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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401515

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401515

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401515
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantADIDA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mai 2024, M. A D, représenté par Me Delarras, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale en vue de déterminer l'ensemble de ses préjudices à la suite de l'accident survenu le 27 avril 2019 ;

2°) de condamner solidairement la communauté Mâconnais-Beaujolais agglomération (CMBA) et la SA CNP assurances à lui verser une somme de 5 000 euros à titre de provision ;

3°) de condamner solidairement la CMBA et la compagnie d'assurance CNP à lui verser une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- le 27 avril 2019, il a chuté d'une hauteur de 7 mètres lors d'une intervention en qualité de pompier volontaire à Mâcon ;

- il a subi plusieurs interventions chirurgicales orthopédiques et a été hospitalisé jusqu'au 31 mai 2019 puis de nouveau du 1er au 4 septembre 2019 ;

- le 27 mai 2019, la CMBA a reconnu l'imputabilité au service de l'accident ;

- le 15 décembre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon a rejeté une première demande d'expertise au motif de l'absence de consolidation de son état de santé ;

- le 12 avril 2022, il a été procédé au retrait du matériel d'ostéosynthèse mais son état de santé a continué à se dégrader ;

- une mauvaise évolution, des troubles vasculaires et des douleurs chroniques ont nécessité la pratique, le 23 août 2022, d'une amputation trans-tibiale ;

- le 24 septembre suivant, une reprise de cicatrice a été pratiquée ;

- il a engagé de nombreux frais annexes durant ses hospitalisations, a subi une perte de revenus en raison de cet accident et ne peut plus s'adonner à ses activités sportives habituelles ;

- son état de santé étant désormais consolidé, une expertise médicale est nécessaire afin de déterminer l'intégralité des préjudices subis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, la CMBA :

1°) ne s'oppose pas à la demande d'expertise en ce qu'elle porte sur la détermination des préjudices résultant des souffrances physiques ou morales de M. D, des préjudices esthétiques ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, à l'exclusion de toute réparation intégrale en l'absence de faute ;

2°) demande au tribunal de rejeter les conclusions à fin de provision ainsi que les conclusions au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, la SA CNP Assurances, représentée par la SCP Chaumard-Touraille :

1°) ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée ;

2°) demande à ce que la mission confiée à l'expert soit limitée aux garanties contenues dans le contrat d'assurance souscrit par la CMBA ;

3°) demande au juge des référés de rejeter les conclusions à fin de provision et celles présentées au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

La procédure a été communiquée le 17 janvier 2025 au service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Saône-et-Loire, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-1389 du 31 décembre 1991 ;

- la loi n° 96-370 du 3 mai 1996 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, vice-président, en application de l'article

L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de provision :

1. Il n'appartient pas au juge des référés chargé des expertises de se prononcer sur des conclusions aux fins d'octroi d'une provision à l'occasion d'une instance fondée sur les dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions de M. D à fin de provision sont irrecevables dans le cadre de la présente instance et doivent être rejetées.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

3. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.

4. Aux termes de l'article 1-5 de la loi du 3 mai 1996 relative au développement du volontariat dans les corps de sapeurs-pompiers : " Une protection sociale particulière est garantie au sapeur-pompier volontaire par la loi n° 91-1389 du 31 décembre 1991 relative à la protection sociale des sapeurs-pompiers volontaires en cas d'accident survenu ou de maladie contractée en service ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1991 relative à la protection sociale des sapeurs-pompiers volontaires en cas d'accident survenu ou de maladie contractée en service, dans sa rédaction applicable au litige : " Le sapeur-pompier volontaire victime d'un accident survenu ou atteint d'une maladie contractée en service ou à l'occasion du service a droit, dans les conditions prévues par la présente loi : / 1° Sa vie durant, à la gratuité des frais médicaux, chirurgicaux, pharmaceutiques et accessoires ainsi que des frais de transport, d'hospitalisation et d'appareillage et, d'une façon générale, des frais de traitement, de réadaptation fonctionnelle et de rééducation professionnelle directement entraînés par cet accident ou cette maladie ; / 2° A une indemnité journalière compensant la perte de revenus qu'il subit pendant la période d'incapacité temporaire de travail ; / 3° A une allocation ou une rente en cas d'invalidité permanente. () ". L'article 19 de la même loi dispose, dans sa version applicable au litige, que : " Les sapeurs-pompiers volontaires qui sont fonctionnaires, titulaires ou stagiaires, ou militaires bénéficient, en cas d'accident survenu ou de maladie contractée dans leur service de sapeur-pompier, du régime d'indemnisation fixé par les dispositions statutaires qui les régissent. / Les intéressés peuvent toutefois demander, dans un délai déterminé à compter de la date de l'accident ou de la première constatation médicale de la maladie, le bénéfice du régime d'indemnisation institué par la présente loi s'ils y ont intérêt. /() ".

5. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les sapeurs-pompiers volontaires victimes d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle peuvent prétendre de la part de la collectivité publique qui est leur employeur, au titre des préjudices liés aux pertes de revenus et à l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par cet accident ou cette maladie. Le sapeur-pompier volontaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels peut obtenir de la personne publique auprès de laquelle il est engagé en tant que sapeur-pompier volontaire, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ou engager contre cette personne publique une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

6. Les faits relatés par M. D sont de nature à justifier la mesure d'instruction demandée afin d'évaluer l'intégralité des préjudices patrimoniaux et extra patrimoniaux subis. En conséquence, il y a lieu d'ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance sans référence à une quelconque nomenclature et notamment à la nomenclature Dintilhac.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des parties la somme que demande M. D au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de M. D, de la CMBA, de la SA CNP assurances et du SDIS de Saône-et-Loire.

Article 2 : M. B C, chirurgien orthopédiste, demeurant 9 Bis Rue Commaux à Courcelles-les-Semur (21140), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) prendre connaissance de l'état de santé passé et actuel de M. D, de son dossier médical et en particulier les examens, soins et interventions subis à la suite de l'accident de service survenu le 27 avril 2019 ; procéder à son examen clinique le cas échéant, décrire les affections dont il est atteint en précisant si elles sont en lien avec sa chute en service, leur date d'apparition, leur évolution, leurs séquelles et leurs éventuelles récidives, indiquer la date de consolidation de son état de santé ;

2°) déterminer l'ensemble des préjudices patrimoniaux subis par M. D, qu'ils soient temporaires, incluant les dépenses de santé actuelles, les pertes de gains professionnels actuels et les frais divers, ou permanents à la suite de la fixation de la date de consolidation, incluant les dépenses de santé futures, les pertes de gains professionnels futurs, l'incidence professionnelle, l'assistance éventuelle par un tiers et les frais divers futurs ;

3°) déterminer l'ensemble des préjudices extra-patrimoniaux subis par M. D, qu'ils soient temporaires, incluant le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances endurées et le préjudice esthétique temporaire, ou permanents à la suite de la fixation de la date de consolidation, incluant le déficit fonctionnel permanent, le préjudice esthétique permanent, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel et les autres préjudices éventuels ;

4°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des préjudices subis par M. D.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l'instance, sans délai, sans que le secret médical lui soit opposable et sans être soumis, ni aux formalités prévues par l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, ni à aucune autre formalité, la consultation ou la communication de tous documents qu'il estimera nécessaires à l'accomplissement de sa mission.

En cas de carence des parties, il en informera le président du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre ou l'autoriser à déposer son rapport en l'état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à

R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 6 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 7 : Si les parties parviennent à un accord privant la mission d'expertise de son objet, le rapport de l'expert se bornera, après avoir indiqué les diligences qu'il a effectuées, à rendre compte de cet accord, en joignant tout document utile attestant de sa réalité et en précisant s'il a réglé le montant et l'attribution de la charge des frais d'expertise. Faute pour les parties d'avoir entièrement réglé la question de la charge des frais d'expertise, il sera procédé à la taxation de ces frais dans les conditions prévues par l'article R. 621-11 et à l'attribution de leur charge par application de l'article R. 621-13.

Article 8 : L'expert adressera aux parties un pré-rapport permettant la production de tout dire avant de déposer son rapport définitif au greffe du tribunal.

Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires, dont un sous format numérique via l'application Transfertpro : https://send.transfertpro.com/ en sélectionnant comme destinataire le mail : expertises.ta-dijon@juradm.fr et l'autre sous format papier, dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 9 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 10 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 11 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, à la communauté Mâconnais-Beaujolais agglomération, à la SA CNP Assurances, au service départemental d'incendie et de secours de Saône-et-Loire et à M. B C, expert.

Fait à Dijon le 4 février 2025.

Le juge des référés,

P. Nicolet

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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