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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301828

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301828

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301828
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS

Texte intégral

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la 'circulation et à l'accélération des procédures d'indemnisation ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boissy,

- les conclusions de M. E,

- et les observations de Me Dandon, représentant la société Relyens et le centre hospitalier de Mâcon.

Considérant ce qui suit :

Sur le cadre juridique applicable :

1. En premier lieu, l'article L. 1142-1 du code de la santé publique prévoit que les conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins sont réparées par le professionnel ou l'établissement de santé dont la responsabilité est engagée. Les articles L. 1142-4 à L. 1142-8 et R. 1142-13 à R. 1142-18 de ce code organisent une procédure de règlement amiable confiée aux commissions de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI). En vertu des dispositions de l'article L. 1142-14, si la CCI, saisie par la victime ou ses ayants droits, estime que la responsabilité du professionnel ou de l'établissement de santé est engagée, l'assureur qui garantit la responsabilité civile de celui-ci adresse aux intéressés une offre d'indemnisation. Aux termes de l'article L. 1142-15 du même code : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré ou la couverture d'assurance prévue à l'article L. 1142-2 est épuisée ou expirée, l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. () L'acceptation de l'offre de l'office vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. La transaction est portée à la connaissance du responsable et, le cas échéant, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances. / L'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur ou le fonds institué à l'article L. 426-1 du même code. Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise. / En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, le juge, saisi dans le cadre de la subrogation, condamne, le cas échéant, l'assureur ou le responsable à verser à l'office une somme au plus égale à 15 % de l'indemnité qu'il alloue. / Lorsque l'office transige avec la victime, ou ses ayants droit, en application du présent article, cette transaction est opposable à l'assureur ou, le cas échéant, au fonds institué au même article L. 426-1 du code des assurances ou au responsable des dommages sauf le droit pour ceux-ci de contester devant le juge le principe de la responsabilité ou le montant des sommes réclamées. Quelle que soit la décision du juge, le montant des indemnités allouées à la victime lui reste acquis ".

2. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article R. 1142-53 du code de la santé publique que l'ONIAM peut émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement de toute créance dont le fondement se trouve dans les dispositions d'une loi, d'un règlement ou d'une décision de justice, ou dans les obligations contractuelles ou quasi-délictuelles du débiteur. Les dispositions de l'article L. 1142-15 de ce code ne font pas obstacle à ce que l'ONIAM émette un tel titre à l'encontre de la personne responsable du dommage, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances afin de recouvrer les sommes versées à la victime, aux droits de laquelle il est subrogé.

3. En troisième lieu, lorsqu'il cherche à recouvrer les sommes versées aux victimes en application de la transaction conclue avec ces dernières, l'ONIAM peut soit émettre un titre exécutoire à l'encontre de la personne responsable du dommage, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances, soit saisir la juridiction compétente d'une requête à cette fin. Toutefois, l'office n'est pas recevable à saisir le juge d'une requête tendant à la condamnation du débiteur au remboursement de l'indemnité versée à la victime lorsqu'il a, préalablement à cette saisine, émis un titre exécutoire en vue de recouvrer la somme en litige.

4. D'une part, lorsqu'il est saisi d'une action de l'ONIAM subrogé dans les droits d'une victime ou de ses ayants droit à concurrence des sommes qu'il leur a versées, il incombe au juge, de déterminer si la responsabilité du professionnel ou de l'établissement de santé est engagée et, dans l'affirmative, d'évaluer les préjudices subis afin de fixer le montant des indemnités dues à l'Office sans être lié par le contenu de la transaction intervenue entre l'ONIAM et la victime.

5. D'autre part, lorsque l'ONIAM a émis un titre exécutoire en vue du recouvrement de la somme versée à la victime en application de l'article L. 1142-15, le recours du débiteur -qui présente un caractère suspensif- tendant à la décharge de la somme ainsi mise à sa charge invite le juge administratif à se prononcer sur la responsabilité du débiteur à l'égard de la victime aux droits de laquelle l'office est subrogé, ainsi que sur le montant de son préjudice.

6. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique que la pénalité prévue à cet article en cas de silence ou de refus de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, ne peut être prononcée que par le juge. L'ONIAM ne peut donc, en l'état des dispositions applicables, émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement de cette pénalité et doit, s'il entend qu'elle soit infligée, saisir la juridiction compétente d'une demande tendant au prononcé de la pénalité contre, selon le cas, l'assureur ou le responsable des dommages.

7. En cinquième lieu, lorsque le débiteur a formé une opposition contre le titre exécutoire devant la juridiction compétente, l'ONIAM ne peut poursuivre le recouvrement de la pénalité prévue à l'article L. 1142-15 du code de la santé publique qu'en présentant une demande reconventionnelle devant la juridiction saisie de cette opposition. Il n'est donc pas recevable, dans cette hypothèse, à saisir ultérieurement la juridiction d'une nouvelle requête tendant à la condamnation du débiteur au paiement de cette pénalité.

8. En dernier lieu, lorsqu'il a versé une indemnité à la victime en application de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, il appartient à l'ONIAM, s'il a connaissance du versement à cette victime de prestations mentionnées à l'article 29 de la loi du 5 juillet 1985, d'informer les tiers payeurs concernés afin de leur permettre de faire valoir leurs droits auprès du tiers responsable, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances. Il incombe également à l'office d'informer les tiers payeurs, le cas échéant, de l'émission d'un titre exécutoire à l'encontre du débiteur de l'indemnité ainsi que des décisions de justice rendues sur le recours formé par le débiteur contre ce titre.

9. En revanche, il ne résulte ni de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire que les tiers payeurs ayant servi des prestations à la victime en raison de l'accident devraient être appelés en la cause lorsque le débiteur saisit le juge administratif d'une opposition au titre exécutoire.

Sur la présentation du litige :

10. Au cours de l'année 2018, M. D a présenté une coxalgie gauche invalidante, sur une ostéonécrose de la tête fémorale, qui a justifié la réalisation d'une arthroplastie totale de la hanche gauche le 1er août 2018. A la suite de douleurs hémi-corporelles gauches qu'il a ressenties en janvier 2019, l'intéressé a de nouveau été hospitalisé, entre le 12 et le 15 janvier 2019, au sein du centre hospitalier de Mâcon et un diagnostic d'ischémie aiguë incomplète du membre inférieur gauche a alors été posé. Le 28 janvier 2019, M. D a subi une nouvelle intervention chirurgicale consistant à procéder à une dilatation de la bifurcation aortique et iliaque primitive gauche ainsi qu'une mise en place d'un stent coronaire et iliaque. Au cours du printemps 2019, devant la persistance de symptômes tels que des crampes voire des paralysies temporaires au niveau des quatre membres, de nouveaux examens ont été pratiqués qui ont révélé l'existence d'une uncarthrose multi-étagée en " C3-C4 " et " C5-C6 " et une coxarthrose de la tête fémorale droite. Le 26 juin 2019, M. D a alors subi une arthroplastie de la hanche droite au sein du centre hospitalier de Mâcon par pose d'une prothèse totale de la hanche droite. Quelques jours après avoir regagné son domicile, l'intéressé a subi une luxation de la prothèse de la hanche droite et une fracture du grand trochanter et a alors été pris en charge par le service des urgences du centre hospitalier de Mâcon puis de nouveau hospitalisé, du 18 au 26 juillet 2019 et, le 19 juillet 2019, une reprise totale de la prothèse de la hanche droite a été pratiquée. Le 8 janvier 2020, une intervention de reprise de la prothèse de la hanche droite a de nouveau été réalisée et, devant l'aggravation de l'état de santé de l'intéressé, celui-ci a été plongé dans un coma artificiel et de nouveaux examens ont révélé la présence d'une ischémie à bas débit rénale bilatérale, hépatique et colique droite ainsi qu'une pneumopathie basale bilatérale. L'antibiothérapie qui a alors été mise en œuvre en janvier et février 2020 a progressivement permis d'améliorer l'état de santé de l'intéressé même si de nouveaux épisodes infectieux ont été constatés.

