mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2203255 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et cinq mémoires, enregistrés les 15 décembre 2022, 26 janvier, 4, 11 et 19 avril, et 9 juin 2023, M. A B demande au tribunal :
1°) d'ordonner avant dire droit une expertise afin d'évaluer le taux d'invalidité des infirmités dont il souffre ;
2°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022, par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté sa demande de révision de la pension militaire d'invalidité qui lui a été concédée, en dernier lieu le 7 novembre 2016, à effet à compter du 25 janvier 2016 au taux global de 85 % ;
3°) de fixer le taux d'invalidité de la troisième infirmité dont il souffre à 40 %.
Il soutient que :
- le taux d'invalidité de l'infirmité " séquelles de fracture par balle des premier et deuxième métatarsiens gauches avec troubles mécaniques de l'appui de l'avant-pied, hyperkératose. Nécrose des zones d'affaissement de l'avant-pied gauche avec surinfection " doit être fixé au moins à 40 %, au lieu de 30 % ; le taux constaté par le docteur D le 20 octobre 2000 s'établissait à 25 % ; le docteur C le 27 mai 2016 a noté une augmentation de l'invalidité relative à cette infirmité de 10 %, le docteur E en dernier lieu a relevé une augmentation de l'invalidité de 5 points, relative à cette même infirmité, de sorte qu'il y a lieu de retenir un taux global d'au moins 40 %, auquel il faut ajouter le taux résultant de la boiterie d'esquive, celui résultant de la nouvelle zone d'appui de la voûte plantaire et celui relatif à la flexion plantaire ; il souffre d'une douleur extrême, ne peut plus rien faire pieds nus et a besoin de semelles adaptées pour tous les déplacements, même les plus réduits ; la marche augmente le volume de son pied, qui devient douloureux ;
- le docteur E, et ce faisant le ministre, ont commis une erreur de droit, dès lors qu'ils retiennent un taux global, sans justifications de sa détermination et sans énumérer et quantifier toutes les invalidités élémentaires, telles que décrites dans le guide-barème, figurant en annexe du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, qui doivent chacune donner lieu à un pourcentage d'invalidité, qu'il convient d'additionner ;
- ce docteur aurait dû examiner tout le pied et non seulement la voûte plantaire ;
- depuis le 15 janvier 2023, il a remarqué des écoulements suspects à proximité d'endroits ayant déjà donné lieu à de telles pathologies ; son pied enfle et provoque des douleurs à la marche ; il s'est formé un abcès, qui s'est vidé puis s'est rempli de nouveau ; le 24 mars 2023, le deuxième orteil a commencé à enfler et à être très douloureux ; un abcès s'est formé puis s'est vidé ; le 2 avril 2023 puis le 8 avril 2023, son pied et la voûte plantaire ont de nouveau enflé et provoqué des douleurs et un nouvel abcès s'est formé ; les six foyers d'infection au total correspondent à un taux d'invalidité de 5 % chacun, soit un taux de 30 % qui s'ajoute au taux de 40 % ; une intervention chirurgicale doit avoir lieu en septembre 2023.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 16 mai et 29 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique s'associe aux conclusions du ministre des armées.
Par une ordonnance du 29 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né en 1939, a servi en Algérie du 19 janvier 1960 au 17 mars 1961. Il a été définitivement réformé le 9 novembre 1962 et rayé des cadres le lendemain. Le 18 février 1961, alors qu'il était affecté à la première compagnie du quatorzième bataillon des chasseurs alpins, à l'occasion d'une opération, M. B a été gravement blessé par éclats de mortier et balle à la jambe gauche. Il est titulaire, en dernier lieu, d'une pension militaire d'invalidité définitive, concédée au taux global de 85 % par arrêté du 7 novembre 2016, à effet au 25 janvier 2016 pour trois infirmités, la première consistant en des séquelles de pseudarthrose du tibia gauche, consécutive à une blessure par balle, au taux de 50 %, la deuxième en une arthrose interne du genou gauche avec majoration des phénomènes dégénératifs et douloureux, au taux de 30 % (+ 5) et la troisième en des séquelles de fracture par balle des premier et deuxième métatarsiens gauches avec troubles mécaniques de l'appui de l'avant-pied, hyperkératose et nécrose des zones d'affaissement de l'avant-pied gauche avec surinfection, au taux de 30 % (+ 10). Par une décision, en date du 20 avril 2022, la ministre des armées a rejeté cette demande, considérant qu'aucune aggravation n'était constatée. Par une décision explicite du 12 octobre 2022, notifiée par lettre du 7 novembre 2022, la commission de recours de l'invalidité a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. B, régularisé en date du 26 juin 2022. M. B demande au tribunal d'ordonner une expertise avant dire droit, d'annuler la décision de la commission de recours de l'invalidité et de fixer le taux d'invalidité relatif à la troisième infirmité dont il est atteint au taux de 40 %.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. ".
