jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300623 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DU PARC CABINET D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mars 2023, Mme B I et M. G de C, agissant tant en leur nom propre qu'en leur qualité de représentants légaux de leur enfant mineur F, représentés par Me Lion, demandent au tribunal :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier d'Auxerre et la société hospitalière des assurances mutuelles (SHAM) à leur verser la somme de 16 015, 26 euros en leur nom propre et la somme de 28 376,80 euros en leur qualité de représentants légaux de F ;
2°) de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier d'Auxerre et de la SHAM le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme I et M. de C soutiennent que :
- la responsabilité du centre hospitalier d'Auxerre doit être retenue au titre de manquements fautifs, lesquels sont à l'origine d'une perte de chance évaluée à 80% d'éviter la paralysie dont leur fille est atteinte ;
- ces fautes sont à l'origine de préjudices extrapatrimoniaux temporaires pour leur fille dans l'attente de la consolidation de son état de santé ;
- elles sont également à l'origine de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux et d'un préjudice d'impréparation pour eux.
Par des mémoires, enregistrés le 14 avril 2023 et le 20 juin 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Côte-d'Or demande, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation du centre hospitalier d'Auxerre à lui verser une somme de 7 160, 05 euros au titre des prestations versées, sous réserve d'autres paiements non encore connus à ce jour et une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Par un mémoire en défense, enregistré les 28 juin 2023, le centre hospitalier d'Auxerre, représenté par le cabinet Du Parc Monnet, conclut à titre principal au rejet de la requête et des demandes présentées par la CPAM, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal ordonne une expertise contradictoire permettant d'apprécier les éventuelles responsabilités encourues dans ce dossier mettant en cause le médecin chargé du suivi de la grossesse et, à titre infiniment subsidiaire, à la minoration des prétentions indemnitaires des requérants et des demandes de la CPAM.
Le centre hospitalier soutient que :
- aucun manquement n'a été commis ;
- les conclusions de l'expertise réalisée par les docteurs D et J sont contraires aux données acquises de la science ;
- il apparaît nécessaire qu'un nouvel expert se positionne sur le litige dans le cadre d'une nouvelle expertise ;
- à titre subsidiaire, le taux de perte de chance doit être évalué à 20% et les demandes indemnitaires ramenées à de plus justes proportions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix ;
- les conclusions de M. Blacher, rapporteur public ;
- les observations de Me Dandon, représentant le centre hospitalier d'Auxerre et la SHAM devenue Relyens.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B I, alors enceinte de 36 semaines et 6 jours, a été admise en urgence au centre hospitalier d'Auxerre le 5 octobre 2020 à 7h25 pour des contractions utérines, et le travail a été déclenché le même jour à 10h30. Après une tentative d'extraction instrumentale par ventouse pratiquée en raison d'anomalies du rythme cardiaque fœtal et de l'inefficacité du travail expulsif, et de manœuvres dites de Mac Roberts et Jacquemier en raison d'une dystocie des épaules, l'enfant F de C est née le 6 octobre 2020 à 10h37. Dans les suites immédiates de sa naissance, la jeune F a présenté plusieurs traumatismes dont une paralysie du plexus brachial droit et des lésions traumatiques du pôle céphalique, dont elle conserve à ce jour des séquelles. Le 9 mars 2021, Mme I et son conjoint, M. de C, ont saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) de Bourgogne d'une demande d'indemnisation mettant en cause le centre hospitalier d'Auxerre et son assureur. A la demande de la CCI, une expertise médicale a été menée contradictoirement par le docteur D, pédiatre, et le docteur J, gynécologue-obstétricien, dont le rapport, déposé le 27 mai 2021, conclut à des manquements dans la prise en charge de l'accouchement ayant entrainé une perte de chance de 20% d'éviter les dommages subis par la jeune F. Le centre hospitalier d'Auxerre n'ayant pas fait de proposition d'indemnisation aux victimes malgré un avis favorable émis par la CCI de Bourgogne le 14 octobre 2021, Mme I et M. de C, agissant tant en leur nom propre qu'en leur qualité de représentants légaux de leur fille mineure, ont saisi le tribunal d'une requête tendant à la réparation de leurs préjudices.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I.- Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision () ".
