vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300748 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PIERSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, la compagnie d'assurances MAAF, représentée par Me Kouma, demande au tribunal :
1°) de condamner le département de Saône-et-Loire à lui verser une somme de 16 443,05 euros en qualité d'assureur de M. A, à la suite de l'accident de la circulation survenu le 28 juillet 2018 sur la RD 985 ;
2°) de mettre à la charge du département de Saône-et-Loire le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La compagnie d'assurances MAAF soutient que :
- l'accident de la circulation dont a été victime M. A le 28 juillet 2018 résulte d'une glissade sur une plaque de gazole sur la RD 985 ;
- à défaut de justifier un entretien normal de la voie publique, le département de Saône-et-Loire est responsable de l'accident de la circulation survenu le 28 juillet 2018 ;
- le département de Saône-et-Loire doit être condamné à lui verser une somme de 16 443,05 euros au titre des sommes versées à son assuré.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le département de Saône-et-Loire, représenté par Me Pierson, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la demande de condamnation présentée à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, de minorer le montant de sa condamnation ;
3°) à titre " encore plus subsidiaire ", de rejeter les demandes indemnitaires présentées au titre de l'indemnisation du préjudice corporel de M. A ;
4°) de mettre à la charge de la compagnie d'assurance MAAF le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le département soutient que :
- n'ayant pas eu la connaissance d'une plaque de gazole sur la chaussée avant la survenue de l'accident du 28 juillet 2018, aucun défaut d'entretien normal de l'ouvrage ne peut lui être imputé et sa responsabilité ne saurait être engagée ;
- à titre subsidiaire, le préjudice corporel n'étant pas établi, la demande d'indemnisation présentée à ce titre doit être écartée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bois,
- et les conclusions de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, assuré auprès de la compagnie d'assurances MAAF, a été victime d'un accident de la circulation le 28 juillet 2018 alors qu'il roulait à moto sur la RD 985 à la sortie de la commune de la Clayette. La compagnie d'assurances MAAF a indemnisé son assuré à hauteur de 13 182,40 euros et a exposé des frais au titre de rapports d'expertise. Estimant que le département de Saône-et-Loire était responsable d'un défaut d'entretien de la RD 985, la compagnie d'assurances a présenté un recours indemnitaire préalable qui a été rejeté le 26 janvier 2023. Subrogée dans les droits de son assuré, la compagnie d'assurances MAAF demande au tribunal de condamner le département de Saône-et-Loire à lui verser une somme de 16 443,05 euros.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime, ou à un cas de force majeure.
3. Il résulte de l'instruction que, le 28 juillet 2018, vers 12h45, alors qu'ils roulaient dans le cadre d'une sortie collective d'environ quinze motards, MM. C et A ont eu un accident de la circulation à la sortie de la commune de la Clayette sur la RD 985. La chaussée était polluée par une plaque de gazole glissante.
4. D'une part, la seule mention dans un procès-verbal établi le 15 novembre 2018 qui relate, selon les dires de M. A, qu'il y aurait déjà eu " a priori " un accident survenu le 27 juillet 2018, lequel n'est corroboré par aucune autre pièce du dossier et est contesté par le département en défense, est insuffisante pour caractériser une information particulière du maître de l'ouvrage sur la présence d'une plaque de gazole en temps utile avant les accidents survenus le 28 juillet 2018. Dès lors, il ne peut pas être reproché au département de Saône-et-Loire, qui n'avait pas constaté de désordre particulier lors d'une patrouille effectuée sur ce tronçon de route cinq jours auparavant, le 23 juillet 2018, un défaut d'entretien particulier de la chaussée.
5. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'accident de M. A procède d'une manœuvre d'évitement de la moto accidentée de M. C qui a favorisé sa glissade sur la plaque de gazole et son propre accident. La plaque de gazole sur la chaussée ne peut dès lors être regardée comme étant à l'origine exclusive et certaine de l'accident de la circulation subi par M. A.
6. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 5, le département de Saône-et-Loire, qui établit avoir procédé à un entretien normal de la RD 985, ne peut pas être regardé comme étant responsable de l'accident de moto de M. A survenu le 28 juillet 2018. Dès lors, les conclusions à fin de condamnation présentées par la compagnie d'assurances MAAF doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département de Saône-et-Loire, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande la compagnie d'assurances MAAF au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la compagnie d'assurances MAAF une somme de 1 200 euros à verser au département de Saône-et-Loire au titre de ces mêmes frais.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la compagnie d'assurances MAAF est rejetée.
Article 2 : La compagnie d'assurances MAAF versera au département de Saône-et-Loire une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la compagnie d'assurances MAAF et au département de Saône-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Laurent, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
C. BoisLe président,
L. BoissyLa greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026