jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301660 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP BEZIZ-CLEON CHARLEMAGNE CREUSVAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 juin 2023, le ministre de la justice demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer les causes des désordres affectant le palais de justice de Chalon-sur-Saône, dont la restructuration-extension a été réalisée en 2014, en exécution d'un marché public.
Le ministre de la justice soutient que :
- le palais de justice de Chalon-sur-Saône a été édifié en 1864 et les travaux de rénovation ont été réceptionnés le 21 novembre 2014, avec réserves ;
- un nouveau bâtiment a également été construit, pour lequel les travaux ont été réceptionnés en juin 2013 ;
- des désordres sont apparus postérieurement à la réception, notamment des infiltrations, des moisissures, ainsi qu'un phénomène de gonflement du parquet ;
- le 20 septembre 2018, il a déposé une requête n°1802440 sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, le tribunal a ordonné une expertise le 22 novembre 2018 et désigné Mme B, architecte, qui a rendu son rapport le 25 juin 2020 ;
- le 20 mars 2023, il a déposé une requête n°2300728, toujours pendante, tendant à l'indemnisation des désordres constatés par l'expert ;
- d'autres désordres, consignés dans un rapport de constat du 23 décembre 2022 (pièce jointe à la requête n°14), sont apparus, notamment des dégradations des fenêtres et des portes, laissant supposer un problème de mouvement de structure et un défaut d'étanchéité, un défaut des contrôles d'accès électriques, un problème de planéité du sol, des fissurations multiples des parois, des infiltrations sous la toiture, ainsi que des dégradations des terrasses bois ;
- l'expertise est utile afin d'identifier l'origine de ces désordres.
Par un mémoire, enregistré le 10 juillet 2023, la société Ingénierie construction structure (ICS), représentée par Me Guigue demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la demande d'expertise ;
2°) à titre subsidiaire, de lui donner acte de ce qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, sous les protestations et réserves d'usage ;
3°) de réserver les dépens.
Elle soutient que l'expertise n'est pas utile dans la mesure où les désordres visés par la demande, notamment les problèmes d'infiltrations, ont déjà été traités par l'expert dans son rapport du 25 juin 2020. Elle fait également valoir que la réalité des autres désordres allégués et leur localisation ne serait pas établie.
Par un mémoire, enregistré le 4 août 2023, la SARL Snep Prost, représentée par Me Geslain :
1°) ne s'oppose pas à la demande d'expertise, sous les plus expresses protestations et réserves quant à sa mise en cause ;
2°) demande au tribunal de mettre les dépens à la charge du ministre de la justice.
Par un mémoire, enregistré le 21 août 2023, la SAS Egis bâtiments Rhône Alpes, venant aux droits de la société Iosis anciennement OTH, représentée par la SELARL Saint-Avit Yozgat, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la demande d'expertise ;
2°) à titre subsidiaire, de désigner Mme B en qualité d'expert ;
3°) en tout état de cause de mettre à la charge du ministre de la justice la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS Egis bâtiments Rhône-Alpes soutient que l'expertise n'est pas utile car les désordres en cause tels que le défaut de planéité, les infiltrations sous la toiture et les défauts des menuiseries ont déjà été analysés au titre de l'expertise précédemment ordonnée par le tribunal. Elle fait également valoir que les désordres apparus pourraient résulter du défaut d'entretien du bâtiment, dont l'usage est intensif.
Vu :
- les pièces de procédure établissant que la requête a été notifiée aux personnes mises en cause ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, vice-président, en application de l'article
L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction./ Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Aux termes de l'article R. 532-3 du même code : " Le juge des référés peut, à la demande de l'une des parties formée dans le délai de deux mois qui suit la première réunion d'expertise, ou à la demande de l'expert formée à tout moment, étendre l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance, ou mettre hors de cause une ou plusieurs des parties ainsi désignées. / Il peut, dans les mêmes conditions, étendre la mission de l'expertise à l'examen de questions techniques qui se révélerait indispensable à la bonne exécution de cette mission, ou, à l'inverse, réduire l'étendue de la mission si certaines des recherches envisagées apparaissent inutile. Aux termes de l'article R. 621-7-1 de ce code : " Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission ". Enfin, aux termes de l'article R. 621-9 du même code : " Le rapport est déposé au greffe en deux exemplaires, des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer sous forme électronique () ".
