jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2203402 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BREY CÉLINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2022, Mme C A, représentée par Me Brey, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner une expertise aux fins de :
a) déterminer son aptitude à exercer les fonctions d'aide-soignante ;
b) déterminer les préjudices subis consécutivement au développement de la maladie professionnelle du régime général, tableau n°98 (affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes) ;
2°) de mettre les frais d'expertise à la charge de l'EHPAD sud Morvan.
Mme A soutient que :
- elle exerce les fonctions d'aide-soignante à l'EHPAD sud Morvan depuis 2006 ;
- le 3 janvier 2017, elle a été placée en congé maladie pour des lombalgies et des sciatiques bilatérales ;
- sa pathologie a été reconnue en tant que maladie professionnelle du régime général, tableau n°98, par la commission de réforme au 3 janvier 2017 ;
- le 25 janvier 2018, l'imputabilité au service a été reconnue par cette même commission ;
- le 18 octobre 2019, la commission de réforme a estimé qu'elle était inapte à son poste d'aide-soignante de manière absolue et définitive et a préconisé un reclassement ;
- l'EHPAD sud Morvan n'a pu lui proposer qu'un poste de lingère ;
- le 29 juin 2021, le docteur E, médecin agréé par l'ARS, a estimé que son état de santé était compatible avec une reprise à temps partiel thérapeutique à compter du 1er octobre 2021 ;
- sa réintégration dans les conditions médicales imposées a été validée par le comité médical le 22 juillet 2021 ;
- contre toute attente, elle n'a pas été réintégrée au grade d'aide-soignante mais reclassée à celui d'agent des services hospitaliers qualifié de classe normale au 1er octobre 2021 ;
- elle a contesté cette rétrogradation par une requête n°2200361 toujours pendante ;
- elle a également contesté la décision par laquelle la caisse des dépôts et consignations a rejeté sa demande allocation temporaire d'invalidité ;
- sa demande d'expertise porte sur le refus du bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité, sur le bien-fondé de sa rétrogradation ainsi que sur les autres préjudices subis du fait de sa maladie professionnelle.
Par un mémoire, enregistré le 30 janvier 2023, l'EHPAD sud Morvan, représenté par Me Lambert, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la demande d'expertise ;
2°) à titre subsidiaire :
a) d'ordonner l'expertise, sous ses plus expresses protestations et réserves quant à sa responsabilité ;
b) de mettre les frais d'expertise à la charge de Mme A.
L'EHPAD sud Morvan soutient que :
- une nouvelle expertise est inutile dans la mesure où le conseil médical a, dans son procès-verbal de la séance du 19 janvier 2023, émis un avis favorable, concluant à l'aptitude de Mme A à exercer les fonctions d'aide-soignante ;
- l'expertise demandée est inutile dans la mesure où, le 2 janvier 2023, en cours d'instance, la caisse des dépôts et consignations a accordé à Mme A le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité de 15% à compter du 1er octobre 2021, date de sa reprise de fonctions.
Vu :
- les pièces de procédure établissant que la requête a été notifiée aux personnes mises en cause ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, vice-président, en application de l'article
L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Aux termes de l'article R. 532-3 du même code : " Le juge des référés peut, à la demande de l'une des parties formée dans le délai de deux mois qui suit la première réunion d'expertise, ou à la demande de l'expert formée à tout moment, étendre l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance, ou mettre hors de cause une ou plusieurs des parties ainsi désignées. / Il peut, dans les mêmes conditions, étendre la mission de l'expertise à l'examen de questions techniques qui se révélerait indispensable à la bonne exécution de cette mission, ou, à l'inverse, réduire l'étendue de la mission si certaines des recherches envisagées apparaissent inutile. Aux termes de l'article R. 621-7-1 de ce code : " Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission ". Enfin, aux termes de l'article R. 621-9 du même code : " Le rapport est déposé au greffe en deux exemplaires, des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer sous forme électronique () ".
Sur la détermination de l'aptitude à exercer les fonctions d'aide-soignante :
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.
3. Il résulte de l'instruction que le juge du fond a été saisi par Mme A, dans l'instance n° 2200361, aux fins de se prononcer sur le bien-fondé de sa rétrogradation du grade d'aide-soignante à celui d'agent des services hospitaliers qualifié. S'il peut être fait application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, alors même qu'une requête à fin d'annulation est en cours d'instruction, il appartient au juge des référés d'apprécier l'utilité de la mesure demandée sur ce fondement. En l'espèce, aucune circonstance particulière ne confèrerait à la mesure qu'il est ainsi demandé au juge des référés d'ordonner un caractère d'utilité différent de celui de la mesure que le juge de l'excès de pouvoir, saisi de la requête n° 2200361, pourra décider, le cas échéant, dans l'exercice de ses pouvoirs de direction de l'instruction.
