vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202634 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BIROT - RAVAUT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 octobre 2022 et 10 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Chagué-Gerbay, demande au tribunal :
1°) de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser une somme de 34 866,25 euros au titre des préjudices subis à la suite d'une intervention chirurgicale subie le 7 novembre 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- les préjudices subis à la suite de son " accident médical " survenu le 7 novembre 2019 sont réparables au titre de la solidarité nationale ;
- elle a subi des préjudices évalués à une somme de 34 866,25 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 mars 2023 et 27 juin 2024, l'ONIAM, représenté par Me Ravault, conclut au rejet de la requête.
L'ONIAM soutient que le dommage subi par Mme A ne remplit pas les conditions lui ouvrant droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale.
Par un mémoire, enregistré le 4 janvier 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Côte-d'Or conclut qu'elle n'a pas de créance à faire valoir.
Le 4 septembre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, la CPAM a présenté un mémoire.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bois,
- les conclusions de M. C,
- et les observations de Me Cavin-Chatelin substituant Me Chagué-Gerbay représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, qui avait bénéficié d'une sleeve gastrectomie en 2015, a été opérée le 7 novembre 2019 au centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon d'une lipoaspiration des hanches et de la région sous-omibilicale associée à une dermolipectomie et à une brachioplastie bilatérale. L'intéressée a rencontré à la suite de son opération un retard de cicatrisation à son bras droit et présente des gènes avec une limitation des mouvements, des douleurs et une calcification à l'épaule droite. Mme A a saisi la commission régionale de conciliation des accidents médicaux et infections iatrogènes (CRCI) le 28 septembre 2020. A la suite de la remise de rapports d'expertise les 28 juin 2021 et 11 octobre 2021, la CRCI de Rhône Alpes a exclu la responsabilité du CHU de Dijon et a retenu l'existence d'un accident médical non fautif par un avis du 19 novembre 2021. Mme A a présenté à l'ONIAM une demande indemnitaire le 19 janvier 2022 qui a été rejetée le 7 septembre 2022. Mme A demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser une somme de 34 866,25 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
2. Tout d'abord, aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". L'article L. 1142-3-1 de ce code dispose que : " I. - Le dispositif de réparation des préjudices subis par les patients au titre de la solidarité nationale mentionné au II de l'article L. 1142-1 et aux articles L. 1142-1-1 et L. 1142-15 n'est pas applicable aux demandes d'indemnisation de dommages imputables à des actes dépourvus de finalité contraceptive, abortive, préventive, diagnostique, thérapeutique ou reconstructrice, y compris dans leur phase préparatoire ou de suivi () ".
3. Ensuite, aux termes de l'article D. 1142-1 du code de la santé publique : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ".
4. Enfin, l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.
En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions :
5. Mme A fait valoir que, lors de son intervention chirurgicale réalisée le 7 novembre 2019, elle a subi un " accident médical " à l'origine de complications cicatricielles post-opératoires, d'une gêne douloureuse persistante et d'une calcification de son épaule droite et que ces dommages, qui remplissent selon elle les conditions d'anormalité et de gravité, sont réparables au titre de la solidarité nationale par l'ONIAM.
S'agissant du lien de causalité entre les dommages et l'intervention chirurgicale :
6. Il résulte de l'instruction que la brachioplastie bilatérale subie par la requérante a été l'origine directe et certaine de complications cicatricielles post-opératoires en raison d'une cicatrice hypertrophique et d'une désunion cicatricielle répétée au bras droit susceptibles d'être réparées au titre de la solidarité nationale.
7. En revanche, il résulte des termes du rapport d'expertise du 28 juin 2021, confortés par l'avis de la CRCI du 28 novembre 2010, que les douleurs persistantes rencontrées par Mme A à son bras droit, provenant de souffrances de nature psychologiques, ainsi que la calcification à son épaule droite ne résultent pas de l'intervention chirurgicale réalisée le 7 novembre 2019. Ces dommages ne peuvent dès lors pas être regardés comme étant la conséquence d'un accident médical réparable au titre de la solidarité nationale.
S'agissant de l'appréciation du critère de l'anormalité :
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les complications cicatricielles rencontrées par Mme A ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles aurait été exposée l'intéressée en l'absence d'intervention, à savoir un bras droit avec un excès cutané à l'aspect " flasque " dans un contexte de perte de poids massive due à la chirurgie.
9. En second lieu, il résulte de l'instruction qu'à la suite de sa brachioplastie bilatérale, les complications cicatricielles de Mme A au bras droit résultent de désunions cicatricielles intervenues les 12 novembre 2019 et 27 novembre 2019 et d'écoulements puruleux. Ces complications sont à l'origine d'un retard anormalement long de la cicatrisation du bras droit de l'intéressée intervenue le 28 janvier 2020 avec des soins infirmiers diligentés jusqu'au mois de mars 2020. Or ces complications sont, aux dires des experts, " fréquentes " et " banales " pour ce type d'intervention et présentent un taux de survenance relativement courant de l'ordre de 30 %.
10. En revanche, d'une part, comme le relève l'expert missionné par l'ONIAM, il n'est pas établi que les complications cicatricielles rencontrées par Mme A résulteraient d'un lâchage cicatriciel important avec nécrose provenant d'une fermeture sous tension, une telle cause restant hypothétique à la lecture du rapport additionnel du 11 octobre 2021 et ne ressortant pas du dossier médical de la requérante. D'autre part, si l'expert ayant rendu ce rapport additionnel indique une faible probabilité de ce risque -entre 2 et 3 %-, ce taux, contesté par l'ONIAM, ne fait l'objet d'aucune documentation médical permettant de l'établir.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 10 que les complications cicatricielles subies par Mme A ne peuvent être regardées comme présentant un caractère anormal au sens des dispositions citées au point 2.
S'agissant de l'appréciation du critère de gravité :
12. Tout d'abord, il résulte de l'instruction, et en particulier des termes du rapport d'expertise du 28 juin 2021 et de l'avis de la CRCI du 28 novembre 2020, que Mme A ne présente qu'un déficit fonctionnel permanent de 10 % au titre de l'ensemble des dommages mentionnés au point 5, c'est-à-dire, pour partie, de dommages ne résultant pas de l'intervention chirurgicale du 7 novembre 2019 comme il a été dit aux points 6 et 7.
13. Ensuite, d'une part si l'intéressée se prévaut d'arrêts de travail, elle n'établit pas, comme elle a été invitée à le faire, qu'elle exerçait une activité professionnelle particulière à la date de l'intervention chirurgicale du 7 novembre 2019. D'autre part, il résulte de l'instruction que sur les quatorze mois d'arrêt de travail allégués par Mme A, seuls quatre sont directement imputables aux complications cicatricielles, la cicatrisation de son bras droit étant intervenue dès le mois de mars 2020.
14. Enfin, Mme A n'établit pas avoir subi des troubles dans ses conditions d'existence d'une particulière gravité résultant de ses seules complications cicatricielles qui seraient de nature à considérer l'accident dont elle se prévaut d'une gravité au sens des dispositions citées au point 3.
15. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit aux points 12 à 14, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'intervention chirurgicale du 7 novembre 2019 est un accident médical remplissant la condition de gravité définie au point 3.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à se prévaloir d'un accident médical réparable au titre de la solidarité nationale. Ses conclusions à fin de condamnation doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or et à Me Chagué-Gerbay.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Laurent, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
C. BoisLe président,
L. BoissyLa greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026