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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302405

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302405

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302405
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantPEZZELLA-MENDES STÉPHANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 17 août et 29 novembre 2023 et 6 février 2024, M. B A, désormais représenté par Me Pezzella-Mendès, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des troubles causés par l'administration fiscale dans ses conditions d'existence ;

2°) de condamner l'État à lui verser des intérêts moratoires sur la somme de 254,57 euros ;

3°) d'enjoindre à l'État de lui fournir une copie de deux mainlevées, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'État aux entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge d'une personne non dénommée la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration fiscale, à la suite de ses visites les 28 novembre 2022 et 27 avril 2023 au centre des impôts, n'a pas pris en compte son exonération de taxe d'habitation au titre de l'année 2022, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales ; l'agent qui l'a reçu a omis de transmettre en temps utile au comptable public l'existence d'une exonération, en méconnaissance de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de l'article L. 121-9 du code général de la fonction publique ;

- le comptable public n'a pas effectué les contrôles qui lui incombaient pendant la période du 21 novembre 2022 au 29 mai 2023 en émettant avis d'imposition, lettre de relance, mise en demeure, saisie administrative à tiers détenteur et avis de dégrèvement ;

- les agents de l'administration fiscale qui l'ont reçu lors de ses visites des 28 novembre 2022 et 27 avril 2023 ne lui ont pas remis de récépissé de ses réclamations, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales ;

- le traitement de sa réclamation pendant la période du 28 novembre 2022 au 25 mai 2023 a été différent de celui qui lui a été réservé le 25 mai 2023, de sorte que l'administration a commis une carence fautive pendant cette période, méconnaissant l'article L. 125-1 du code général de la fonction publique ;

- son droit d'être entendu au sens de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu pendant la période du 28 novembre 2022 au 25 mai 2023 ;

- en ne lui adressant pas la mainlevée de la saisie administrative à tiers détenteur dont il a fait l'objet, l'administration a méconnu la note de service BOFIP-GCP-19-0010 du 7 mars 2019 ; en outre, ces mainlevées n'ont pas été motivées, en méconnaissance de l'annexe n° 8 ;

- il est fondé, au titre des articles 1240 et 1242 du code civil, à demander la réparation des troubles dans ses conditions d'existence et du préjudice moral qu'il a subi ; il a dû se déplacer trois fois au centre des impôts de Dijon, il a dû confirmer par courriel chaque passage, il a dû relancer le service par courriel, il a dû supporter, au-delà du raisonnable, la procédure illégale suivie par le comptable public, il a dû supporter des prélèvements indus sur sa pension de retraite, il a subi une longue attente et a souffert de l'incertitude quant à l'issue du contentieux pendant six mois, il a subi la diffamation des services de l'État qui ont procédé à deux saisies administratives à tiers détenteur auprès de ses caisses de retraite et qui ont affirmé qu'il restait redevable de la somme de 1 540 euros ;

- il a droit, sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, aux intérêts moratoires sur la somme de 254,57 euros, prélevée sur sa pension de retraite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables, dès lors qu'elles n'ont pas été présentées par un avocat, en méconnaissance de l'article R. 431-2 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée le 21 août 2023 à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit d'observations.

Par une lettre du 14 juin 2024, le tribunal a invité le requérant, dans un délai de quinze jours à peine d'irrecevabilité, à régulariser sa requête en produisant la décision de rejet explicite de sa réclamation préalable présentée sur le fondement des articles L. 281 et l'article R. 281-1 du livre des procédures fiscales ou, à défaut, la pièce justifiant de la date de dépôt de cette demande au sens des dispositions de l'article R. 412-1 du même code, s'agissant de ses conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.

Les parties ont été informées le 14 juin 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité des services fiscaux à raison de fautes commises lors de la notification ou de l'absence de notification de mainlevées d'actes de recouvrement forcé et de fautes relatives à la régularité formelle de ces mainlevées, dès lors que la compétence du juge judiciaire est exclusive, quel que soit l'impôt ou la créance en cause, si la faute a été commise dans l'exécution des poursuites.

