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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300967

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300967

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300967
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en plein contentieux, a examiné la requête de la SARL Vins fins Albert Dailly contestant des rehaussements d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée pour les exercices 2017 à 2019, ainsi qu'une amende pour non-désignation de bénéficiaires de distributions. La solution retenue par le tribunal est un non-lieu à statuer partiel, l'administration ayant accordé des dégrèvements en cours d'instance, et le rejet du surplus des conclusions de la société. Les textes appliqués incluent le code général des impôts, notamment son article 1759, et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Vins fins Albert Dailly, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée TheCab.Avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2017, 2018 et 2019, et des pénalités correspondantes ;

2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2017 au 30 décembre 2019 ;

3°) de prononcer la décharge de l'amende qui lui a été infligée au titre de l'article 1759 du code général des impôts pour non-désignation des bénéficiaires des distributions ;

4°) de condamner l'Etat aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration n'a pas pris en compte son argumentation sur les différents points en litige, développée dans sa réclamation préalable, de sorte que c'est en toute illégalité que le service a rejeté sa réclamation ;

- à titre principal, les éléments relevés par le vérificateur ne pouvaient fonder un rejet de comptabilité, dès lors que celle-ci est régulière ;

- contrairement à ce que soutient l'administration, M. B est son seul dirigeant, en droit et en fait, et le service ne démontre pas que M. D constituerait un gérant de fait ;

- l'administration fiscale ne démontre pas le caractère fictif de la facture du 31 mai 2017 émanant de M. D et d'un montant de 10 602 euros toutes taxes comprises ;

- les factures considérées par le service comme non comptabilisées ou partiellement comptabilisées, constituent des doublons et n'avaient donc pas à l'être ;

- la facture établie par la société Ruinart doit être admise en déduction de son bénéfice ; elle est libellée au nom de la société LSDE dans la mesure où elle ne dispose que de quotas d'achats réduits auprès de la maison Ruinart et commande au nom de la société LSDE lorsqu'elle a utilisé son quota ;

- elle conteste le profit sur le Trésor à hauteur des rehaussements contestés en matière de taxe sur la valeur ajoutée ;

- il n'existe aucune corrélation entre les stocks en fin d'exercice 2017 et ceux en fin d'exercices clos en 2016 et en 2018, de sorte que l'administration a commis une erreur en retenant au titre de 2017, la moyenne des stocks constatés à la fin des exercices clos en 2016 et en 2018 ;

- la réintégration dans le bénéfice taxable de la facture du 28 février 2017 de frais kilométriques de M. A aurait dû être limitée à la somme de 5 133 euros, pour tenir compte des régularisations passées en comptabilité, le 31 décembre 2016, d'un montant de 4 750 euros au crédit du compte 625030, et d'un montant de 9 619,03 euros au crédit du compte 772 ;

- à supposer, comme le soutient l'administration que la dette qu'elle a inscrite au compte courant d'associé de M. D ne soit pas justifiée, il existe alors une dette à l'égard de la société Nobody Nose, de sorte que son bénéfice ne peut être rehaussé à raison de cette opération ;

- de même, à supposer, comme le soutient l'administration que les sommes inscrites au crédit du compte courant d'associé de M. D pour un montant total de 7 000 euros en provenance de la société Nobody Nose ne soient pas justifiées, il convient de constater une dette corrélative à l'égard de cette société, de sorte que son bénéfice ne peut être rehaussé à raison de cette opération ;

- de même, à supposer, comme le soutient l'administration que la somme inscrite au crédit du compte courant d'associé de M. D pour un montant de 2 825,99 euros en provenance de la société LSDE ne soit pas justifiée, il convient de constater une dette corrélative à l'égard de cette société, de sorte que son bénéfice ne peut être rehaussé à raison de cette opération ;

- il n'est pas contesté que Mme C lui a versé 650 euros à titre d'avances ; M. D ayant remboursé Mme C, il en résulte une dette de ce même montant à l'égard de M. D ;

- le rehaussement du bénéfice taxable d'une somme de 3 000 euros, portée au crédit du compte courant d'associé de M. D, est contesté ;

- il n'est pas contesté que Mme C lui a versé 2 000 euros à titre d'avances ; 400 euros ont été remboursés à Mme C par M. D, de sorte que la société était redevable de cette somme à M. D ; pour le surplus, le rehaussement en matière de passif injustifié est compensé par l'existence d'une dette de 1 600 euros à l'égard de Mme C ;

