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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303194

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303194

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303194
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a examiné la requête de M. B contestant une saisie administrative à tiers détenteur émise pour recouvrer une dette de TVA professionnelle, qu'il estimait devoir être imputée sur son patrimoine professionnel d'entrepreneur individuel à responsabilité limitée (EIRL) et non sur son compte personnel. Le tribunal a relevé d'office que le moyen soulevé, portant sur la distinction entre patrimoines personnel et professionnel, ne concernait ni la régularité de l'acte, ni l'obligation au paiement, le montant ou l'exigibilité de la dette au sens de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. En conséquence, le litige ne relève pas de la compétence du juge administratif mais du juge de l'exécution. La requête a donc été rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2023, M. A B soumet au tribunal un litige relatif à une saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre le 18 octobre 2023 par le directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire.

Il soutient que la saisie administrative à tiers détenteur a été adressée à l'établissement BNP Paribas, afin que soient saisies des sommes sur son compte bancaire personnel, alors que la dette dont l'administration recherche le recouvrement est celle de l'entreprise individuelle à responsabilité limitée qu'il a constituée, qui est enregistrée au registre du commerce et des sociétés sous le numéro 517 623 385 et qui n'est pas une entreprise individuelle comme le soutient l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête et à ce que M. B soit condamné aux dépens.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la réclamation préalable prévue par les dispositions de l'article R. 281-1 du livre des procédures fiscales ;

- à titre subsidiaire, le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

Les parties ont été informées par une lettre du 15 janvier 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 19 février 2024 de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 février 2024 par ordonnance du même jour.

Les parties ont été informées le 10 juin 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la présentation de de la requête de M. B devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, dès lors que le seul moyen soulevé, tiré de l'impossibilité pour l'administration de rechercher le recouvrement de la créance de taxe sur la valeur ajoutée en litige sur son patrimoine personnel, distinct de son patrimoine professionnel constitué dans le cadre d'une entreprise individuelle à responsabilité limitée, ne porte ni sur l'obligation au paiement, ni sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, ni sur l'exigibilité de la somme réclamée au sens des dispositions précitées du 2° de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

Le directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire a présenté des observations sur ce moyen par un mémoire, enregistré le 19 juin 2024, qui a été communiqué.

M. B a présenté un mémoire, enregistré le 24 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de commerce ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, qui exerce une activité d'élevage à Braize dans l'Allier, est redevable de droits, au titre de son activité professionnelle, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, que lui réclame la direction départementale des finances publiques de Saône-et-Loire. Afin de procéder au recouvrement forcé de cette somme, le directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire a émis le 18 octobre 2023, auprès de l'établissement dénommé Hello bank de la société BNP Paribas, une saisie administrative à tiers détenteur, d'un montant de 5 606,80 euros à l'encontre de M. B. L'intéressé, dès la réception de cette saisie, a passé un appel téléphonique, puis envoyé un courriel au pôle de recouvrement spécialisé de Saône-et-Loire, afin de faire valoir que la saisie était effectuée sur son compte personnel ouvert dans les livres de cet établissement, alors que la créance dont elle recherche le recouvrement est une créance professionnelle, et que son élevage n'est pas exploité dans le cadre d'une entreprise individuelle traditionnelle, mais sous le statut de l'entreprise individuelle à responsabilité limitée. Par sa requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer procédant de cette saisie administrative à tiers détenteur.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 281 du livre les procédures fiscales : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 526-6 du code de commerce : " Pour l'exercice de son activité en tant qu'entrepreneur individuel à responsabilité limitée, l'entrepreneur individuel affecte à son activité professionnelle un patrimoine séparé de son patrimoine personnel, sans création d'une personne morale, dans les conditions prévues à l'article L. 526-7. / Ce patrimoine est composé de l'ensemble des biens, droits, obligations ou sûretés dont l'entrepreneur individuel est titulaire, nécessaires à l'exercice de son activité professionnelle. Il peut comprendre également les biens, droits, obligations ou sûretés dont l'entrepreneur individuel est titulaire, utilisés pour l'exercice de son activité professionnelle, qu'il décide d'y affecter et qu'il peut ensuite décider de retirer du patrimoine affecté. Un même bien, droit, obligation ou sûreté ne peut entrer dans la composition que d'un seul patrimoine affecté. ". Aux termes de l'article L. 161-2 du code des procédures civiles d'exécution : " En cas de procédure d'exécution à l'encontre d'un débiteur entrepreneur individuel à responsabilité limitée, celle-ci ne peut porter que sur le ou les biens sur lesquels le créancier a un droit de gage général tel que défini par les dispositions de l'article L. 526-12 du code de commerce. ".

4. En soutenant que la saisie administrative à tiers détenteur litigieuse a été adressée à l'établissement BNP Paribas, afin que soient saisies des sommes sur son compte bancaire personnel, alors que la dette dont l'administration recherche le recouvrement est celle de l'entreprise individuelle à responsabilité limitée qu'il a constituée, qui est enregistrée au registre du commerce et des sociétés sous le numéro 517 623 385 et qui n'est pas une entreprise individuelle comme le soutient le service, M. B doit être regardé comme soutenant que l'administration ne pouvait rechercher le recouvrement de la créance de taxe sur la valeur ajoutée en litige sur son patrimoine personnel, distinct de son patrimoine professionnel constitué dans le cadre d'une entreprise individuelle à responsabilité limitée au sens de la section 2 du titre II du livre V du code de commerce. Une telle contestation ne porte ni sur l'obligation au paiement, ni sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués ni sur l'exigibilité de la somme réclamée au sens des dispositions précitées du 2° de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, mais sur la régularité en la forme de l'acte au sens du 1°, dont seul est compétent pour connaître le juge de l'exécution. Dès lors, cette contestation est présentée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Il y a lieu de la rejeter pour ce motif.

5. Il ne résulte pas de l'instruction que l'Etat aurait exposé des dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Ses conclusions tendant à la condamnation de M. B aux dépens ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions présentées par le directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée pour information à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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