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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303275

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303275

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303275
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantDESFARGES PIERRE-HENRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2023 sous le n° 2303275, M. A E, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Côte-d'Or a rejeté le recours exercé contre la décision lui notifiant un paiement indu de prime d'activité ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 1 781,93 euros ;

3°) de mettre à la charge de la CAF de la Côte-d'Or une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- la décision du 11 mai 2023 est entachée d'un vice d'incompétence et ne comporte pas, en méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, la signature de son auteur ;

- la décision du 11 mai 2023 est entachée d'un vice de " légalité externe " tiré de ce que la décision lui notifiant un paiement indu de prime d'activité ne comportait pas, en méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, la signature de son auteur et a en outre violé les dispositions des articles L. 553-2 et R. 133-9-2 et du code de la sécurité sociale ;

- en faisant effectuer un contrôle par un agent qui n'était ni agréé ni assermenté dans les conditions prévues par l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, la directrice de la CAF de la Côte-d'Or a entaché la décision du 11 mai 2023 d'un vice de procédure ;

- la décision du 11 mai 2023 a été prise en méconnaissance de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale et des garanties relatives à l'exercice du droit de communication ;

- la décision du 11 mai 2023 a méconnu la procédure contradictoire définie aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration et a été prise en violation des " droits de la défense " ;

- la CAF de la Côte-d'Or n'a pas produit le " décompte de la créance " en méconnaissance des articles 1302, 1302-1 et 1353 du code civil ;

- en estimant qu'il avait bénéficié d'un montant indu de prime d'activité au titre des mois de janvier et février 2021, la CAF de la Côte-d'Or a commis une erreur d'appréciation ;

- à titre subsidiaire, il a droit à une remise totale de sa dette compte tenu de sa bonne foi et de sa situation précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré 12 avril 2024, la CAF de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

La CAF soutient que :

- les conclusions tendant à la remise gracieuse des dettes de RSA et de prime d'activité ne sont pas recevables dès lors qu'il n'existe aucun litige relatif à des refus de remise ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2024 sous le n° 2400309, M. A E, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juillet 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a rejeté le recours exercé contre la décision de récupération d'un indu de RSA ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 1 781,93 euros ;

3°) de mettre à la charge du département de la Côte-d'Or une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- la décision du 10 juillet 2023 est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision du 10 juillet 2023 est entachée d'un vice de " légalité externe " tiré de ce que la décision lui notifiant un paiement indu de RSA ne comportait pas, en méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, la signature de son auteur et a en outre violé les dispositions des articles L. 553-2 et R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ;

- en faisant effectuer un contrôle par un agent qui n'était ni agréé ni assermenté dans les conditions prévues par l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, la directrice de la CAF de la Côte-d'Or a entaché la décision du 10 juillet 2023 d'un vice de procédure ;

- l'agent qui a procédé au contrôle de sa situation n'était ni agréé ni assermenté en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale ;

- la décision du 10 juillet 2023 a été prise en méconnaissance de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale et des garanties relatives à l'exercice du droit de communication ;

- la décision du 10 juillet 2023 est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de recours amiable n'a pas été saisie conformément aux dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision du 10 juillet 2023 a méconnu la procédure contradictoire définie aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration et a été prise en violation des " droits de la défense " ;

- en estimant qu'il avait bénéficié d'un montant indu de RSA au titre des périodes du 1er juin au 31 août 2021, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a commis une erreur d'appréciation ;

- à titre subsidiaire, il a droit à une remise totale de sa dette compte tenu de sa bonne foi et de sa situation précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que :

- la requête de M. E a été présentée tardivement et n'est par suite pas recevable ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Boissy a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Les dossiers nos 2303275 et 2400309 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de joindre ces deux dossiers pour statuer par un seul jugement.

Sur le cadre juridique :

En ce qui concerne le revenu de solidarité active :

2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le président du conseil départemental peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Statuant sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une telle demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

En ce qui concerne la prime d'activité :

5. En vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.

6. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 5 décide de récupérer un paiement indu de prime d'activité, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par cette commission se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 5 décide de récupérer un paiement indu de prime d'activité et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, l'organisme peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l'allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s'est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée. Statuant sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

Sur l'analyse des litiges soumis par M. E :

8. A la suite d'un contrôle réalisé par ses services, la CAF de la Côte-d'Or a notifié à M. E, le 24 novembre 2021, des paiements indus de revenu de solidarité active (RSA), d'un montant de 1 473,45 euros, au titre de la période du 1er juin au 31 août 2021 et de prime d'activité, d'un montant de 308,48 euros, pour les mois de janvier et février 2021. Le 30 janvier 2022, M. E a exercé les recours mentionnés aux points 3 et 6 en contestant le bien-fondé des indus de RSA et de prime d'activité. Par une décision du 11 mai 2023, la commission de recours amiable de la CAF de la Côte-d'Or a rejeté le recours dirigé contre l'indu de prime d'activité. Par une décision du 10 juillet 2023, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a rejeté le recours dirigé contre l'indu de RSA.

