jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202743 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP PORTALIS ET ASSOCIÉS (CAPA) |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 octobre 2022 et 23 mai 2023 sous le n° 2202743, la rectrice de la région académique de Bourgogne Franche-Comté et le recteur de l'Académie de Dijon, représentés par Me Frasson-Gorret, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, d'ordonner une expertise avant-dire droit en vue de déterminer l'origine et l'étendue des désordres relatifs aux vitrages affectant le bâtiment du rectorat de Dijon dont la construction a été réalisée en exécution d'un marché public ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum la société SMA, M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, la société Qualiconsult et la société Goyer à lui verser une somme de 3 823 200 euros TTC ;
3°) de mettre solidairement à la charge de la société SMA, de M. C, de la société Atelier CALC, de la société AMOES, de la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, de la société Qualiconsult et de la société Goyer une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les recteurs soutiennent que :
- les désordres constatés sur les vitrages ont un caractère décennal puisqu'ils sont constitutifs d'un vice de construction rendant l'ouvrage impropre à sa destination et présentent un degré de gravité relevant de la responsabilité décennale des constructeurs ;
- les analyses techniques permettent de dire que le sinistre va évoluer et s'aggraver dans le temps ;
- M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté et la société Qualiconsult ne peuvent pas s'affranchir de la présomption de responsabilité qui pèsent sur eux compte tenu des dispositions des articles 1792 et suivants du code civil ;
- la responsabilité de la société Goyer, sous-traitante de la société Eiffage, qui a fourni et posé les vitrages, est engagée sur un fondement quasi-délictuel ;
- il y a lieu de désigner un expert afin de déterminer les causes et origines du désordre, leur amplitude, les moyens d'y remédier et de donner les éléments permettant de déterminer les responsabilités encourues ;
- un nouveau bris de vitrage a été déclaré le 24 avril 2023, confirmant le caractère " inéluctable et évolutif " du sinistre ;
- l'obligation de résultat à la charge des entreprises n'a pas été atteinte, alors que les missions de maîtrise d'œuvre, de BET et de bureau de contrôle auraient dû permettre d'identifier la potentialité du risque et de demander la mise en œuvre de mesures de nature à l'éviter ;
-le montant total du préjudice s'élève à 3 823 200 euros TTC.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 novembre 2022, 22 mai 2023 et 30 mai 2023, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, représentée par la SCP Beziz-Cleon, Charlemagne, Creusvaux :
1°) ne s'oppose pas à la présente demande d'expertise ;
2°) conclut au rejet des conclusions de l'ensemble des parties dirigées contre elle ;
3°) demande au tribunal de condamner in solidum M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES et la société Qualiconsult à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre.
La société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté soutient que :
- elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise formée par les requérants mais entend formuler toutes protestations et réserves quant à sa mise en cause ;
- la preuve de l'imputabilité des désordres n'est en l'état pas rapportée ;
- il n'est pas démontré à ce stade de la nécessité de procéder au remplacement de 1 600 vitrages ;
- la demande formée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est prématurée ;
- elle est fondée à demander la condamnation solidaire de M. C, de la société Atelier CALC, de la société AMOES et de la société Qualiconsult à la garantir de l'intégralité des condamnations prononcées à son encontre ;
- les actions en garantie dirigées contre elle par M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES et la société Qualiconsult ne sont pas fondées dès lors qu'elle n'a pas commis de faute à l'origine des désordres ;
- l'action en garantie exercée à son encontre par la société Goyer ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'elle est liée à elle par un contrat de droit privé et, en tout état de cause, doit être rejetée dès lors qu'elle n'a pas commis de faute à l'origine des désordres.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, la société SMA, représentée par Me Bertin :
1°) ne s'oppose pas à la demande d'expertise ;
2°) conclut au rejet des conclusions dirigées contre elle ;
3°) demande au tribunal de condamner in solidum M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES, la société CEPA ' la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, la société Qualiconsult et la société Goyer à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre.
