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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202970

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202970

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202970
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP PORTALIS ET ASSOCIÉS (CAPA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2022, la communauté d'agglomération " Le Grand Chalon ", représentée par Me Corneloup, demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer l'origine et l'étendue des désordres affectant l'espace multi-accueil unique résultant de la fusion des espaces multi-accueil du lac et Arc-en-ciel, situé dans le quartier des Prés Saint-Jean, dont la restructuration a été réalisée en exécution d'un marché public en 2017.

Le Grand Chalon soutient que :

- en 2017, il a confié la restructuration et la fusion de deux équipements accueillant 75 enfants en un seul espace multi-accueil à un groupement de maîtrise d'œuvre, dont la société Topoïein Studio était mandataire ;

- le lot n°18 " chauffage-ventilation-plomberie-sanitaires " a été réceptionné avec des réserves qui ont été, seulement pour partie, levées le 25 juillet 2019 ;

- par ordre de service du 29 juin 2020, il a décidé de prolonger la garantie de parfait achèvement jusqu'au 31 décembre 2020 en raison de l'insuffisance du chauffage ;

- toutes les réserves n'ayant pas été levées, le marché de la société Six M énergie n'a dès lors pas été soldé et le décompte général définitif n'a pas été établi ;

- si l'espace multi-accueil a pu ouvrir à la rentrée 2019-2020, un problème d'homogénéité du chauffage a toutefois été identifié au moyen de relevés de températures ;

- il est urgent de remédier à ces dysfonctionnements dans les normes de sécurité requises par les établissements accueillant de jeunes enfants ;

- face à la persistance des désordres et malgré les différentes interventions effectuées pendant le délai de la garantie de parfait achèvement, une expertise est nécessaire afin de connaître l'origine de l'insuffisance du chauffage et les travaux réparatoires nécessaires afin d'y remédier.

Par un mémoire, enregistré le 24 novembre 2022, la SA Axa France Iard, assureur de la société Six M énergie, représentée par Me Kouma, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, tous droits et moyens des parties demeurant réservés.

Par un mémoire, enregistré le 6 décembre 2022, la société Abeille Iard et santé, anciennement Aviva, assureur de la société FD coordination, représentée par Me Thiébaut, s'en rapporte à justice sur le mérite de la demande d'expertise, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés.

Par un mémoire, enregistré le 24 février 2023, la SA Axa France, assureur de la société Six M énergie, représentée par Me Charlemagne :

1°) ne s'oppose pas à la demande d'expertise, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés ;

2°) demande au tribunal de réserver les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 20 mars 2023, la SARL Climat sanit ingénierie (CSI) et la SARL Topoïein Studio, représentées par Me Langlois, ne s'opposent pas à la demande d'expertise mais formulent les protestations et réserves d'usage sur leur mise en cause.

Vu :

- les pièces de procédure établissant que la requête a été notifiée aux personnes mises en cause ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, vice-président, en application de l'article

L. 511-2 du code de justice administrative.

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Aux termes de l'article R. 532-3 du même code : " Le juge des référés peut, à la demande de l'une des parties formée dans le délai de deux mois qui suit la première réunion d'expertise, ou à la demande de l'expert formée à tout moment, étendre l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance, ou mettre hors de cause une ou plusieurs des parties ainsi désignées. / Il peut, dans les mêmes conditions, étendre la mission de l'expertise à l'examen de questions techniques qui se révélerait indispensable à la bonne exécution de cette mission, ou, à l'inverse, réduire l'étendue de la mission si certaines des recherches envisagées apparaissent inutile. Aux termes de l'article R. 621-7-1 de ce code : " Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission ". Enfin, aux termes de l'article R. 621-9 du même code : " Le rapport est déposé au greffe en deux exemplaires, des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer sous forme électronique () ".

2. Les faits relatés par Le Grand Chalon sont de nature à justifier la mesure d'instruction demandée. En conséquence, il y a lieu d'ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance.

Sur les dépens :

3. Il sera statué, après dépôt du rapport d'expertise, sur la fixation et la charge des frais et honoraires d'expertise par le président du tribunal dans les conditions prévues à l'article R. 621-13 du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions de la SA Axa France tendant à ce que le tribunal réserve les dépens doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Il est ordonné une expertise contradictoire en présence du Grand Chalon, de la SARL Topoïein Studio, de la SARL Climat sanit ingénierie (CSI), de la société FD coordination, de la société Six M énergie, de la mutuelle des architectes français (MAF), en qualité d'assureur de la SARL Topoïein Studio et de la SARL Climat sanit ingénierie, de la société Abeille Iard et santé, anciennement Aviva, en qualité d'assureur de la société FD coordination et de la SA Axa France Iard, en qualité d'assureur de la société Six M énergie.

Article 2 : M. B A, demeurant 61 chemin des charmilles à Charly (69390), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres qui affectent le système de chauffage de l'espace multi-accueil unique du Lac situé 2 C Rue Aristide Briand à Chalon-sur-Saône en indiquant leur date d'apparition ;

2°) décrire les désordres et malfaçons constatés pour les travaux du lot n°18 " chauffage-ventilation-plomberie-sanitaires " et en indiquer la nature et l'importance en précisant s'ils étaient apparents ou non au moment de la date de réception, s'ils ont fait l'objet de réserves et dans l'affirmative si ces réserves ont été levées ; réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si elles sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination ; décrire les perspectives d'évolution des désordres n'ayant pas encore manifesté toute leur ampleur dans le délai de 10 ans ;

3°) se prononcer sur l'origine, les causes et les conséquences des désordres (non-conformité aux stipulations du marché, vice de construction ou de conception, défaut de surveillance des travaux, défaut d'exécution, manquement aux règles de l'art, défaut de qualité des matériaux mis en œuvre, utilisation dans des conditions non conformes à ce qui était contractuellement prévu, environnement extérieur de l'ouvrage) et donner son avis sur le point de savoir à qui, parmi les intervenants mis en cause, ils peuvent être imputés et dans quelle proportion, en justifiant ses propositions ;

4°) indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ;

5°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l'instance, sans délai, la consultation ou la communication de tous documents qu'il estimera nécessaires à l'accomplissement de sa mission ; en cas de carence des parties, il en informera le président du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre ou l'autoriser à déposer son rapport en l'état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 6 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 7 : L'expert peut prendre l'initiative de procéder, avec l'accord des parties, à une médiation conformément aux dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative. Il devra, dans cette hypothèse, en informer le juge des référés et préserver dans son rapport d'expertise la confidentialité de la médiation menée.

Article 8 : L'expert adressera aux parties un pré-rapport permettant la production de tout dire avant de déposer son rapport définitif au greffe du tribunal.

Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 9 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 10 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 11 : La présente ordonnance sera notifiée au Grand Chalon, à la SARL Topoïein Studio, à la SARL Climat sanit ingénierie (CSI), à la société FD coordination, à la société Six M énergie, à la mutuelle des architectes français (MAF), en qualité d'assureur de la SARL Topoïein Studio et de la SARL Climat sanit ingénierie, à la société Abeille Iard et santé, anciennement Aviva, en qualité d'assureur de la société FD coordination, à la SA Axa France Iard, en qualité d'assureur de la société Six M énergie et à M. B A, expert.

Fait à Dijon le 6 juin 2023.

Le juge des référés,

L. Boissy

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202970

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