mercredi 7 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202460 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GFG AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 septembre 2022 et le 30 avril 2024, les sociétés MMA IARD Assurances Mutuelles et MMA IARD ainsi que M. et Mme D, représentés par Me Kouma, demandent au tribunal :
1°) de condamner le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Côte-d'Or à verser aux sociétés MMA IARD Assurances Mutuelles et MMA IARD la somme de 508 877, 01 euros ;
2°) de condamner le service départemental d'incendie et de secours de la Côte-d'Or à verser à M. et Mme D la somme de 100 000 euros ;
3°) de mettre à la charge du SDIS de la Côte-d'Or la somme de 1 500 euros à verser à chaque partie requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de même que les dépens.
Ils soutiennent que :
- l'action des compagnies d'assurances est recevable dès lors qu'elles justifient du règlement de l'indemnité versée aux assurés ; elles sont subrogées dans les droits des assurés à concurrence de cette indemnité ;
- la décision implicite de rejet de la demande préalable est illégale dès lors qu'elle est dépourvue de toute motivation ;
- l'expertise a mis en évidence la responsabilité du SDIS de la Côte-d'Or ; selon l'expert, le chef des opérations aurait dû comprendre que la source de chaleur et de fumée se trouvait sous les plinthes et non au-dessus, le délai dont les secours ont disposé était suffisant pour procéder à une reconnaissance croisée avec plusieurs axes d'investigation, ils ont manqué d'une analyse pertinente ; l'expert ajoute que les pompiers auraient pu trouver le lieu d'origine du feu et que le pavillon n'était pas condamné ; le SDIS n'apporte aucun élément technique de contradiction aux conclusions de l'expert judiciaire ;
- les sociétés MMA IARD Assurances Mutuelles et MMA IARD SA ont indemnisé leurs assurés pou un montant de 476 207, 36 euros et réglé des frais pour un montant de 32 669, 65 euros ;
- les époux D ont subi un préjudice moral lié à la perte d'objets, de biens et de souvenirs estimé à 100 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 février 2024 et le 29 mai 2024, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Côte-d'Or, représenté par la SCP Cordelier et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 10 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires des sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles sont irrecevables dès lors qu'elles ne justifient pas du paiement de l'indemnité à l'assuré ; la quittance subrogative est postérieure à l'introduction de la requête ; le contrat d'assurance n'est pas produit alors que l'assureur doit démontrer qu'il a valablement payé sur le fondement de la subrogation légale ;
- sa faute n'est pas démontrée ; l'expert n'a pas relevé de méconnaissance du règlement opérationnel ou du schéma d'analyse et de couverture des risques ; le tribunal ne peut retenir une faute sur une seule appréciation non scientifique de l'expert qui ne fait que critiquer, après le sinistre, les actions et investigations menées ; la détermination de la bonne conduite de l'obligation de moyens pesant sur les pompiers se fait par rapport au règlement opérationnel et au schéma précité ; la loi n° 2011-851 du 20 juillet 2011 énonce que les diligences normales que doivent accomplir les sapeurs-pompiers sont appréciées notamment au regard de l'urgence dans laquelle s'exercent leurs missions ainsi que des informations dont ils disposent au moment de leur intervention ;
- la conclusion de l'expert ne résiste pas à la chronologie de l'intervention ni aux investigations réalisées par les pompiers ; elle repose en outre sur une absence de carbonisation de la penderie en bois constatée après le sinistre ; immédiatement à leur arrivée, le chef d'agrès et son binôme engagent une reconnaissance des lieux, interrogent les occupants, visitent le pavillon, notamment les combles depuis la trappe de la buanderie ; contrairement à ce qui est énoncé par l'expert, la caméra thermique a été utilisée notamment au rez-de-chaussée en direction du plafond ; ayant constaté que de la fumée sortait de la plinthe au niveau de l'habillage du boisseau de cheminée, il était normal que les recherches se concentrent en premier lieu sur le conduit de cheminée ; les pompiers ont constaté que certaines particules de la ouate de cellulose présente autour du conduit présentaient un début de combustion, ce qui justifiait de poursuivre les recherches ; ils ont encore découvert des solives noircies ; ils n'ont pas négligé les recherches dans le plenum, la caméra thermique ayant été utilisée au rez-de-chaussée pour balayer le plafond et à l'étage en direction du plancher, sans découverte de point chaud ; si l'expert indique que le plancher qui subit une élévation de température va rayonner, cette conclusion ne tient pas compte du système constructif du plancher en cause qui comprenait une multitude de couches, notamment de la ouate de cellulose qui présente la particularité de bien masquer les feux couvants selon l'ouvrage ; les pompiers ont recherché également un point chaud à mains nues, sans succès ;