La société SMA soutient que :
- elle s'associe à la demande d'expertise présentée par les recteurs ;
- le préjudice de 3 823 200 euros qui est allégué n'est pas établi ;
- le tribunal ne dispose pas d'assez d'éléments pour faire droit à la demande de condamnation ni à la demande formée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- elle est fondée à demander la condamnation in solidum de M. C, de la société Atelier CALC, de la société AMOES, de la société CEPA, de la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, de la société Qualiconsult et de la société Goyer à la garantir de l'intégralité des condamnations prononcées à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, la société Atelier CALC, M. A C et la société AMOES, représentés par la SELARL CAPA :
1°) ne s'opposent pas à la demande d'expertise ;
2°) concluent au rejet des conclusions dirigées contre eux ;
3°) demandent au tribunal de condamner in solidum la société SMA, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, la société Qualiconsult et la société Goyer à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à leur encontre ;
4°) demandent au tribunal de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ne s'opposent pas à la demande d'expertise formée par les recteurs, en ce qui concerne la société Atelier CALC et M. C, mais entendent formuler toutes protestations et réserves quant à leur mise en cause ;
- les conditions pour accorder une provision ne sont pas remplies, compte-tenu du fait qu'il n'est pas possible, en l'état actuel du dossier, de démontrer que l'ouvrage est impropre à sa destination ainsi que l'existence d'un lien de causalité entre le désordre et l'intervention des parties mises en cause ;
- les pièces du dossier ne permettent pas de caractériser un lien de causalité entre la détérioration des vitrages et les missions confiées aux membres du groupement de maîtrise d'œuvre ;
- aucune solution réparatoire n'a été arrêtée et chiffrée et il n'est pas certain que les solutions réparatoires pour mettre fin au dommage consistent systématiquement dans le remplacement pur et simple des vitrages ;
- les requérants ne justifient pas le quantum de la provision réclamée ;
- ils sont fondés à demander la condamnation de la société SMA, de la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, de la société Qualiconsult et de la société Goyer à les garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à leur encontre.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 avril 2023 et 30 mai 2023, la société Qualiconsult, représentée par la SCP Raffin et associés :
1°) ne s'oppose pas à la demande d'expertise ;
2°) conclut au rejet des conclusions dirigées contre elle ;
3°) demande au tribunal de condamner in solidum M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté et la société Goyer à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;
4°) demande au tribunal de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Qualiconsult soutient que :
- elle s'en remet à l'appréciation du tribunal pour la demande d'expertise ;
- les conditions pour accorder une provision ne sont pas remplies compte-tenu du fait qu'elle n'est démontrée ni dans son principe ni dans son quantum ;
- elle est fondée à demander la condamnation de M. C, de la société Atelier CALC, de la société AMOES, de la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté et de la société Goyer à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, la société Goyer, représentée par la SELAS LGH et associés, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter les conclusions des parties dirigées contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum la société SMA, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES et la société Qualiconsult à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Goyer soutient que :
- elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise formée par les requérants mais entend formuler toutes protestations et réserves quant à sa mise en cause ;
- les conditions pour accorder une provision ne sont pas remplies, l'origine et la cause du dommage n'étant pas déterminés ;
- elle n'est pas le locateur d'ouvrage de cette opération, n'est pas soumise à la présomption de responsabilité au titre des articles 1792 et suivants du code civil et n'a commis aucune faute ;
- il n'est pas démontré que les désordres entrent dans le champ de la garantie décennale des constructeurs compte-tenu du fait que seuls quelques vitrages ont fait l'objet de désordres et ont été remplacés ;
- les sous-traitants -la société Yvon Fournier, l'établissement Boutard et la société AGC IVB- doivent participer aux opérations d'expertise ;
- elle est fondée à demander la condamnation in solidum de la société SMA, de la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, de M. C, de la société Atelier CALC, de la société AMOES et de la société Qualiconsult à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 octobre 2022 et 12 avril 2023 sous le n° 2202786, la société SMA, en sa qualité d'assureur dommages-ouvrage, représentée par Me Bertin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'ordonner une expertise avant-dire droit en vue de déterminer l'origine et l'étendue des désordres relatifs aux vitrages affectant le rectorat de Dijon et de surseoir à statuer sur ses autres demandes ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES, la société CEPA, la société Qualiconsult, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté et la société Goyer à lui verser la somme de 3 160 euros HT ainsi que les sommes complémentaires qu'elle sera conduite à régler au rectorat de Dijon en fonction de l'évolution de l'expertise dommage-ouvrage ;
3°) de mettre à la charge des parties " qui succomberont " une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société SMA soutient que :
- le caractère décennal du désordre relatif aux vitrages n'est pas contesté compte-tenu des investigations dans le cadre de l'expertise dommages-ouvrage ;
- du fait de la garantie décennale, les intervenants dans la construction sont présumés responsables solidairement ;
- la responsabilité de la société Goyer, sous-traitant de la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, est engagée sur un fondement quasi-délictuel.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 janvier 2023, 22 mai 2023 et 30 mai 2023, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, représentée par la SCP Beziz-Cleon, Charlemagne, Creusvaux :
1°) ne s'oppose pas à la présente demande d'expertise ;
2°) conclut au rejet des conclusions de l'ensemble des parties dirigées contre elle ;
3°) demande au tribunal de condamner in solidum M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES et la société Qualiconsult à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre.