9. D'une part, le requérant demande au juge d'annuler ces décisions des 11 mai et 10 juillet 2023 en exerçant son office défini aux points 3 et 6 et de le décharger de l'obligation de payer la somme de 1 781,93 euros correspondant au cumul des dettes de RSA et de prime d'activité. D'autre part, M. E doit être regardé comme demandant au tribunal de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes de RSA et de prime d'activité au regard de son office rappelé aux points 4 et 7.

Sur le litige relatif au bien-fondé de l'indu de RSA :

En ce qui concerne le vice d'incompétence :

10. Par un arrêté n° 7-2023 du 16 mai 2023, mis en ligne sur le site internet du département de la Côte-d'Or, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a notamment délégué sa signature à Mme C, cheffe du service politique d'insertion, pour ce qui concerne les documents relevant des attributions de son service et, en particulier, les décisions prises en matière de RSA et, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme B, adjointe au chef du service politiques d'insertion. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée le 10 juillet 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme B n'était pas compétente pour signer la décision du 10 juillet 2023 manque en fait et doit par suite être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des garanties relatives à l'exercice du droit de communication :

11. Aux termes de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles : " Le service du revenu de solidarité active est assuré, dans chaque département, par les caisses d'allocations familiales et, pour leurs ressortissants, par les caisses de mutualité sociale agricole ". Aux termes de l'article L. 262-40 du même code : " Pour l'exercice de leurs compétences, le président du conseil départemental et les organismes chargés de l'instruction et du service du revenu de solidarité active demandent toutes les informations nécessaires à l'identification de la situation du foyer : / 1° Aux administrations publiques, et notamment aux administrations financières ; / 2° Aux collectivités territoriales ; / 3° Aux organismes de sécurité sociale, de retraite complémentaire et d'indemnisation du chômage ainsi qu'aux organismes publics ou privés concourant aux dispositifs d'insertion ou versant des rémunérations au titre de l'aide à l'emploi. () Les informations recueillies peuvent être échangées, pour l'exercice de leurs compétences, entre le président du conseil départemental et les organismes chargés de l'instruction et du service du revenu de solidarité active (). / Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale () ".

12. Aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ". Aux termes de l'article L. 114-20 du même code : " Sans préjudice des autres dispositions législatives applicables en matière d'échanges d'informations, le droit de communication défini à l'article L. 114-19 est exercé dans les conditions prévues et auprès des personnes mentionnées à la section 1 du chapitre II du titre II du livre des procédures fiscales à l'exception des personnes mentionnées aux articles L. 82 C, L. 83 A, L. 84, L. 84 A, L. 91, L. 95 et L. 96 B à L. 96 F ". L'article L. 83 du livre des procédures fiscales soumet au droit de communication " les administrations de l'État, des départements et des communes, les entreprises concédées ou contrôlées par l'État, les départements et les communes, ainsi que les établissements ou organismes de toute nature soumis au contrôle de l'autorité administrative ". Aux termes de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".

13. Tout d'abord, il résulte des dispositions mentionnées aux points 11 et 12 que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées notamment du service du RSA et de la prime d'activité, réalisent les contrôles relatifs à ces prestations d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales s'attachant, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Lorsqu'une caisse peut obtenir une même information auprès d'une même administration ou d'un même organisme tant sur le fondement de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles ou de l'article L. 114-14 du code de la sécurité sociale, permettant des échanges d'informations avec les administrations fiscales, qu'au titre du droit de communication prévu par l'article L. 114-19 de ce dernier code, elle n'est tenue de mettre en œuvre les garanties prévues par l'article L. 114-21 du même code que si elle a entendu se placer dans le cadre du droit de communication. En revanche, il résulte des mêmes dispositions que la circonstance qu'une caisse ait échangé avec le président du conseil départemental, en application de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles, les informations qu'elle a recueillies en vertu du droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale est sans incidence sur l'obligation, en cas de décision de supprimer le service de la prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de respecter les garanties procédurales s'attachant, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit.