11. Estimant que sa prise en charge par le centre hospitalier de Mâcon, en juillet 2019, n'avait pas été satisfaisante et avait été à l'origine d'un ensemble de complications dont il garde des séquelles tant sur le plan orthopédique que neurologique, M. D a saisi le 27 mai 2021 la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) de Bourgogne. Après que l'expert désigné par la CCI le 21 juin 2021 a remis son rapport, le 8 octobre suivant, la CCI de Bourgogne a rendu, le 17 janvier 2022, un avis défavorable au centre hospitalier de Mâcon en estimant que ce dernier avait commis une faute dans la prise en charge de l'intéressé. La CCI a alors invité la SHAM, aux droits de laquelle est venue la société Relyens, à formuler une offre d'indemnisation à M. D. A la suite du refus, le 6 mai 2022, de la SHAM de faire une telle offre, M. D a alors demandé à l'ONIAM de se substituer à l'assureur. Le 31 mars 2023, l'ONIAM et M. D ont conclu la transaction mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique pour un montant de 33 815 euros. Le 14 avril 2023, l'ONIAM a émis un ordre de recouvrer exécutoire, d'un montant de 33 815 euros, à l'encontre de la société Relyens. M. D est décédé le 23 mai 2023.

12. La société Relyens et le centre hospitalier de Mâcon demandent au tribunal d'annuler cet ordre de recouvrer et de décharger la société Relyens de son obligation de payer cette somme de 33 815 euros. Par la voie reconventionnelle, l'ONIAM demande au tribunal de condamner la société Relyens à lui verser la somme de 5 072,25 euros au titre de la pénalité mentionnée au cinquième alinéa de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ainsi qu'une somme correspondant aux intérêts aux taux légal et aux intérêts capitalisés dus sur la somme de 33 815 euros figurant dans l'ordre de recouvrer.

Sur les conclusions de l'ONIAM aux fins de déclaration de jugement commun :

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que le contentieux relatif aux titres exécutoires émis par l'ONIAM constitue un contentieux d'une autre nature que celui relatif aux débours dont le remboursement peut être sollicité par un tiers payeur à l'égard d'un débiteur. Dans le cadre d'un tel litige, le tiers payeur ne peut donc être appelé dans la cause, en vue de faire valoir ses propres créances, ni par l'ONIAM en déclaration de jugement commun ni, d'office, par le tribunal. Par conséquent, l'intervention volontaire d'un tiers payeur n'est pas recevable et la mise en cause faite, le cas échéant, par un tribunal d'un tiers payeur n'a pour seul objet que de contribuer à l'obligation d'information mentionnée au point 8 et ne peut pas avoir d'autre effet que celui de l'inviter à présenter des observations sans lui conférer la qualité de partie à l'instance.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de l'ONIAM aux fins de déclaration de jugement commun doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge présentées par les requérants :

En ce qui concerne la régularité externe de l'ordre de recouvrement :

15. En premier lieu, par une décision du 1er octobre 2022, qui a été notamment publiée sur le site internet de l'ONIAM, M. C, directeur de l'Office, a délégué sa signature à M. F, directeur des ressources, pour ce qui concerne, notamment, les ordres de reversement et les titres de perception. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à soutenir que M. F n'était pas compétent pour signer l'ordre à recouvrer attaqué.

16. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur, ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Les titres exécutoires émis par les personnes publiques, au nombre desquels figurent les ordres de recouvrer émis par l'ONIAM, doivent ainsi être signés et comporter les prénom, nom et qualité de leur auteur.

17. L'ordre de recouvrer n° 393 émis le 14 avril 2023 comporte la mention du prénom, du nom, de la qualité et de la signature de son auteur, M. A F, directeur des ressources de l'ONIAM. La société Relyens et le centre hospitalier de Mâcon ne sont dès lors pas fondés à soutenir que l'ordre de recouvrer attaqué a été pris en méconnaissance des règles citées au point 16.

