jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300237 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2023, la société Grenke Location, représentée par Me Grevellec, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Clamecy à lui verser une somme de 28 224 euros, assortie des intérêts moratoires, au titre de l'indemnité de résiliation prévue à l'article 10 du contrat de location conclu le 25 juin 2020 ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Clamecy à lui verser une somme de 30 295,08 euros au titre de l'indemnité de non-restitution prévue à l'article 11 du contrat de location ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Clamecy une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Grenke Location soutient que :
- elle a droit au règlement d'une somme totale de 28 224 euros au titre de l'indemnité de résiliation prévue à l'article 10 du contrat de location ;
- elle a droit au règlement d'une somme totale de 30 295,08 euros au titre de l'indemnité de non-restitution prévue à l'article 11 du contrat de location.
Par une ordonnance du 14 mai 2024, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Dijon a fixé la clôture de l'instruction au 30 juin 2024.
Par un courrier du 10 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que les indemnités de résiliation et de non-restitution prévues par les articles 10 et 11 du contrat de location sont illicites et doivent être écartées pour procéder au règlement du différend qui oppose les parties.
Le 16 septembre 2024, la société Grenke Location a présenté des observations à ce courrier du 10 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boissy,
- et les conclusions de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 juin 2020, le centre hospitalier de Clamecy a conclu avec la société Grenke Location un " contrat de location " ayant pour objet de fournir à l'établissement un " copieur " pour une durée de 63 mois en contrepartie d'un loyer mensuel de 490 euros HT. Par un courrier du 16 avril 2021, la société Grenke Location a procédé à la résiliation de ce contrat. La société requérante demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Clamecy à lui régler différentes sommes qu'elle estime lui être dues sur le fondement de ce contrat.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne la résiliation du contrat :
2. Le cocontractant lié à une personne publique par un contrat administratif est tenu d'en assurer l'exécution, sauf en cas de force majeure, et ne peut notamment pas se prévaloir des manquements ou défaillances de l'administration pour se soustraire à ses propres obligations contractuelles ou prendre l'initiative de résilier unilatéralement le contrat. Il est toutefois loisible aux parties de prévoir, dans un contrat qui n'a pas pour objet l'exécution même du service public, les conditions auxquelles le cocontractant de la personne publique peut résilier le contrat en cas de méconnaissance par cette dernière de ses obligations contractuelles. Cependant, dans ce cas, le cocontractant ne peut procéder à la résiliation sans avoir mis à même, au préalable, la personne publique de s'opposer à la rupture des relations contractuelles pour un motif d'intérêt général, tiré notamment des exigences du service public. Lorsqu'un motif d'intérêt général lui est opposé, le cocontractant doit poursuivre l'exécution du contrat. Un manquement de sa part à cette obligation est de nature à entraîner la résiliation du contrat à ses torts exclusifs. Il est toutefois loisible au cocontractant de contester devant le juge le motif d'intérêt général qui lui est opposé afin d'obtenir la résiliation du contrat.
3. Aux termes de l'article 9 du contrat de location : " Le bailleur peut résilier le contrat à effet immédiat par courrier recommandé adressé au locataire en cas de retard de paiement de trois loyers mensuels, consécutifs ou non, ou d'un loyer trimestriel ".
4. Il résulte de l'instruction, et en particulier du courrier du 8 mars 2021, que la société Grenke Location a mis en demeure le centre hospitalier de Clamecy de lui régler une somme correspondant pour l'essentiel aux loyers trimestriels dont l'établissement était redevable depuis la livraison du copieur, en juillet 2020, puis a constaté, le 16 avril suivant, que le centre hospitalier, sans aucun motif, ne lui avait toujours pas réglé le moindre loyer. Dans ces conditions -alors même que ce point n'est pas contesté-, la société requérante a pu régulièrement résilier le contrat de location en application de l'article 9 de ce contrat.
En ce qui concerne l'indemnité de résiliation et l'indemnité de restitution :
5. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contrat ou à un vice d'une particulière gravité, relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel. Ainsi, lorsque le juge est saisi d'un litige relatif à l'exécution d'un contrat, les parties à ce contrat ne peuvent invoquer un manquement aux règles de passation, ni le juge le relever d'office, aux fins d'écarter le contrat pour le règlement du litige. Par exception, il en va autrement lorsque, eu égard, d'une part, à la gravité de l'illégalité et, d'autre part, aux circonstances dans lesquelles elle a été commise, le litige ne peut être réglé sur le fondement de ce contrat.
6. L'article 10, relatif aux " conséquences d'une terminaison anticipée du contrat pour tous motifs : résiliation, résolution ou prononcé de caducité ", du contrat de location stipule que " Le locataire sera tenu de payer au bailleur le prix du contrat c'est-à-dire les loyers échus impayés et les loyers à échoir jusqu'au terme prévu du contrat pour la période contractuelle en cours et, à titre de compensation du préjudice subi, les intérêts de retard de paiement éventuels restant dus ainsi qu'une somme égale à 10% du montant des loyers à échoir pour la période contractuelle en cours ". Aux termes de l'article 11, relatif à la " restitution des produits ", du même contrat : " Les produits devront être restitués au terme du contrat. À défaut de restitution, le locataire sera redevable d'une indemnité de non restitution égale par jour à 1/30ème du loyer mensuel convenu augmenté de 10% à titre de pénalité. Toutefois, en cas de résiliation anticipée du contrat, le montant de l'indemnité de non restitution sera calculé selon la formule suivante : indemnité de non restitution = 1,1 x prix d'achat des produits par le bailleur / durée totale du contrat en mois x durée du contrat restante en mois. En, tout état de cause, le bailleur se réserve la possibilité de procéder à la restitution forcée des produits aux frais du locataire ".
