mardi 10 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302822 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le numéro 2302822 les 6 octobre 2023 et 25 avril et 26 juin 2024, la société par actions simplifiée Dolis, représentée par la société civile professionnelle d'avocats RGM, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations de cotisation foncière des entreprises et de taxes assimilées, auxquelles elle a été assujettie dans les rôles de la commune de Saint-Florentin au titre de l'année 2022, à concurrence d'un montant de 10 211 euros ;
2°) de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxes annexes, auxquelles elle a été assujettie dans les rôles de la commune de Saint-Florentin au titre de l'année 2022, à concurrence d'un montant de 10 182 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les équipements composant une station d'épuration, qu'elle a pris en crédit-bail par contrat du 18 septembre 2002, pour une durée de sept ans, et qu'elle a acquis en 2009, une station de traitement des effluents par aéroflotation et méthanisation, un bassin d'aération, une cuve neuve verticale et du matériel pour amenée d'eau et d'air, se situent en dehors du champ d'application de la taxe foncière sur les propriétés bâties ;
- sur ce point, elle se prévaut, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe n° 40 de la documentation administrative référencée BOI-IF-TFB-10-10-20 qui précise que les bassins et les cuves des stations d'épuration n'entrent pas dans le champ d'application de la taxe foncière sur les propriétés bâties ;
- certaines immobilisations, au nombre de dix-huit, mentionnées en annexe 4 de la requête, qui ont été incluses dans les biens passibles d'une taxe foncière, sont des travaux non imposables, dès lors qu'elles portent sur la confortation d'une immobilisation ancienne, qu'il s'agit de dépenses de conservation ayant eu pour seul objet de maintenir la valeur de l'immobilisation originelle et non d'apporter une amélioration à l'établissement ; en particulier, les travaux de déplacement n'apportent aucune amélioration à l'établissement et n'entraînent pas la création d'installations ou d'agencements nouveaux ;
- sur ce point, elle se prévaut des énonciations du paragraphe n° 230 de la documentation administrative référencée BOI-IF-TFB-20-20-10-20 ;
- en particulier, s'agissant des travaux de rénovation et de réfection et des travaux de déplacement, elle entend se prévaloir du paragraphe n° 230 de la documentation administrative référencée BOI-IF-TFB-20-20-10-20, afin qu'ils soient pris en compte à hauteur de 50 % de leur prix de revient ;
- en particulier, les faux-plafonds doivent être considérés comme des agencements démontables et amovibles et les travaux consistant en leur pose n'ont pas lieu d'être pris en compte dans la valeur locative servant de base à la taxe foncière et à la cotisation foncière des entreprises ;
- en particulier, les travaux de peinture sont sans incidence sur la valeur locative d'un établissement industriel ;
- s'agissant des immobilisations libellées " rénovation toiture " et figurant en annexe 4, il y a lieu de considérer qu'ils entrent dans les prévisions de cette même doctrine administrative et de calculer le complément de valeur locative sur une base de 50 % du prix de revient de l'immobilisation ajoutée au bilan, à l'instar de ce qu'a fait la cour administrative d'appel de Lyon dans son arrêt n° 15LY02472 ;
- certaines immobilisations constituent des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitations qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un établissement industriel, au sens du 11° de l'article 1382 du code général des impôts :
- la " climatisation entrepôt stockage produits finis " d'un prix de revient de 80 993,04 euros ;
- " l'isolation plafonds conditionnée " et " l'isolation plafonds chambre froide ", de prix de revient respectifs de 12 003 euros et de 11 885,73 euros, à exonérer à hauteur respectivement de 8 416 euros et 8 415,97 euros, dès lors que la quote-part de leur prix de revient imposable a été arrêtée lors d'une précédente vérification de comptabilité ;
- la " rénovation électricité cablage éclairage " d'un prix de revient de 3 596,52 euros ;
- certaines immobilisations, qui ont été incluses dans les biens passibles d'une taxe foncière sont des biens mobiliers, essentiellement démontables et mobiles ou dissociables des immeubles, qui, par nature, ne sont pas dans le champ de la taxe foncière :
- le " cablage extension réseau déploiement ERP usine ", d'un prix de revient de 37 812,96 euros, le " complément cablage extension réseau ERP déploiement usine " d'un prix de revient de 1 778,50 euros et le " cablage extension réseau ERP - raccordement 3 baies fibre optique ", d'un prix de revient de 717,50 euros, qui constituent des installations amovibles ;
- la " fourniture et pose clôture béton ", d'un prix de revient de 3 600 euros, qui ne fait pas corps avec le bâti, qui ne présente pas le caractère d'une véritable construction, qui est nécessairement de faible dimension, et qui entre dans les prévisions du paragraphe n° 70 de la documentation administrative référencée BOI-IF-TFB-10-10-20 ;
- la " clôture terrain station épuration ", d'un prix de revient de 4 726,94 euros ;
- elle prend acte du caractère imposable du " pose lames PVC zone stockage produits PAM " d'un prix de revient de 4 010 euros, et du " plafond local Bigbag ", d'un prix de revient de 3 856,50 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 avril et 18 juin 2024, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la requête.