18. En dernier lieu, aux termes du second alinéa de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012, applicable à l'ONIAM en vertu de l'article R. 1142-53 du code de la santé publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Un titre exécutoire doit ainsi indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

19. Il résulte de l'instruction que l'ordre de recouvrer attaqué fait référence, d'une part, au protocole transactionnel conclu entre l'ONIAM et M. D -lequel a été joint à l'ordre de recouvrer- et, d'autre part, à l'avis de la CCI -antérieurement adressé à la société Relyens- et que ces documents comportent les éléments permettant de comprendre les bases de la liquidation de la créance. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à soutenir que le titre exécutoire attaqué a méconnu les exigences spécifiques de motivation mentionnées au point 18.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'ordre de recouvrer attaqué :

20. Les requérants soutiennent, d'une part, que la responsabilité du centre hospitalier de Mâcon n'est pas engagée et, d'autre part, contestent l'évaluation des préjudices et leur imputabilité aux actes pratiqués au sein du centre hospitalier.

21. Tout d'abord, dans son rapport, l'expert désigné par la CCI de Bourgogne a validé l'indication d'une reprise chirurgicale le 19 juillet 2019 face à une luxation de la prothèse de hanche droite posée le 26 juin précédent doublée d'une fracture du grand trochanter droit mais s'est borné à indiquer que le choix technique de l'opérateur de mettre en place un modèle de prothèse inadapté au fût fémoral de M. D et de ne pas chercher à élargir ce fût fémoral par un alésage afin de permettre un enfoncement optimal était " discutable ".

22. Or, d'une part, la CCI a déduit de ces seules constats un choix technique fautif à l'origine de toutes les reprises chirurgicales, complications et séquelles survenues ultérieurement et, d'autre part, les requérants ont versé au dossier des analyses qui ont notamment relevé que la critique, par l'expert, du choix technique n'était pas étayée par des références à la littérature médicale, ne saurait reposer sur la technique précédemment utilisée pour la hanche gauche et ne prenait pas en compte les limites des techniques des prothèses non cimentées et le contexte anatomique du patient ainsi que les circonstances dans lesquelles ce dernier a dû être pris en charge en urgence après luxation de la prothèse posée le 26 juin et arrachement osseux lié à la fracture du grand trochanter. Selon ces mêmes analyses, l'allongement de deux centimètres consécutifs à cette intervention ne peut pas être à l'origine, à lui seul, des douleurs décrites par le patient ayant nécessité un nouveau changement de prothèse.

23. Ensuite, les analyses critiques produites par les requérants relèvent que l'expert désigné par la CCI n'a pas établi clairement un lien de causalité direct entre le défaut technique constaté et la paralysie des nerfs sciatiques poplités externe et interne relevés à l'issue du séjour du patient en service de réanimation.

24. Enfin, s'agissant des préjudices, les rapports critiques produits par les requérants considèrent, d'une part, que l'état de M. D ne pouvait pas être regardé comme consolidé à la date du 3 septembre 2021 et, d'autre part, que le taux de déficit fonctionnel permanent (DFP), évalué à 40% par l'expert, ne correspond pas au taux habituellement retenu pour le type de séquelles dont souffre M. D après consolidation et, surtout, ne prend pas en compte, au titre de l'état antérieur, les nombreuses pathologies dont souffrait le patient avant l'intervention chirurgicale en litige.

25. Compte tenu de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 21 à 24, et en particulier des objections circonstanciées et motivées figurant dans les analyses critiques dirigées contre l'expertise ordonnée par la CCI, lesquelles ont été soumises au contradictoire sans que l'ONIAM -qui s'est borné à demander qu'elles soient écartées des débats-, n'en discute le bien-fondé, les éléments du dossier ne permettent pas au tribunal, en l'état de l'instruction, de se prononcer sur la responsabilité du centre hospitalier de Mâcon. Par suite, il y a lieu, avant de statuer sur le surplus des moyens et des conclusions présentées par les parties, d'ordonner une expertise médicale avec la mission détaillée à l'article 2 ci-dessous.

DECIDE :

Article 1er : Avant de statuer sur la requête de la société Relyens et du centre hospitalier de Mâcon, il sera procédé à une expertise médicale contradictoire en présence de la société Relyens, du centre hospitalier de Mâcon et de l'ONIAM.

