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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303746

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303746

vendredi 1 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303746
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Mamadou B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Nièvre a " suspendu les aides sociales " qui lui étaient " allouées " ;

2°) d'annuler la décision rejetant implicitement le recours exercé contre la décision du 21 juillet 2023 ;

3°) d'enjoindre à la CAF de la Nièvre de rétablir ses droits, de manière rétroactive, à compter de juillet 2023.

Mme B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation et d'une disproportion dès lors qu'elle a de graves problèmes de santé et un lourd handicap et qu'elle est dans une situation précaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours (), les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

2. Par une décision du 21 juillet 2023, la CAF de la Nièvre a suspendu le versement de l'allocation aux adultes handicapées (AAH) et des aides personnelles au logement (APL) dont Mme B bénéficiait au motif que, les 10 et 17 mai 2023, ses services n'avaient pas pu effectuer un contrôle de sa situation. Le 28 août 2023, l'intéressée a exercé un recours devant la commission de recours amiable qui a été implicitement rejeté. La requérante demande au tribunal d'annuler la décision du 21 juillet 2023 et cette décision implicite.

Sur le litige relatif à l'AAH :

3. En vertu des dispositions combinées du 8° de l'article L. 142-1, du 1° de l'article L. 142-8 et de l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ainsi que du a) du 3° du I de l'article L. 241-6 et du premier alinéa de l'article L. 241-9 du code de l'action sociale et des familles, le juge judiciaire connaît des contestations relatives au contentieux de l'AAH.

4. Dès lors, le litige relatif à la suspension des droits à l'AAH que Mme B a soumis au tribunal ne relève manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative.

Sur le litige relatif aux APL :

5. En vertu des dispositions combinées des articles L. 812-1, L. 821-1, L. 823-9, L. 825-2, L. 825-3, R. 825-2 et R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ainsi que des articles L. 553-2 et R. 142-1 du code de la sécurité sociale, les aides personnelles au logement sont liquidées et payées, pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'Etat, par les organismes chargés de gérer les prestations familiales.

6. L'article L. 852-2 du code de la construction et de l'habitation prévoit notamment que lorsque " le bénéficiaire refuse de se soumettre au contrôle prévu à l'article L. 851-4, le versement des aides personnelles au logement peut être suspendu ou interrompu ".

7. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 5, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aides personnelles au logement en décidant de suspendre ou d'interrompre leur versement en application de l'article L. 852-2, la personne qui entend contester cette décision doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par le directeur de cet organisme, après avis de cette commission, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 21 juillet 2023 :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 7, la décision rejetant implicitement le recours administratif préalable obligatoire exercé par Mme B le 28 août 2023 s'est substituée à la décision du 21 juillet 2023 suspendant notamment le versement de ses APL et est ainsi, en tout état de cause, seule susceptible d'être déférée au juge. Les conclusions tendant à l'annulation de la partie de la décision du 21 juillet 2023 concernant les APL ne sont dès lors manifestement pas recevables.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision implicite rejetant le recours exercé le 28 août 2023 :

S'agissant du moyen tiré de l'insuffisance de motivation :

9. La décision par laquelle l'autorité compétente statue expressément sur le recours administratif d'une personne qui conteste une décision suspendant le versement d'APL doit être motivée en application des dispositions du 8° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, aux termes de l'article L. 232-4 même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

10. D'une part, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, le moyen tiré de ce que la partie de la décision du 21 juillet 2023 relative aux APL est entachée d'une insuffisance de motivation est inopérant à l'égard de la décision implicite attaquée.

11. D'autre part, Mme B n'établit ni même n'allègue avoir demandé la communication des motifs de la décision rejetant implicitement son recours exercé contre la partie de la décision du 21 juillet 2023 relative à ses droits aux APL avant l'expiration du délai de recours contentieux qui est intervenue, au plus tard, le 29 février 2024, deux mois après l'enregistrement de sa requête devant le tribunal administratif de Dijon. Dès lors, en s'abstenant de communiquer les motifs de cette décision implicite, la directrice de la CAF de la Nièvre n'a manifestement pas méconnu l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Compte tenu, en outre, de la nature de la décision en litige, ce moyen est en tout état de cause inopérant.

S'agissant des autres moyens :

12. D'une part, la décision de suspension des droits aux APL prise sur le fondement de l'article L. 852-2 du code de la construction et de l'habitation ne présente pas le caractère d'une sanction. La requérante ne peut donc pas utilement soutenir que cette décision serait disproportionnée. D'autre part, les circonstances que Mme B aurait de graves problèmes de santé et un lourd handicap et serait dans une situation précaire restent, par elles-mêmes, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la disproportion sont dès lors inopérants.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B relatives aux APL ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées à ce titre peuvent être rejetées en application des 4° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : les conclusions de Mme B relatives au litige relatif à l'allocation aux adultes handicapés sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions de Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Une copie de cette ordonnance sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Nièvre.

Fait à Dijon le 1er mars 2024.

Le président de la 3ème chambre,

L. Boissy

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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