- elle conteste le bénéfice de l'exercice clos en 2019, reconstitué par le service à partir des livres brouillards et établi à la somme de 15 402 euros, alors que son cabinet d'expertise-comptable l'a fixé à la somme de 7 806 euros ;

- elle conteste l'amende au titre de l'article 1759 du code général des impôts pour non-désignation des bénéficiaires des distributions, par voie de conséquence de la contestation des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée ;

- elle conteste les pénalités, par voie de conséquence de la contestation des droits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- elle a prononcé le 13 novembre 2023 un dégrèvement d'un montant de 2 799 euros en matière d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017 et un dégrèvement d'un montant de 2 616 euros en matière de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 ;

- les conclusions à fin de décharge sont irrecevables, en tant qu'elles sont relatives à la somme résultant de la réintégration du profit sur le Trésor, en l'absence de moyen soulevé ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 13 novembre 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 18 décembre 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 janvier 2024 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Vins fins Albert Dailly, qui a pour activité le négoce et la vente de vins et spiritueux, et dont le siège social est à Saint-Symphorien-d'Ancelles en Saône-et-Loire, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, à la suite de laquelle l'administration a considéré sa comptabilité régulière mais insincère et non probante et lui a adressé une proposition de rectification, en date du 30 avril 2021, notamment en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée. En l'absence d'observations de la société, les impositions en résultant ont été mises en recouvrement le 15 septembre 2021, pour un montant total en droits et pénalités de 25 672 euros, auquel s'ajoute une amende d'un montant de 29 091 euros infligée sur le fondement des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts. Par une décision explicite du 30 janvier 2023, l'administration fiscale a rejeté la seconde réclamation contentieuse de la société, en date du 21 juillet 2022. Par sa requête, la SARL Vins fins Albert Dailly demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, celle des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2017, 2018 et 2019, et la décharge des pénalités correspondantes et de l'amende qui lui a été infligée.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Par une décision du 13 novembre 2023, postérieure à l'enregistrement de la requête, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a prononcé un dégrèvement de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle a été assujettie la société requérante, à raison d'un montant de 2 799 euros en droits et pénalités et un dégrèvement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017, à raison d'un montant de 2 616 euros en droits et pénalités. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge dans cette mesure. Ce faisant, l'administration a entendu faire droit au moyen tiré de ce que la facture du 31 mai 2017 établie par M. D ne constituait pas une facture fictive. Par suite, ce moyen est désormais dépourvu d'objet.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la décision du 30 janvier 2023 de l'administration fiscale :

3. Aux termes du troisième alinéa de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales : " En cas de rejet total ou partiel de la réclamation, la décision doit être motivée. ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 199-1 du même livre : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. / Toutefois, le contribuable qui n'a pas reçu la décision de l'administration dans un délai de six mois mentionné au premier alinéa peut saisir le tribunal dès l'expiration de ce délai. ".

4. La circonstance selon laquelle l'administration n'aurait pas tenu compte, dans sa décision du 30 janvier 2023 prise sur la réclamation du contribuable, de l'argumentation de ce dernier est sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition ou sur le bien-fondé de l'imposition, qui seuls peuvent être utilement critiqués devant le juge de l'impôt à l'appui d'une demande en décharge ou en réduction de l'imposition contestée. Par suite, ce moyen est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :

S'agissant du rejet de la comptabilité :

5. Pour considérer la comptabilité des exercices clos en 2017 et en 2018 de la SARL Vins fins Albert Dailly insincère et non probante, et en prononcer le rejet, la vérificatrice a relevé l'existence de ruptures de séquentialité dans la numérotation des factures, la présence de quantités négatives de marchandises dans les états de stocks des exercices clos en 2018 et 2019, traduisant l'absence d'inventaire physique, l'absence d'inventaire et de détail des stocks de marchandises à l'ouverture et à la clôture de l'exercice clos en 2017 et l'absence de justificatif du montant des stocks de marchandises au 1er janvier 2017, des soldes de comptes clients anormalement débiteurs expliqués par des règlements clients encaissés par un ancien salarié et associé, l'existence de charges injustifiées et non régularisées, ayant donné lieu successivement à des écritures de produits à recevoir, de facturation puis de charges sur exercice antérieur, l'absence de comptabilisation de deux factures clients au titre de l'exercice clos en 2017, de deux autres au titre de l'exercice clos en 2018 et d'une dernière au titre de l'exercice clos en 2019, la comptabilisation de deux factures clients pour des montants erronés au titre de l'exercice clos en 2017, la comptabilisation de deux factures d'achats, considérées comme fictives, l'utilisation d'un compte courant d'associé, ouvert au nom de M. D, qui n'est pas associé de la SARL, pour retracer divers mouvements financiers entre les différentes sociétés dont il est associé, mais ne concernant pas nécessairement la SARL et enfin un compte de tiers fournisseur collectif utilisé pour retracer des opérations que la société n'a elle-même pas été en mesure d'expliquer.