- l'aspirateur d'isolant, uniquement présent à Beaune, est utilisé pour le délai ;
- l'usage d'une LDT était conforme tant en phase initiale qu'en phase de propagation de l'incendie ;
- à supposer que les pompiers aient concentré leurs investigations sur le plenum, l'incendie n'aurait pas pu être circonscrit avant l'embrasement de la charpente ;
- le préjudice matériel n'est aucunement justifié ; le montant de la quittance de règlement est inférieur au montant sollicité ; les frais présentés incluent les frais d'avocats qui relèvent de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; les frais d'expertise relèvent des dépens ; les requérants, qui ont également assigné M. E et son assurance devant le juge judiciaire, ne sauraient être indemnisés deux fois ;
- le préjudice doit être certain alors que l'expert n'est pas catégorique ;
- le SDIS ne devrait supporter le cas échéant que la seule aggravation du préjudice matériel, laquelle ne saurait représenter plus de 30 % des dommages ;
- il convient de déduire la vétusté pour déterminer le montant du préjudice ;
- le préjudice moral n'est pas expliqué dans son quantum ; l'intervention des pompiers n'est pas directement en lien avec le préjudice moral.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 7 mai 2024 et non communiqué, la société anonyme MIC Insurance Company, représentée par la SELAS GFG Avocats, demande au tribunal d'admettre son intervention, de renvoyer l'affaire afin de lui permettre de déposer un mémoire et de statuer ce que de droit sur les dépens.
Elle soutient que :
- l'expert a relevé des erreurs de la part du SDIS dans les investigations menées pour détecter l'origine du feu qui ont permis la propagation du feu de manière importante dans les combles ;
- une autre instance a été introduite par les requérants à l'encontre de M. E et d'elle-même devant le tribunal judiciaire ;
- compte tenu de la responsabilité prépondérante du SDIS de la Côte-d'Or dans la réalisation des dommages, elle a intérêt à intervenir et faire valoir ses observations sur les responsabilités établies par l'expert ; les condamnations prononcées à l'encontre du SDIS pourraient avoir une incidence sur la décision qui sera rendue par le tribunal judiciaire.
Par une intervention, enregistrée le 17 juin 2024, la société Axa France IARD, représentée par la SCP Cordelier et associés, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre la somme de 5 000 euros à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son intervention est recevable dès lors qu'elle est l'assureur en responsabilité civile du SDIS de la Côte-d'Or et qu'elle est fondée à opposer aux requérantes MMA les conventions entre assureurs qui s'imposent ;
- la requête est irrecevable dès lors que les sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles n'ont pas respecté la convention CORAL ; cette convention prévoit une procédure d'escalade qui n'a pas été respectée ; le non-respect de cette procédure entraîne l'irrecevabilité de la requête comme l'a jugé la Cour de Cassation ; les sociétés requérantes se sont affranchies de la procédure d'escalade et l'ont contournée en dirigeant leur recours subrogatoire contre le SDIS uniquement ;
- elle fait siens les arguments et moyens développés par son assuré ; les conventions entre assureurs excluent tout recours en valeur à neuf et tout recours tenant aux frais d'expertise judiciaire ; le SDIS ne pourrait se voir condamner au-delà de la seule aggravation du dommage qui ne saurait dépasser 30 % du montant du préjudice, vétusté déduite, soit la somme de 107 702, 10 euros.
Par une intervention, enregistrée le 18 juin 2024, la société anonyme MIC Insurance Company, représentée par la SELAS GFG Avocats, doit être regardée comme s'associant aux conclusions des requérants et demande au tribunal de statuer ce que de droit sur les dépens.
Elle soutient que :
- dans le cadre de la procédure pendante devant le tribunal judiciaire de Dijon, M. E a sollicité le sursis à statuer dans l'attente de la décision du tribunal administratif ; M. et Mme D se sont associés à cette demande ;
- les époux D et leurs assureurs forment exactement les mêmes demandes à l'encontre du SDIS devant le tribunal administratif et à l'encontre de M. E et de son assureur devant le tribunal judiciaire ; la décision à venir du tribunal administratif est susceptible d'avoir une incidence sur la décision qui sera rendue par le tribunal judiciaire ; le principe de réparation intégrale interdit aux juges de réparer deux fois le même préjudice ;
- elle fait état d'une position de non garantie de M. E qui n'était pas assuré pour l'activité " isolation thermique et acoustique " ;
- l'expert a relevé des erreurs du SDIS de la Côte-d'Or qui ont entraîné un retard dans la maîtrise du feu et permis sa propagation ; après une analyse méthodique du déroulement des faits, l'expert a conclu à une mauvaise lecture de la scène de l'incendie par le SDIS ; la part de responsabilité du SDIS est prépondérante.
