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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300336

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300336

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300336
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSCP PORTALIS ET ASSOCIÉS (CAPA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 février et 1er mars 2023, l'office public de l'habitat " Mâcon habitat ", établissement public industriel et commercial, représenté par Me Jakob, demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer l'origine et l'étendue des désordres affectant un immeuble composé de 22 logements locatifs avec locaux d'activités en rez-de-chaussée, situé à l'angle de l'avenue Charles de Gaulle et du boulevard Henri Dunant à Mâcon, dont la construction a été réalisée en exécution d'un marché public en 2018.

Mâcon habitat soutient que :

- en 2018, il a confié la construction d'un immeuble composé de 22 logements locatifs avec locaux d'activités à un groupement de maîtrise d'œuvre ;

- face aux retards, désordres et malfaçons constatés, il a fait procéder à un constat d'huissier le 23 septembre 2021 puis réceptionné les travaux avec réserves le 21 janvier 2022 ;

- la SAS Limoge Revillon, attributaire du lot n°1 " terrassement - VRD - gros œuvre - fondations spéciales ", devait remédier aux malfaçons avant le 10 décembre 2021, ce qu'elle n'a jamais fait, malgré les mises en demeure ;

- de nouveaux désordres sont apparus dans le délai de la garantie de parfait achèvement et la levée des réserves n'a jamais eu lieu ;

- face à l'inertie de la SAS Limoge Revillon, Mâcon habitat a engagé la garantie à première demande le 6 décembre 2022 et a fait procéder à un constat d'huissier le 9 décembre 2022 ;

- dans ces conditions et face au refus de reprise des désordres, une expertise est nécessaire afin d'en déterminer l'origine.

Par un mémoire, enregistré le 24 novembre 2022, la SA SMA, représentée par Me Charlemagne, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de la mettre hors de cause ;

2°) à titre subsidiaire, de lui donner acte de ce qu'elle formule toutes protestations et réserves sur l'application de ses garanties.

La SA SMA soutient que le contrat conclu avec la SAS Limoge Revillon n'est entré en vigueur que le 1er janvier 2022, alors que le marché en cause a été signé le 16 décembre 2019 pour s'achever le 21 janvier 2022 avec effet rétroactif au 1er décembre 2021.

Par un mémoire, enregistré le 13 mars 2023, la SAS Limoge Revillon et son assureur, la société l'Auxiliaire, représentées Me Thiébaut, s'en rapporte à justice sur le mérite de la demande d'expertise, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés.

Par un mémoire, enregistré le 21 mars 2023, la SARL BAU architectes et la SARL Bureau d'études Clément, représentées par Me Langlois, ne s'opposent pas à la demande d'expertise mais formulent toutes protestations et réserves sur leur mise en cause ;

Vu :

- les pièces de procédure établissant que la requête a été notifiée aux personnes mises en cause ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, vice-président, en application de l'article

L. 511-2 du code de justice administrative.

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Aux termes de l'article R. 532-3 du même code : " Le juge des référés peut, à la demande de l'une des parties formée dans le délai de deux mois qui suit la première réunion d'expertise, ou à la demande de l'expert formée à tout moment, étendre l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance, ou mettre hors de cause une ou plusieurs des parties ainsi désignées. / Il peut, dans les mêmes conditions, étendre la mission de l'expertise à l'examen de questions techniques qui se révélerait indispensable à la bonne exécution de cette mission, ou, à l'inverse, réduire l'étendue de la mission si certaines des recherches envisagées apparaissent inutile. Aux termes de l'article R. 621-7-1 de ce code : " Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission ". Enfin, aux termes de l'article R. 621-9 du même code : " Le rapport est déposé au greffe en deux exemplaires, des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer sous forme électronique () ".

2. Les faits relatés par Mâcon habitat sont de nature à justifier la mesure d'instruction demandée. En conséquence, il y a lieu d'ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance.

