vendredi 8 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302087 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CH 3 JU |
| Avocat requérant | BUVAT NELLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Buvat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a rejeté le recours qu'elle a exercé tendant à la " régularisation " de ses droits au revenu de solidarité active (RSA) au titre de la période allant de " mai 2019 " à octobre 2021 ;
2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Côte-d'Or et au département de la Côte-d'Or de la " rétablir " dans ses droits au RSA au titre de la période allant de " mai 2019 " à octobre 2021 ;
3°) de mettre à la charge du département de la Côte-d'Or une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance des garanties relatives au droit de communication ;
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors que le président du conseil départemental ne démontre pas qu'elle ne remplissait pas la condition de résidence prévue aux dispositions L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles.
La CAF de la Côte-d'Or a produit des observations le 16 novembre 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2023, le département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Le département de la Côte-d'Or soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Boissy a été entendu.
Considérant ce qui suit :
Sur le cadre juridique applicable au litige :
1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16 et L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.
2. Conformément aux articles L. 262-47 et R. 262-88 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, la personne qui entend contester une décision statuant sur ses droits relatifs au revenu de solidarité active doit, avant de saisir le juge, former un recours préalable adressé au président du conseil départemental et la décision prise à la suite de ce recours préalable, qui se substitue à la décision initiale, est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif.
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
Sur le litige soumis par Mme B :
4. A la suite d'un contrôle diligenté en mai 2019, la CAF de la Côte-d'Or a constaté que le dossier de Mme B présentait des irrégularités au regard de ses droits au RSA. La CAF de la Côte-d'Or a alors estimé que l'intéressée n'avait pas droit au RSA à compter du 1er juin 2019. Le 6 novembre 2022, la requérante a exercé le recours mentionné au point 2 en vue de " régulariser " sa situation pour la période allant de juin 2019 à octobre 2021. Le 15 juin 2023, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a rejeté sa demande. Mme B doit être regardée comme demandant au juge d'annuler la décision du 15 juin 2023 en exerçant son office défini au point 3.
5. En premier lieu, eu égard à l'office du juge rappelé au point 3, les moyens de légalité externe analysés, ci-dessus, dans les visas, sont inopérants et doivent dès lors, en tout état de cause, être écartés.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pris pour l'application de l'article L. 262-3 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
7. Il résulte par ailleurs dispositions combinées des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que, pour bénéficier de l'allocation de RSA, une personne doit remplir une condition de ressources et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de RSA a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
8. Tout d'abord, il résulte de l'instruction, et en particulier des rapports d'enquête établis les 8 juin 2020 et 20 septembre 2021, qu'à deux reprises, les convocations adressées à Mme B sont restées infructueuses et que l'intéressée a justifié sa première absence par un certificat médical qui a été établi à plus de 45 kilomètres du lieu où la requérante avait déclaré se trouver et qui ne figurait pas, au demeurant, dans le relevé des consultations médicales fourni par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) aux services de la CAF de la Côte-d'Or. Par ailleurs, Mme B n'a pas honoré plusieurs rendez-vous auprès de Pôle emploi les 3 mai et 11 juin 2019 ainsi que le 21 janvier 2020 et il ressort du rapport du 8 juin 2020 que l'intéressée a admis avoir séjourné ponctuellement au Maroc et se rendre en France uniquement pour honorer ses rendez-vous médicaux, dont aucun n'a été programmé pour les mois de février, avril, puis entre août 2019 et juin 2020.
9. Ensuite, en dépit des nombreuses sollicitations que lui a faites la CAF de la Côte-d'Or, à compter du mois de juin 2019, en vue d'obtenir le passeport de Mme B, cette dernière a fait valoir qu'elle l'avait perdu et n'a déclaré cette perte qu'à compter du mois de février 2020, à la demande de l'agent chargé du contrôle.
10. Par ailleurs, si l'intéressée, qui se borne à transmettre des attestations de sa famille et de ses amies peu circonstanciées et diverses factures et documents médicaux ou professionnels datant d'août et septembre 2019 ainsi que de janvier 2020, a déclaré vivre chez sa mère, ce que le rapport du 20 septembre 2021 réfute par ailleurs, depuis le 1er janvier 2020, elle a toutefois indiqué la date du 1er janvier 2021 dans sa déclaration sur l'honneur.
11. Enfin, il ressort des mentions non contestées du rapport d'enquête que les enfants de l'intéressée vivent au Maroc avec leur père.
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 11 que la requérante n'a produit aucun élément probant de nature à établir que la durée cumulée de ses séjours hors de France n'avait pas excédé trois mois entre juin 2019 et octobre 2021 ou établissant que la durée cumulée de sa résidence en France avait été supérieure à neuf mois en 2019, 2020 et 2021 et n'a pas davantage établi qu'entre mai 2019 et octobre 2021, elle aurait effectivement séjourné sur le territoire national pendant des périodes continues correspondant à des mois civils complets de présence en France.
13. En estimant que Mme B ne remplissait pas la condition de résidence sur le territoire français afin de bénéficier du RSA au titre de la période allant de juin 2019 à octobre 2021, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or n'a dès lors commis aucune erreur de fait ou erreur de droit.
14. En dernier lieu, la circonstance qu'un " avis de classement à auteur " pris par le procureur de la république de Dijon fasse état de ce que les éléments relatifs à la situation de Mme B ne justifient pas de poursuites pénales dès lors que " les faits ou les circonstances des faits de la procédure n'ont pu être clairement établis " reste, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B relatives à la détermination de ses droits au RSA doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Côte-d'Or et de la CAF de la Côte-d'Or, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au département de la Côte-d'Or et à Me Buvat.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Côte-d'Or.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.
Le magistrat désigné,
L. BoissyLa greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier0
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026