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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400110

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400110

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400110
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 2 JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la demande de la société civile immobilière CHV, qui sollicitait la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties pour les années 2022 et 2023, en raison de l’inexploitation de locaux commerciaux à Auxerre. La société invoquait l’article 1389 du code général des impôts, qui permet un dégrèvement en cas d’inexploitation, et l’article 1655 ter du même code, relatif à la transparence fiscale des sociétés immobilières. Le tribunal a jugé que la société ne démontrait pas que ses statuts prévoyaient une attribution des lots aux associés en propriété ou en jouissance, ni que la SARL locataire était associée, ce qui excluait l’application de la transparence fiscale. En conséquence, la requête a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2024, la société civile immobilière CHV soumet au tribunal un litige relatif aux cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie, dans les rôles de la commune d'Auxerre, à raison de locaux commerciaux, sis 29 à 32 place de l'Hôtel-de-Ville, sur le territoire de cette commune.

Elle soutient que :

- ces locaux ont fait l'objet d'une fermeture administrative par arrêté du maire de la commune d'Auxerre en date du 3 décembre 1999, de sorte qu'elle est fondée à demander un dégrèvement de la taxe foncière du fait de l'inexploitation des locaux sur le fondement de l'article 1389 du code général des impôts ;

- contrairement à ce que soutient l'administration, il n'est pas indispensable que le propriétaire de l'immeuble et l'exploitant commercial soient la même personne ; en vertu de l'article 1655 ter du code général des impôts, les associés d'une société civile sont copropriétaires en propriété ou en jouissance de l'immeuble qu'ils exploitent eux-mêmes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 22 mai 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 1er juillet 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 10 juillet 2024 par ordonnance du même jour.

Le président du tribunal administratif de Dijon a désigné M. Hugez, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière CHV est propriétaire de locaux commerciaux, sis 29 à 32 place de l'Hôtel-de-Ville à Auxerre dans l'Yonne, à raison desquels elle a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2022 et 2023 notamment. Par une décision explicite, en date du 16 novembre 2023, l'administration fiscale a rejeté sa réclamation contentieuse préalable en date du 9 novembre 2023, tendant notamment au bénéfice de l'exonération prévue par les dispositions de l'article 1389 du code général des impôts. Par sa requête, la société civile immobilière CHV doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2022 et 2023, à raison de ces locaux commerciaux.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. D'une part, aux termes de l'article 1655 ter du code général des impôts, relatif aux sociétés immobilières de copropriété : " Sous réserve des dispositions de l'article 60, du 2° du I de l'article 827 et du 2° du I de l'article 828, les sociétés qui ont, en fait, pour unique objet soit la construction ou l'acquisition d'immeubles ou de groupes d'immeubles en vue de leur division par fractions destinées à être attribuées aux associés en propriété ou en jouissance, soit la gestion de ces immeubles ou groupes d'immeubles ainsi divisés, soit la location pour le compte d'un ou plusieurs des membres de la société de tout ou partie des immeubles ou fractions d'immeubles appartenant à chacun de ces membres, sont réputées, quelle que soit leur forme juridique, ne pas avoir de personnalité distincte de celle de leurs membres pour l'application des impôts directs, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière exigible sur les actes qui donnent lieu à la formalité fusionnée en application de l'article 647, ainsi que des taxes assimilées. / Notamment, les associés ou actionnaires sont personnellement soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés, suivant le cas, pour la part des revenus sociaux correspondant à leurs droits dans la société. ".

3. En l'espèce, il résulte des statuts de la société civile requérante qu'elle a notamment pour objet " en France et dans tous pays : / L'acquisition des lots 27-29-30-32-34 et 35 d'un immeuble sis à Auxerre 29 à 32 place de l'Hôtel de Ville, l'administration et l'exploitation par bail ou autrement dudit immeuble et de tous autres immeubles bâtis dont elle pourrait devenir propriétaire ultérieurement, par voie d'acquisition, échange, apport et autrement ". Alors que ces statuts ne mentionnent pas que la société civile immobilière CHV aurait entendu se placer sous le régime de la transparence fiscale prévu par les dispositions précitées, et à supposer même que l'on puisse regarder l'immeuble litigieux comme déjà divisé en lots lors de son acquisition, il ne résulte d'aucune stipulation des statuts ni d'aucune pièce du dossier que ces lots seraient destinés à être attribués aux associés en propriété ou en jouissance. Une telle attribution ne résulte notamment pas davantage de l'attestation de mise à disposition produite qui mentionne, à compter du 2 juin 1998, la mise à disposition de l'ensemble de l'immeuble litigieux à la société à responsabilité limitée (SARL) Les caves de l'hôtel de ville, dès lors qu'en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que cette SARL serait associée de la société civile immobilière CHV. Par suite, la société civile requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article 1655 ter du code général des impôts et à soutenir qu'elle constituerait une société immobilière de copropriété au sens de ces dispositions.

4. D'autre part, aux termes du I de l'article 1389 du code général des impôts : " Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée. ".

5. Il résulte de ces dispositions que si l'inexploitation d'un immeuble peut ouvrir droit au dégrèvement qu'elles prévoient, c'est notamment à la double condition que le contribuable utilise lui-même cet immeuble à des fins commerciales ou industrielles et que son exploitation soit interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté. Le respect de cette condition exige, en principe, que le contribuable exploite lui-même l'établissement avant l'interruption de l'exploitation. Toutefois, lorsqu'un contribuable achète un immeuble dont l'exploitation à des fins industrielles ou commerciales est interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté, il peut prétendre à l'exonération prévue par les dispositions précitées s'il résulte de l'instruction qu'il a acquis cet immeuble en vue de l'exploiter lui-même à des fins industrielles et commerciales.

6. La société requérante doit être regardée comme sollicitant le bénéfice du dégrèvement prévu par les dispositions du I de l'article 1389 du code général des impôts, aux motifs, d'une part, que l'établissement exploité par la SARL Les caves de l'hôtel de ville a fait l'objet d'une fermeture administrative, et d'autre part que l'immeuble est exploité par l'un des copropriétaires de l'immeuble au sens des dispositions de l'article 1655 ter du code général des impôts.

7. Alors qu'au demeurant la société requérante n'établit pas que l'exploitation de l'immeuble est interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté, et en particulier qu'elle n'établit ni que cet immeuble ne pourrait faire l'objet d'aucune exploitation ni qu'elle ne pourrait réaliser les travaux nécessaires à la réouverture de l'établissement dans les conditions mentionnées par l'arrêté du 3 décembre 1999 du maire d'Auxerre, d'une part, il résulte de ce qui précède que la société civile immobilière CHV n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article 1655 ter du code général des impôts et d'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que la SARL Les caves de l'hôtel de ville serait copropriétaire de l'immeuble. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que la société civile requérante aurait acquis l'immeuble litigieux en vue de l'exploiter elle-même à des fins industrielles et commerciales. Dès lors, cette société civile n'est pas fondée à solliciter l'exonération prévue par les dispositions précitées du I de l'article 1389 du code général des impôts.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que la société civile immobilière CHV n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2022 et 2023, dans les rôles de la commune d'Auxerre, à raison de locaux commerciaux, sis 29 à 32 place de l'Hôtel-de-Ville, sur le territoire de cette commune. Par suite, sa requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société civile immobilière CHV est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière CHV et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

I. Hugez

La greffière,

T. Mateos-Jobard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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