Sur la demande de mise hors de cause :

3. L'organisation d'une mesure d'expertise ne préjuge pas de la responsabilité éventuelle des parties appelées en la cause. Dès lors, peuvent être appelées à une expertise ordonnée sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative non seulement les personnes dont la responsabilité est susceptible d'être engagée par l'action qui motive l'expertise mais aussi toute personne dont la présence est de nature à éclairer les travaux de l'expert.

4. En l'espèce, s'il est constant que le contrat d'assurance conclu avec la SAS Limoge Revillon n'est entré en vigueur que le 1er janvier 2022, il ressort également des pièces du dossier que les travaux en cause ont certes fait l'objet d'une réception le 21 janvier 2022, mais avec effet rétroactif au 1er décembre 2021, et que cette réception a été assortie de nombreuses réserves, qui n'étaient pas levées à la date de la signature du nouveau contrat d'assurance. Par suite, la demande de mise hors de cause de la SA SMA, en qualité d'assureur de la SAS Limoge Revillon, doit être écartée et il y a lieu de dire que les opérations d'expertise se dérouleront en sa présence.

ORDONNE :

Article 1er : Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de Mâcon habitat, de la SAS Limoge Revillon, de la SA SMA, en qualité d'assureur de la SAS Limoge Revillon, de la SARL BAU architectes, de la SARL Bureau d'études Clément, de la société l'Auxiliaire, en qualité d'assureur de la SAS Limoge Revillon et de la mutuelle des architectes français (MAF), en qualité d'assureur de la SARL BAU architectes et de la SARL Bureau d'études Clément.

Article 2 : M. B A, demeurant Lieu-dit Les Bernards à Chapeau (03340), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres qui affectent l'immeuble de 22 logements construit à l'angle de l'avenue Charles de Gaulle et du boulevard Henri Dunant à Mâcon (71000), en indiquant leur date d'apparition ;

2°) décrire les désordres et malfaçons constatés pour tous les travaux relevant du lot n°1 " terrassement - VRD - gros œuvre - fondations spéciales " confiés à la SAS Limoge Revillon, tels qu'ils résultent notamment, mais non exclusivement, de la pièce n° 15 jointe à la requête et en indiquer la nature et l'importance en précisant s'ils étaient apparents ou non au moment de la date de réception, s'ils ont fait l'objet de réserves et dans l'affirmative si ces réserves ont été levées ; réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si elles sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination ;

3°) se prononcer sur l'origine, les causes et les conséquences des désordres (non-conformité aux stipulations du marché, vice de construction ou de conception, défaut de surveillance des travaux, défaut d'exécution, manquement aux règles de l'art, défaut de qualité des matériaux mis en œuvre, utilisation dans des conditions non conformes à ce qui était contractuellement prévu, environnement extérieur de l'ouvrage) et donner son avis sur le point de savoir à qui, parmi les intervenants mis en cause, ils peuvent être imputés et dans quelle proportion, en justifiant ses propositions ;

4°) indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ;

5°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l'instance, sans délai, la consultation ou la communication de tous documents qu'il estimera nécessaires à l'accomplissement de sa mission ; en cas de carence des parties, il en informera le président du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre ou l'autoriser à déposer son rapport en l'état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 6 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 7 : L'expert peut prendre l'initiative de procéder, avec l'accord des parties, à une médiation conformément aux dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative. Il devra, dans cette hypothèse, en informer le juge des référés et préserver dans son rapport d'expertise la confidentialité de la médiation menée.

Article 8 : L'expert adressera aux parties un pré-rapport permettant la production de tout dire avant de déposer son rapport définitif au greffe du tribunal.

Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 9 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 10 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 11 : La présente ordonnance sera notifiée à Mâcon habitat, à la SAS Limoge Revillon, à la SA SMA, en qualité d'assureur de la SAS Limoge Revillon, à la SARL BAU architectes, à la SARL Bureau d'études Clément, à la société l'Auxiliaire, en qualité d'assureur de la SAS Limoge Revillon, à la mutuelle des architectes français (MAF), en qualité d'assureur de la SARL BAU architectes et de la SARL Bureau d'études Clément et à M. B A, expert.

Fait à Dijon le 30 mai 2023.

Le juge des référés,

L. Boissy

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300336

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