Les parties ont été informées le 14 juin 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était également susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de ces mêmes conclusions indemnitaires, en tant qu'elles reposent sur les fautes précitées dès lors que la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur et qu'en l'espèce la réclamation de M. A du 11 juin 2023 ne vise pas le fait générateur constitué par l'édiction et la notification des mainlevées en litige, de sorte qu'elle n'a pu lier le contentieux, s'agissant de ces fautes.

Les parties ont été informées par une lettre du 14 juin 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 5 juillet 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2024 par ordonnance du même jour.

Le président du tribunal administratif de Dijon a désigné M. Hugez, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été assujetti, au titre de l'année 2022, à la taxe d'habitation, dans les rôles de la commune de Dijon, à raison d'un appartement sis Le clos du parc, 54 B rue de Longvic sur le territoire de cette commune. La cotisation primitive de taxe d'habitation en résultant a été mise en recouvrement le 31 octobre 2022 pour un montant de 1 400 euros. M. A s'est rendu le 22 novembre 2022 au centre des finances publiques de Dijon pour contester cette imposition, mentionnant que cette adresse est celle de sa résidence principale. Néanmoins, une lettre de relance, en date du 23 janvier 2023, assortie d'une majoration de 10 %, puis une mise en demeure, en date du 6 avril 2023, lui ont été adressées. Le 3 mai 2023, le comptable du service des impôts des particuliers de Dijon a émis une saisie administrative à tiers détenteur auprès de deux institutions de retraite pour avoir paiement de cette imposition. Par une décision, en date du 29 mai 2023, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a prononcé le dégrèvement de la cotisation de taxe d'habitation litigieuse. Par une lettre, en date du 11 juin 2023, renouvelée le 28 juin 2023, M. A a formé une réclamation préalable afin de contester les deux saisies administratives à tiers détenteur dont il a fait l'objet et de demander la réparation des préjudices subis à raison des fautes commises par les services fiscaux d'assiette et de recouvrement. Par une décision explicite du 28 juin 2023, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a informé M. A du remboursement de la retenue opérée sur l'une de ses pensions de retraite en exécution de l'une des saisies administratives à tiers détenteur et a rejeté sa réclamation indemnitaire. Par sa requête, M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des troubles causés par l'administration fiscale dans ses conditions d'existence, à lui verser des intérêts moratoires sur la somme de 254,57 euros, initialement prélevée sur ses pensions de retraite, sur le fondement des dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales et à enjoindre à l'administration de produire les deux mainlevées des saisies administratives à tiers détenteur.

Sur la compétence :

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts () dont la perception incombe aux comptables publics () doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; () ".

3. L'ordre de juridiction compétent, en application des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, pour connaître d'une action en décharge de l'obligation de payer procédant d'un acte de recouvrement l'est également pour connaître de l'action en responsabilité résultant du caractère éventuellement fautif de cet acte. La responsabilité résultant de fautes commises dans l'engagement du recouvrement forcé d'un impôt relève, ainsi, de la compétence du juge administratif lorsque celui-ci est le juge de l'impôt en cause. Au contraire, les tribunaux judiciaires étant seuls compétents pour connaître de la responsabilité que l'administration peut avoir encourue en raison des fautes commises au cours de la procédure d'exécution des poursuites, il n'appartient pas au juge administratif de connaître d'une contestation relative à la régularité de cette procédure.