Les parties ont été informées par une lettre du 3 juin 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 19 juin 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 16 octobre 2024 par une ordonnance du même jour.
Des pièces produites pour les requérants à la demande du tribunal ont été enregistrées le 5 mars et le 6 mars 2025 et communiquées dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
De même, des pièces produites pour le SDIS de la Côte-d'Or à la demande du tribunal ont été enregistrées le 6 mars 2025 et communiquées dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des assurances ;
- la loi n° 2011-851 du 20 juillet 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Hascoët,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,
- et les observations de Me Kouma, représentant les sociétés MMA IARD Assurances Mutuelles et MMA IARD ainsi que M. et Mme D et les observations de Me Roy-Thermes, représentant le SDIS de la Côte-d'Or et la société Axa France IARD.
Une note en délibéré produite pour les requérants a été enregistrée le 18 mars 2025 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme D sont propriétaires d'une maison d'habitation située à Couternon (Côte-d'Or). Le 28 janvier 2019, ils ont contacté le service départemental d'incendie et de secours de la Côte-d'Or à 22 h 12 en raison d'une élévation de température, d'une odeur de combustion et de l'observation de fumées sortant d'une plinthe. Les services de secours sont arrivés à 22 h 23 sur les lieux. Malgré les investigations menées pour détecter le point chaud, celui-ci n'a pas été identifié avant que le feu ne se propage à la charpente et la maison a été partiellement détruite et grandement endommagée. Par un courrier du 28 juin 2022, reçu le 1er juillet 2022, M. et Mme D ainsi que les sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles, leurs assureurs, ont sollicité du SDIS de la Côte-d'Or le versement d'une indemnité de 508 877, 01 euros à verser aux assureurs et 100 000 euros à verser à M. et Mme D à raison des fautes commises par le SDIS, telles qu'elles ont été mises en évidence par l'expertise ordonnée par le juge judiciaire. Cette demande ayant été implicitement rejetée, par leur requête, les époux D et les sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles demandent au tribunal de condamner le SDIS de la Côte-d'Or à leur verser les mêmes sommes.
Sur les interventions :
2. Est recevable à former une intervention devant le juge du fond toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. L'intervention formée dans le cadre d'un recours indemnitaire n'est recevable que si l'issue du contentieux indemnitaire lèse de façon suffisamment directe les intérêts de l'intervenant.
3. En outre, une intervention ne peut être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant, soit à celles du défendeur.
4. En l'espèce, le premier mémoire produit pour la société MIC Insurancce Company, enregistré le 7 mai 2024, ne constitue pas une intervention recevable dès lors que la société ne s'associe pas aux conclusions de l'une des parties.
5. Si la société MIC Insurance Compagny a produit un second mémoire en intervention, elle indique elle-même dans ce mémoire qu'elle refuse sa garantie à M. E, son assuré, dès lors que les activités professionnelles déclarées par celui-ci dans son contrat de responsabilité civile et décennale ne comprenaient pas l'activité d'isolation thermique et acoustique concernée par le dommage. Il résulte ainsi de ses propres déclarations qu'elle n'est pas susceptible de devoir verser une indemnité à M. E. Par suite, l'intervention de cette société n'est pas recevable dès lors que l'issue du contentieux indemnitaire ne peut pas léser ses intérêts de façon suffisamment directe.
6. En revanche, la société Axa France IARD est intervenue au soutien du SDIS de la Côte-d'Or, en faisant valoir sa qualité d'assureur de l'établissement, susceptible comme tel de devoir prendre en charge pour son assuré une condamnation indemnitaire au titre du contrat d'assurance concernant la responsabilité civile du SDIS qu'elle produit. Elle justifie ainsi d'un intérêt suffisant à intervenir dans la présente instance. Son intervention doit, en conséquence, être admise.
Sur la responsabilité du SDIS de la Côte d'Or :
7. Aux termes de l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales : " Les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. / () Dans le cadre de leurs compétences, les services d'incendie et de secours exercent les missions suivantes : / 1° La prévention et l'évaluation des risques de sécurité civile ; / 2° La préparation des mesures de sauvegarde et l'organisation des moyens de secours ; / 3° La protection des personnes, des biens et de l'environnement ; / 4° Les secours d'urgence aux personnes victimes d'accidents, de sinistres ou de catastrophes ainsi que leur évacuation ".