Elle soutient que :
- elle a prononcé le 25 mars 2024 un dégrèvement d'un montant de 4 594 euros en matière de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxes annexes au titre de l'année 2022 ;
- elle a prononcé le 25 mars 2024 un dégrèvement d'un montant de 4 606 euros en matière de cotisation foncière des entreprises et de taxes assimilées au titre de l'année 2022 ;
- pour le surplus, les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 4 avril 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 27 mai 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2024 par ordonnance du même jour.
La directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a présenté un mémoire, enregistré le 20 septembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Par un mémoire, enregistré le 7 janvier 2025, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a entendu soumettre d'office au tribunal, sur le fondement du troisième alinéa de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, une nouvelle réclamation, en date du 17 juin 2024 de la SAS Dolis. Cette nouvelle requête a été enregistrée par le tribunal sous le numéro distinct 2500042.
II. Par une réclamation du 17 juin 2024, adressée à la directrice départementale des finances publiques de l'Yonne, transmise au tribunal par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales par la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or et enregistrée sous le numéro 2500042 le 7 janvier 2025, et un mémoire enregistré le 12 février 2025, la société par actions simplifiée Dolis demande au tribunal, en l'état de ses dernières écritures :
1°) de joindre sa requête à celle enregistrée sous le numéro 2302822 ;
2°) de prononcer la réduction de la cotisation de cotisation foncière des entreprises, à laquelle elle a été assujettie dans les rôles de la commune de Saint-Florentin, à concurrence d'une somme de 2 646 euros, tenant compte du dégrèvement prononcé en cours d'instance ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle se prévaut des mêmes moyens que ceux susvisés, soulevés dans l'instance n° 2302822.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2025, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Elle soutient que :
- elle a prononcé le 7 janvier 2025 un dégrèvement d'un montant de 5 859 euros en matière de cotisation foncière des entreprises et taxes assimilées au titre de l'année 2023 ;
- pour le surplus, les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 12 février 2025 que cette affaire était susceptible, à compter du 17 mars 2025, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 18 mars 2025 par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée Dolis, qui a pour activité la fabrication de confiseries, dans son établissement industriel de Saint-Florentin dans l'Yonne, a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties et à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2022 et 2023 à raison de cet établissement. Elle a formé trois réclamations contentieuses, le 11 avril 2023, en matière de taxe foncière sur les propriétés bâties et de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2022, et le 17 juin 2024, en matière de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2023, afin de voir exclues diverses immobilisations du calcul de la valeur locative servant de base à ces impositions. Par une décision explicite du 28 août 2023, l'administration fiscale a partiellement admis les réclamations du 11 avril 2023, a prononcé deux dégrèvements partiels, l'un en matière de taxe foncière sur les propriétés bâties et l'autre en matière de cotisation foncière des entreprises, et a rejeté le surplus. Par la requête enregistrée sous le numéro 2302822, la SAS Dolis demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties et de cotisation foncière des entreprises, auxquelles elle a été assujettie dans les rôles de la commune de Saint-Florentin, au titre de l'année 2022, à concurrence de sommes de respectivement 10 182 et 10 211 euros. Par un mémoire enregistré le 7 janvier 2025, initialement sous le numéro 2302822 puis par le tribunal sous le numéro distinct 2500042, l'administration fiscale a entendu soumettre d'office la réclamation du 17 juin 2024 tendant à la réduction de la cotisation primitive de cotisation foncière des entreprises à laquelle cette société a été assujettie dans les rôles de la même commune au titre de l'année 2023, initialement à concurrence d'une somme de 8 505 euros.