La société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté soutient que :
- elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise formée par les requérants mais entend formuler toutes protestations et réserves quant à sa mise en cause ;
- le preuve de l'imputabilité des désordres n'est en l'état pas rapportée ;
- il n'est pas démontré à ce stade de la nécessité de procéder au remplacement de 1 600 vitrages ;
- la demande formée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est prématurée ;
- elle est fondée à demander la condamnation solidaire de M. C, de la société Atelier CALC, de la société AMOES et de la société Qualiconsult à la garantir de l'intégralité des condamnations prononcées à son encontre ;
- les actions en garantie dirigées contre elle par M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES et la société Qualiconsult ne sont pas fondées dès lors qu'elle n'a pas commis de faute à l'origine des désordres ;
- l'action en garantie exercée à son encontre par la société Goyer ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'elle est liée à elle par un contrat de droit privé et, en tout état de cause, doit être rejetée dès lors qu'elle n'a pas commis de faute à l'origine des désordres.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, la société Atelier CALC, M. A C et la société AMOES, représentés par la SELARL CAPA :
1°) ne s'opposent pas à la demande d'expertise ;
2°) concluent au rejet des conclusions dirigées contre eux ;
3°) demandent au tribunal de condamner in solidum la société CEPA, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, la société Qualiconsult et la société Goyer à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à leur encontre ;
4°) demandent au tribunal de mettre à la charge de la société SMA une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ne s'opposent pas à la demande d'expertise formée par les recteurs, en ce qui concerne la société Atelier CALC et M. C, mais entendent formuler toutes protestations et réserves quant à leur mise en cause ;
- la condamnation de 3 160 euros demandée par la société SMA n'est pas fondée, compte-tenu du fait qu'il n'est pas possible, en l'état actuel du dossier, de démontrer que l'ouvrage est impropre à sa destination ainsi que l'existence d'un lien de causalité entre le désordre et l'intervention des parties mises en cause de nature à prouver l'existence d'un désordre décennal ;
- les pièces du dossier ne permettent pas de caractériser un lien de causalité entre la détérioration des vitrages et les missions confiées aux membres du groupement de maîtrise d'œuvre ;
- aucune solution réparatoire n'a été arrêtée et chiffrée et il n'est pas certain que les solutions réparatoires pour mettre fin au dommage consistent systématiquement dans le remplacement pur et simple des vitrages ;
- les requérants ne justifient pas le quantum de la provision réclamée ;
- ils sont fondés à demander la condamnation de la société CEPA, de la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, de la société Qualiconsult et de la société Goyer à les garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à leur encontre ;
- la société SMA ne peut valablement réclamer la condamnation pour les " sommes complémentaires " alors qu'il lui appartient d'en quantifier le montant et d'en justifier le quantum.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 avril 2023 et 30 mai 2023, la société Qualiconsult, représentée par la SCP Raffin et associés :
1°) ne s'oppose pas à la demande d'expertise ;
2°) conclut au rejet des conclusions dirigées contre elle ;
3°) demande au tribunal de condamner in solidum M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, la société CEPA et la société Goyer à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;
4°) demande au tribunal de mettre à la charge de la société SMA la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Qualiconsult soutient que :
- elle s'en remet à l'appréciation du tribunal pour la demande d'expertise ;
- les demandes de paiement formées par la société SMA sont irrecevables et, en tout état de cause, mal-fondées ;