8. Il résulte de ces dispositions que la responsabilité du SDIS est susceptible d'être engagée dans l'hypothèse d'une faute commise dans le fonctionnement du service ou dans la gestion des moyens humains ou matériels mis en œuvre pour lutter contre un incendie ayant contribué à l'aggravation des conséquences dommageables de celui-ci. A cet égard, le service départemental d'incendie et de secours ne peut utilement invoquer la loi n° 2011-851 du 20 juillet 2011 qui ne concerne que la responsabilité pénale des pompiers.
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise établi par Mme B, désignée par le tribunal judiciaire de Dijon, que le service départemental d'incendie et de secours de la Côte-d'Or a été contacté le 28 janvier 2019 à 22 h 12 par Mme D en raison d'une odeur de combustion, d'une élévation de température et de l'observation de fumée s'échappant d'une plinthe dans sa chambre. Les premiers secours sont arrivés sur place à 22 h 23 et les pompiers ont procédé à une reconnaissance des lieux et à la recherche du point chaud. Néanmoins à 23 h 06, les pompiers n'avaient pas trouvé le foyer de l'incendie et celui-ci commençait à atteindre la charpente de la maison. L'expertise a permis d'établir que le départ de l'incendie se trouvait dans le plenum situé entre le rez-de-chaussée et le plancher de la chambre des époux D, la combustion lente initiale ayant une origine électrique liée à l'échauffement du câble alimentant un radiateur et ayant été rendue possible par le soufflage de ouate de cellulose auquel il a été procédé par M. E une semaine avant l'incendie, lequel a créé un piège à calories en supprimant tout ventilation dans le plenum. L'expert a ainsi relevé que le soufflage de la ouate de cellulose avait techniquement été le paramètre nouveau ayant permis l'amorçage de l'incendie. S'agissant du service départemental d'incendie et de secours, l'expert a relevé que les délais d'intervention, les engins mobilisés, les effectifs paraissaient adaptés. Elle a cependant considéré que les pompiers n'avaient pas procédé à une lecture pertinente et méthodique de l'incendie et qu'ils auraient dû orienter leurs recherches vers le plenum dont l'élévation de température était probablement détectable, avec ou sans caméra thermique.
10. Il résulte de l'instruction que quarante-trois minutes se sont écoulées entre l'arrivée des pompiers et la propagation de la combustion aux combles perdus puis à la charpente. Deux binômes étaient alors arrivés sur les lieux et ont procédé aux investigations, après un échange avec les époux D. Au rez-de-chaussée, ils ont ainsi pendant dix minutes examiné l'insert, le conduit de cheminée et visité la trappe d'accès aux combles perdus située dans la buanderie. Ils n'ont pas détecté de point chaud dans ces combles au moyen de la caméra thermique mais constaté la présence de l'isolant récemment soufflé. Ils ont ensuite gagné à l'étage la chambre des époux D où Mme D avait vu de la fumée s'échapper par une plinthe située au niveau du coffrage du conduit de cheminée. Les pompiers ont alors concentré leurs efforts sur le conduit de cheminée en créant une ouverture dans le coffrage et en dégarnissant le conduit qui était rempli de ouate de cellulose légèrement carbonisée.