2. Les requêtes n° 2302822 et n° 2500042, présentées pour la société par actions simplifiée Dolis, concernent la situation d'un même contribuable et présentent à juger des questions identiques. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. D'une part, par une décision du 25 mars 2024, postérieure à l'enregistrement de la requête, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a accordé à la SAS Dolis un dégrèvement des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxes annexes au titre de l'année 2022 d'un montant de 4 594 euros et un dégrèvement des cotisations primitives de cotisation foncière des entreprises et de taxes assimilées au titre de l'année 2022 d'un montant de 4 606 euros. D'autre part, par une décision du 7 janvier 2025, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a accordé à la SAS Dolis un dégrèvement de la cotisation primitive de cotisation foncière des entreprises et de taxes assimilées au titre de l'année 2023 d'un montant de 5 859 euros. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par la SAS Dolis à fin de réduction dans cette mesure.
4. Ce faisant, l'administration a entendu faire droit aux moyens tirés de ce que les immobilisations initialement prises en crédit-bail et relatives à une station d'épuration doivent être distraites de la valeur locative servant de base aux impositions en litige, à ceux tirés de ce que quatre immobilisations constituent des biens d'équipement spécialisés et enfin à celui tiré de ce que l'immobilisation intitulée " clôture terrain station d'épuration " n'entre pas dans le champ d'application des impositions en litige. Par suite, ces moyens sont désormais dépourvus d'objet.
Sur les conclusions à fin de réduction :
5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
En ce qui concerne les travaux :
6. Tout d'abord, si la société requérante a soulevé plusieurs moyens dans sa requête introductive, à laquelle elle renvoie également dans l'instance n° 2500042, relatifs aux quatre immobilisations portant sur la rénovation de la toiture, l'administration fiscale a soutenu dans son mémoire en défense que ces quatre immobilisations avaient déjà été prises en compte pour seulement 50 % de leur prix de revient, faisant application, comme le souhaitait la société requérante, des énonciations du paragraphe n° 230 de la documentation administrative référencée BOI-IF-TFB-20-20-10-20. La société, dans son mémoire du 25 avril 2024, constate elle-même que la contestation, s'agissant des travaux immobilisés, ne porte plus que sur quatorze immobilisations " restant en litige ". Dans ces conditions, elle doit être regardée comme ayant renoncé aux autres moyens portant sur les quatre immobilisations relatives à la toiture.
S'agissant de l'application de la loi fiscale :
7. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. / () La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée suivant les règles fixées pour l'établissement de cette taxe. () ".
8. Aux termes du premier alinéa de l'article 1499 du code général des impôts : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments () des taux d'intérêt. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 324 AE de l'annexe III au code général des impôts : " Le prix de revient visé à l'article 1499 du code général des impôts s'entend de la valeur d'origine pour laquelle les immobilisations doivent être inscrites au bilan en conformité de l'article 38 quinquies. ". Aux termes de l'article 38 quater de la même annexe : " Les entreprises doivent respecter les définitions édictées par le plan comptable général, sous réserve que celles-ci ne soient pas incompatibles avec les règles applicables pour l'assiette de l'impôt. ". Enfin, aux termes du 1 de l'articles 38 quinquies de la même annexe : " Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. / Cette valeur d'origine s'entend : / a. Pour les immobilisations acquises à titre onéreux, du coût d'acquisition, c'est-à-dire du prix d'achat minoré des remises, rabais commerciaux et escomptes de règlement obtenus et majoré des coûts directement engagés pour la mise en état d'utilisation du bien et des coûts d'emprunt dans les conditions prévues à l'article 38 undecies. () ".
9. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que les immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière doivent être évaluées d'après leur prix de revient, qui est celui inscrit à l'actif du bilan. Sauf pour la société à démontrer que des dépenses inscrites au registre des immobilisations constitueraient en réalité des charges déductibles, l'administration fiscale peut se fonder sur ces énonciations comptables, opposables à la société, pour établir, selon la méthode comptable prévue par l'article 1499 du code général des impôts, la valeur locative des immobilisations.
10. Il est constant que les travaux restant en litige ont été inscrits au registre des immobilisations par la société. Contrairement à ce que soutient cette dernière, les seules factures produites à l'instance ne justifient pas du caractère de charges déductibles de ces travaux et l'administration a pu, à bon droit, lui opposer ses écritures comptables.
11. En deuxième lieu, la société requérante se prévaut en outre, dans son mémoire en réplique, du caractère " d'agencements démontables et amovibles " des faux-plafonds, qui ne constitueraient pas, ce faisant des biens passibles de la taxe foncière. Toutefois, il ne résulte ni des seules factures produites, ni de l'instruction que les travaux intitulés " faux plafond atelier maintenance " (F09), " faux plafond stockage U1 (Rack PAM) " (F09 bis), " pose faux plafond et réfection murs cuisine PAM " (F12 bis), " faux plafond local silo sucre HPG " (F13), auxquels il y a lieu d'adjoindre " réfection plafond hall accueil personnel " (F10), qui ont tous été inscrits dans des comptes de constructions (2135), constitueraient des équipements mobiliers déplaçables ou démontables par des moyens normaux. Ils constituent au contraire des accessoires immobiliers et sont à juste titre inclus dans les bases servant de calcul aux impositions en litige. Par suite, ce moyen doit également être écarté.
S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
12. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. () ". Lorsque le contribuable invoque, sur le fondement de ces dispositions, l'interprétation d'un texte fiscal que l'administration a fait connaître par des instructions ou circulaires publiées, aucune imposition, même primitive, qui serait contraire à cette interprétation, ne peut être établie.
13. Sur le fondement de ces dispositions, la société requérante se prévaut des énonciations du paragraphe n° 230 de la doctrine administrative référencée BOI-IF-TFB-20-20-10-20, publiée le 23 décembre 2014, aux termes de laquelle : " Les changements de caractéristiques physiques ne sont pris en compte que lorsqu'ils ont une incidence sur le prix de revient comptable des immobilisations, c'est-à-dire, en fait, lorsqu'ils revêtent le caractère de grosses réparations amortissables ou d'installations ou d'agencements nouveaux. / Il est cependant admis que le complément de valeur locative résultant des changements du premier type (grosses réparations) ne soit pas calculé sur la base de la valeur d'immobilisation ajoutée au bilan à l'issue des travaux mais sur une base inférieure tenant compte du fait que ces derniers ne créent pas une immobilisation nouvelle mais confortent seulement une immobilisation ancienne. Ainsi, si les travaux de réparation considérés n'apportent aucune amélioration à l'établissement, il n'y a pas lieu de calculer de complément de valeur locative. ".