6. Pour contester le rejet de la comptabilité, la société requérante soutient que les factures considérées comme fictives sont bien réelles, que les soldes clients débiteurs proviennent de la substitution par un ancien salarié et associé de son relevé d'identité bancaire personnel à la place de celui de la société, que la société a procédé à la régularisation des indemnités kilométriques comptabilisées à tort et que les factures clients considérées comme omises en comptabilité sont en réalité des doublons qui n'avaient donc pas lieu d'être comptabilisés, qu'elle a bien procédé à des réceptions de stocks, que la sous-évaluation des stocks ne saurait constituer un motif de rejet de la comptabilité, que les flux financiers " non gérés " concernent seulement l'exercice clos en 2018 et qu'elle justifie les opérations réalisées entre M. D et les différentes sociétés dans lesquelles il est associé.

7. Si la SARL requérante soutient qu'elle a effectivement procédé à des réceptions de stocks, elle ne conteste pas n'avoir procédé à aucun inventaire physique de ses stocks de marchandises destinées à la vente, alors que la vente de marchandises représente la moitié de son activité environ au titre des exercices en litige. Si elle soutient que les factures non enregistrées en comptabilité constituent des doublons, elle se borne à l'affirmer, sans produire aucun élément de nature à justifier son allégation. Pour toute contestation des écritures passées au crédit du compte courant d'associé de M. D, qui n'est pas associé de la société, elle se borne à soutenir qu'il s'agirait de dettes à l'égard d'autres tiers ou associés, sans au demeurant en justifier, reconnaissant ainsi l'insincérité de ces écritures comptables. Elle ne conteste en outre, ni l'absence de séquentialité de la numérotation des factures, ni la comptabilisation d'une facture d'achat fictive d'un serveur informatique, destinée à masquer des flux financiers, ni l'existence d'écritures dans un compte de tiers fournisseurs collectif, dont elle n'a pas été en mesure de justifier la nature. Eu égard, d'une part, à la nature de l'activité de la société, constituée pour moitié de ventes de marchandises et d'autre part, à l'importance du montant des opérations litigieuses précitées rapporté au chiffre d'affaires, l'administration était fondée, pour ces seuls motifs, à considérer la comptabilité de la SARL Vins fins Albert Dailly dépourvue de sincérité, et ce faisant, de valeur probante, et à en prononcer le rejet pour les exercices clos en 2017 et 2018. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

S'agissant de la gérance de fait :

8. Le moyen tiré de ce que M. D ne constituerait pas le gérant de fait de la SARL Vins fins Albert Dailly ne peut qu'être écarté comme inopérant dès lors qu'aucun des rehaussements en litige n'est fondé sur cette qualité.

S'agissant de la charge de la preuve :

9. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. ".

10. Alors que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige et les suppléments d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2017 et en 2018 ont donné lieu à une procédure de rectification contradictoire, il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté, que la SARL Vins fins Albert Dailly n'a pas présenté d'observations en réponse à la proposition de rectification du 30 avril 2021 qui lui a été régulièrement notifiée. Par suite, il lui appartient de démontrer le caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; () ". Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".

12. En application des dispositions précitées, il incombe à la SARL requérante, qui a fait l'objet, au titre de l'exercice clos en 2019, d'une taxation d'office de son bénéfice, dont elle ne conteste pas la régularité, d'apporter la preuve de l'exagération des impositions mises à sa charge au titre de cet exercice.

S'agissant des rehaussements opérés par l'administration fiscale :

13. En premier lieu, si la SARL Vins fins Albert Dailly soutient que les factures non comptabilisées ou comptabilisées pour un montant erroné constitueraient des doublons de factures déjà comptabilisées, elle se borne à l'affirmer sans apporter aucune justification d'une telle allégation. Par suite, le moyen soulevé ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes du 1 du II de l'article 271 du code général des impôts : " Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; ". Aux termes du II de l'article 289 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée. ". Aux termes enfin du I de l'article 242 nonies A de l'annexe II à ce code : " Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : / 1° Le nom complet et l'adresse de l'assujetti et de son client ; () ".

