mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303625 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023, la société par actions simplifiée unipersonnelle IBS Service et Nettoyage, représentée par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Cabinet d'avocat Arnaud Soton, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2019, 2020 et 2021, et des pénalités correspondantes, pour un montant total de 22 143 euros en droits et pénalités ;
2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2019 au 30 juin 2022 et des pénalités correspondantes, pour un montant total de 40 531 euros en droits et pénalités ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la seule omission ou inexactitude de l'une des mentions obligatoires n'entraîne pas nécessairement la remise en cause de la validité d'une facture pour l'exercice des droits à déduction de la taxe dès lors que l'opération est justifiée dans sa réalité et qu'elle satisfait par ailleurs aux autres conditions posées pour l'exercice du droit à déduction ; le service n'a pas retenu le montant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible pour la société ;
- le profit sur le Trésor est contesté, par voie de conséquence de la contestation de l'ensemble des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ;
- les rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée ont conduit à une rectification en base au titre des exercices en cause en matière d'impôt sur les sociétés, qui est elle-même contestée ;
- le manquement délibéré n'est pas établi ;
- elle conteste le montant des revenus distribués dans les mains de M. A.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, en tant qu'elle vise les suppléments d'impôt sur le revenu réclamés à M. A, au titre des revenus considérés comme distribués, faute d'intérêt à agir sur ce point de la société ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 12 juin 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 15 juillet 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 23 juillet 2024 par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) IBS Service et Nettoyage, qui exerce une activité de nettoyage courant de bâtiments, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, au cours de laquelle la vérificatrice a considéré la comptabilité des exercices clos en 2019, 2020 et 2021 dénuée de valeur probante et irrégulière, et à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification en date du 12 décembre 2022, des suppléments d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. À l'issue de la procédure de rectification contradictoire, les impositions supplémentaires en résultant ont été maintenues et mises en recouvrement le 24 mars 2023, pour un montant de 28 230 euros en droits et 12 301 euros en pénalités, s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée et de 15 440 euros en droits et 6 703 euros en pénalités, s'agissant de l'impôt sur les sociétés. Par une décision explicite du 19 octobre 2023, le service a rejeté la réclamation contentieuse du contribuable, en date du 12 mai 2023. La SASU IBS Service et Nettoyage demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2019, 2020 et 2021 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2019 au 30 juin 2022.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
2. En premier lieu, après avoir considéré la comptabilité des exercices clos en 2019, 2020 et 2021 comme dénuée de valeur probante et irrégulière et avoir établi un procès-verbal de défaut de comptabilité pour la période du 1er janvier au 30 juin 2022, l'administration a reconstitué le chiffre d'affaires taxable de la société par dépouillement des encaissements portés au crédit de ses comptes bancaires. Par comparaison avec les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée, elle en a déduit le montant de taxe sur la valeur ajoutée collectée omis, après avoir tenu compte des déclarations rectificatives déposées en cours de contrôle. En outre, après avoir exercé son droit de communication auprès de la SA Établissement Hu Maurice, la vérificatrice a constaté que plusieurs factures adressées à cette société, mentionnant de la taxe sur la valeur ajoutée, n'avaient pas été comptabilisées et que leur règlement, encaissé par un tiers, n'avait pas été porté au crédit des comptes bancaires de la société. Elle a considéré la taxe mentionnée sur ces factures comme une taxe omise. Enfin, pour reconstituer la taxe sur la valeur ajoutée déductible, la vérificatrice a pris en compte tous les justificatifs de charges présentés par la société, et s'est bornée à refuser la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée déductible relative à l'achat et à l'entretien d'un véhicule, considéré comme une voiture particulière, à l'achat de bijoux et d'une bicyclette, pour lesquels le gérant a lui-même déclaré que ces achats n'étaient pas intervenus dans l'intérêt de la société. Le service a également tenu compte, s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible, des déclarations rectificatives déposées par la société. Les autres rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductibles sont donc fondés sur l'absence totale de justificatifs. Ce faisant, aucun rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible n'a été effectué au motif de l'absence de mentions obligatoires sur les factures de charges correspondantes. Dès lors, et alors que la société requérante ne produit aucun justificatif de charges, le seul moyen soulevé en matière de taxe sur la valeur ajoutée est inopérant et ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, dès lors que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge, elle n'est pas fondée à contester, par voie de conséquence, le profit sur le Trésor. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, à supposer même qu'en soutenant que les rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée ont conduit à une rectification en base au titre des exercices en cause en matière d'impôt sur les sociétés, qui est elle-même contestée, la société ait entendu contester la reconstitution de chiffre d'affaires qui a servi à établir tout à la fois les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée et les suppléments d'impôt sur les sociétés, elle ne formule aucune critique à l'encontre de cette reconstitution. Par suite, le moyen soulevé est dépourvu de toutes précisions venant à son soutien, de sorte qu'il ne peut qu'être écarté comme dépourvu des précisions permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé.