14. Toutefois, en premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que les travaux de " rénovation bureaux étages " (F01) ont donné lieu à un contrat de maîtrise d'œuvre, à la dépose de plafonds et de cloisons puis à la pose de plafonds, de portes, de carrelage, de fenêtres, de stores, de parquets, à l'installation de climatisation, sanitaires et chauffage et à la peinture des murs, c'est-à-dire à une opération de reconfiguration et de réfection globales desdits bureaux, avec adjonction d'éléments nouveaux, ayant apporté une amélioration des caractéristiques physiques de l'établissement, et que les travaux de " rénovation vestiaires hommes et femmes " (F02) comprennent également, outre la dépose de sanitaires et la démolition de l'ancien carrelage, la fourniture et la pose de cloisons, de carrelage et de nouvelles installations sanitaires, dont des douches de sorte qu'ils ne correspondent ni à des réparations courantes ou à des prestations d'entretien ni à des grosses réparations, mais à des travaux d'amélioration qui ont eu pour effet de modifier les caractéristiques physiques de l'immeuble. Il résulte également de l'instruction que les travaux de " réfection sol cuisine HPG " (F03) ont consisté en la démolition du dallage et du carrelage de cette zone, à la pose de caniveaux et à la réalisation d'un nouveau dallage et carrelage, au démontage et au remontage en résultant de la tuyauterie mais également à la pose d'un nouveau plafond en lames PVC. Il en est de même pour les travaux de " réfection sol sous plateforme HPG " (F07) et de " réfection abords quai mallow " (F06). De nouveau, ces travaux constituent des travaux d'amélioration et d'adjonction de nouveaux éléments qui ont eu pour effet de modifier les caractéristiques physiques de l'établissement. Les travaux identifiés sous l'intitulé " plafond PAM - 3e tranche " (F12) ont consisté en la pose d'un plafond en lames PVC, sans qu'au demeurant soit même apportée la preuve de la dépose d'un ancien plafond de même nature, de sorte qu'ils ne peuvent qu'être considérés comme apportant une amélioration à l'établissement. Il résulte encore de l'instruction, en l'espèce des seules factures fournies, que les travaux désignés " rénovation local préparation aromes et colorants " (F11) ont consisté en la fourniture et la pose de panneaux isothermes, de faux-plafonds, de carrelage, d'un plan de travail et de divers aménagements électriques et de plomberie corrélatifs. En l'absence de toute argumentation précise et de toute démonstration pouvant permettre de regarder ces travaux comme de grosses réparations, ils ne peuvent qu'être regardés comme ayant apporté une amélioration à l'établissement. Enfin, s'agissant des travaux " déplacement bureau responsable maintenance " (F08), ceux-ci, qui ne se sont pas limités à un simple déplacement de bureau ou à des modifications apportées à des câbles ou tuyaux ou encore à la positions de cloisons, ont consisté en la dépose du couloir des eaux usées, l'agrandissement d'un regard, la pose de carrelage, de panneaux, d'un plafond, d'une porte, d'un châssis vitré, de plinthes, en des opérations de câblage rendues nécessaire par le déplacement de plusieurs prises et des travaux électriques rendus nécessaires. De tels travaux qui s'analysent comme la création d'une nouvelle pièce technique ne constituent ni des gros travaux ni des travaux confortant une immobilisation existante, contrairement à ce que soutient la société requérante.
15. D'autre part, à supposer même que tout ou partie des travaux qui viennent d'être décrits puissent être qualifiés de grosses réparations, la société requérante, qui n'a produit aucun autre justificatif que les factures correspondantes, n'apporte pas le moindre élément de nature à justifier que l'amélioration apportée à la construction par ces travaux ne serait que de 50 % de leur coût de revient comme elle le prétend.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Dolis n'établit pas que les dépenses qui viennent d'être analysées entrent dans les prévisions de la doctrine administrative qu'elle invoque. Par suite, elle n'est pas fondée à demander que les sommes ci-dessus analysées soient exclues de la base d'imposition à la taxe foncière et à la cotisation foncière des entreprises.
17. En deuxième lieu, s'agissant des travaux consistant en tout ou partie en la pose de faux-plafonds analysés au point 10 du présent jugement ou de ceux analysés au point 13, en tant qu'ils comprennent un faux-plafond, il ne résulte nullement de l'instruction, et notamment de leurs seuls libellés et des factures produites, qu'ils entreraient dans les prévisions de la doctrine ci-dessus analysée et notamment qu'ils ne constitueraient pas une adjonction d'accessoires immobiliers apportant une amélioration à l'établissement. Il en est de même des travaux de création d'une signalisation au sol sur le parking de l'établissement (F 13 bis), insusceptibles d'être assimilés à des travaux de rafraîchissement de peintures, qui ne constituent pas des " grosses réparations " au sens de la doctrine précitée. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne les équipements et biens mobiliers :
S'agissant de l'application de la loi fiscale :
18. D'une part, aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. / () La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée suivant les règles fixées pour l'établissement de cette taxe. () ". Aux termes de l'article 1467 A du même code : " Sous réserve des II, III IV et VI de l'article 1478, la période de référence retenue pour déterminer les bases de cotisation foncière des entreprises est l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition ou le dernier exercice de douze mois clos au cours de cette même année lorsque cet exercice ne coïncide pas avec l'année civile. ". Aux termes de l'article 1494 de ce code : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties () est déterminée conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte. ".