Article 2 : L'expert sera désigné par le président du tribunal avec pour mission de :

1°) se faire communiquer, avant convocation des parties, tout document susceptible de l'éclairer dans le déroulement de sa mission et, notamment, les documents relatifs à l'état de santé de feu M. D, au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de ses prises en charge par le centre hospitalier de Mâcon au cours des années 2018 et 2019 ;

2°) convoquer et entendre les parties ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D ;

3°) décrire l'état de santé de M. D et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier de Mâcon, les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de l'intéressé ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

4°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. D et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier de Mâcon ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de M. D ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de l'intéressé et des complications dont il a souffert jusqu'à son décès survenu le 23 mai 2023, ainsi que le caractère habituel ou prévisible de telles conséquences ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. D, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

7°) préciser la fréquence de survenue de telles complications en général, et la fréquence attendue chez M. D en particulier, au regard des éventuelles pathologies intercurrentes et des traitements qui y sont associés, de ses antécédents médicaux ou chirurgicaux ainsi que du pronostic global de sa maladie et des traitements nécessités par celle-ci ;

8°) préciser, en cas de retard de diagnostic, si le diagnostic était difficile à établir ; déterminer, le cas échéant, si le retard de diagnostic a été à l'origine d'une perte de chance réelle et sérieuse pour l'intéressé d'éviter les séquelles ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par M. D de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

9°) déterminer les débours et frais médicaux en relation directe et exclusive avec l'éventuel manquement en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;

10°) dire si l'état de M. D a entraîné une incapacité temporaire partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin ainsi que le ou les taux ;

11°) indiquer à quelle date l'état de M. D a pu être considéré comme consolidé ; préciser s'il a subsisté une incapacité permanente partielle avant son décès survenu le 23 mai 2023 et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

12°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

13°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de M. D et notamment :

- indiquer si l'assistance constante ou occasionnelle d'une tierce personne (étrangère ou non à la famille) a été nécessaire, le cas échéant, en préciser le nature, la durée, les conditions et le coût ;

- indiquer si des aménagements ont été nécessaires pour lui permettre d'adapter son logement et/ou son véhicule à son handicap et en préciser le coût ;

- décrire les aides techniques compensatoires au handicap (prothèse, appareillage spécifique, véhicule) en précisant leur nature, leur quantité ainsi que leur durée ;

- donner son avis sur les éventuelles pertes de gains professionnels, sur la répercussion sur l'activité professionnelle jusqu'à son décès survenu le 23 mai 2023 (obligation de formation et/ou de reclassement professionnel, pénibilité accrue dans son activité et/ou dévalorisation sur le marché du travail).

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l'instance, sans délai, la consultation ou la communication de tous documents qu'il estimera nécessaires à l'accomplissement de sa mission, sans que le secret médical ne lui soit opposable et sans être soumis aux formalités prévues par l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ou à aucune autre formalité.

En cas de carence des parties, il en informera le président du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre ou l'autoriser à déposer son rapport en l'état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 6 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 7 : Si les parties parviennent à un accord privant la mission d'expertise de son objet, le rapport de l'expert se bornera, après avoir indiqué les diligences qu'il a effectuées, à rendre compte de cet accord, en joignant tout document utile attestant de sa réalité et en précisant s'il a réglé le montant et l'attribution de la charge des frais d'expertise. Faute pour les parties d'avoir entièrement réglé la question de la charge des frais d'expertise, il sera procédé à la taxation de ces frais dans les conditions prévues par l'article R. 621-11 et à l'attribution de leur charge par application de l'article R. 761-1.

Article 8 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires, dont un sous format numérique via l'application Transfertpro : https://send.transfertpro.com/ en sélectionnant comme destinataire le mail : expertises.ta-dijon@juradm.fr et l'autre sous format papier, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de l'ordonnance le désignant.

Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Les parties seront invitées par le greffe de la juridiction à fournir leurs observations dans le délai d'un mois.

Article 9 : Le montant des frais et honoraires de l'expertise sera fixé par le président, après remise du rapport, dans les conditions déterminées à l'article R. 621-11 du code de justice administrative, sans préjudice de la possibilité pour l'expert d'obtenir, dans les conditions définies par les dispositions de l'article R. 621-12 du même code, le bénéfice d'une allocation provisionnelle.

Article 10 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 11 : Le présent jugement sera notifié à la société Relyens et au centre hospitalier de Mâcon et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

M. DesseixLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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