2. Il résulte de l'instruction que le ministre de la justice a constaté l'apparition de désordres qui n'avaient pas été identifiés par Mme B dans son rapport du 25 juin 2020. Ces nouveaux désordres sont de nature à justifier la mesure d'instruction sollicitée. En conséquence, il y a lieu d'ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance.
Sur les dépens :
3. Il sera statué, après dépôt du rapport d'expertise, sur la fixation et la charge des frais et honoraires d'expertise par le président du tribunal dans les conditions prévues à l'article R. 621-13 du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions des parties tendant à ce que le tribunal statue sur les dépens doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du ministre de la justice la somme que la SAS Egis bâtiments Rhône Alpes demande au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : Il est ordonné une expertise contradictoire en présence du ministre de la justice, de la SARL François Chochon - Laurent Pierre, de la société Oth Rhône-Alpes devenue Iosis Rhône-Alpes puis Egis bâtiments Rhône-Alpes, de la SAS Mazet et associés, de la SA Bureau Véritas, de la SA Entreprise Générale Léon Grosse, de l'entreprise SNEP et de la société ICS (Ingénierie construction structures).
Article 2 : Mme A B, architecte, demeurant 14 Rue Michel Servet à Dijon, est désignée comme expert avec pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux, 4 Rue Emiland Menand, à Chalon-sur-Saône (71331) et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des nouveaux désordres relevés par le rapport de constat réalisé le 23 décembre 2022 (pièce jointe à la requête n°14), qui affectent le palais de justice, en indiquant leur date d'apparition, à savoir :
- dégradations des tablettes de fenêtres, difficultés voire impossibilité d'utilisation des ouvrants ;
- fissuration des portes intérieures, difficultés voire impossibilité d'ouverture/ fermeture de certaines portes ;
- défaut de fonctionnement ou de positionnement des contrôles d'accès électriques ;
- défaut de planéité dans la partie tribunal de commerce ;
- multiples fissurations de parois ;
- infiltrations sous la toiture ;
- très fortes dégradations des terrasses en bois ;
2°) décrire les désordres et malfaçons constatés et en indiquer la nature et l'importance en précisant s'ils étaient apparents ou non au moment de la date de réception, s'ils ont fait l'objet de réserves et dans l'affirmative si ces réserves ont été levées ; réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si elles sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination ; décrire les perspectives d'évolution des désordres n'ayant pas encore manifesté toute leur ampleur dans le délai de 10 ans ;
3°) se prononcer sur l'origine, les causes et les conséquences des désordres (non-conformité aux stipulations du marché, vice de construction ou de conception, défaut de surveillance des travaux, défaut d'exécution, manquement aux règles de l'art, défaut de qualité des matériaux mis en œuvre, utilisation dans des conditions non conformes à ce qui était contractuellement prévu, environnement extérieur de l'ouvrage ) et donner son avis sur le point de savoir à qui, parmi les intervenants mis en cause, ils peuvent être imputés et dans quelle proportion, en justifiant ses propositions ;
4°) indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ;
5°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis ;
Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l'instance, sans délai, la consultation ou la communication de tous documents qu'il estimera nécessaires à l'accomplissement de sa mission ; en cas de carence des parties, il en informera le président du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre ou l'autoriser à déposer son rapport en l'état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 6 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : L'expert peut prendre l'initiative de procéder, avec l'accord des parties, à une médiation conformément aux dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative. Il devra, dans cette hypothèse, en informer le juge des référés et préserver dans son rapport d'expertise la confidentialité de la médiation menée.
Article 8 : L'expert adressera aux parties un pré-rapport permettant la production de tout dire avant de déposer son rapport définitif au greffe du Tribunal.
Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 9 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 11 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de la justice, à la SARL François Chochon - Laurent Pierre, à la société Oth Rhône-Alpes devenue Iosis Rhône-Alpes puis Egis bâtiments Rhône-Alpes, à la SAS Mazet et associés, à la SA Bureau Véritas, à la SA Entreprise Générale Léon Grosse, à l'entreprise SNEP, à la société ICS (Ingénierie construction structures) et à Mme A B, expert.
Fait à Dijon le 23 novembre 2023.
Le juge des référés,
L. Boissy
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301660
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026