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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302564

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302564

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302564
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 3 JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en plein contentieux, était saisi par Mme C d’une demande de remise gracieuse d’un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 15 342,27 euros, réclamé par le département de Saône-et-Loire suite à une omission de déclaration de revenus. Le tribunal a fait application des articles L. 262-1 et suivants du code de l’action sociale et des familles. Constatant la bonne foi de la requérante, non remise en cause par la commission des fraudes, et la précarité de sa situation familiale (faibles revenus, charges fixes élevées, deux jeunes enfants), le juge a estimé que le remboursement compromettrait l’équilibre budgétaire du foyer. Il a donc accordé à Mme C une remise gracieuse totale de sa dette de RSA.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 septembre 2023, le 26 novembre 2023, le 21 novembre 2024, le 3 janvier 2025 et le 26 janvier 2025, Mme B C soumet au tribunal un litige qui l'oppose au département de Saône-et-Loire concernant un paiement indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 15 342, 27 euros.

Mme C soutient que le département de la Nièvre a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2023, le département de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que le moyen invoqué par la requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Desseix, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement avisées du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de Mme Desseix a été entendu.

Considérant ce qui suit :

Sur le cadre juridique :

1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

2. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le président du conseil départemental peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l'allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s'est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée. Statuant sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une telle demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

Sur le litige soumis par Mme C :

3. Le 29 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Nièvre a notifié à Mme C un indu de RSA d'un montant de 15 342, 27 euros. L'intéressée a sollicité la remise gracieuse de cette dette le 1er janvier 2023. La CAF de la Nièvre a rejeté sa demande par décision du 8 août 2023. Mme C doit être regardée comme demandant au juge de lui accorder le bénéfice d'une remise de sa dette de RSA au regard de son office défini au point 2.

4. D'une part, il résulte de l'instruction que l'indu réclamé à Mme C procède d'une erreur de sa part, l'intéressée ayant omis de déclarer les ressources issues de son activité de travailleur indépendant. Toutefois, la commission des fraudes n'a pas reconnu d'élément intentionnel de la part de l'allocataire, et aucun autre élément du dossier n'est de nature à remettre en cause la bonne foi de l'intéressée.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme C est en congé parental d'éducation à temps complet depuis le 20 septembre 2024 pour une durée d'un an, que son conjoint n'exerce aucune activité professionnelle et ne dispose d'aucuns revenus propres. Les revenus mensuels nets du couple sont exclusivement composés d'allocations familiales pour un montant de 148, 52 euros, de l'aide personnalisée au logement pour un montant de 320, 27 euros, de la prestation partagée d'éducation de l'enfant (PREPARE) pour un montant de 448, 42 euros, et de la prestation d'accueil du jeune enfant (A) pour un montant de 193, 30 euros, soit un total de 1 110, 51 euros. Les charges fixes du foyer, composées du loyer et des charges locatives d'un montant de 558, 06 euros, de fourniture d'énergie pour un montant de 70 euros, d'abonnements de téléphone mobile et internet pour 34, 89 euros, et d'une assurance habitation pour 19, 73 euros, s'élèvent mensuellement à la somme de 682, 68 euros.

6. Au regard de l'ensemble de cette situation financière, compte tenu du montant restant disponible pour une famille de quatre personnes dont deux enfants en bas âge, et du montant de la dette à la charge de Mme C, le remboursement de cette dette apparait susceptible de compromettre durablement l'équilibre de son budget et de menacer la satisfaction des besoins élémentaires de son foyer. Mme C doit par suite être regardée, à la date du présent jugement, dans une situation de précarité telle qu'elle justifie qu'il lui soit accordée une remise totale de sa dette.

DECIDE :

Article 1er : Il est accordé à Mme C la remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active (RSA) à hauteur de la somme de 15 342, 27 euros.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de Saône-et-Loire.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de Saône-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La magistrate désignée,

M. DesseixLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier0

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