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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301620

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301620

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301620
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantMOUTOUSSAMY KRIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023 sous le n° 2301620, Mme A B, représentée par DBKM Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 novembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Yonne a rejeté son recours contestant le bien-fondé d'un indu d'allocation de logement familiale (ALF) d'un montant de 5 296 euros, au titre de la période allant du 1er mai 2021 au 30 juin 2022 ;

2°) de prononcer la décharge de l'indu d'ALF ;

3°) d'enjoindre à la CAF de l'Yonne de lui rembourser l'intégralité des sommes retenues sur ses prestations ;

4°) de mettre à la charge de la CAF de l'Yonne la somme de 1 224 euros sur le fondement des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors, d'une part, qu'elle a été prise en méconnaissance des garanties relatives au droit de communication et, d'autre part, que la procédure contradictoire a été méconnue lorsqu'elle a exercé son recours préalable ;

- l'agent qui a procédé au contrôle de sa situation n'était ni agréé ni assermenté en méconnaissance des dispositions des articles L. 114-10 et L. 243-9 du code de la sécurité sociale ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que la directrice de la CAF de l'Yonne n'a pas fait usage des pouvoirs qu'elle tient des articles L. 825-3 et R. 825-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- la CAF de l'Yonne a commis une erreur d'appréciation dès lors qu'elle n'était pas en concubinage depuis le mois d'avril 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, la CAF de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

La CAF de l'Yonne soutient :

- à titre principal, que la requête de Mme B est tardive est n'est dès lors pas recevable ;

- à titre subsidiaire, que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par une décision du 3 avril 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juin et 2 novembre 2023 sous le n° 2301626, Mme A B, représentée par DBKM Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Yonne a rejeté son recours contestant le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active (RSA), d'un montant de 7 964,69 euros, au titre de la période allant de juin 2021 à août 2022 ;

2°) d'annuler les décisions du 14 novembre 2022 rejetant son recours contestant le bien-fondé de l'indu de prime d'activité, d'un montant de 87,34 euros, au titre du mois de juin 2022 et son recours gracieux dirigé contre l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année (AEFA), d'un montant de 228,67 euros, au titre de décembre 2021 ;

3°) de prononcer la décharge des indus en litige ;

4°) d'enjoindre à la CAF de l'Yonne de rembourser l'intégralité des sommes retenues sur ses prestations ;

5°) de mettre à la charge de la CAF de l'Yonne la somme de 1 224 euros sur le fondement des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

a) sur le bien-fondé de l'AEFA :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme tiré de la méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle pouvait bénéficier du RSA au titre de la période en litige ;

b) sur le bien-fondé de l'indu de RSA :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de recours amiable n'a pas été saisie conformément aux dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- " en l'absence de production des éléments de preuve du dossier, aucun indu ne saurait être fondé " ;

c) sur l'ensemble des décisions relatives aux indus d'AEFA, de RSA et de prime d'activité :

- les décisions sont entachées d'un vice de procédure dès lors, d'une part, qu'elles ont été prises en méconnaissance des garanties relatives au droit de communication et, d'autre part, que la procédure contradictoire a été méconnue lorsqu'elle a exercé ses recours préalables et gracieux ;

- l'agent qui a procédé au contrôle de sa situation n'était ni agréé ni assermenté en méconnaissance des dispositions des articles L. 114-10 et L. 243-9 du code de la sécurité sociale ;

- la CAF de l'Yonne et le département de l'Yonne ont commis une erreur d'appréciation dès lors qu'elle n'était pas en concubinage entre les mois de juin 2021 et août 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2023, la CAF de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

La CAF de l'Yonne soutient :

- à titre principal, que la requête de Mme B est tardive est n'est dès lors pas recevable ;

- à titre subsidiaire, que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, le département de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

Le département de l'Yonne soutient que :

- la requête de Mme B est irrecevable dès lors qu'elle a été tardivement présentée ;

- les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par une décision du 3 avril 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Boissy a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2301620 et 2601626 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur le cadre juridique :

En ce qui concerne la prime d'activité :

2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.

3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de prime d'activité, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par cette commission se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne l'allocation de logement familiale :

4. En vertu des dispositions combinées des articles L. 812-1, L. 821-1, L. 823-9, L. 825-2, L. 825-3, R. 825-1, R. 825-2 et R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ainsi que des articles L. 553-2 et R. 142-1 du code de la sécurité sociale, les aides personnelles au logement, au nombre desquelles figure l'allocation de logement familiale, sont liquidées et payées, pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'Etat, par les organismes chargés de gérer les prestations familiales.

5. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 4 décide de récupérer un paiement indu d'aides personnelles au logement, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par le directeur de cet organisme, après avis de cette commission, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne le revenu de solidarité active :

6. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

7. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 6 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne l'aide exceptionnelle de fin d'année :

8. L'aide exceptionnelle instituée, au titre de l'année 2021, par le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole notamment pour les allocataires du revenu de solidarité active.

9. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 8 décide de récupérer un paiement indu d'aide exceptionnelle, remettant ainsi en cause un paiement déjà effectué, la personne concernée qui en conteste le bien-fondé peut directement saisir le juge. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur les litiges soumis par Mme B :

10. A la suite d'un contrôle diligenté le 1er mars 2022, la CAF de l'Yonne a constaté que le dossier de Mme B présentait des irrégularités au regard de ses droits à plusieurs aides. Par une décision du 25 août 2022, la CAF de l'Yonne a notamment décidé de récupérer un indu d'ALF, d'un montant de 5 296 euros au titre de la période allant du 1er mai 2021 au 30 juin 2022, un indu de RSA d'un montant de 7 964,69 euros au titre de la période allant du 1er juin 2021 au 31 août 2022, un indu de prime d'activité d'un montant de 87,34 euros au titre de la période allant du 1er mai au 30 juin 2022 et un indu d'AEFA d'un montant de 228,67 euros au titre du mois de décembre 2021. Le 3 septembre 2022, Mme B a exercé les recours mentionnés aux points 3, 5 et 7, en contestant le bien-fondé des indus d'ALF, de prime d'activité et de RSA et a par ailleurs exercé un recours gracieux contre la partie de la décision du 25 août 2022 lui notifiant l'indu d'AEFA. Par trois décisions du 14 novembre 2022, la CAF de l'Yonne a rejeté les recours exercés par l'intéressée concernant les indus d'ALF, de prime d'activité et d'AEFA. Le 30 mars 2023 le président du conseil départemental de l'Yonne a rejeté le recours contestant le bien-fondé de l'indu de RSA. Mme B doit être regardée comme demandant au juge d'exercer son office respectivement défini aux points 3, 5, 7, et 9 et d'annuler, d'une part, les décisions des 14 novembre 2022 et 30 mars 2023 statuant sur ses recours en matière d'ALF, de prime d'activité et de RSA et, d'autre part, la partie de la décision du 25 août 2022 lui notifiant un indu d'AEFA ainsi que la décision du 14 novembre 2022 rejetant son recours gracieux exercé contre cette partie de décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les litiges relatifs à l'ALF et à la prime d'activité :

11. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

12. Il résulte de l'instruction que les décisions du 14 novembre 2022 comportaient la mention des voies et délais de recours et ont été notifiées à Mme B le 18 novembre 2022. Le délai de recours contentieux de deux mois, déclenché par cette notification, dont la requérante disposait pour contester ces décisions, n'a pas été interrompu par la demande d'aide juridictionnelle formulée par l'intéressée le 2 mars 2023 et a, dès lors, expiré le 19 janvier 2023 à minuit.

13. La CAF de l'Yonne est dès lors fondée à soutenir que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 14 novembre 2022 statuant sur les recours contestant le bien-fondé des indus d'ALF et de prime d'activité, qui n'ont été enregistrées au greffe du tribunal administratif que le 12 juin 2023, sont tardives et ne sont dès lors pas recevables.

En ce qui concerne le litige relatif à l'AEFA :

14. Il résulte de l'instruction que les décisions des 25 août 2022 et du 14 novembre 2022 comportaient la mention des voies et délais de recours et ont été respectivement notifiées à Mme B les 3 septembre 2022 et 18 novembre 2022. Le délai de recours contentieux de deux mois dont disposait l'intéressée, qui avait été interrompu par le recours gracieux et a recommencé à courir à compter du 18 novembre 2022, a donc expiré le 19 janvier 2023 à minuit. Ce délai de recours n'a ainsi pas été interrompu par la demande d'aide juridictionnelle formulée tardivement par l'intéressée le 2 mars 2023.

15. La CAF de l'Yonne est dès lors fondée à soutenir que les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 25 août 2022 et du 14 novembre 2022, qui n'ont été enregistrées au greffe du tribunal administratif que le 12 juin 2023, ont été tardivement présentées et ne sont par suite pas recevables.

