux publics, dès lors qu'existe un lien de causalité entre le travail public et le dommage dont elle demande réparation ;
- la société Maréchal TP ne conteste pas l'implication de son matériel à l'origine du dommage ;
- cette société devait en outre, en sa qualité d'exécutante des travaux de forage, lui adresser une déclaration d'intention de commencement des travaux (DICT) en application de l'article R. 554-25 du code de l'environnement et effectuer un repérage de l'ensemble du réseau dans l'emprise de ses travaux ;
- la faible profondeur d'enfouissement des ouvrages ne constitue pas une faute exonératoire de responsabilité ;
- elle a subi un préjudice matériel, correspondant au coût des travaux de réparation, qui s'élève à 37 287,22 euros, ainsi que des troubles de jouissance, une désorganisation de son service et une atteinte à l'image auprès de ses clients du fait de l'interruption temporaire du trafic, évalués à la somme de 5 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 novembre 2023 et le 15 mai 2024, la société Maréchal TP, représentée par la SCP Reffay et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter la requête de la société Orange ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la société Inéo Réseaux Nord Est à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;
3°) de rejeter les conclusions présentées par la société Inéo Réseaux Nord Est à son encontre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de la société Orange une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Maréchal TP soutient que :
- le litige ayant trait à des dommages de travaux publics intervenus dans le cadre d'un marché public pour l'extension du réseau de chauffage urbain de la ville de Mâcon, la juridiction administrative est compétente y compris pour statuer sur la responsabilité du donneur d'ordre, la société Inéo Réseaux Nord Est de ses travaux ;
- elle n'était pas tenue de déposer une nouvelle DICT à la société Orange, qui avait déjà été destinataire de la DICT établie par la société Inéo ;
- elle a réalisé le forage conformément aux plans d'exécution établis par la société Inéo, sur lesquels figuraient les réseaux situés à proximité avec les cotes correspondantes et qui indiquaient que les réseaux Télécom étaient au-dessus du cheminement du forage horizontal ;
- la société Orange a commis une faute de nature à l'exonérer totalement de sa responsabilité en fournissant des plans erronés ne mentionnant pas la cote réelle de ses réseaux ;
- le quantum des demandes indemnitaires n'est pas justifié ;
- à titre subsidiaire, la société Inéo devra la garantir des éventuelles condamnations prononcées à son encontre compte tenu des erreurs figurant sur les plans d'exécution communiqués.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 février 2024 et le 30 mai 2024, la société Ineo Réseaux Nord Est, représentée par Persea, demande au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions d'appel en garantie formées à son encontre par la société Maréchal TP ;
2°) de mettre à la charge de la société Maréchal TP une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Ineo Réseaux Nord Est soutient que :
- à titre principal, le marché de sous-traitance la liant à la société Maréchal TP étant un contrat de droit privé, l'action dirigée à son encontre relève de la compétence exclusive du juge judiciaire ;
- la société Maréchal TP n'apporte pas la preuve que le sinistre trouve son origine dans une faute qu'elle aurait commise ;
- la société Maréchal TP, en sa qualité d'exécutant de travaux de forage, a commis une faute de nature à l'exonérer de toute responsabilité en n'établissant pas de DICT conformément aux dispositions de l'article R. 554-25 du code de l'environnement et à ses obligations contractuelles, et en ne procédant pas à un repérage préalable des canalisations litigieuses ;
- à titre subsidiaire, la société Orange ne justifie ni du coût et de la durée des travaux réparatoires ni de la réalité du préjudice de jouissance, d'une désorganisation du service et d'une atteinte à son image.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix,
- les conclusions de M. C,
- et les observations de Me Soulard substituant Me Debuchy, représentant la société Ineo Réseaux Nord Est.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de travaux d'extension du réseau de chaleur de la ville de Mâcon, la société Inéo Réseaux Est, devenue Inéo Réseaux Nord Est, a confié la sous-traitance de travaux de forage à la société Maréchal TP. Le 24 juillet 2019, à l'occasion de ces travaux de forage, le réseau téléphonique souterrain appartenant à la société Orange a été endommagé. Le 2 février 2021, la société Orange a mis en demeure la société Maréchal TP de lui régler les frais de remise en état de son installation pour un montant de 37 287, 22 euros. En l'absence de réponse, la société Orange SA a saisi le tribunal de commerce de Lons-le-Saunier afin d'obtenir la condamnation de la société Maréchal TP et de son assureur, la société l'Auxiliaire, à réparer son préjudice. Par un jugement en date du 15 avril 2022, le tribunal de commerce de Lons-le-Saunier s'est déclaré incompétent pour connaître de l'action en responsabilité engagée par la société Orange et a, d'une part, renvoyé la société requérante à saisir la juridiction administrative de sa demande présentée à l'encontre de la société Maréchal TP, et d'autre part, renvoyé au tribunal judiciaire de Lyon l'action tendant à obtenir la condamnation de la société l'Auxiliaire en sa qualité d'assureur de la société Maréchal TP. La société Orange demande au tribunal administratif de Dijon de condamner la société Maréchal TP à lui verser, au principal, une somme totale de 42 287,22 euros en réparation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Même en l'absence de faute, le maître de l'ouvrage et, le cas échéant, l'entrepreneur chargé des travaux sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Il appartient au tiers, victime d'un dommage de travaux publics, de rapporter la preuve du lien de causalité entre les travaux effectués et les dommages qu'il a subis.
