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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303465

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303465

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303465
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. et Mme F, qui demandaient la décharge d’amendes pour non-déclaration d’un compte détenu à l’étranger (Moldavie) au titre des années 2016 à 2018. La juridiction a opposé l’autorité de la chose jugée, constatant que la même contestation, portant sur le bien-fondé des mêmes amendes, avait déjà été définitivement tranchée par une ordonnance de la cour administrative d’appel de Lyon du 28 mars 2023. Cette solution repose sur le principe de l’autorité relative de la chose jugée en matière de plein contentieux, applicable en l’absence de changement de circonstances.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 décembre 2023 et 4 avril 2024, M. et Mme D F, représentés par la société d'exercice libéral à forme associée Fidal, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des amendes qui leur ont été infligées pour non déclaration de compte détenu à l'étranger au titre de chacune des années 2016, 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur précédente requête d'appel ayant été rejetée par ordonnance, aucune décision revêtue de l'autorité de la chose jugée n'a été rendue sur les moyens soulevés relatifs au bien-fondé, de sorte qu'ils sont fondés à en soulever ; la fin de non-recevoir soulevée par l'administration est privée de fondement légal, dès lors que l'administration la fonde sur l'article 1351 du code civil, étranger au litige ; le jugement n° 2102563 du 13 décembre 2022 du tribunal administratif de Dijon ne se prononce que sur une seule cause juridique, la régularité de la procédure d'imposition, de sorte que l'autorité de chose jugée ne fait pas obstacle à ce que le tribunal statue sur la présente requête qui ne porte que sur le bien-fondé des amendes en litige ;

- M. D F n'est pas le titulaire du compte litigieux, ouvert en Moldavie, dont le titulaire est l'entreprise agricole Andric D B, immatriculée en 2010 sous le numéro 503 248 575 auprès des autorités de la région de Briceni en Moldavie, et dont le représentant légal est M. F ;

- M. D F vivant en France, il a délégué tous pouvoirs de gestion de l'activité de fermage de terres agricoles à M. I C pour les années 2016 à 2018, puis à M. B F et à Mme E F, de sorte qu'il n'a plus aucun pouvoir sur les comptes de la société et ne réalise aucune opération sur ce compte ; l'administration fiscale n'apporte pas la preuve qu'il aurait utilisé ce compte au cours des années en litige ;

- en conséquence, il n'était pas tenu de déclarer ce compte aux autorités françaises et l'amende prévue au 2 du IV de l'article 1736 du code général des impôts ne pouvait lui être appliquée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'ordonnance du 28 mars 2023 de la cour administrative d'appel de Lyon, qui a rejeté une précédente requête des époux F, dirigée contre les mêmes amendes, fait obstacle à ce que le tribunal soit saisi de nouveau de la même question, en vertu de l'autorité de chose jugée, de sorte que la requête est irrecevable.

Les parties ont été informées par une lettre du 12 mars 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 15 avril 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 25 avril 2024 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D F ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2016, 2017 et 2018, à l'issue duquel l'administration fiscale leur a notamment notifié des amendes fiscales pour non-déclaration de compte détenu à l'étranger, sur le fondement du 2 du IV de l'article 1736 du code général des impôts, par une proposition de rectification en date du 19 décembre 2019. Malgré les observations du contribuable, les rectifications proposées ont été maintenues et les amendes fiscales mises en recouvrement le 30 octobre 2020 pour un montant total de 4 500 euros. Par deux décisions explicites du 10 août 2021, l'administration fiscale a rejeté les réclamations contentieuses des 18 novembre 2020 et 8 février 2021 des contribuables. Par un jugement n° 2102562 et 2102563 du 13 décembre 2022, le tribunal administratif de Dijon a rejeté la première requête de M. et Mme F, par laquelle ils ont demandé au tribunal de prononcer la décharge des amendes fiscales dont ils ont fait l'objet. Par une ordonnance n° 23LY00516 du 28 mars 2023, devenue définitive et passée en force de chose jugée, le premier vice-président de la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté leur appel dirigé contre ce jugement. Par une décision explicite du 10 octobre 2023, l'administration fiscale a rejeté la nouvelle réclamation préalable formée le 11 mai 2023 par les contribuables à l'encontre des mêmes amendes. Par leur nouvelle requête, M. et Mme F demandent de nouveau au tribunal de prononcer la décharge des amendes fiscales qui leur ont été infligées au titre des années 2016, 2017 et 2018 pour non-déclaration de compte détenu à l'étranger.

Sur l'exception de chose jugée :

2. L'autorité de la chose jugée par une décision rendue dans un litige de plein contentieux est subordonnée à la triple identité de parties, d'objet et de cause.

3. La requête ayant donné lieu à l'ordonnance n° 23LY00516 du 28 mars 2023 du premier vice-président de la cour administrative d'appel de Lyon, devenue définitive et passée en force de chose jugée, qui, contrairement à ce que soutiennent les requérants, est revêtue de l'autorité relative de la chose jugée, et la présente demande sont formées par les mêmes parties et concernent le bien-fondé des mêmes amendes fiscales, infligées sur le fondement des dispositions du 2 du IV de l'article 1736 du code général des impôts, au titre des années 2016, 2017 et 2018. Elles présentent ainsi une identité de parties, d'objet et de cause juridique, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance que M. et Mme F, dont la demande a été rejetée par la cour administrative d'appel de Lyon, non dans son principe, mais faute d'être suffisamment étayée, aient entendu apporter des éléments nouveaux dans le cadre de la présente instance. Par conséquent, c'est à bon droit que l'administration fiscale leur oppose l'autorité relative de la chose jugée. Dès lors, les conclusions à fin de décharge de M. et Mme F doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme F demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J, à Mme A H, et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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