En ce qui concerne le litige relatif au bien-fondé du paiement indu de RSA :

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance des garanties relatives à l'exercice du droit de communication :

16. Aux termes de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles : " Le service du revenu de solidarité active est assuré, dans chaque département, par les caisses d'allocations familiales et, pour leurs ressortissants, par les caisses de mutualité sociale agricole ". Aux termes de l'article L. 262-40 du même code : " Pour l'exercice de leurs compétences, le président du conseil départemental et les organismes chargés de l'instruction et du service du revenu de solidarité active demandent toutes les informations nécessaires à l'identification de la situation du foyer : / 1° Aux administrations publiques, et notamment aux administrations financières ; / 2° Aux collectivités territoriales ; / 3° Aux organismes de sécurité sociale, de retraite complémentaire et d'indemnisation du chômage ainsi qu'aux organismes publics ou privés concourant aux dispositifs d'insertion ou versant des rémunérations au titre de l'aide à l'emploi. () Les informations recueillies peuvent être échangées, pour l'exercice de leurs compétences, entre le président du conseil départemental et les organismes chargés de l'instruction et du service du revenu de solidarité active (). / Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale () ".

17. Aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ". Aux termes de l'article L. 114-20 du même code : " Sans préjudice des autres dispositions législatives applicables en matière d'échanges d'informations, le droit de communication défini à l'article L. 114-19 est exercé dans les conditions prévues et auprès des personnes mentionnées à la section 1 du chapitre II du titre II du livre des procédures fiscales à l'exception des personnes mentionnées aux articles L. 82 C, L. 83 A, L. 84, L. 84 A, L. 91, L. 95 et L. 96 B à L. 96 F ". L'article L. 83 du livre des procédures fiscales soumet au droit de communication " les administrations de l'État, des départements et des communes, les entreprises concédées ou contrôlées par l'État, les départements et les communes, ainsi que les établissements ou organismes de toute nature soumis au contrôle de l'autorité administrative ". Aux termes de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".

18. Tout d'abord, il résulte des dispositions mentionnées aux points 16 et 17 que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du revenu de solidarité active, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales s'attachant, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Lorsqu'une caisse peut obtenir une même information auprès d'une même administration ou d'un même organisme tant sur le fondement de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles ou de l'article L. 114-14 du code de la sécurité sociale, permettant des échanges d'informations avec les administrations fiscales, qu'au titre du droit de communication prévu par l'article L. 114-19 de ce dernier code, elle n'est tenue de mettre en œuvre les garanties prévues par l'article L. 114-21 du même code que si elle a entendu se placer dans le cadre du droit de communication. En revanche, il résulte des mêmes dispositions que la circonstance qu'une caisse ait échangé avec le président du conseil départemental, en application de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles, les informations qu'elle a recueillies en vertu du droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale est sans incidence sur l'obligation, en cas de décision de supprimer le service de la prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de respecter les garanties procédurales s'attachant, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit.

19. Ensuite, ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2019-789 QPC du 14 juin 2019, l'objet des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale est de permettre à la personne contrôlée de prendre connaissance des documents communiqués afin de pouvoir contester utilement les conclusions qui en ont été tirées par l'organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement de l'indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de cette prestation, de la teneur et de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Par suite, il appartient en principe à la caisse d'allocations familiales ou à la caisse de mutualité sociale agricole de mettre en œuvre cette garantie avant l'intervention de la décision de récupérer un indu de revenu de solidarité active, qui permet son recouvrement sur les prestations à échoir, ou de supprimer le service de cette prestation. Toutefois, la décision prise par le président du conseil départemental sur le recours administratif préalable obligatoire formé par l'allocataire se substituant entièrement à la décision prise par l'organisme chargé du service de la prestation, l'allocataire ne peut utilement invoquer la méconnaissance de cette obligation, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision du président du conseil départemental, s'il a été remédié, par la mise en œuvre de cette garantie en temps utile avant l'intervention de cette dernière décision, à l'irrégularité ainsi commise.

20. Enfin, les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

21. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment des mentions figurant sur le rapport d'enquête établi le 12 août 2022 et du courrier du 30 juin 2022, que la CAF de l'Yonne a informé Mme B de sa faculté de mettre en œuvre le droit de communication et de la teneur et de l'origine des renseignements qu'elle a obtenus de tiers. D'autre part, si la requérante allègue avoir demandé, le 2 mars 2023, la communication de documents contenant les renseignements dont s'est servi la CAF de l'Yonne, elle ne l'établit pas. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été privée des garanties liées à l'exercice du droit de communication.