14. Ensuite, ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2019-789 QPC du 14 juin 2019, l'objet des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale est de permettre à la personne contrôlée de prendre connaissance des documents communiqués afin de pouvoir contester utilement les conclusions qui en ont été tirées par l'organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement de l'indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au RSA ou de prime d'activité ou de récupérer des indus de ces prestations de la teneur et de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Par suite, il appartient en principe à la caisse d'allocations familiales ou à la caisse de mutualité sociale agricole de mettre en œuvre cette garantie avant l'intervention de la décision de récupérer un indu de revenu de solidarité active, qui permet son recouvrement sur les prestations à échoir, ou de supprimer le service de cette prestation. Toutefois, la décision prise par le président du conseil départemental sur le recours administratif préalable obligatoire formé par l'allocataire se substituant entièrement à la décision prise par l'organisme chargé du service de la prestation, l'allocataire ne peut utilement invoquer la méconnaissance de cette obligation, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision du président du conseil départemental, s'il a été remédié, par la mise en œuvre de cette garantie en temps utile avant l'intervention de cette dernière décision, à l'irrégularité ainsi commise.

15. Enfin, les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

16. Il ne résulte pas de l'instruction, et en particulier des mentions figurant dans le document " demande d'information complémentaire " du 7 septembre 2021, que la CAF de la Côte-d'Or, pour décider de récupérer l'indu de RSA, aurait obtenu des renseignements de tiers et non de M. E lui-même. Dès lors, et en tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait en l'espèce été privé des garanties liées à l'exercice du droit de communication.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire définie aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration et de la violation des " droits de la défense " :

17. D'une part, en vertu des 3° et 8° de l'article L. 211-2 et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions qui imposent des sujétions ou qui rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire doivent comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". L'article L. 122-1 de ce même code prévoit que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

18. Il résulte des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, et en particulier des articles L. 262-46 et suivants de ce code, que le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au revenu de solidarité active. Les articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peuvent donc pas être utilement invoqués à l'encontre d'une décision de répétition d'un indu de RSA.

19. Dès lors, le moyen tiré de ce que le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a méconnu la procédure contradictoire définie aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit être écarté pour ce motif.

20. D'autre part, la décision de récupération d'un indu de RSA ne constitue pas une sanction administrative. Le moyen tiré de la violation des " droits de la défense " invoqué par le requérant est donc lui aussi inopérant et doit par suite être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens de légalité externe :

21. En premier lieu, en application de l'article L. 262-25 et du 4° de l'article R. 262- 60 du code de l'action sociale et des familles, la convention conclue, en matière de RSA, entre un département et une CAF comporte notamment des stipulations fixant les conditions et les limites dans lesquelles la commission de recours amiable de la CAF rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental. L'article R. 262-89 du même code dispose : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".

22. Il résulte de l'instruction, et en particulier du courrier du 7 juin 2023 de sa secrétaire, que la commission de recours amiable de la CAF a rendu un avis sur le recours administratif exercé par M. E dirigé contre la décision de récupération du paiement indu de RSA. Le président du conseil départemental de la Côte-d'Or n'a dès lors entaché la décision du 10 juillet 2023 d'aucun vice de procédure sur ce point.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés (), le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Les constatations établies à cette occasion par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire () ".

24. Il ne résulte pas de l'instruction que la CAF de la Côte-d'Or a procédé à l'un des contrôles prévus à l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale. Dès lors, et en tout état de cause, le requérant ne peut pas utilement faire valoir que la décision du 10 juillet 2023 est entachée d'un vice de procédure à ce titre.

25. En dernier lieu, l'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. Pour autant, les moyens tirés du vice d'incompétence et du défaut de motivation de la décision initiale, qui sont en tout état de cause propres à cette dernière et ont nécessairement disparu avec elle, ne peuvent pas être utilement invoqués. De même, seules les irrégularités procédurales relatives à la décision initiale qui présentent un caractère irrémédiable peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire.

26. Compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 25, le moyen tiré de ce que la partie de la décision du 24 novembre 2021 notifiant à M. E un paiement indu de RSA ne comporterait pas, en méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, la signature de son auteur et aurait en outre violé les dispositions des articles L. 553-2 et R. 133-9-2 et du code de la sécurité sociale est inopérant à l'égard de la décision du 10 juillet 2023 qui s'y est substituée.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur d'appréciation :

27. D'une part, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pris pour l'application de l'article L. 262-3 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

28. D'autre part, il résulte des dispositions combinées des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que, pour bénéficier de l'allocation de RSA, une personne doit remplir une condition de ressources et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de RSA a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

29. Il résulte de l'instruction, et en particulier du document " demande d'information complémentaire ", que M. E a admis avoir résidé hors de France au cours de la période allant du 30 décembre 2020 au 26 octobre 2021 et n'a produit aucun élément sérieux de nature à établir qu'il existait des circonstances particulières, notamment liées aux difficultés de voyager en raison de la pandémie de la Covid 19, qui l'auraient contraint de prolonger durablement son séjour hors de France pour des raisons indépendantes de sa volonté. La durée de son séjour hors de France a donc excédé trois mois en 2021 et l'intéressé n'a ainsi pas effectivement séjourné sur le territoire national pendant des périodes continues correspondant à des mois civils complets de présence en France avant novembre 2021.

30. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 27 à 29, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. E avait bénéficié d'un montant indu de RSA au titre de la période allant du 1er juin au 31 août 2021.

31. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 10 à 30 que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le département de la Côte-d'Or, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 juillet 2023 et la décharge de l'obligation de payer la somme de 1 473,45 euros correspondant au paiement indu de RSA dont il a bénéficié.

Sur le litige relatif au bien-fondé de la prime d'activité :

En ce qui concerne les moyens tirés du vice d'incompétence et de la méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration :

32. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, applicable aux organismes de sécurité sociale en vertu de l'article L. 100-3 du même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". S'agissant des décisions prises par une autorité administrative de caractère collégial, et sauf à ce que des dispositions régissent leur forme de façon particulière, il est satisfait aux exigences découlant de cet article dès lors qu'elles portent la signature de leur président, accompagnée des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article. Il ne peut cependant en aller ainsi, en l'absence de toute disposition législative ou réglementaire imposant une présidence au sein de la commission de recours amiable, que lorsque celle-ci a fait le choix de se doter d'un président. A défaut, il ne peut être satisfait aux exigences découlant des dispositions de l'article L. 212-1 que par la signature de la décision par l'ensemble des membres de la commission, accompagnée pour chacun d'entre eux des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article.

33. Il résulte de l'instruction, et en particulier du " document interne relatif à la CRA " et du document " délégation du 11 mai 2023 " produits par la CAF, que la décision de la commission de recours amiable de la CAF de la Côte-d'Or a été signée par Mme Sylvia Petit, secrétaire de la commission, à qui Mme Nadine Fagot Fagot, présidente de la commission, a spécifiquement délégué sa signature pour signer les décisions de la commission réunie le 11 mai 2023. Dès lors, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 32, les moyens tirés du vice d'incompétence et de la méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens de légalité externe :

34. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 26, le moyen tiré de ce que la partie de la décision du 24 novembre 2021 notifiant à M. E un paiement indu de prime d'activité ne comporterait pas, en méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, la signature de son auteur et aurait en outre violé les dispositions des articles L. 553-2 et R. 133-9-2 et du code de la sécurité sociale est inopérant à l'égard de la décision du 11 mai 2023 qui s'y est substituée.

35. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 24, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale est inopérant et doit dès lors, et en en tout état de cause, être écarté.

36. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire définie aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration et de la violation des " droits de la défense " doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 17 à 20.

37. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 11 à 16, le moyen tiré de la méconnaissance des garanties relatives à l'exercice du droit de communication doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de ce que la CAF de la Côte-d'Or, en méconnaissance des articles 1302, 1302-1 et 1353 du code civil, n'a pas produit le " décompte de la créance " :

38. La CAF de la Côte-d'Or a produit des documents, détaillant le calcul des prestations de prime d'activité versées à M. E et justifiant du montant des sommes versées, qui n'ont pas été contestés par le requérant. Le moyen tiré de ce que la CAF de la Côte-d'Or, en méconnaissance des articles 1302, 1302-1 et 1353 du code civil, n'aurait pas produit le " décompte de la créance " doit dès lors, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur d'appréciation :

39. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article R. 842-1 du même code : " Pour l'application de l'article L. 842-1, est considérée comme résidant en France de manière stable et effective la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 du code de l'action sociale et des familles ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée ".

40. Compte tenu de ce qui a été dit au point 29, la CAF de la Côte-d'Or n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. E, qui a séjourné plus de trois mois hors de France en 2021, avait bénéficié d'un indu de prime d'activité d'un montant de 308,48 euros, pour les mois de janvier et février 2021.

41. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 32 à 40 que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 mai 2023 et la décharge de l'obligation de payer la somme de 308,48 euros correspondant au paiement indu de prime d'activité dont il a bénéficié.

Sur les litiges relatifs aux remises gracieuses des dettes de RSA et de prime d'activité :

42. Il ne résulte pas de l'instruction que M. E, préalablement à la saisine du juge, aurait demandé à la CAF de la Côte-d'Or ou au président du conseil départemental de la Côte-d'Or de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes de prime d'activité ou de RSA. Ainsi que le soutient la CAF de la Côte-d'Or, il n'existe donc aucun litige, né et actuel, relatif à des refus d'accorder une remise gracieuse de ces différentes dettes qui permettrait au juge d'exercer son office défini aux points 4 et 7. Les conclusions subsidiaires présentées par le requérant tendant à ce que le juge lui accorde une remise gracieuse de ses dettes de RSA et de prime d'activité sont par conséquent irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.

Sur les frais liés au litige :

43. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Côte-d'Or ou de la CAF de la Côte-d'Or, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes nos 2303275 et 2400309 de M. E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au département de la Côte-d'Or.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

L. BoissyLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

Nos 2303275, 24003090

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