vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302376 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BLT DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 août 2023, 21 novembre 2023 et 28 juin 2024, la société Roc Aménagement, représentée par ADAES Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le contrat conclu le 15 juin 2023 entre la commune de Louhans-Châteaurenaud et la société G2C portant sur le remplacement de la passerelle piétonne Guigot ;
2°) de condamner la commune de Louhans-Châteaurenaud à lui verser une somme de 7 855 euros HT en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Louhans-Châteaurenaud le versement d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Roc Aménagement soutient que :
- le contrat en litige est entaché d'un vice d'incompétence ;
- son offre ayant été dénaturée, le principe d'égalité de traitement des candidats a été méconnu ;
- la commune a méconnu le règlement de la consultation en analysant son offre ;
- les vices entachant le contrat en litige sont de nature à justifier son annulation ;
- l'illégalité du contrat en litige est à l'origine d'un manque à gagner et de frais de dossier évalués à une somme de 21 645 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 octobre 2023 et 11 mars 2024, la commune de Louhans-Châteaurenaud, représentée par la SELARL BLT droit public, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Roc Aménagement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que :
- à défaut de précision sur l'identité du représentant de la société Roc Aménagement, la requête n'est pas recevable ;
- le contrat en litige n'est entaché d'aucun vice ;
- à titre subsidiaire, le vice tiré de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement n'est pas un vice d'une particulière gravité justifiant l'annulation du contrat en litige ;
- la société requérante ne démontre pas qu'elle disposait d'une chance sérieuse d'emporter le contrat en litige et ne justifie pas du quantum de son préjudice.
La procédure a été communiquée à la société G2C qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 14 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juin 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bois,
- les conclusions de M. A,
- les observations de Me De Mesnard substituant Me Corneloup représentant la société Roc Aménagement ;
- et les observations de Me Sabatel représentant la commune de Louhans-Châteaurenaud.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 25 avril 2023, la commune de Louhans-Châteaurenaud a lancé une consultation, selon la procédure adaptée, ayant pour objet le remplacement de la passerelle piétonne Guigot. Trois opérateurs économiques, dont la société Roc Aménagement et la société G2C, ont présenté une offre. Le 7 juin 2023, la commune de Louhans-Châteaurenaud a informé la société Roc Aménagement que son offre était rejetée au motif qu'elle était irrégulière et a ensuite rejeté, le 30 juin suivant, la demande de reprise d'analyse des offres présentée par la société évincée le 13 juin 2023. Le 15 juin 2023, la commune a signé le contrat conclu avec la société G2C. La société Roc Aménagement demande au tribunal d'annuler le contrat conclu le 15 juin 2023 et de condamner la commune de Louhans-Châteaurenaud à lui verser une somme de 21 645 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de son éviction.
Sur le cadre juridique applicable :
2. Tout d'abord, indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, un tiers à la conclusion d'un contrat administratif est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Ce tiers ne peut invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont il se prévaut ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office. Il ne peut ainsi, à l'appui d'un recours contestant la validité de ce contrat, utilement invoquer, outre les vices d'ordre public, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction.
3. Ensuite, il appartient au juge, saisi de conclusions contestant la validité d'un contrat administratif, lorsqu'il constate l'existence de vices entachant la validité du contrat, d'en apprécier les conséquences. Il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, soit d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu'il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat. En présence d'irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne permettent pas la poursuite de l'exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s'il se trouve affecté d'un vice de consentement ou de tout autre vice d'une particulière gravité que le juge doit ainsi relever d'office, l'annulation totale ou partielle de celui-ci.
4. Enfin, le juge du contrat, s'il en est saisi, peut faire droit, y compris lorsqu'il invite les parties à prendre des mesures de régularisation, à des conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice découlant de l'atteinte à des droits lésés. Ainsi, lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, qui inclut nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre.
Sur les conclusions à fin de contestation de la validité du contrat :
En ce qui concerne le vice d'incompétence :
5. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 4° De prendre toute décision concernant la préparation, la passation, l'exécution et le règlement des marchés () lorsque les crédits sont inscrits au budget ".
6. Par une délibération du 10 juillet 2020, le conseil municipal de Louhans-Châteaurenaud a expressément chargé le maire de la commune " prendre toute décision concernant la préparation, la passation, l'exécution et le règlement des marchés () d'un montant inférieur ou égal à 150 000 euros HT () lorsque les crédits sont inscrits au budget ".