15. L'administration fiscale a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 456,24 euros, mentionnée sur une facture établie par la société Ruinart et libellée au nom du client LDSE. En outre, il n'est pas contesté que le règlement de cette facture n'a été effectué ni au profit de la société LDSE ni au profit de la société Ruinart, mais à celui de la société Nobody Nose. La société soutient qu'elle disposait d'un quota d'achats réduits auprès de la maison Ruinart, que ce quota était épuisé et que la société LDSE n'avait pas utilisé son propre quota. Elle soutient enfin que la preuve de ses allégations résiderait dans le fait que la société LDSE ne vendait pas de produits Ruinart sur la période considérée. Toutefois, une nouvelle fois, aucune de ces allégations n'est établie, de sorte que le moyen soulevé ne peut qu'être écarté.

16. En troisième lieu, si la société conteste le profit sur le Trésor à hauteur des rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés, il résulte de ce qui précède que ce moyen doit être écarté, par voie de conséquence de ce qui précède.

17. En quatrième lieu, aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ".

18. Constatant que la société requérante s'était bornée, à la clôture de l'exercice clos en 2017 à évaluer les stocks de matériels, denrées et boissons affectés à l'activité de prestations de services et qu'elle n'avait pas procédé à l'évaluation des stocks de marchandises affectées à l'activité de ventes de marchandises, et après avoir prononcé le rejet de la comptabilité au titre de cet exercice, l'administration a procédé à cette évaluation en retenant la moyenne de ces mêmes stocks à la clôture de l'exercice clos en 2016 et de l'exercice clos en 2018. Elle a ainsi évalué à 7 543 euros la valeur de ces stocks à la clôture de l'exercice clos en 2017. En outre, l'administration fait valoir, dans son mémoire en défense, qu'elle a corroboré cette valeur, eu égard à la comptabilité-matière des " trilogies côte-rôtie 2013 " permettant de parvenir à une valeur des stocks de 7 533 euros. La société requérante, qui n'a pas répliqué à l'administration fiscale, ne conteste pas cette seconde méthode. Pour remettre en cause cette évaluation, la société se borne à affirmer que la valorisation serait erronée en l'absence de corrélation entre la valorisation des stocks à la clôture de l'exercice clos en 2017 et la moyenne retenue par l'administration. Alors que la société requérante supporte la charge de la preuve, qu'elle ne critique pas utilement la méthode retenue par l'administration, qu'elle n'a pas été en mesure de produire d'état des stocks au 31 décembre 2016 et au 31 décembre 2017 et qu'elle ne propose pas de meilleure approximation que celle retenue par la vérificatrice, c'est à bon droit que le service a procédé à la réintégration de l'insuffisance d'actif ainsi constatée, à hauteur de 7 543 euros, dans le résultat imposable de l'exercice clos en 2017 et le moyen soulevé doit être écarté.

19. En cinquième lieu, aux termes du 1 de l'article 38 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. ".

20. L'administration a réintégré dans le bénéfice taxable de l'exercice clos en 2017 une facture d'un montant de 19 502,33 euros, en date du 28 février 2017, correspondant à la refacturation à un salarié et associé d'une part des indemnités kilométriques qui, selon la société, lui auraient été versées à tort. La société requérante, qui ne conteste pas l'existence de cette facture, soutient que son objet est partiellement couvert par deux écritures d'opérations diverses, l'une d'un montant de 4 750 euros, enregistrée le 31 décembre 2016 au crédit du compte de charges correspondant aux indemnités kilométriques de ce salarié, compte qui comprend au titre de l'année 2016 des écritures régulières mensuelles au débit, et l'autre d'un montant de 9 552,23 euros, enregistrée le 31 décembre 2016 au crédit du compte comptable 772 (produits sur exercices antérieurs). Alors que la société était tenue de comptabiliser la facture litigieuse au titre de l'exercice au cours duquel elle a été établie, elle n'établit ni que cette facture aurait donné lieu à un avoir au titre de cet exercice, ni en tout état de cause que les écritures dont elles se prévaut auraient, à hauteur de leur montant respectif, le même objet que cette facture. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

21. En sixième lieu, aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ".

22. Il appartient au contribuable, pour l'application de ces dispositions, de justifier, par la production de tous éléments suffisamment précis, l'inscription d'une dette au passif du bilan de son entreprise.