5. En quatrième lieu, le moyen tiré de la contestation du montant des revenus considérés comme distribués dans les mains de M. A est inopérant dans la présente instance, qui porte, non sur les impositions établies au nom de M. A, mais sur celles mises à la charge de la SASU IBS Service et Nettoyage. Par suite, il ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les pénalités :
6. D'une part, aux termes des deux premiers alinéas de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".
8. Il résulte des dispositions précitées que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
9. Pour appliquer la majoration pour manquement délibéré à l'ensemble des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige, dont il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale les a mis à la charge de la société requérante, le service s'est fondé sur le montant élevé des omissions de taxe sur la valeur ajoutée collectée sur les déclarations souscrites, représentant respectivement plus de 33 %, 26 % et 17 % du chiffre d'affaires effectivement réalisé, sur les circonstances selon lesquelles la société ne pouvait ignorer l'existence de ce chiffre d'affaires encaissé sur les deux comptes bancaires utilisés par cette société, elle ne pouvait davantage ignorer avoir elle-même établi des factures non comptabilisées adressées à la SA Établissement Hu Maurice, dont son gérant a lui-même demandé à un tiers d'encaisser le règlement pour lui restituer la somme et elle ne pouvait ignorer les écarts significatifs entre le montant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible portée sur ses déclarations et le montant inférieur résultant des seuls justificatifs en sa possession. Le service s'est encore fondé sur la circonstance tirée des déclarations rectificatives déposées en cours de contrôle qui témoigne de la parfaite connaissance de l'existence d'insuffisances déclaratives et de taxe non décaissée. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe, du manquement délibéré du contribuable à ses obligations fiscales en matière de taxe sur la valeur ajoutée.
10. Pour appliquer la majoration pour manquement délibéré à l'ensemble des suppléments d'impôt sur les sociétés en litige, dont il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale y a assujetti la société requérante, le service s'est fondé sur les circonstances selon lesquelles la société a présenté, lors de la vérification, des factures qu'elle n'a pas comptabilisées, ce qu'elle ne pouvait ignorer, elle a volontairement comptabilisé des avoirs, qui ont eu pour conséquence de minorer fictivement le chiffre d'affaires et qu'elle n'a pu produire, elle n'a pas enregistré les factures établies au nom de la société Établissement Hu Maurice et a demandé à un tiers d'encaisser le règlement et de lui restituer la somme en espèce, minorant là encore son chiffre d'affaires, elle a utilisé les espèces ainsi obtenues pour acquérir une machine non comptabilisée, minorant ce faisant son actif et elle a sous-loué une partie des locaux qu'elle occupe à une autre société, sans comptabiliser les loyers correspondants, minorant de nouveau son chiffre d'affaires tout en déduisant les loyers versés à son bailleur. En outre, le service a également relevé que la société a majoré ses charges déductibles de respectivement plus de 48, 45 et 182 % au titre de chacun des trois exercices vérifiés, sans disposer des justificatifs correspondants, ce qu'elle ne pouvait ignorer. Enfin, le service a relevé que la société a inscrit des sommes au crédit du compte courant d'associé de M. A, sans disposer d'aucune justification. Pour l'ensemble de ces motifs, l'administration a relevé la réitération des manquements d'exercice en exercice et le montant très élevé des sommes, qui faisait obstacle à ce que la société ignore ces différents manquements. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'administration doit être regardée comme apportant de nouveau la preuve qui lui incombe, du manquement délibéré du contribuable à ses obligations fiscales en matière d'impôt sur les sociétés.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration fiscale, que la SASU IBS Service et Nettoyage n'est fondée à demander la décharge ni des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2019, 2020 et 2021, ni des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2019 au 30 juin 2022, ni des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SASU IBS Service et Nettoyage demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SASU IBS Service et Nettoyage est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle IBS Service et Nettoyage et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026