11. Comme le relève l'expert, les pompiers ont pensé qu'il s'agissait d'un feu de cheminée. Le document intitulé " Historique de l'intervention " reprenant les transmissions effectuées par les pompiers indique ainsi à 22 h 42 " Feu de cheminée avec propagation à l'isolant " et à 22 h 56 " Le feu se situe entre le tubage et la paroi du conduit ". Toutefois, il résulte de l'expertise que plusieurs signes devaient leur permettre de comprendre que la combustion se situait ailleurs : en ouvrant le coffrage du conduit de cheminée, ils n'ont en effet pas constaté d'important dégagement de fumée et pas trouvé de matériau fortement carbonisé, les abords du conduit étant néanmoins remplis de ouate de cellulose légèrement carbonisée, soufflée à tort à proximité de celui-ci en dépit des normes applicables. En outre, ils avaient préalablement constaté l'absence de fumée et d'élévation de température dans les combles perdus situés à l'arrière du conduit de cheminée. Les pompiers auraient alors dû envisager la possibilité d'une origine de feu dans le plenum compte tenu de l'élévation de température ressentie par Mme D dans sa chambre, de l'absence de découverte d'un point chaud au niveau du conduit de cheminée et de l'absence d'autre espace technique à investiguer dans cette chambre de 26 m2. Alors que l'expert reproche aux pompiers de ne pas avoir recherché de point chaud au sol de la chambre, soit à mains nues, soit par l'usage de la caméra thermique, le service départemental d'incendie et de secours fait valoir qu'il a réalisé cette recherche, sans toutefois pouvoir apporter aucun élément au soutien de cette affirmation. Il résulte de l'instruction qu'une recherche méticuleuse en différents points du plancher, notamment à l'emplacement du lit qui n'a pas été déplacé, aurait dû permettre d'identifier le point chaud. S'il résulte de la documentation technique produite concernant l'usage de la caméra thermique que la ouate de cellulose peut rendre difficile la détection d'un point chaud au moyen de la caméra thermique, cet isolant ne se trouvait toutefois pas au sein du plenum mais aux extrémités des planchers, soufflé depuis les combles perdus. La documentation technique produite insiste également sur la nécessité de réaliser plusieurs mesures en différents points. En outre, alors que les pompiers se sont efforcés de démonter la penderie proche du conduit de cheminée, ils n'ont pas procédé au retrait de lames de parquet pour examiner l'intérieur du plenum. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que le service départemental d'incendie et de secours a commis une faute, tenant à l'absence d'investigations adaptées au niveau du plenum. En revanche, l'absence d'utilisation d'un aspirateur d'isolant ne révèle pas de dysfonctionnement du service alors que les pompiers n'avaient pas connaissance de la présence de ouate de cellulose aux abords du conduit de cheminée avant de procéder à la découpe du coffrage et n'auraient pas pu en faire usage en temps utile dans le cadre de leurs investigations, cet équipement se trouvant à Beaune.
12. Toutefois, il résulte également de l'instruction, et notamment de l'expertise, que la combustion située dans le plenum était une combustion lente (braises) et incomplète dans un volume confiné, comportant des solives et de l'isolant (laine minérale). Elle s'était déjà propagée au sein du plenum avant l'arrivée des secours. La propagation de la combustion a suivi l'axe des entraits et s'est in fine diffusée en direction de la buanderie, et donc des combles perdus, en passant sous la penderie de la chambre. Lorsqu'il a atteint les combles perdus vers 23 heures et 5 minutes, le feu a changé de régime en passant à une combustion vive avec production et développement de flammes compte tenu de la présence plus importante de comburant dans les combles perdus. La charpente a été rapidement atteinte et le vent fort qui soufflait ce soir-là a contribué à une propagation rapide à l'ensemble de la toiture. Dans ces conditions, à supposer même que les pompiers aient investigué le plenum vers 22 h 50, après avoir effectué leurs premières investigations au niveau du conduit de cheminée, qui étaient pertinentes au regard des premières observations effectuées, qu'ils aient identifié un point chaud puis qu'ils aient procédé au retrait des lames de parquet, intervention qui aurait entraîné une accélération du feu par apport d'oxygène, il ne résulte pas de l'instruction qu'ils auraient pu, durant les quelques minutes qui leur restaient avant que les combles ne soient atteints, empêcher la propagation du foyer alors que la combustion en cours était étendue dans le plenum et qu'il n'était pas aisé d'accéder au foyer ni d'en déterminer l'ampleur. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction qu'il existe un lien de causalité direct et certain entre la faute commise par le service et le dommage.
13. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par le SDIS de la Côte-d'Or et son assureur, les conclusions indemnitaires des requérants doivent être rejetées.
Sur les dépens et les frais liés au litige :
14. Les frais exposés pour la réalisation de l'expertise ordonnée par le tribunal de grande instance de Dijon ne relèvent pas des dépens sur lesquels il appartient au tribunal de statuer en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. En l'absence de dépens exposés dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
15. La société Axa France IARD, étant intervenante en défense et non partie à la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge des requérants au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du SDIS de la Côte-d'Or, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge des requérants au titre des frais exposés par le SDIS de la Côte-d'Or et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de la société Axa France IARD est admise.
Article 2 : L'intervention de la SA MIC Insurance Company n'est pas admise.
Article 3 : La requête des sociétés MMA IARD Assurances Mutuelles, MMA IARD, M. et Mme D est rejetée.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties et intervenants est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme F D, à la société d'assurances MMA IARD Assurances Mutuelles, à la société d'assurances MMA IARD SA, au service départemental d'incendie et de secours de la Côte-d'Or, à la société anonyme MIC Insurance Company et la société Axa France IARD.
Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Nicolet, président,
M. Irénée Hugez, premier conseiller
Mme Pauline Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2025.
La rapporteure,
P. Hascoët
Le président,
P. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026