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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401360

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401360

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401360
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantPOIX BASTIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril et 6 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Poix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2024 par laquelle le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de secours financier présentée au titre du fonds de solidarité logement (FSL) ainsi que la décision du 8 mars 2024 rejetant son recours administratif ;

2°) d'enjoindre au département de Saône-et-Loire de lui accorder le bénéfice de l'aide sollicitée ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation.

M. C soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- les décision attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la partie du règlement intérieur du FSL prévoyant que les aides au logement sont considérées comme des ressources pour l'attribution de l'aide " soutien à l'accès au logement " est illégale au regard des articles L. 111-4, L. 121-3 et L. 121-4 du code de l'action sociale et des familles, des articles 1er et 6 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 et de l'article 5 du décret n° 2005-212 du 2 mars 2005 ;

- le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le département de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement ;

- la loi n° 2004-809 du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales ;

- le décret n° 2005-212 du 2 mars 2005 relatif aux fonds de solidarité pour le logement ;

- le règlement intérieur du fonds de solidarité pour le logement du département de Saône-et-Loire ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Boissy a lu son rapport et entendu les observations de Me Poix pour le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur le cadre juridique :

1. En application des articles 1er et 6 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990, du IV de l'article 65 de la loi n° 2004-809 du 13 août 2004 et de l'article 1er du décret n° 2005-212 du 2 mars 2005, le fonds de solidarité pour le logement, dont le fonctionnement et les conditions d'attribution sont régis par un règlement intérieur propre à chaque département, a pour objet d'aider toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, en raison notamment de l'inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d'existence, pour accéder à un logement décent et indépendant ou s'y maintenir et pour y disposer de la fourniture d'eau, d'énergie et de services téléphoniques.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'autorité gestionnaire d'un fonds de solidarité pour le logement, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à obtenir l'une des aides mentionnées au point 1, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur une demande d'aide destinée à prendre en charge tout ou partie d'une dépense spécifique, soit le requérant a effectivement exposé cette dépense et le juge doit rechercher s'il satisfaisait alors aux conditions pour obtenir l'aide sollicitée, soit il n'a pas été en mesure de le faire et le juge doit rechercher si la demande d'aide conserve un objet et si le requérant remplit les conditions pour l'obtenir, au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il statue. Dans les deux cas il doit, le cas échéant, prendre en considération la marge d'appréciation dont l'administration dispose pour accorder l'aide en litige.

Sur le litige soumis par M. C :

3. Dans le cadre de l'emménagement, prévu le 1er février 2024, dans un nouvel appartement situé à Autun, M. C a présenté, le 25 janvier 2024, une " demande d'aide financière FSL " concernant " le dépôt de garantie ", pour un montant de 625 euros, " le premier loyer ", pour un montant de 650 euros, le " cautionnement ", pour un montant de 335 euros et " les frais de déménagement " pour un montant de 3 043,20 euros. Par une décision du 16 février 2024, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a rejeté sa demande. Le 23 février 2024, M. C a exercé un recours contre cette décision du 16 février 2024 auprès de la commission unique délocalisée. Le 8 mars 2024, son recours a été rejeté. Le requérant demande au juge d'annuler les décisions des 16 février et 8 mars 2024 en exerçant son office défini au point 2.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Les articles 3.1, 3.2, 3.3 et 3.7 du a/ " soutien à l'accès au logement " de la rubrique 3 " Aides FSL " du règlement intérieur du FSL du département de Saône-et-Loire prévoit qu'une aide " peut être accordée pour soutenir le futur locataire au titre de l'accès au logement autonome " à la condition, notamment, que la personne respecte les critères du " taux d'effort futur ". Selon l'article 2.3, relatif aux " critères d'éligibilité ", de la rubrique 2 " conditions générales d'attribution " de ce même règlement, le " taux d'effort pour l'accès au logement ", qui est égal au montant du " futur loyer brut + futures charges liées au logement - les aides au logement estimées " divisé par les " ressources mensuelles FSL ", doit être inférieur à 40% pour apprécier l'adaptation au logement.

5. En premier lieu, l'aide intitulée " soutien à l'accès au logement " instituée par le règlement intérieur du FSL ne constituant pas une prestation légale mais une prestation d'aide sociale créée de sa propre initiative, le département de Saône-et-Loire est libre de définir, dans son règlement, les règles selon lesquelles cette prestation est accordée. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, de ce que les décisions attaquées sont illégales au motif que la partie du règlement intérieur du FSL prévoyant que les aides au logement seraient considérées comme des ressources pour l'attribution de l'aide " soutien à l'accès au logement " - ce qui ne ressort d'ailleurs nullement de l'article 2.3 de ce règlement- est illégale au regard des articles L. 111-4, L. 121-3 et L. 121-4 du code de l'action sociale et des familles et des articles 1er et 6 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 et de l'article 5 du décret n° 2005-212 du 2 mars 2005 n'est donc pas fondé et doit par suite, en tout état de cause, être écarté.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier des données transmises par M. C dans sa demande d'aide, que le montant du " futur loyer brut + futures charges liées au logement - les aides au logement " s'élève à 896,87 euros (625 + 271,87 - 0) tandis que les " ressources mensuelles FSL " de M. C sont de 937,09 euros. Le " taux d'effort " peut ainsi être évalué 95,71 % (896,87 / 937,09).

7. Si le requérant soutient, dans ses dernières écritures, que le département n'a pas déduit les aides au logement mensuelles qu'il perçoit, d'un montant de 329 euros, il n'a cependant produit aucun élément probant de nature à établir qu'il aurait continué à percevoir de telles aides depuis février 2024. Et, à supposer même que l'intéressé aurait bien, en réalité, perçu de telles aides depuis cette date, le " taux d'effort " serait alors de 60,60 % (567,87 / 937,09) et serait donc toujours supérieur au seuil de 40 %.

8. Dès lors, et en tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le président du conseil départemental de Saône-et-Loire, en refusant de lui accorder l'aide sollicitée au motif que son taux d'effort futur était supérieur à 40%, a commis une erreur d'appréciation.

9. En dernier lieu, eu égard à l'office du juge rappelé au point 2, les moyens de légalité externe analysés, ci-dessus, dans les visas, sont inopérants et doivent dès lors, en tout état de cause, être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département de Saône-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

L. BoissyLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier0

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