mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400740 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 mars 2024, M. A C B, représenté par Me Tangalakis, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner au préfet de l'Yonne de le mettre en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour ou d'une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour, cela dans les quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de dire que l'ordonnance sera exécutoire dès sa signature, suivant les prévisions de l'article R. 522-13 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en s'abstenant de le munir d'un document provisoire de séjour, l'administration méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence dès lors que l'inertie de l'administration le place, de fait, dans une situation irrégulière qui l'expose à la perte de son contrat d'apprentissage ;
- cette mesure est utile ;
- elle ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative
La requête a été communiquée au préfet de l'Yonne, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de cette disposition d'une demande tendant à ce qu'il prescrive une mesure dans un sens déterminé, le juge des référés doit veiller à ce que cette mesure présente effectivement un caractère d'urgence, ne se heurte à aucune contestation sérieuse, soit utile et ne contrarie pas la mise en œuvre d'une décision administrative exécutoire.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise ". L'article R. 431-15-1 du même code dispose : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". L'article R. 432-2 du même code prévoit que " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".
4. Il résulte de l'instruction que M. B, ressortissant haïtien né le 18 août 2025, détenteur jusqu'à sa majorité d'un document de circulation pour étranger mineur, a déposé en ligne, le 3 octobre 2023, une demande de titre de séjour. Le téléservice ANEF (Administration numérique pour les étrangers en France) a alors édité une " confirmation de dépôt " constituant l'attestation dématérialisée prévue par le premier alinéa de l'article R. 431-15-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Rien ne suggère que cette demande aurait été déposée tardivement au regard des délais prévus par l'article R. 431-5 du même code et le préfet de l'Yonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance, n'en conteste pas, par ailleurs, la complétude. Dès lors, il y a lieu de considérer que, même si elle a été enregistrée depuis plus de quatre mois, elle demeure à l'instruction, au bénéfice des dispositions du second alinéa de l'article R. 431-15-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent à l'administration de prolonger l'instruction des demandes déposées en ligne. Dans ces circonstances, la mesure sollicitée ne peut être regardée comme faisant échec à l'exécution d'une quelconque décision. En outre, elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse, l'administration étant légalement tenue de délivrer un récépissé puis, le cas échéant, une attestation de prolongation de l'instruction à l'étranger qui a valablement déposé une demande complète de titre de séjour.
5. En second lieu, il est constant que M. B est actuellement sous contrat d'apprentissage. La détention d'un document provisoire de séjour lui est indispensable pour poursuivre cette activité, son employeur ne pouvant le maintenir dans l'emploi sans justificatif de la régularité de sa situation. Les conditions d'utilité et d'urgence sont donc remplies.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander qu'il soit enjoint au préfet de l'Yonne de le munir, dans les huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, d'un document valant autorisation provisoire de séjour durant l'instruction de sa demande de titre de séjour. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière imposant que la présente ordonnance soit rendue exécutoire dès sa signature, comme le permet l'article R. 522-13 du code de justice administrative, plutôt qu'au moment de sa notification aux parties. Les conclusions présentées en ce sens doivent donc être rejetées.
8. Enfin, il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est fait injonction au préfet de l'Yonne de délivrer à M. B un document valant autorisation provisoire de séjour valable durant l'instruction de sa demande de titre de séjour, cela dans les huit jours suivant la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Yonne.
Fait à Dijon, le 20 mars 2024.
Le président du tribunal
juge des référés,
D. ZUPAN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026