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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300705

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300705

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300705
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2023, M. B A, représenté par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Fidal, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014, et des pénalités correspondantes ;

2°) de prononcer la décharge des amendes qui lui ont été infligées pour détention non déclarée de compte bancaire à l'étranger au titre des années 2016 et 2017 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son foyer fiscal n'est pas en France mais sur l'île Maurice ;

- il appartient à l'administration fiscale d'établir l'existence de bénéfices qui auraient été distribués et le montant des sommes qui lui auraient été attribuées personnellement ; à la suite de la réponse aux observations du contribuable et de l'intervention de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, dans le cadre de la procédure concernant la société par actions simplifiée Vidéo Synthèse Production, les rectifications ont été abandonnées ;

- dès lors qu'il n'était pas domicilié fiscalement en France et qu'il ne percevait aucun revenu en France, il n'était pas soumis aux obligations déclaratives résultant des articles 1649 A et 1736 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, l'administrateur de l'Etat en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est tardive, dès lors qu'elle a été introduite postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux, dont le point de départ est le 26 mars 2022, date à laquelle des décisions de rejet des réclamations préalables de M. A lui ont été notifiées ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 25 septembre 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 13 novembre 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 novembre 2023 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014, à la suite duquel l'administration fiscale a considéré qu'il était résident fiscal français, bénéficiaire notamment de revenus réputés distribués par la société par actions simplifiée (SAS) Vidéo Synthèse Production Ltd de droit français, et lui a notifié les rehaussements correspondants par une proposition de rectification en date du 15 décembre 2017. M. A a également fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, à l'issue duquel lui ont été notifiés, outre des rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, qui ne sont pas en litige dans la présente instance, des amendes au titre des dispositions des articles 1649 A et 1736 du code général des impôts pour détention non déclarée de comptes bancaires à l'étranger, au titre des années 2016 et 2017. Ces amendes ont été mises en recouvrement le 16 décembre 2019 pour un montant total de 12 000 euros. Par une décision explicite du 23 mars 2022, l'administration fiscale a rejeté la réclamation préalable du 4 février 2022 du contribuable, relative aux impositions supplémentaires au titre de l'année 2014. Par une seconde décision explicite du 23 mars 2022, l'administration a rejeté la réclamation du 30 décembre 2021 de M. A, relative aux amendes précitées. Par sa requête, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 et des amendes qui lui ont été infligées.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration fiscale :

2. Aux termes de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales : " Le service compétent pour statuer sur une réclamation est celui à qui elle doit être adressée en application de l'article R. 190-1. () / Les décisions de l'administration sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif. ". Le premier alinéa de l'article R. 199-1 du même livre dispose que : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. ".

3. En indiquant que les décisions par lesquelles l'administration statue sur une réclamation sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif, le dernier alinéa de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales a entendu renvoyer aux dispositions du code de justice administrative qui régissent la notification des décisions clôturant l'instance. Il suit de là que le délai de recours devant le tribunal administratif ne court qu'à compter du jour où la notification de la décision de l'administration statuant sur la réclamation du contribuable a été faite au contribuable lui-même, à son domicile réel, alors même que cette réclamation a été présentée par l'intermédiaire d'un mandataire au nombre de ceux mentionnés à l'article R. 431-2 du code de justice administrative.

4. Il résulte de l'instruction que M. A a soumis à l'administration fiscale, par l'intermédiaire de son conseil, une réclamation préalable le 30 décembre 2021, tendant au dégrèvement des amendes mises à sa charge pour non-déclaration de compte détenu à l'étranger et une seconde réclamation le 4 février 2022 tendant au dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014. Par deux décisions distinctes, en date du 23 mars 2022, l'administration a rejeté ces réclamations. Il ressort des mentions des deux avis de réception, que les plis correspondants ont été présentés à l'adresse de M. A à Nevers et distribués le 26 mars 2022. L'intéressé ne soutient ni n'allègue ni que la signature dont est revêtu ces avis ne serait pas la sienne ou celle d'une personne ayant qualité à cet effet, ni que l'adresse à laquelle ces plis ont été notifiés, qui est celle à laquelle ont été envoyées l'ensemble des pièces de la procédure ne serait pas la sienne. Ces notifications, qui comportent la mention des voies et délais de recours, ont donc fait courir le délai de recours contentieux de deux mois. Ainsi, la requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Dijon le 17 mars 2023 est tardive, comme le soutient à juste titre l'administration fiscale.

5. M. A ne peut utilement se prévaloir des énonciations contenues au paragraphe n° 180 de la documentation administrative référencée BOI-CTX-PREA-10-80 et au paragraphe n° 140 de la documentation administrative référencée BOI-CTX-ADM-10-20-20 qui ne contiennent aucune interprétation de la loi fiscale au sens des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. Ainsi, la circonstance que cette instruction recommande au service de notifier une copie de la décision portant sur la réclamation du contribuable au mandataire de ce dernier est sans incidence sur les délais ouverts pour contester les impositions mises à sa charge.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de M. A sont tardives et doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur de l'Etat en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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