3. D'une part, les travaux d'extension du réseau de chaleur de la ville de Mâcon, exécutés dans un but d'intérêt général et pour le compte d'une personne publique, ont le caractère de travaux publics. D'autre part, il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté que les travaux de forage réalisés le 24 juillet 2019, à l'occasion desquels le réseau téléphonique souterrain de la société Orange a été endommagé, ont été réalisés par la société Maréchal TP. La société Orange, qui a la qualité de tiers par rapport à ces travaux, établit ainsi l'existence d'un lien de causalité entre le dommage qu'elle a subi et les travaux publics en cause.
4. La société Maréchal TP fait toutefois valoir que la société Orange, en fournissant des plans erronés ne mentionnant pas la profondeur réelle de ses réseaux, a commis une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité.
5. Il résulte des articles R. 554-25 et R. 554-26 du code de l'environnement que l'exécutant des travaux est en principe tenu d'adresser une déclaration d'intention de commencement de travaux (DICT) à chacun des exploitants de réseaux souterrains visés à l'article R. 554-2 du même code, et ceux-ci sont tenus de répondre sous forme de récépissé à cette déclaration, sous condition de délai, en apportant toutes les informations utiles, notamment celles relatives à la localisation des ouvrages existants et aux précautions spécifiques à prendre compte tenu des techniques de travaux et selon la nature, les caractéristiques et la configuration de ces ouvrages.
6. Il résulte tout d'abord de l'instruction que les plans sur lesquels s'est fondée la société Maréchal TP pour procéder aux forages à l'origine du dommage n'ont pas été réalisés par la société Orange mais lui ont été produits par la société Inéo Réseaux Nord Est. Ensuite, la société Orange a coché, dans sa réponse à la DICT déposée par la société Inéo Réseaux Nord Est, la case indiquant " tous les tronçons dans l'emprise ne sont pas en totalité de classe A : investigations complémentaires ou clauses particulières au marché à prévoir ". Par ailleurs, les plans fournis par la société Orange en réponse à la DICT indiquent que le réseau concerné est matérialisé avec une précision cartographique de classe B, ce qui signifie qu'il existe une incertitude de localisation du réseau allant de 40 cm à 1,50 m. A, il résulte des termes mêmes du contrat de sous-traitance conclut entre la société Inéo Réseaux Nord Est et la société Maréchal TP que cette dernière était contractuellement tenue d'établir sa propre DICT afin de recueillir directement auprès d'Orange les informations sur la localisation du réseau, démarche que la société Maréchal TP n'établit ni même n'allègue avoir effectuée. La société Maréchal TP n'est dès lors pas fondée à soutenir que, dans les circonstances de l'espèce, la société Orange SA a commis une faute de nature à l'exonérer, même partiellement, de sa responsabilité.
7. Il résulte de ce qui précède que la société Orange est fondée à rechercher la responsabilité de la société Maréchal TP pour les dommages causés à son réseau.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
8. En premier lieu, la société Orange a produit différents documents, circonstanciés et détaillés, pour justifier que le coût des travaux de réparation de l'ouvrage endommagé et le coût de la main d'œuvre qu'elle avait dû mobiliser au moment de l'incident s'élevaient à un montant total de 37 287,22 euros. En se bornant à soutenir que la société requérante s'était constituée des preuves à elle-même ou à faire état de rectifications manuscrites sur les justificatifs produits -rectifications ayant au demeurant pour objet de réduire le nombre d'heures d'intervention de ses agents-, la société Maréchal TP n'a apporté aucun élément concret permettant de considérer qu'une partie des prestations figurant sur les documents établis par la société Orange n'aurait en réalité pas été effectuée ou aurait été surévaluée. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation du préjudice matériel subi par la société Orange en l'évaluant à la somme de 37 287,22 euros.
9. En second lieu, la société Orange n'établit pas, par les seuls éléments qu'elle a produits au dossier, avoir subi des troubles de jouissance, un préjudice résultant d'une perte d'exploitation ou un préjudice commercial. Ces chefs de préjudice doivent dès lors être écartés.
En ce qui concerne les intérêts au taux légal :
10. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, la société requérante a droit aux intérêts au taux légal à compter du 4 février 2021, date de réception de sa demande indemnitaire par la société Maréchal TP.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Orange est seulement fondée à demander la condamnation de la société Maréchal TP à lui verser une somme de 37 287,22 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 février 2021.
Sur l'action en garantie :
12. Si la société Maréchal TP demande à être garantie des condamnations prononcées à son encontre par la société Inéo Réseaux Nord Est, il est constant que ces deux sociétés sont liées par un contrat de sous-traitance qui est un contrat de droit privé. La juridiction administrative n'est par suite pas compétente pour se prononcer sur cette action en garantie qui doit être rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaitre.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Orange, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande la société Maréchal TP au titre des frais que celle-ci a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Maréchal TP une somme de 1 500 euros à verser à la société Orange au titre de ces mêmes frais.
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Maréchal TP la somme que demande la société Inéo Réseaux Nord Est au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La société Maréchal TP est condamnée à verser à la société Orange une somme de 37 287,22 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 février 2021.
Article 2 : L'action en garantie présentée par la société Maréchal TP à l'encontre de la société Inéo Réseaux Nord Est est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.
Article 3 : La société Maréchal TP est condamnée à verser à la société Orange une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Orange, à la société Maréchal TP et à la société Inéo Réseaux Nord Est.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 décembre 2024.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. Boissy
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026