4. Il résulte également de l'instruction que, dans son procès-verbal de la séance du 19 janvier 2023, le conseil médical a conclu à l'aptitude de Mme A à exercer les fonctions d'aide-soignante.
5. Par suite, la demande d'expertise de la requérante tendant à déterminer son aptitude à exercer les fonctions d'aide-soignante, et par là même le bien-fondé de sa rétrogradation au grade d'agent des services hospitaliers qualifié ne présentait pas, à la date de dépôt de sa demande, un caractère d'utilité suffisant pour être ordonnée. Cette même demande est, à la date de la présente ordonnance, devenue sans objet. En conséquence, il y a lieu de rejeter la demande d'expertise en vue de déterminer l'aptitude de Mme A à exercer les fonctions d'aide-soignante.
Sur la détermination des préjudices subis :
6. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait.
7. Certes, il ressort des pièces produites le 14 février 2023 par l'EHPAD sud Morvan que la caisse des dépôts et consignations a accordé à Mme A, le 2 janvier 2023, le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité au taux de 15%, correspondant au taux d'incapacité permanente partielle après consolidation, rétroactivement au 1er octobre 2021, date de sa reprise de fonctions en qualité d'agent des services hospitaliers qualifié, compensant ainsi les conséquences patrimoniales de sa maladie professionnelle. Toutefois, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que Mme A demande à ce que les préjudices subis consécutivement à sa maladie professionnelle soient déterminés par voie d'expertise.
8. En conséquence, il y a lieu d'ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance.
Sur les demandes de mise en cause :
9. S'agissant d'un accident de service dont la victime est fonctionnaire, il y a lieu de mettre la caisse primaire d'assurance maladie hors de cause.
10. Comme il a été dit au point 7, la caisse des dépôts et consignations a accordé rétroactivement à Mme A le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité. Par suite, il y a lieu de mettre la caisse des dépôts et consignations hors de cause.
Sur les dépens :
11. Il sera statué, après dépôt du rapport d'expertise, sur la fixation et la charge des frais et honoraires d'expertise par le président du tribunal dans les conditions prévues à l'article R. 621-13 du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions des parties tendant à ce que le tribunal statue sur les dépens doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Or et la caisse des dépôts et consignations sont mises hors de cause.
Article 2 : Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de Mme A et de l'EHPAD sud Morvan.
Article 3 : M. B D, chirurgien orthopédiste, demeurant 9 Bis Rue Commaux à Courcelles-les-Semur (21140) est désigné comme expert avec pour mission de :
1°) prendre connaissance de l'état de santé actuel et passé de Mme A, de son dossier médical incluant les examens, soins et interventions subis ; procéder à son examen clinique, dire si les affections dont elle est atteinte entrent dans le cadre de la maladie professionnelle n°98 déclarée, préciser leur date d'apparition, leur évolution et leurs éventuelles récidives, indiquer la date de consolidation de sa maladie ;
2°) déterminer l'ensemble des préjudices patrimoniaux subis par Mme A, qu'ils soient temporaires, incluant les dépenses de santé actuelles, les pertes de gains professionnels actuels et les frais divers, ou permanents, incluant les dépenses de santé futures, les pertes de gains professionnels futurs, l'incidence professionnelle, les frais d'adaptation du logement et/ ou du véhicule à sa pathologie, l'assistance éventuelle par un tiers et les frais divers futurs ;
3°) déterminer l'ensemble des préjudices extra patrimoniaux subis par Mme A, qu'ils soient temporaires, incluant le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances endurées et le préjudice esthétique temporaire, ou permanents suite à la fixation de la date de consolidation, incluant le déficit fonctionnel permanent, le préjudice esthétique permanent, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel et les autres préjudices éventuels ;
4°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des préjudices subis par Mme A.
Article 4 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.
Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l'instance, sans délai, sans que le secret médical lui soit opposable et sans être soumis, ni aux formalités prévues par l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, ni à aucune autre formalité, la consultation ou la communication de tous documents qu'il estimera nécessaires à l'accomplissement de sa mission ;
En cas de carence des parties, il en informera le président du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre ou l'autoriser à déposer son rapport en l'état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert.
Article 5 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à
R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 7 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 8 : L'expert peut prendre l'initiative de procéder, avec l'accord des parties, à une médiation conformément aux dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative. Il devra, dans cette hypothèse, en informer le juge des référés et préserver dans son rapport d'expertise la confidentialité de la médiation menée.
Article 9 : L'expert adressera aux parties un pré-rapport permettant la production de tout dire avant de déposer son rapport définitif au greffe du tribunal.
Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 10 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 11 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 12 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, à l'EHPAD sud Morvan, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Or, à la caisse des dépôts et consignations et à M. B D, expert.
Fait à Dijon le 22 juin 2023.
Le juge des référés,
L. Boissy
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026