7. Les indemnités de résiliation et de non-restitution prévues par les articles 10 et 11 du contrat de location en cas de résiliation du contrat, telle qu'elles sont rédigées, sont illicites dès lors que, d'une part, elles sont manifestement disproportionnées au regard des préjudices que la société Grenke location serait susceptible de supporter, le cas échéant, en raison d'une résiliation anticipée du contrat et que, d'autre part, elles sont de nature à dissuader la personne publique de faire usage de son pouvoir de résiliation unilatérale pour des motifs d'intérêt général.
8. En conséquence, la partie de l'article 10 par laquelle il est prévu qu'en cas de résiliation, le locataire sera tenu de payer au bailleur " les loyers à échoir jusqu'au terme prévu du contrat pour la période contractuelle en cours et, à titre de compensation du préjudice subi, les intérêts de retard de paiement éventuels restant dus ainsi qu'une somme égale à 10% du montant des loyers à échoir pour la période contractuelle en cours " et la partie de l'article 11 du même contrat selon laquelle " en cas de résiliation anticipée du contrat, le montant de l'indemnité de non restitution sera calculé selon la formule suivante : indemnité de non restitution = 1,1 x prix d'achat des produits par le bailleur / durée totale du contrat en mois x durée du contrat restante en mois ", qui sont divisibles du reste du contrat, doivent être écartées pour procéder au règlement du différend qui oppose les parties.
9. La société Grenke location n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle a droit, sur un fondement contractuel, aux indemnités de résiliation et de restitution définies aux articles 10 et 11 du contrat de location.
En ce qui concerne le surplus des sommes réclamées :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'analyse des articles 3.1 et 10 du contrat de location, du bon de livraison et de l'avis de réception du courrier de résiliation, que les loyers dont le centre hospitalier de Clamecy est redevable au titre du contrat en litige sont dus pour la période allant du 10 juillet 2020 au 29 avril 2021 inclus. Compte tenu du montant mensuel du loyer, 588 euros TTC -correspondant à un loyer journalier de 19,60 euros TTC-, le montant total des loyers dus s'élève à 5 703,60 euros TTC (8x588 + 22x19,60 + 29x19,60).
11. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier de la clause G des " conditions générales de l'assurance globale des biens de la société Grenke " annexées au contrat de location en litige et de l'" extrait de compte client au 16/04/2021 ", que les frais d'assurance dus par le centre hospitalier ont représenté, en 2020, une somme de 419,71 euros et, au titre de la période de janvier à avril 2021, une somme de 294,54 euros (883,61/12 x4), soit une somme totale de 714,25 euros.
12. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le centre hospitalier de Clamecy a réglé, le 28 décembre 2021, une somme de 3 771,31 euros et, le 14 janvier 2022, une somme de 2 647,61 euros, soit une somme totale de 6 418,92 euros.
13. Certes, en réglant, à ces dates, une somme supérieure à celle qu'il devait au principal, 6 417,85 euros (5 703,60 + 714,25), le centre hospitalier a nécessairement arrêté le cours des intérêts moratoires contractuels procédant de l'article 8.1 du contrat de location et a très partiellement réglé, à hauteur de 1,07 euros, les intérêts moratoires dus.
14. Toutefois, il est constant qu'à la date du présent jugement, l'établissement n'a pas procédé au règlement de l'essentiel des intérêts moratoires dus sur la somme de 6 417,85 euros qui ont en l'espèce commencé à courir le 15 mars 2021, date à laquelle l'établissement a reçu le courrier du 8 mars 2021 par lequel la société Grenke location lui a demandé de procéder au règlement d'une somme de 6 458,92 euros.
15. Dans ces conditions, compte tenu, d'une part, du taux des intérêts au taux légal des 1er et 2nd semestres 2021 et du 1er semestre 2022 et de la majoration de cinq points de ces intérêts résultant de l'article 8.1 du contrat et, d'autre part, des dates auxquelles le centre hospitalier a, d'abord partiellement -le 28 décembre 2021- puis totalement -le 14 janvier 2022-, interrompu le cours des intérêts moratoires dus, il sera fait une exacte appréciation du montant de ces intérêts moratoires en les fixant à 300,37 euros.
16. Il résulte de l'ensemble de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 5 à 15 que la société requérante est seulement fondée à soutenir qu'elle a droit au paiement d'une somme de 299,30 euros (5 703,60 + 714,25 + 300,37 - 6 418,92) et à demander la condamnation du centre hospitalier de Clamecy à lui verser une telle somme.
Sur les frais liés au litige :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Clamecy la somme que demande la société Grenke Location au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier de Clamecy est condamné à verser à la société Grenke Location la somme de 299,30 euros au titre du " contrat de location " conclu le 25 juin 2020.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Grenke Location sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Grenke Location et au centre hospitalier de Clamecy.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
M. DesseixLe président,
L. Boissy
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
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Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
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Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026