mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202251 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CH 3 JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 août et 11 septembre 2022, M. A B soumet au tribunal un litige l'opposant au département de la Côte-d'Or relatif au rejet de sa demande tendant au bénéfice du dispositif de " cumul RSA issu d'une reprise d'emploi ".
M. B soutient que :
- ni le département de la Côte-d'Or ni les services de la caisse d'allocations familiales (CAF) et de Pôle emploi ne l'ont informé de l'existence du dispositif dont il demande à bénéficier ;
- en estimant qu'il n'était pas éligible au dispositif de " cumul RSA ", le département de la Côte-d'Or a commis une erreur d'appréciation ;
- il " rencontre des difficultés financières ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, le département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Le département soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
La caisse d'allocations familiales a produit des observations le 2 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Boissy a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.
2. Conformément aux articles L. 262-47 et R. 262-88 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, la personne qui entend contester une décision statuant sur ses droits relatifs au revenu de solidarité active doit, avant de saisir le juge, former un recours préalable adressé au président du conseil départemental et la décision prise à la suite de ce recours préalable, qui se substitue à la décision initiale, est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif.
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
4. Le 20 juillet 2022, M. B a sollicité le bénéfice du dispositif, mis en place par le département de la Côte-d'Or, permettant de cumuler le revenu de solidarité active (RSA) avec des salaires à la suite d'une reprise d'emploi. Le 29 juillet 2022, sa demande a été rejetée. Par une décision du 12 août 2022, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a rejeté le recours préalable, mentionné au point 2, exercé le 2 août 2022 par l'intéressé contre cette décision du 29 juillet 2022. M. B doit être regardé comme demandant au juge administratif d'annuler la décision du 12 août 2022 et d'exercer son office défini au point 3.
5. Depuis janvier 2021, le département de la Côte-d'Or a institué un dispositif -reconduit par une délibération du 27 juin 2022- de soutien aux bénéficiaires du RSA leur permettant de cumuler ce revenu et les salaires issus d'une reprise d'emploi dans un métier dit " en tension " afin de soutenir leur parcours d'insertion professionnelle. En vertu de l'article 7 du règlement départemental des décisions d'opportunités, les personnes qui souhaitent bénéficier d'un tel dispositif doivent non seulement être bénéficiaires du RSA à la date de la reprise d'emploi et reprendre un emploi dans une filière professionnelle rencontrant des difficultés de recrutement, identifié " en tension " par le département et figurant dans une liste disponible sur le site internet du département, mais aussi transmettre aux services départementaux l'ensemble des pièces nécessaires à l'instruction de leur dossier dans le mois suivant leur reprise d'emploi.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B, titulaire, depuis le 25 février 2022, d'un contrat à durée déterminée conclu, pour une durée de dix-huit mois, avec Harmonie Mutuelle pour exercer les fonctions de conseiller numérique et de médiation numérique, a demandé au département de la Côte-d'Or, le 20 juillet 2022, à bénéficier du dispositif décrit au point 5, soit près de cinq mois après sa reprise d'emploi. En refusant de lui accorder le bénéfice de ce dispositif au motif que sa demande avait été tardivement présentée, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or n'a dès lors commis aucune erreur de droit ni aucune erreur d'appréciation. La circonstance que ni le département ni la CAF ni Pôle emploi n'ont informé l'intéressé de l'existence de ce dispositif reste par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision en litige.
7. En deuxième lieu, si l'article 3 de la délibération du 27 juin 2022 a ouvert le dispositif de cumul, à compter du 1er juillet 2022, au " métiers de l'animation et de l'accueil péri et extrascolaires ", les fonctions exercées par l'intéressé chez Harmonie mutuelle n'entrent pas dans le champ d'application de ces métiers ni de ceux énumérés à l'article 1.2.1 de cette délibération. En refusant d'accorder à M. B le bénéfice du dispositif de cumul au motif que l'emploi qu'il occupait ne figurait pas dans la liste des métiers en tension, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or n'a dès lors pas commis d'erreur d'appréciation.
8. En dernier lieu, la circonstance, à la supposer même établie, que l'intéressé " rencontre des difficultés financières " reste, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Sa requête doit par suite être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de la
Côte-d'Or.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Côte-d'Or.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
L. BoissyLa greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier0
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