19. D'autre part, l'article 1380 du code général des impôts dispose : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Selon les trois premiers alinéas de l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication ; ". Aux termes du premier alinéa de l'article 1495 de ce code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation. ". Aux termes du II de l'article 324 B de l'annexe III au même code : " Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux équipements ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation ".
20. D'une part, pour apprécier, en application de l'article 1495 du code général des impôts et de l'article 324 B de son annexe III, la consistance des propriétés qui entrent, en vertu de ses articles 1380 et 1381, dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties, il est tenu compte, non seulement de tous les éléments d'assiette mentionnés par ces deux derniers articles mais également des biens faisant corps avec eux. D'autre part, il résulte des dispositions précitées que sont exclus de la base d'imposition de la taxe foncière sur les propriétés bâties et de la cotisation foncière des entreprises les biens et équipements mobiliers.
21. En premier lieu, s'agissant des immobilisations intitulées " pose lames PVC zone stockage produits PAM " d'un prix de revient de 4 010 euros (F18 bis), et du " plafond local Bigbag ", d'un prix de revient de 3 856,50 euros (F19), la SAS Dolis mentionne dans son premier mémoire en réplique qu'elle prend acte de leur caractère imposable. Elle doit, ce faisant, être regardée comme ayant renoncé à tout moyen relatif à ces immobilisations.
22. En deuxième lieu, s'agissant des immobilisations intitulées " câblage extension réseau déploiement ERP usine " (F17 bis), d'un prix de revient de 37 812,96 euros, " complément câblage extension réseau ERP déploiement usine " d'un prix de revient de 1 778,50 euros et " câblage extension réseau ERP - raccordement 3 baies fibre optique ", d'un prix de revient de 717,50 euros, si la société requérante soutient que ces " réseaux de câblage " devraient être exclus de l'assiette de la taxe foncière sur les propriétés bâties, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction que les réseaux téléphoniques et informatiques en fibre optique dont il s'agit seraient dissociables du bâtiment. Ils doivent dès lors être considérés comme incorporés aux bâtiments et constituant, ce faisant, des accessoires immobiliers des constructions. En outre, si certaines des immobilisations précitées comprennent également des bornes DECT et des coffrets de brassage, la SAS Dolis ne soumet au tribunal, s'agissant de ces biens, aucune argumentation propre ni aucune précision quant à leur mode de fixation et à leur incorporation ou non à la construction de sorte que le moyen soulevé doit être écarté.
23. En troisième lieu, pour contester, au regard des principes et dispositions rappelés ci-dessus, la prise en compte de l'immobilisation " Fourniture et pose clôture béton ", la société requérante fait valoir que cette installation ne fait, par principe, pas corps avec le bâti. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment du seul intitulé de cette immobilisation et de la facture correspondante, comptabilisée parmi les " constructions " qu'elle ne ferait pas corps avec l'un des éléments d'assiette mentionnés par l'article 1380 ou l'article 1381 du code général des impôts, alors qu'elle apparaît, selon la facture, liée aux " piliers de l'entrée " et que de telles clôtures sont généralement fixées dans le sol. Dès lors, c'est à bon droit que cette immobilisation a été prise en compte pour l'établissement des bases d'imposition.
S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
24. S'agissant à nouveau de la clôture en béton visée au point 23 du présent jugement, la SAS Dolis se prévaut sur le fondement de l'article L. 80 A des énonciations du paragraphe n° 70 de la documentation administrative référencée BOI-IF-TFB-10-10-20, en tant qu'elles caractérisent les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions par leur nature, leur importance et leur fixité. Toutefois, ce paragraphe ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
25. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Dolis n'est fondée à demander la réduction du surplus ni des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxes annexes auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2022, ni des cotisations de cotisation foncière des entreprises et de taxes assimilées, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2022 et 2023.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
26. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la SAS Dolis présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de réduction des deux requêtes à hauteur des dégrèvements prononcés en cours d'instance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2302822 de la SAS Dolis est rejeté.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2500042 de la SAS Dolis est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Dolis et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
2, 250004lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026