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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300968

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300968

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300968
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon (2ème chambre) a statué sur la requête de M. B A, entrepreneur individuel, contestant des rappels de TVA pour la période 2017-2019 et une amende pour facture fictive. L'administration ayant accordé un dégrèvement de 5 301 euros sur l'amende, le tribunal a prononcé un non-lieu à statuer sur cette partie. Pour le surplus, le tribunal a rejeté le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de rejet de la réclamation préalable, le jugeant inopérant car sans incidence sur la régularité ou le bien-fondé de l'imposition.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2023, M. B A, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée TheCab.Avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 ;

2°) de prononcer la décharge de l'amende qui lui a été infligée au titre de l'article 1737 du code général des impôts pour facture fictive ;

3°) de condamner l'Etat aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration n'a pas pris en compte son argumentation sur les différents points en litige, développée dans sa réclamation préalable, de sorte que c'est en toute illégalité que le service a rejeté sa réclamation ;

- il demande la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée déductible mentionnée sur les factures d'achats des produits vendus, soit 3 208 euros au titre de l'année 2017 et 849,60 euros au titre de l'année 2019 ;

- l'administration fiscale ne démontre pas le caractère fictif de la facture qui a donné lieu à l'infliction d'une amende, et en particulier l'absence de livraison des produits facturés ;

- l'amende infligée ne figure pas dans les conséquences financières en fin de proposition de rectification ; elle est, de ce fait, irrégulière et privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- elle a prononcé le 15 septembre 2023 un dégrèvement d'un montant de 5 301 euros correspondant au montant de l'amende infligée sur le fondement de l'article 1737 du code général des impôts ;

- pour le surplus, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 13 novembre 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 18 décembre 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 janvier 2024 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, qui est enregistré au registre du commerce et des sociétés comme entrepreneur individuel exerçant une activité de location de terrains et d'autres biens immobiliers, a été destinataire, à l'issue d'un contrôle sur pièces, d'une proposition de rectification, en date du 30 avril 2021, lui notifiant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée relatifs à des ventes de vins et une amende pour facture fictive également relative à une vente de bouteilles de vin. Les impositions et amende en résultant ont été mises en recouvrement le 15 septembre 2021, pour un montant en droits et pénalités de 13 708 euros, en l'absence d'observations du contribuable. Par une décision explicite du 30 janvier 2023, l'administration fiscale a rejeté la seconde réclamation contentieuse du contribuable, en date du 21 juillet 2022. Par sa requête, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, des pénalités correspondantes et de l'amende qui lui a été infligée.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Par une décision du 15 septembre 2023, postérieure à l'enregistrement de la requête, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a prononcé un dégrèvement d'un montant de 5 301 euros de l'amende infligée à M. A sur le fondement de l'article 1737 du code général des impôts. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge dans cette mesure. Eu égard à ce dégrèvement, les deux moyens susvisés relatifs à cette amende sont désormais dépourvus d'objet.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la décision du 30 janvier 2023 de l'administration fiscale :

3. Aux termes du troisième alinéa de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales : " En cas de rejet total ou partiel de la réclamation, la décision doit être motivée. ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 199-1 du même livre : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. / Toutefois, le contribuable qui n'a pas reçu la décision de l'administration dans un délai de six mois mentionné au premier alinéa peut saisir le tribunal dès l'expiration de ce délai. ".

4. La circonstance selon laquelle l'administration n'aurait pas tenu compte, dans sa décision du 30 janvier 2023 prise sur la réclamation du contribuable, de l'argumentation de ce dernier est sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition ou sur le bien-fondé de l'imposition, qui seuls peuvent être utilement critiqués devant le juge de l'impôt à l'appui d'une demande en décharge ou en réduction de l'imposition contestée. Par suite, ce moyen est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. ".

6. Alors que M. A se borne à contester dans la présente instance les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, qui ont fait l'objet d'une procédure de rectification contradictoire, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté, que M. A n'a pas présenté d'observations en réponse à la proposition de rectification du 30 avril 2021 qui lui a été régulièrement notifiée. Par suite, il lui appartient de démontrer le caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

7. Aux termes du I de l'article 271 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. ". Aux termes du I de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts : " Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Les régularisations prévues à l'article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations. ".

8. Pour contester les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée mis à la charge de M. A d'un montant de 4 867 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017, et d'un montant de 849 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2019, le requérant se prévaut de son droit à déduction et de la taxe déductible mentionnée sur trois factures en date des 31 mai et 28 juin 2017 et 5 février 2019.

9. Toutefois, en vertu des dispositions précitées de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts, la taxe dont la déduction a été omise sur la déclaration afférente au mois au titre duquel elle était déductible, ne peut figurer, à condition de faire l'objet d'une inscription distincte, que sur les déclarations déposées avant le 31 décembre de la deuxième année suivant celle de l'omission. Ainsi, en admettant même que M. A ait disposé, comme il le prétend, d'un crédit de taxe déductible de 3 208 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 et de 849,60 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2019, ce crédit ne peut être admis en déduction du complément de taxe sur la valeur ajoutée auquel il a été assujetti, dans la mesure où il n'établit pas l'avoir déclaré dans les conditions prévues par l'article 208 précité, respectivement avant le 31 décembre 2019 et avant le 31 décembre 2021. Au surplus, il n'établit pas davantage l'existence même de ce droit à déduction, dès lors qu'il n'établit pas ne pas avoir déjà procédé à la déduction de cette taxe, comme le soutient l'administration fiscale.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est fondé à demander la décharge ni des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du

1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, ni des pénalités correspondantes.

Sur les dépens :

11. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'État peut être condamné aux dépens. ".

12. Il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait exposé des dépens au sens des dispositions précitées. Ses conclusions tendant à la condamnation de l'État aux dépens ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A à fin de décharge de l'amende fiscale mise à sa charge sur le fondement des dispositions de l'article 1737 du code général des impôts.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B A et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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