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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301922

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301922

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301922
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantVALIANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet 2023 et 3 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Brice, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de l'agglomération de Nevers à lui verser une indemnité de 6 000 euros assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation en réparation des conséquences dommageables de son licenciement ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'agglomération de Nevers le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la décision du 1er décembre 2022 portant rupture de sa période d'essai étant illégale, la responsabilité du centre hospitalier de l'agglomération de Nevers est engagée pour faute ;

- la décision du 1er décembre 2022 est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision du 1er décembre 2022 n'ayant pas été précédée d'un entretien, elle est entachée d'un vice de procédure ;

- la décision du 1er décembre 2022 est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle a subi un préjudice matériel évalué à 6 0000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, le centre hospitalier de l'agglomération de Nevers, représenté par le cabinet Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le centre hospitalier soutient que :

- à titre principal, n'ayant pas commis de faute, sa responsabilité n'est pas engagée ;

- à titre subsidiaire, le préjudice matériel invoqué par Mme C n'est pas établi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois,

- les conclusions de M. D,

- et les observations de Me Potterie substituant Me Magnaval, représentant le centre hospitalier de l'agglomération de Nevers.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée par le centre hospitalier de l'agglomération de Nevers en qualité de manipulatrice en électroradiologie médicale à compter du 25 juillet 2022 par un contrat à durée indéterminée avec une période d'essai initiale d'une durée de quatre mois. La période d'essai de Mme C a été renouvelée pour une même durée de quatre mois par une décision du 14 novembre 2022. Le 1er décembre 2022, le centre hospitalier de l'agglomération de Nevers lui a notifié la rupture de son contrat de travail à compter du 9 décembre 2022. Sa réclamation indemnitaire préalable ayant donné lieu à une décision implicite de rejet, Mme C demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de l'agglomération de Nevers à lui verser une indemnité de 6 000 euros en réparation des conséquences dommageables de son licenciement.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

En ce qui concerne la faute commise par le centre hospitalier :

2. Mme C soutient que la décision du 1er décembre 2022 prononçant son licenciement en cours de période d'essai est entachée d'illégalité et que cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de l'agglomération de Nevers.

3. En premier lieu, l'article 7 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière prévoit que : " () Le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé () ".

4. La décision du 1er décembre 2022, constitutive d'une mesure de licenciement prononcée en cours de période d'essai, ne comporte aucune motivation en droit et aucun élément de fait permettant d'expliciter ce qui est reproché à la requérante. Dès lors, Mme C est fondée à soutenir que la décision du 1er décembre 2022 est entachée d'une insuffisance de motivation.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du 6 février 1991 déjà cité : " () Le licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable () ".

6. Il est vrai que la convocation de Mme C à un entretien avec la directrice coordinatrice générale du 10 novembre 2022 ne faisait mention d'aucun objet particulier. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme C a bénéficié d'un entretien préalable à l'édiction de la décision du 1er décembre 2022, au cours duquel elle a été mise à même de présenter ses observations à propos des reproches suscités par sa manière de servir. Dans ces circonstances, l'imprécision de la convocation à l'entretien avec la directrice coordinatrice générale n'est pas de nature à avoir privé Mme C d'une garantie particulière et n'a pas davantage été susceptible d'exercer une influence sur l'adoption de la décision en litige. Le moyen tiré du vice de procédure doit dès lors être écarté.

7. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que, dès le mois d'août 2022, donc seulement quelques jours après son recrutement, Mme C a tenu des propos agressifs à l'endroit de plusieurs collègues, en particulier des aides manipulateurs, a manqué de respect envers sa hiérarchie en tenant des propos inappropriés et a effectué des erreurs dans les tâches qui lui étaient confiées, s'abstenant ainsi, en particulier, de réinitialiser les paramétrages d'identification d'un appareil de radiologie après les avoir modifiés par pure facétie. Si la requérante indique avoir rencontré des conditions de travail dégradées dans un contexte de pénurie d'effectif lors de sa prise de poste, ce contexte, à le supposer même établi, ce qui n'est au demeurant pas le cas, ne saurait en tout état de cause justifier les défaillances relevées quant à son attitude et sa manière de servir. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 ci-dessus que Mme C est fondée à soutenir que le centre hospitalier de l'agglomération de Nevers a commis une faute résultant de l'illégalité de la décision du 1er décembre 2022 prononçant son licenciement.

En ce qui concerne le lien de causalité entre la faute et les préjudices :

9. Le défaut de motivation en la forme d'une mesure d'éviction d'un agent public est de nature à entraîner la responsabilité de la personne publique qui a pris la mesure irrégulière et d'entraîner sa condamnation à réparer le préjudice réellement subi par l'agent du fait de cette éviction. Il convient, pour fixer l'indemnité à laquelle l'intéressé a droit, de tenir compte notamment du point de savoir si, indépendamment du vice de forme, la mesure d'éviction était ou non justifiée sur le fond.

10. Comme il a été dit aux points 3 à 7, la décision du 1er décembre 2022 est seulement entachée d'un vice de forme tenant à son insuffisante motivation, la mesure de licenciement en cours de période d'essai étant en revanche justifiée sur le fond. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la faute commise par le centre hospitalier de l'agglomération de Nevers est la cause directe et certaine des préjudices résultant de la rupture de son contrat de travail.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à rechercher la responsabilité du centre hospitalier de l'agglomération de Nevers. Ses conclusions à fin de condamnation doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de l'agglomération de Nevers, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande Mme C au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le centre hospitalier de l'agglomération de Nevers.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de l'agglomération de Nevers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au centre hospitalier de l'agglomération de Nevers.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Zupan, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

D. ZupanLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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