4. Il résulte de l'instruction que le docteur D et le docteur J ont estimé que le centre hospitalier d'Auxerre avait commis des fautes lors de l'accouchement dès lors que, selon eux, aucune pelvimétrie n'avait été réalisée malgré une suspicion de macrosomie fœtale associée à un diabète gestationnel, que les anomalies du rythme cardiaque fœtal et l'orientation du fœtus auraient dû conduire à interrompre le travail et que ces manquements ont entrainé une perte de chance d'éviter la dystocie des épaules. Les experts ont également retenu un défaut d'information de la parturiente concernant le déclenchement de l'accouchement et ses conséquences. Les experts ont évalué à 20% le taux de perte de chance d'éviter ou de limiter les séquelles imputables aux fautes commises par le centre hospitalier et la CCI de Bourgogne a retenu un taux de perte de chance de 80%.
5. Toutefois, le centre hospitalier d'Auxerre conteste les conclusions des experts, en produisant en défense une analyse critique du rapport d'expertise réalisée par le professeur H, expert judiciaire spécialiste en gynécologie-obstétrique et néonatologie. L'auteur de l'analyse, qui a statué sur les mêmes éléments obstétricaux que les experts désignés par la CCI, aboutit à des conclusions totalement contraires à celles du rapport d'expertise et retient notamment que la surveillance de la grossesse, notamment la prise en charge du diabète gestationnel de Mme I, qui n'a pas été réalisé par le centre hospitalier, n'a pas été réalisée conformément aux bonnes pratiques médicales et que ces manquements ont joué un rôle dans la survenue ultérieure des complications obstétricales. Le professeur H estime par ailleurs qu'il n'y avait pas d'indication pour une pelvimétrie ou pour une césarienne, que ce soit à titre préventif ou en cours de travail. Si cette analyse critique ne constitue pas une expertise contradictoire et a été rendue à la demande du centre hospitalier, elle soulève néanmoins à l'encontre de la première expertise des objections suffisamment circonstanciées et motivées pour qu'il ne soit pas possible au tribunal de se prononcer, en l'état, de manière suffisamment certaine sur l'existence même de fautes imputables au centre hospitalier d'Auxerre. En particulier, compte tenu de l'analyse proposée par le professeur H s'agissant du suivi de grossesse, il apparait utile que le docteur A E, qui a réalisé ce suivi, soit présente aux opérations d'expertise afin de se prononcer sur les responsabilités respectives et notamment déterminer celle du centre hospitalier d'Auxerre, seule partie susceptible d'être condamnée par le tribunal.
6. Il résulte de ce qui précède que les éléments du dossier ne permettent pas au tribunal de se prononcer sur la responsabilité du centre hospitalier d'Auxerre. Par suite, il y a lieu, avant de statuer sur la requête, d'ordonner une expertise médicale avec la mission détaillée à l'article 2 ci-dessous.
DECIDE :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme I et de M. C, procédé à une expertise médicale contradictoire en présence de ces derniers, du centre hospitalier d'Auxerre, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, de la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or et du docteur A E.
Article 2 : L'expert, spécialiste en gynécologie-obstétrique, sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 62114 du code de justice administrative.
Il aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de F de C ainsi que tous documents relatifs au suivi de la grossesse de Mme B I par le docteur E et à la prise en charge de Mme I par le centre hospitalier d'Auxerre lors de son accouchement ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme B I et de F de C ;
2°) décrire l'évolution et le suivi de la grossesse de Mme I, les soins et prescriptions prodigués à cette dernière par le docteur E à compter de son 6ème mois de grossesse ; donner son avis sur le point de savoir si les soins dispensés dans ce cadre et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme I et aux symptômes / complications qu'elle présentait ;
3°) décrire les conditions dans lesquelles Mme I a été prise en charge par le centre hospitalier d'Auxerre lors de son arrivée dans cet établissement le 5 octobre 2020 ; indiquer les examens et actes médicaux pratiqués sur Mme I et sur l'enfant à naître et préciser s'ils ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et notamment aux recommandations du collège national des gynécologues et obstétriciens français, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme I et de l'enfant et aux symptômes qu'ils présentaient ;
4°) indiquer si le suivi de la grossesse par le docteur E a concouru à la survenue des complications, et le cas échéant dans quelle mesure ; préciser si la réalisation d'une pelvimétrie aurait permis d'éviter les complications survenues et si le tableau clinique (suspicion de macrosomie fœtale, anomalies du rythme cardiaque fœtal, interprétation de l'orientation du mobile fœtal) justifiait la réalisation d'une césarienne, avant ou après le début du travail ; indiquer si les actes médicaux pratiqués sur Mme I pendant son accouchement ont été attentifs et diligents ou s'ils ont au contraire fait perdre une chance d'éviter la survenue des dommages ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à F une chance sérieuse d'éviter ou de limiter les séquelles dont elle reste atteinte ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue en raison de ces manquements.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B I et M. G de C, au centre hospitalier d'Auxerre, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de Côte-d'Or et au docteur A E.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. Boissy
La greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026