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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300465

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300465

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300465
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2023, le préfet de la Côte-d'Or demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

1°) d'ordonner à M. B de libérer le lieu d'hébergement mis à sa disposition au foyer géré par l'association Coallia, rue des Creuzots, à Dijon ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'expulsion forcée de l'intéressé ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil afin de d'évacuer les biens mobiliers éventuellement abandonnés dans les lieux par M. A, cela aux frais de ce dernier.

Il soutient que :

- sa demande relève de la compétence de la juridiction administrative en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la requête est recevable ;

- M. A, définitivement débouté de sa demande d'asile, occupe désormais indûment le lieu d'hébergement en cause, en dépit d'une mise en demeure de le libérer et cette situation compromet le bon fonctionnement du service public de l'accueil des demandeurs d'asile, de sorte que les conditions d'urgence et d'utilité sont réunies ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

La requête a été communiquée à M. A, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Testori, greffier d'audience,

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Djermoune, substituant Me Ben Hadj Younes, représentant M. A, qui a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle et conclu au rejet de la requête en faisant valoir que :

• la condition d'utilité posée par l'article L. 521-3 du code de justice administrative n'est pas remplie, dès lors que le préfet s'appuie, au sujet du taux d'occupation des structures d'accueil, sur des données anciennes et peu convaincantes ;

• la condition d'urgence n'est pas davantage remplie, compte tenu de l'état de santé du requérant et du risque de rupture de la continuité des soins que son éviction serait de nature à occasionner.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Côte-d'Or demande au juge des référés de faire injonction à M. A de libérer le lieu d'hébergement mis à sa disposition au titre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et d'autoriser qu'il soit procédé à son expulsion de ce logement, sis à Dijon et géré par l'association Coallia, au besoin avec le concours de la force publique.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Rien ne s'oppose à ce que M. A soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les mesures sollicitées :

3. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A, de nationalité gambienne, a été accueilli, dans un foyer d'accueil pour demandeurs d'asile aménagé rue des Creuzots, à Dijon, et géré pour le compte de l'Etat par l'association Coallia. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par une décision devenue définitive de la Cour nationale du droit d'asile du 8 juin 2022. Une notification de sortie du foyer d'accueil lui a été remise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 13 juillet 2022 et le préfet de la Côte-d'Or l'a mis en demeure, par lettre du 24 novembre 2022, de libérer ce lieu d'hébergement dans un délai de quinze jours. Faute de s'y être soumis, M. A occupe désormais sans droit ni titre ce logement. Ainsi, la demande du préfet de la Côte-d'Or ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

5. En second lieu, le dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile est sous forte tension à l'échelle de l'ensemble du territoire national, en dépit des efforts accomplis pour augmenter le parc de logements, ce qui a un impact sur les capacités locales en la matière, les foyers de la Côte-d'Or pouvant en outre être sollicités pour l'accueil de personnes dont les demandes d'asiles ont été déposées dans d'autres départements. Eu égard à l'exigence primordiale de bon fonctionnement de ce service public et aux difficultés rencontrées par les autorités pour garantir l'effectivité des droits reconnus en la matière aux demandeurs d'asiles, dont beaucoup sont en attente de solutions d'hébergement, la libération des lieux occupés par M. A, qui n'apporte aucun contredit sérieux aux données avancées par le préfet de la Côte-d'Or relatives au taux d'occupation des structures d'hébergement de la Côte-d'Or, revêt un caractère certain d'utilité.

6. Enfin, ni la précarité des conditions de vie de M. A ni les troubles psychologiques dont il est atteint et l'exigence de continuité des soins qui s'en infère ne permettent de caractériser l'existence d'une situation exceptionnelle faisant obstacle à son éviction du lieu d'hébergement indument occupé, l'intéressé n'ayant aucune vocation à se maintenir sur le territoire national, ce d'autant qu'il bénéficie de la protection subsidiaire en Italie, et pouvant au demeurant solliciter, en tant que de besoin, d'autres aides que celles qui sont réservées aux demandeurs d'asile, qualité qu'il n'a plus. Sa situation sanitaire justifie néanmoins de fixer à un mois le délai à compter duquel le préfet pourra procéder d'office à l'expulsion de l'intéressé, dans le cas où il n'aurait pas de lui-même quitté les lieux.

7. Compte tenu de tout ce qui précède, il y a lieu de faire injonction à M. A, ainsi qu'à tous occupants de son chef, de quitter le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'il occupe et, en cas d'inexécution de cette mesure dans le mois suivant la notification de la présence ordonnance, d'autoriser le préfet de la Côte-d'Or à procéder à son expulsion d'office, le cas échéant avec le concours de la force publique. Il y a lieu, en outre, d'autoriser le préfet à donner toutes instructions nécessaires à l'association Coallia afin d'évacuer, aux frais de l'intéressé, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. A, ainsi qu'à tous occupants de son chef, de libérer le logement qu'il occupe à Dijon dans le foyer d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile géré par l'association Coallia.

Article 3 : Faute pour M. A d'avoir volontairement quitté les lieux dans le mois suivant la notification de la présente ordonnance, le préfet de la Côte-d'Or pourra faire procéder à son expulsion par les moyens légaux de son choix, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : Le préfet de la Côte-d'Or est en outre autorisé à donner toutes instructions utiles à l'association Coallia à l'effet d'évacuer, aux frais de M. A, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Côte-d'Or, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. B et à Me Ben Hadj Younes.

Fait à Dijon, le 1er mars 2023.

Le président,

juge des référés

David Zupan

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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