7. D'une part, le contrat attaqué a été conclu pour une somme de 113 000 euros HT, soit une somme inférieure à 150 000 euros HT. D'autre part, la décision du 14 juin 2023 du maire de Louhans-Châteaurenaud qui attribue le contrat attaqué à la société G2C précise en son article 2 que les " crédits correspondants sont prévus au budget de l'année 2023 à l'imputation budgétaire suivante : compte 2315, opération 117 ", cette précision étant corroborée par les pièces budgétaires de la commune. Dans ces conditions, le maire doit être regardé comme ayant régulièrement obtenu la délégation du conseil municipal pour attribuer et signer le contrat attaqué. Dès lors, le vice d'incompétence invoqué par la société requérante doit être écarté.
En ce qui concerne la régularité de l'offre de la société Roc Aménagement :
8. Tout d'abord, aux termes de l'article L. 2152-2 du code de la commande publique : " Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale ". L'article R. 2152-2 de ce code dispose que : " Dans toutes les procédures, l'acheteur peut autoriser tous les soumissionnaires concernés à régulariser les offres irrégulières dans un délai approprié, à condition qu'elles ne soient pas anormalement basses. / La régularisation des offres irrégulières ne peut avoir pour effet d'en modifier des caractéristiques substantielles ".
9. Ensuite, l'article R. 2151-8 du code de la commande publique précise que : " Les acheteurs peuvent autoriser la présentation de variantes dans les conditions suivantes : () 2° Pour les marchés passés selon une procédure adaptée, les variantes sont autorisées sauf mention contraire dans les documents de la consultation ". Le point 3.6.1 du règlement de consultation n'autorise pas la proposition de variantes libres et précise que " les candidats doivent répondre à la solution de base ".
10. Enfin, le règlement de consultation précise en ses points 5.2 et 6.1.2 que le mémoire technique, dont le contenu est précisément défini, est analysé par l'acheteur pour apprécier la valeur technique d'une offre.
11. L'article 3.16.2 du CCTP du contrat attaqué, prévoit notamment que la formule béton ultra hautes performances de type Ductal B3FI ou BF4FI ou équivalent doit être utilisée pour réaliser les dalles de platelage de la passerelle.
12. Il résulte de l'instruction que, dans son offre, la société requérante prévoit dans le bordereau de prix unitaires, au prix numéro 404, " la mise en œuvre et la pose de dalles préfabriquées en béton fibré à ultra performances type B3FI ou équivalent pour la réalisation du tablier de la passerelle ". Elle précise également dans son mémoire technique que seront posées des " dalles préfabriquées en béton équipées d'inserts pour le levage des éléments " de type traditionnel d'une épaisseur de 50 mm au point 6.2.6.
13. Tout d'abord, la société Roc Aménagement ne conteste pas que le matériau utilisé pour la réalisation du platelage de la passerelle précisément défini dans son mémoire technique n'est pas techniquement réalisable comme l'a relevé la maîtrise d'œuvre dans le rapport d'analyse des offres et ne constitue pas un équivalent à la solution technique définie par le CCTP citée au point 10.
14. Ensuite, la solution proposée par la société requérante ne peut être regardée comme une potentielle variante dès lors que les variantes ne sont pas autorisées par le règlement de la consultation.
15. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit au point 10, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'appréciation de la valeur technique de son offre repose en priorité sur son bordereau de prix unitaires et non sur son mémoire technique.
16. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit aux points 13 à 15, l'offre de la société Roc Aménagement ne peut pas être regardée comme respectant les exigences formulées dans les documents de la consultation. Le vice tiré de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement entre les candidats invoqué par la société requérante doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance du règlement de consultation par la commune de Louhans-Châteaurenaud :
17. La commune de Louhans-Châteaurenaud n'ayant pas fondé sa décision d'éviction de la société Roc Aménagement sur l'absence de mentions obligatoires dans le mémoire technique de cette dernière, le moyen tiré de la méconnaissance du règlement de consultation par l'acheteur public est inopérant et doit être écarté pour ce motif.
18. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions de la société Roc Aménagement tendant à la contestation de la validité du contrat attaqué doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
19. Il résulte de ce qui a été dit au point 18 que la société requérante n'a pas été irrégulièrement évincée du contrat attaqué. Par conséquent, ses conclusions à fin de condamnation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Louhans-Châteaurenaud, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande la société Roc Aménagement au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Roc Aménagement une somme de 1 200 euros à verser à la commune de Louhans-Châteaurenaud au titre de ces mêmes frais.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la société Roc Aménagement est rejetée.
Article 2 : La société Roc Aménagement versera à la commune de Louhans-Châteaurenaud une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Roc Aménagement, à la commune de Louhans-Châteaurenaud et à la société G2C.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Laurent, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
C. BoisLe président,
L. BoissyLa greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026