3. Ces dispositions prévoient ainsi que le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée et que la pension est révisée lorsque le degré d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 % au moins du pourcentage antérieur, l'aggravation ne pouvant être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. Ces dispositions, qui exigent une aggravation réelle des blessures ou maladies susceptible d'être retenue au regard des exigences de l'article L. 154-1, ne permet pas de remettre en cause, en l'absence d'aggravation effective, les bases de la liquidation initiale ni en ce qui concerne le caractère des infirmités pensionnées ni en ce qui concerne l'application qui a été faite des barèmes lors de cette liquidation.
4. D'autre part, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. / Il en est de même de la date d'entrée en jouissance de la pension révisée pour aggravation ou pour prise en compte d'une infirmité nouvelle. ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 151-6 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Elle est accompagnée en outre, d'une évaluation de l'invalidité qui doit être motivée par des raisons médicales et comporter le diagnostic de l'infirmité et sa description complète, faisant ressortir la gêne fonctionnelle et, s'il y a lieu, l'atteinte à l'état général qui justifie le pourcentage attribué. ".
5. En vertu de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, l'administration doit se placer à la date de la demande de pension pour évaluer le degré d'invalidité entraîné par l'infirmité invoquée. Cette évaluation doit, en application des termes mêmes de l'article L. 151-6 du même code, tenir compte de la gêne fonctionnelle engendrée dans le temps par ces infirmités.
6. Il résulte de l'instruction, comme il a été dit, que M. B s'est vu concéder à titre définitif, en dernier lieu, par arrêté du 7 novembre 2016, à effet au 25 janvier 2016, une pension militaire d'invalidité au taux global de 85 % pour trois infirmités, la première consistant en des séquelles de pseudarthrose du tibia gauche, consécutive à une blessure par balle, au taux de 50 %, la deuxième en une arthrose interne du genou gauche avec majoration des phénomènes dégénératifs et douloureux, au taux de 30 % (+ 5) et la troisième en des séquelles de fracture par balle des premier et deuxième métatarsiens gauches avec troubles mécaniques de l'appui de l'avant-pied, hyperkératose et nécrose des zones d'affaissement de l'avant-pied gauche avec surinfection, au taux de 30 % (+ 10). M. B a sollicité la révision de sa pension pour aggravation de la troisième de ces infirmités, en faisant valoir qu'une empreinte de pied réalisée par un podo-orthésiste avait révélé l'aggravation des points d'appui du pied gauche, " avec une nouvelle zone d'appui en métatarsophalangien au niveau du troisième rayon ". Il résulte du rapport d'expertise du docteur C du 14 juin 2016, réalisée, dans le cadre de la révision pour aggravation de la pension de M. B, ayant donné lieu à l'arrêté précité du 7 novembre 2016, que celui-ci a relevé que l'intéressé souffrait d'un pied creux, d'une hyperkératose en regard des têtes des premier, deuxième et cinquième métatarsiens et d'une peau fine, générant, à plusieurs reprises depuis 2012, des plaies ulcérées et surinfectées du pied gauche en regard de ces zones, dues à l'affaissement de l'avant-pied, lui-même résultant des blessures de service. Cet expert a en outre relevé l'existence d'une ostéite de la tête du cinquième métatarsien et le port de semelles orthopédiques. Il a conclu en retenant un taux d'invalidité de 30 % pour cette infirmité. Il résulte du rapport d'expertise du docteur E, du 15 mars 2022, réalisée dans le cadre de la révision pour aggravation donnant lieu au présent litige, que ce médecin a également constaté que les blessures de service de M. B, consistant en des fractures des premier et second métatarsiens, avaient généré un raccourcissement de l'avant-pied, une modification des zones d'appui plantaire et un affaissement de la voûte plantaire. Elle a néanmoins relevé une aggravation des zones d'appui gauche au niveau du troisième rayon, constatée lors d'un bilan podologique réalisé en 2020, nécessitant la réalisation de nouvelles semelles orthopédiques, et une ankylose cunéométatarsienne du premier rayon et a caractérisé la gêne fonctionnelle en résultant en relevant les douleurs de la voûte plantaire avec marche possible sur terrain plat sans aide technique, pendant une durée de trois quarts d'heure, l'aggravation de la gêne douloureuse nécessitant la prise d'antalgiques de palier II à la demande. Elle a conclu à un taux d'invalidité de 35 %. Le ministre et la commission de recours de l'invalidité doivent être regardés comme ayant considéré que l'aggravation de la gêne fonctionnelle se limitait à l'aggravation des douleurs, qui ne permettait pas d'augmenter d'au moins dix points le taux d'invalidité relatif à cette infirmité.