23. Pour justifier l'écriture comptable par laquelle la société requérante a, au cours de l'exercice clos en 2017, transféré une dette d'un montant de 7 000 euros, constatée dans ses comptes, du compte courant d'associé de la société Nobody Nose, au compte courant de M. D, la SARL Vins fins Albert Dailly se borne à soutenir qu'à supposer même que l'existence de cette dette à l'égard de M. D ne soit pas établie, une dette du même montant à l'égard de la société Nobody Nose s'y substitue. Ce faisant, cette société ne justifie ni de l'inscription, au passif de son bilan, d'une dette à l'égard de M. D, ni de l'inscription d'une dette à l'égard de la société Nobody Nose. Par suite, ce moyen doit être écarté.

24. En septième lieu, la société requérante reproduit le même argumentaire s'agissant d'une dette d'un montant de 2 825,99 euros inscrite initialement au crédit du compte courant de la société LDSE et transférée au crédit du compte courant de M. D. Pour le même motif que celui exposé au point précédent, ce moyen doit être écarté.

25. En huitième lieu, l'administration a rapporté au bénéfice taxable une somme de 3 000 euros inscrite au cours de l'exercice clos en 2019 au compte courant de M. D et dont l'origine est inconnue. La société requérante se borne à contester cette rectification sans justifier de l'inscription de cette dette au passif de son bilan. Son moyen ne peut donc à nouveau qu'être écarté.

26. En neuvième lieu, le moyen tiré de ce que la dette d'un montant de 650 euros de la société à l'égard de M. D, inscrite au crédit de son compte courant au cours de l'exercice clos en 2019, correspondrait au remboursement d'une avance faite par Mme C à la société est dépourvu d'objet, dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'administration a fait droit à ce moyen dans sa décision du 16 mai 2022 prise sur la première réclamation contentieuse de la société, donnant lieu au dégrèvement prononcé à cette date.

27. En dixième lieu, s'agissant de la somme de 2 000 euros portée au crédit du compte courant de M. D le 3 mai 2019, la société requérante soutient que Mme C a versé une avance d'un montant de 2 000 euros à la société, que M. D l'a remboursée à hauteur de 400 euros et qu'elle justifie, ce faisant, de l'inscription d'une dette à l'égard de M. D dans cette mesure. Pour le surplus, elle reproduit l'argumentaire mentionné au point 23 du présent jugement. Au soutien de cette argumentation, elle verse un extrait de compte bancaire personnel de M. D ouvert dans les livres de la Caisse régionale de crédit agricole mutuel Centre-Est mentionnant à la date du 18 décembre 2016 un virement de 400 euros à Mme E C. Toutefois, la société requérante n'établit dans la présente instance ni la dette de la société à l'égard de Mme C ni que le virement précité aurait eu pour objet d'éteindre partiellement cette dette. Par suite, le moyen soulevé doit être, dans cette mesure, écarté. Pour le surplus, il doit être écarté pour le même motif que celui mentionné au point 23 du présent jugement.

28. En onzième lieu, pour toute contestation du bénéfice taxé d'office par l'administration au titre de l'exercice clos en 2019, la société requérante se prévaut d'une liasse fiscale établie a posteriori, mentionnant un bénéfice taxable de 7 806 euros, sans assortir le moyen soulevé d'arguments précis, ni au demeurant d'écritures comptables ou de pièces justificatives. Dès lors, son moyen ne peut qu'être écarté comme dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les pénalités et l'amende fiscale :

29. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de la décharge des pénalités par voie de conséquence de la décharge des droits doit être écarté, dès lors que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des droits en litige.

30. Pour le même motif, le moyen tiré de la décharge, par voie de conséquence, de l'amende qui a été infligée à la SARL Vins fins Albert Dailly sur le fondement des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts, doit également être écarté.

31. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la SARL Vins fins Albert Dailly n'est fondée à demander la décharge ni des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, ni des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2017, 2018 et 2019, ni des pénalités correspondantes, ni de l'amende qui lui a été infligée au titre de l'article 1759 du code général des impôts.

Sur les dépens :

32. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'État peut être condamné aux dépens. ".

33. Il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante aurait exposé des dépens au sens des dispositions précitées. Ses conclusions tendant à la condamnation de l'État aux dépens ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

34. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la SARL Vins fins Albert Dailly présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge de la SARL Vins fins Albert Dailly à hauteur des dégrèvements prononcés en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Vins fins Albert Dailly est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Vins fins Albert Dailly et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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