S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire définie aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration :

22. En vertu des 3° et 8° de l'article L. 211-2 et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions qui imposent des sujétions ou qui rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire doivent comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". L'article L. 122-1 de ce même code prévoit que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

23. Il résulte des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, et en particulier des articles L. 262-46 et suivants de ce code, que le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au revenu de solidarité active. Les articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peuvent donc pas être utilement invoqués à l'encontre d'une décision de répétition d'un indu de RSA.

24. Dès lors, le moyen tiré de ce que le président du conseil départemental de l'Yonne a méconnu la procédure contradictoire définie aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit être écarté pour ce motif.

25. Au demeurant, il résulte de l'instruction que Mme B a été informée par un courrier du 30 juin 2022 des éléments relevés dans le rapport d'enquête et a fait valoir ses observations par deux courriers des 6 juillet et 29 août 2022, avant de former un recours préalable le 3 septembre 2022.

S'agissant des autres moyens :

26. En premier lieu, en application de l'article L. 262-25 et du 4° de l'article R. 262-60 du code de l'action sociale et des familles, la convention conclue, en matière de RSA, entre un département et une CAF comporte notamment des stipulations fixant les conditions et les limites dans lesquelles la commission de recours amiable de la CAF rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental. L'article R. 262-89 du même code dispose : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ". L'article R. 262-90 de ce code prévoit que : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé () ".

27. La convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le département de l'Yonne et la CAF de l'Yonne prévoit que le recours administratif préalable obligatoire requis en matière de RSA n'est pas adressé, pour avis, à la commission de recours amiable de la CAF. Dès lors, en s'abstenant de saisir cette commission, le président du conseil départemental de l'Yonne n'a en l'espèce entaché la décision attaquée d'aucun vice de procédure.

28. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés (), le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Les constatations établies à cette occasion par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire () ".

29. Mme D C, agent chargé du contrôle de la situation de Mme B, a été régulièrement assermentée par un procès-verbal de prestation de serment du tribunal d'instance d'Auxerre en date du 23 septembre 2005 et régulièrement agréée, en qualité d'agent de contrôle des prestations familiales, par une décision du directeur général de la caisse nationale des allocations familiales en date du 29 juin 2007. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme C n'était pas assermentée et agréée doit être écarté.

30. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pris pour l'application de l'article L. 262-3 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. Pour permettre à l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active et déterminer ses droits, l'allocataire doit déclarer les informations relatives à sa situation familiale et, s'agissant des membres du foyer, l'ensemble des ressources qu'ils perçoivent.

31. Tout d'abord, il résulte du rapport d'enquête du 12 août 2022 que, contrairement à ce qu'il a déclaré, M. F, qui se trouvait au domicile de Mme B lors du contrôle inopiné diligenté par la CAF de l'Yonne, ne résidait pas chez sa mère -ainsi que celle-ci l'a elle-même ultérieurement confirmé- lors de la période en litige. Ensuite, il résulte de ce même rapport que M. F, qui assurait l'entretien de la maison et du jardin de Mme B selon ses propres déclarations, se rendait quotidiennement à son domicile. Ce rapport indique également que Mme B et M. F, parents d'un premier enfant, né le 8 juin 2020, ont également, à la suite de la nouvelle grossesse de l'intéressée à cette date, eu un second enfant le 20 décembre 2021. Par ailleurs, ce rapport mentionne une déclaration de M. F auprès de l'agence " Régional Intérim " faisant état de sa situation de couple en août 2021 ainsi que plusieurs virements bancaires qu'il aurait réalisés au bénéfice de Mme B depuis le mois de juin 2021, mais dont aucun élément du dossier ne permet d'en établir la teneur ou le montant. Enfin, l'intéressée qui se borne, en substance, à distinguer de manière artificielle les notions " d'adresse commune " et " de vie commune ", n'apporte aucun élément de nature à établir que, lors de la période en litige, elle n'était pas en concubinage.

32. Compte tenu de l'ensemble des éléments mentionnés au point 31, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, Mme B doit être regardée comme ayant effectivement vécu en couple avec M. F depuis le 12 avril 2021 au moins. Dès lors, le président du conseil départemental n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que l'intéressée avait, pour ce motif, bénéficié de paiements indus de RSA au titre de la période allant de juin 2021 à août 2022.

33. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et de décharge :

34. Le présent jugement n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et de décharge présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

35. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CAF de l'Yonne, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au département de l'Yonne, à la caisse d'allocations familiales de l'Yonne, à la ministre des solidarités et des familles et à DBKM Avocats.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

L. BoissyLa greffière,

M. E

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

Nos 2301620, 23016260

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