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la juridiction judiciaire est seule compétente pour connaître d'une action en responsabilité à l'encontre de l'État en raison des fautes commises par les services fiscaux du recouvrement relatives à la notification des mainlevées prononcées et à leur régularité en la forme, qui se rattachent à la procédure d'exécution des poursuites. Dans cette mesure, les conclusions présentées par M. A sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur le non-lieu à statuer :

5. Il résulte de l'instruction que le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a produit, en cours d'instance, les deux mainlevées du 14 juin 2023 adressées aux deux institutions de retraite qui avaient été destinataires des saisies administratives à tiers détenteur opérées par le comptable du service des impôts des particuliers de Dijon. Par suite, il n'y a, en tout état de cause, plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction, présentées par M. A, qui ont été satisfaites en cours d'instance.

Sur la recevabilité :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au litige : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés. ".

7. Malgré la demande qui lui a été adressée le 14 juin 2024 par le tribunal, M. A n'a pas produit la réclamation par laquelle il aurait sollicité auprès du comptable public le paiement d'intérêts moratoires sur la somme de 254,57 euros qui aurait été prélevée sur ses pensions de retraite en exécution des saisies administratives à tiers détenteur émises par ce comptable ni la décision par laquelle ce comptable aurait refusé de verser de tels intérêts, mais s'est borné à produire de nouveau sa réclamation indemnitaire du 11 juin 2023 et des extraits de ses relevés bancaires, qu'il avait déjà produits. Ainsi, à la date à laquelle le requérant a saisi le juge de conclusions pouvant être regardées comme tendant au paiement d'intérêts moratoires, en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, il n'existait aucun litige né et actuel entre le comptable responsable du remboursement et le requérant, qui n'avait formulé aucune réclamation relative au paiement desdits intérêts. Le contentieux n'a pas davantage été lié en cours d'instance, l'administration n'ayant pas contesté devant le juge le principe ou le montant des intérêts demandés. Il en résulte que les conclusions tendant au paiement d'intérêts moratoires sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'État à l'égard du contribuable ou de toute autre personne si elle leur a directement causé un préjudice. Un tel préjudice, qui ne saurait résulter du seul paiement de l'impôt, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et, le cas échéant, des troubles dans ses conditions d'existence dont le contribuable justifie. Le préjudice invoqué ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration si celle-ci établit soit qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte, soit qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie l'imposition. Enfin, l'administration peut invoquer le fait du contribuable ou, s'il n'est pas le contribuable, du demandeur d'indemnité comme cause d'atténuation ou d'exonération de sa responsabilité.

9. En l'espèce, M. A, qui a continué à déclarer, dans sa déclaration des revenus de l'année 2021 l'adresse à laquelle il est propriétaire d'un bien immobilier à Villy-en-Auxois dans la Côte-d'Or, qui a néanmoins pris à bail le 20 juillet 2021 un appartement à Dijon et qui a été assujetti à la taxe d'habitation au titre de l'année 2022, à raison de cet appartement qu'il occupe 54 B rue de Longvic à Dijon, s'est rendu le 28 novembre 2022 au centre des impôts de Dijon pour contester cette imposition, considérant que l'appartement de Dijon était devenu sa résidence principale. M. A a confirmé cette réclamation par un courriel du 7 décembre 2023. Il a néanmoins été destinataire d'une lettre de relance du 23 janvier 2023 mentionnant une majoration de recouvrement de 10 %. M. A a alors, à son tour, relancé, par courriel, les services des impôts des particuliers de Dijon et de Montbard renouvelant sa demande et joignant le bail de l'appartement de Dijon. Il a néanmoins été destinataire d'une mise en demeure de payer du 6 avril 2023. M. A s'est alors de nouveau rendu au centre des impôts de Dijon pour contester cette mise en demeure et a également confirmé sa demande par courriel en date du 27 avril 2023. Le comptable public a toutefois émis deux saisies administratives à tiers détenteur, en date du 3 mai 2023, auprès de deux institutions de retraite débitrices de pensions de retraite au profit de l'intéressé. M. A s'est de nouveau rendu au centre des impôts de Dijon le 22 mai 2023. A l'occasion de cette visite a été établie une fiche de visite mentionnant l'objet de la demande du contribuable et le montant estimé du dégrèvement en résultant. Le dégrèvement de la taxe litigieuse a été prononcé par une décision explicite du 29 mai 2023. Les saisies administratives à tiers détenteur ont donné lieu à deux prélèvements d'un montant total de 254,62 euros. Deux mainlevées ont été adressées le 14 mai 2023 aux deux organismes de retraite concernés et les sommes prélevées ont été restituées par deux virements des 19 juin et 6 juillet 2023.

10. Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle () : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ". Aux termes de l'article R. 197-3 du même livre : " Toute réclamation doit, à peine d'irrecevabilité : / a) mentionner l'imposition contestée ; / b) Contenir l'exposé sommaire des moyens et les conclusions de la partie ; / c) Porter la signature manuscrite de son auteur ; à défaut l'administration invite par lettre recommandée avec accusé de réception le contribuable à signer la réclamation dans un délai de trente jours ; / d) Être accompagnée soit de l'avis d'imposition, d'une copie de cet avis ou d'un extrait du rôle, soit de l'avis de mise en recouvrement ou d'une copie de cet avis (). / La réclamation peut être régularisée à tout moment par la production de l'une des pièces énumérées au d. () ". Aux termes de l'article R. 198-10 de ce livre : " () La direction générale des finances publiques () statue sur les réclamations dans le délai de six mois suivant la date de leur présentation. () ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 277 du même livre, dans sa version applicable au présent litige : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases de dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation, soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. ". Il résulte de ces dispositions que, dès lors que le contribuable a régulièrement déposé une demande de sursis de paiement, l'exigibilité de l'impôt est suspendue.

11. En premier lieu, d'une part, M. A n'établit ni avoir expressément formulé de demande de sursis de paiement ni, au demeurant, avoir formé une réclamation conforme aux dispositions précitées, de sorte que le dépôt de sa réclamation ne le dispensait pas du paiement de la taxe d'habitation litigieuse. D'autre part, à supposer même que l'on considère sa réclamation initiale du 28 novembre 2022 comme régulière, l'administration disposait d'un délai courant jusqu'au 28 mai 2023 pour statuer sur cette réclamation. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'administration a fait droit à la réclamation du requérant le 22 mai 2023 et qu'elle a prononcé le dégrèvement correspondant le 29 mai 2023. Par suite, M. A n'est fondé à se prévaloir ni de l'absence de prise en compte de ses visites au centre des impôts et de sa réclamation, ni du délai mis par l'administration pour faire droit à sa réclamation, ni de l'absence de diligences des agents qui l'ont reçu ou du comptable public, ni de la carence fautive de l'administration pendant la période alléguée du 28 novembre 2022 au 25 mai 2023. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. () / Les réclamations font l'objet d'un récépissé adressé au contribuable. ". A supposer même que l'on puisse regarder M. A comme ayant adressé une réclamation au service territorial compétent de la direction générale des finances publiques, l'intéressé n'établit pas l'existence d'un lien de causalité entre les préjudices allégués et l'absence de remise d'un récépissé d'une telle réclamation.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, relatif au droit à une bonne administration : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse, non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Dès lors, M. A ne peut utilement s'en prévaloir dans la présente instance. Au surplus, le requérant a lui-même formé une réclamation et a pu, ce faisant, faire valoir tous les éléments pertinents qu'il souhaitait porter à la connaissance de l'administration. Par suite, le moyen soulevé ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucune des fautes dont se prévaut M. A n'est établie. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration fiscale ni sur les préjudices, les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les dépens :

15. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'État peut être condamné aux dépens. ".

16. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait exposé des dépens au sens des dispositions précitées. Ses conclusions tendant à la condamnation de l'État aux dépens ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions indemnitaires de M. A sont présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, en tant qu'elles portent sur la réparation des fautes alléguées constituées par l'absence de notification à l'intéressé des mainlevées prononcées et de leur absence de régularité en la forme.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

I. Hugez

La greffière,

T. Mateos-Jobard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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