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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202839

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202839

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202839
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantMBAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, Mme A D et M. B D, agissant tant en leur nom propre qu'en leur qualité de représentants légaux de leur enfant mineur C, représentés par Me Mbaye, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner le centre hospitalier de Sens et les " assurances GMS " à verser à Mme A et M. B D, d'une part, en leur nom propre, une provision de 180 000 euros et, d'autre part, en leur qualité de représentants légaux de C, une provision de 1 014 000 euros ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Sens et des " assurances GMS " une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent qu'ils ont droit, de manière non sérieusement contestable, à une provision de 120 000 euros correspondant aux préjudices qu'ils ont personnellement subis et, d'autre part, à une provision de 1 014 000 euros en réparation des préjudices subis par leur enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le centre hospitalier de Sens et l'agence de gestion des accidents médicaux (AGSM), représentés par Me Boizard, concluent à la mise hors de cause de l'AGSM et au rejet de la requête.

Le centre hospitalier de Sens et l'AGSM soutiennent que l'existence de l'obligation dont se prévalent les requérants est sérieusement contestable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 novembre 2015, un accident médical est survenu alors que Mme D était prise en charge par le centre hospitalier de Sens pour l'accouchement de sa fille C. A la suite de cet accident, M. et Mme D ont saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infestions nosocomiales (CCI) de Bourgogne, le 11 avril 2018, d'une demande d'indemnisation. Après que les experts désignés par la CCI eurent remis leur rapport, le 12 octobre 2018, la CCI de Bourgogne a ordonné, le 10 décembre 2018, une contre-expertise dont le rapport a été remis le 10 juin 2021. La CCI a ensuite rendu un avis, le 22 novembre 2021, dans lequel, d'une part, elle a estimé que la responsabilité du centre hospitalier de Sens était engagée, " dans la limite de 50% des préjudices subis " et, d'autre part, elle a invité l'AGSM à formuler une offre d'indemnisation aux intéressés. Le 22 avril 2022, M. et Mme D ont demandé à l'ONIAM de " subroger la compagnie d'assurance défaillante " au motif qu'aucune offre n'avait été présentée par l'AGSM depuis l'avis de la CCI. M. et Mme D, tant en leur nom propre qu'en leur qualité de représentants légaux de la jeune C, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner in solidum le centre hospitalier de Sens et l'AGSM à leur verser, à titre de provision, une somme globale de 1 134 000 euros.

Sur la mise hors de cause de l'AGSM :

2. En l'état de l'instruction, il n'apparaît pas que la responsabilité de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) AGSM, dont l'activité consiste notamment à assurer la gestion des dossiers de sinistre médicaux et hospitaliers pour le compte des compagnies d'assurance, puisse être recherchée, à quelque titre que ce soit, au titre de l'accident médical dont a été victime la jeune C D. Il y a dès lors lieu de mettre la SASU AGSM hors de cause.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ".

4. Pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

5. Dans leurs écritures, les requérants ont tout d'abord exposé un ensemble de faits, reproduit une partie des rapports des experts commis par la CCI de Bourgogne et rappelé une partie de la procédure qui s'est déroulée devant la CCI. Ensuite, dans la partie de leur requête intitulée " en droit ", M. et Mme D ont indiqué qu'ils étaient " recevables " à demander " la condamnation solidaire du centre hospitalier de Sens et de la compagnie d'assurance AGMS " à leur verser, d'une part, en leur qualité de représentants légaux de la jeune C, une provision de 650 000 euros, tout " chef de préjudice confondu " et, d'autre part, en leur qualité de parents de la jeune C, une provision d'un montant total de 448 000 euros correspondant à un " préjudice d'affection " de 60 000 euros, un " préjudice d'accompagnement " à hauteur de 70 000 euros, à des " pertes de revenus de proches (sur justificatif) " de 50 000 euros, à des " frais divers des proches sur justificatifs", à des " coûts du transport journalier " de 16 000 euros et à des frais d'assistance à tierce personne à hauteur de 252 000 euros. Enfin, en contradiction partielle avec l'exposé des chefs de préjudice, les intéressés ont, dans la partie de leur requête relative à leurs conclusions, demandé la condamnation du centre hospitalier de l'AGSM à verser à Mme A et M. B D, en leur nom propre, une provision de 180 000 euros et, d'autre part, en leur qualité de représentants légaux de C, une provision de 1 014 000 euros.

6. En premier lieu, ainsi que l'évoque d'ailleurs le centre hospitalier de Sens en défense, les requérants n'ont pas, dans leur requête, invoqué le fondement juridique sur lequel ils entendent rechercher la responsabilité du centre hospitalier de Sens au titre de l'accident médical dont a été victime leur fille C. Les requérants n'ont pas produit de mémoire en réplique sur ce point.

7. En deuxième lieu, le centre hospitalier de Sens, en se fondant sur les éléments contenus dans les différents rapports qui ont été rendus par les experts, conteste fermement avoir commis des manquements fautifs lors de l'accouchement de Mme D et précise qu'en tout état de cause les requérants n'ont pas apporté d'explications sur les liens de causalité existant entre les éventuels manquements que les praticiens hospitaliers ont pu commettre et les préjudices dont ils demandent la réparation. Les requérants n'ont pas produit de mémoire en réplique sur ce point.

8. En troisième lieu, le centre hospitalier fait valoir qu'il n'a pas été informé des suites qui ont été données, par l'ONIAM, à la demande que les consorts D ont présentée, le 22 avril 2022, sur le fondement de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique. Les requérants n'ont pas produit de mémoire en réplique sur ce point.

9. En dernier lieu, le centre hospitalier de Sens fait valoir que, pour ce qui concerne la somme de 650 000 euros, aucun des " chefs de préjudice " n'est chiffré ni explicité. Il précise également qu'" aucune créance de tiers payeur n'est produite, quand bien même celui-ci est susceptible d'avoir déjà pris en charge une partie importante des frais générés par le handicap " de la jeune C, " particulièrement la tierce personne assurée par un centre spécialisé, ou les frais de transport ". En outre, selon le défendeur, " il ne peut être procédé à l'indemnisation provisionnelle jusqu'à l'âge de douze ans " alors que C est âgée de sept ans pas plus qu'il " ne saurait être procédé à l'indemnisation provisionnelle d'un préjudice non encore subi ". Enfin, le centre hospitalier soutient que M. et Mme D se sont abstenus " d'apporter le moindre élément objectif sur leur situation personnelle à ce jour, qui permettrait de chiffrer " les préjudices d'affection et d'accompagnement, pourtant respectivement évalués à 60 000 euros et 70 000 euros, et que ces chefs de préjudices sont en tout état de cause manifestement excessifs. Les requérants, qui n'avaient pas transmis, à l'appui de leur requête, d'éléments probants relatifs aux préjudices patrimoniaux ni, d'ailleurs, concernant les autres chefs de préjudice qu'ils allèguent subir, n'ont pas produit de mémoire en réplique sur ce point.

10. Compte tenu de l'ensemble de ce qui a été dit ci-dessus, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'existence de l'obligation de payer les sommes qu'ils réclament, tant en leur nom propre qu'en leur qualité de représentants légaux de la jeune C, n'est pas sérieusement contestable. Leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Sens et de l'AGSM, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme que demandent les requérants au titre des frais qu'ils ont exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : L'AGSM est mise hors de cause.

Article 2 : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et M. B D, au centre hospitalier de Sens et à la société agence de gestion des accidents médicaux.

Fait à Dijon le 22 mai 2023.

Le juge des référés,

L. Boissy

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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