- en l'absence de paiement de l'indemnité résultant du contrat d'assurance dommages-ouvrage au rectorat de Dijon avant la clôture de l'instruction, l'action subrogatoire de la société SMA n'est pas recevable ;
- les demandes de condamnation dirigées contre elle ne sont pas fondées dès lors qu'elle n'a pas commis de manquement à ses obligations en lien avec les dommages et que le phénomène de dépression à l'intérieur du double vitrage, responsable des dommages, ne faisait pas partie de la mission de contrôle technique qui lui a été confiée ;
- l'article L. 125-2 du code de la construction et de l'habitation qui prévoit que le contrôleur technique n'est tenu de supporter la réparation des dommages qu'à concurrence de la part de responsabilité mise à sa charge fait obstacle à ce qu'une condamnation solidaire soit prononcée contre elle ;
- elle est fondée à demander la condamnation de M. C, de la société Atelier CALC, de la société AMOES, de la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, de la société CEPA et de la société Goyer à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, la société Goyer, représentée par la SELAS LGH et associés, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter les conclusions des parties dirigées contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum la société SMA, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES et la société Qualiconsult à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Goyer soutient que :
- elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise formée par les requérants mais entend formuler toutes protestations et réserves quant à sa mise en cause ;
- les conditions pour accorder une provision ne sont pas remplies, l'origine et la cause du dommage n'étant pas déterminés ;
- elle n'est pas le locateur d'ouvrage de cette opération, n'est pas soumise à la présomption de responsabilité au titre des articles 1792 et suivants du code civil et n'a commis aucune faute ;
- il n'est pas démontré que les désordres entrent dans le champ de la garantie décennale des constructeurs compte-tenu du fait que seuls quelques vitrages ont fait l'objet de désordres et ont été remplacés ;
- les sous-traitants -la société Yvon Fournier, l'établissement Boutard et la société AGC IVB- doivent participer aux opérations d'expertise ;
- elle est fondée à demander la condamnation in solidum de la société SMA, de la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, de M. C, de la société Atelier CALC, de la société AMOES et de la société Qualiconsult à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boissy,
- les conclusions de M. B,
- et les observations de Me Frasson-Gorret, représentant la rectrice de la région académique de Bourgogne Franche-Comté et le recteur de l'Académie de Dijon, de Me Bertin, représentant la société SMA, de Me Aaziz, représentant la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, de Me Feral, représentant la société Qualiconsult, et de Me Doceul, représentant le groupe Goyer.
Le 14 septembre 2023, la rectrice de la région académique de Bourgogne Franche-Comté et le recteur de l'Académie de Dijon ont présenté une note en délibéré dans le dossier 2202743.
Considérant ce qui suit :
1. Les deux requêtes nos 2202743 et 2202786 présentent à juger des questions semblables. Il y a dès lors lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
2. En 2010, l'Etat, sous maîtrise d'ouvrage du rectorat de Dijon, a décidé de procéder à la construction d'un immeuble de bureaux de huit étages en vue de regrouper les services du rectorat et ceux de la direction des services départementaux de la Côte-d'Or. La maîtrise d'œuvre de cette opération a été confiée à un groupement constitué notamment de M. C en sa qualité d'architecte, de la société Atelier CALC, de la société AMOES et de la société CEPA. Le marché de travaux a été confié à la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté qui a elle-même sous-traité à la société Goyer la fourniture et la pose des vitrages. La société Qualiconsult s'est vue confier le marché de contrôleur technique. La réception des travaux a été prononcée, le 22 octobre 2012, avec des réserves sans lien avec le présent litige.