7. M. B ne produit, dans la présente instance, aucun élément médical contemporain de sa demande de révision de pension de nature à infirmer ces constats. Il se borne ainsi à produire un résultat de tomoscintigraphie osseuse du 14 avril 2023, postérieur de trois ans à sa demande de révision de pension, évoquant une ostéite des os sésamoïdes gauches et la disparition de l'hyperfixation intense et focalisée de la base du troisième métatarsien observée en 2018. Eu égard à ce qui a été dit au point 3 du présent jugement, l'intéressé n'est pas fondé, contrairement à ce qu'il soutient, à remettre en cause les bases de la liquidation de sa pension révisée en 2016, en ce qui concerne l'application qui a été faite des barèmes lors de cette liquidation, ni à se prévaloir de l'expertise du docteur D, réalisée en 2000, et à en déduire que le taux d'invalidité de l'infirmité n° 3 aurait dû être évalué à 35 % en 2016 et donc à 40 % en 2020. S'il se prévaut, dans ses différents mémoires, d'épisodes infectieux ayant généré des abcès à divers endroits, d'une part, il n'apporte à l'instance aucun élément médical permettant de décrire ces pathologies, au demeurant postérieures à sa demande de révision, et d'autre part, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des seules affirmations de l'intéressé, que ces manifestations seraient nouvelles, plus fréquentes ou plus douloureuses, aggravant la gêne fonctionnelle, dès lors que le docteur C notait déjà en 2016 l'existence de plaies ulcérées et surinfectées du pied gauche en regard de la tête des deuxième et cinquième métatarsiens sur des zones d'hyperkératose, due à l'affaissement de l'avant-pied. Enfin, contrairement à ce qu'il soutient, il ne résulte pas de l'instruction que le docteur E n'aurait pas procédé à une évaluation globale de l'infirmité objet du présent litige résultant des séquelles de fracture par balle de premier et deuxième métatarsiens gauches avec troubles mécaniques de l'appui de l'avant-pied, hyperkératose et nécrose des zones d'affaissement. Par suite, il résulte de tout ce qui précède que la commission de recours de l'invalidité n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 151-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre en considérant que le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité n° 3 de M. B ne pouvait être reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. ". Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 125-3 du même code : " L'indemnisation des infirmités est fondée sur le taux d'invalidité reconnu à celles-ci en application des dispositions d'un guide-barème portant classification des infirmités d'après leur gravité. ". Aux termes de l'article L. 125-5 de ce code : " Lorsqu'il s'agit d'amputations ou d'exérèses d'organe, les pourcentages d'invalidité figurant aux barèmes mentionnés à l'article L. 125-3 sont impératifs. / Dans les autres cas, ils ne sont qu'indicatifs. ".
9. Alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le docteur E, expert désigné par la ministre des armées, et la commission de recours de l'invalidité n'auraient pas apprécié, comme il le leur incombait, la gêne fonctionnelle résultant de l'infirmité n° 3 dont souffre M. B, pour laquelle il a demandé la révision de sa pension, celui-ci n'est pas fondé à leur opposer les recommandations du guide-barème, qui ne sont impératives en matière de pourcentages d'invalidité que dans le cas des amputations et exérèses d'organes, en additionnant les divers pourcentages relevés dans ce guide-barème, au demeurant sans qu'il justifie relever de chacune des pathologies décrites par ce guide dont il se prévaut, pour soutenir qu'ils auraient inexactement évalué le taux d'invalidité relatif à cette infirmité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est fondé à demander ni l'annulation de la décision du 12 octobre 2022, par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours dirigé contre la décision du 20 avril 2022, par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité, ni la fixation par le tribunal d'un taux d'invalidité d'au moins 40 % pour l'infirmité n° 3 donnant lieu à cette pension. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant dire droit une nouvelle expertise, la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026