3. Les 28 août 2020, 17 et 25 novembre 2021, 25 janvier 2022 et 24 avril 2023, le maître d'ouvrage a effectué des déclarations de sinistre auprès de la société SMA, son assureur dommages-ouvrage, à la suite de la casse de cinq vitrages du bâtiment.
4. La rectrice de la région académique de Bourgogne Franche-Comté et le recteur de l'Académie de Dijon demandent au tribunal, à titre principal, d'ordonner une expertise judiciaire en vue de déterminer l'origine et l'étendue des désordres affectant les vitrages et, à titre subsidiaire, de condamner in solidum la société SMA, M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté et la société Goyer, sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs à leur verser une somme de 3 823 200 euros au titre de l'ensemble des vitrages qu'ils estiment nécessaire de remplacer et des honoraires associés.
5. La société SMA, subrogée dans les droits de son assurée, demande au tribunal de condamner in solidum M. C, la société Atelier CALC, la société CEPA, la société AMOES, la société Qualiconsult, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté et la société Goyer à lui verser la somme de 3 160 euros HT, correspondant au premier sinistre, ainsi que toute somme complémentaire qu'elle serait conduite à régler au maître d'ouvrage.
Sur le litige opposant l'Etat et la société SMA aux constructeurs :
6. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que, sauf cas de force majeure ou de faute du maître de l'ouvrage, les constructeurs sont responsables de plein droit pendant le délai d'épreuve de dix ans des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs, le rendent impropre à sa destination dès lors que les désordres en cause n'étaient ni apparents ni prévisibles lors de la réception de cet ouvrage et même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.
7. Il résulte de l'instruction, et en particulier des expertises amiables organisées dans le cadre de la mise en œuvre de l'assurance dommages-ouvrage, que les désordres affectant les 5 vitrages cassés ont pour origine une dépression à l'intérieur du double vitrage, engendrant une diminution de la lame de gaz entre les deux composants constituant le double vitrage et aboutissant à la fissuration puis à la casse du vitrage. Une étude technique, également produite au dossier, indique que, sur les 1 627 vitrages que comporte le bâtiment, 25 % sont concernés par le problème de dépression de la lame de gaz mais que le caractère évolutif de la dépression interne n'est pas démontré.
8. Compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 7 et de ce que seulement 5 vitrages sur 1 627 -soit 0,3 % de l'ensemble des vitrages- se sont cassés, dont 3 étaient localisés dans le même bureau, de tels désordres, par leur nature et par leur étendue actuelle et prévisible, ne peuvent pas être regardés comme étant de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ni à compromettre sa solidité.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin, en l'espèce, de procéder à une expertise judiciaire, les recteurs et la société SMA ne sont pas fondés à demander la condamnation in solidum des acteurs à l'acte de construire sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs. Leurs conclusions à fin de condamnation doivent par suite être rejetées.
Sur les actions en garantie :
10. Aucune condamnation n'étant prononcée à l'encontre des constructeurs, ainsi qu'il vient d'être dit au point 9, les actions en garantie exercées par les différentes parties doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge solidaire de M. C, de la société Atelier CALC, de la société AMOES, de la société Eiffage construction, de la société Qualiconsult et la société Goyer, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes vis-à-vis de l'Etat et de la société SMA, les sommes que ces derniers demandent au titre des frais qu'ils ont respectivement exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat et de la société SMA les sommes que demandent respectivement M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES, la société Qualiconsult et la société Goyer au titre de ces mêmes frais.
DECIDE :
Article 1er : Les requêtes nos 2202743 et 2202786 sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions respectivement présentées par la société SMA, M. C, la société Atelier CALC, la société AMOES, la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, la société Qualiconsult et la société Goyer sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la rectrice de la région académique de Bourgogne Franche-Comté et au recteur de l'Académie de Dijon, à la société SMA, à M. C, à la société Atelier CALC, au BET AMOES, à la société Eiffage construction Bourgogne Franche-Comté, à la société Qualiconsult, à Me Danguy, en qualité de mandataire de la société CEPA et à la société Goyer.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
M. DessseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Nos 2202743, 2202786
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026