jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2401577 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | VOLAT-GARD-RECOULES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mai, 8 et 9 octobre 2024, Mme A C et M. E F, représentés par Me Grellet, demandent au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer les causes et origines des désordres affectant leur propriété, sise 3 Rue Denfert-Rochereau, à Decize (58300).
Mme C et M. F soutiennent que :
- le 21 novembre 2023, ils ont acquis une maison à usage d'habitation sujette à de nombreux problèmes d'humidité ;
- ils ont constaté que les eaux pluviales de la propriété située en amont n'étaient pas captées par le réseau d'évacuation mais se déversaient le long de leur façade ;
- le 12 février 2024, ils ont participé à une réunion sur les lieux en présence d'un élu municipal et du responsable des services techniques, néanmoins, cette démarche amiable n'a pas permis de régler les désordres ;
- par un rapport du 28 mars 2024, Me Frédéric Courdavault, commissaire de justice, a constaté, outre l'absence de procédé efficace d'évacuation des eaux pluviales, la dégradation par l'humidité de la façade du bien en cause, des peintures, des planchers, de la dalle, du placoplâtre, ainsi que la présence d'une forte odeur d'humidité ;
- de nombreuses questions techniques demeurant en suspens, une expertise judiciaire est nécessaire afin de déterminer les causes et origines des dommages présentés par l'ouvrage.
Par un mémoire, enregistré le 1er octobre 2024, la commune de Decize demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la demande d'expertise ;
2°) à titre subsidiaire, de compléter la mission dévolue à l'expert.
La commune de Decize soutient que l'expertise n'est pas utile dans la mesure où les désordres en cause pourraient résulter des matériaux de construction utilisés, des dynamiques souterraines de l'eau, de l'inoccupation de la maison, vendue aux requérants " dans l'état " ou encore de l'état de sa toiture.
Vu :
- les pièces de procédure qui établissent que la requête a été notifiée à la partie mise en cause ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, vice-président, en application de l'article
L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. L'expertise sollicitée par Mme C et M. F a pour objet de déterminer avec précision les causes et origines des désordres actuels qui affectent leur propriété nouvellement acquise, ce que les éléments techniques versés aux débats ne suffisent pas à établir. Ainsi, l'expertise sollicitée présente un caractère utile au sens de l'article R. 532-1. En conséquence, il y a lieu d'ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance.
ORDONNE :
Article 1er : Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de Mme C, de M. F et de la commune de Decize.
Article 2 : M. B D, docteur en géologie, demeurant 533 Rue du stade à Lucenay (69480), est désigné comme expert avec pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres affectant l'étanchéité de la propriété nouvellement acquise par Mme C et M. F, sise 3 Rue Denfert-Rochereau à Decize (58300), en indiquant leur date d'apparition ;
2°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons dont s'agit, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction du bien en cause, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution, aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'immeuble endommagé ou encore au défaut de procédé d'évacuation des eaux pluviales alentours et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;
3°) indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus value pour l'immeuble en cause ;
4°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.
Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l'instance, sans délai, la consultation ou la communication de tous documents qu'il estimera nécessaires à l'accomplissement de sa mission.
En cas de carence des parties, il en informera le président du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre ou l'autoriser à déposer son rapport en l'état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 6 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : Si les parties parviennent à un accord privant la mission d'expertise de son objet, le rapport de l'expert se bornera, après avoir indiqué les diligences qu'il a effectuées, à rendre compte de cet accord, en joignant tout document utile attestant de sa réalité et en précisant s'il a réglé le montant et l'attribution de la charge des frais d'expertise. Faute pour les parties d'avoir entièrement réglé la question de la charge des frais d'expertise, il sera procédé à la taxation de ces frais dans les conditions prévues par l'article R. 621-11 et à l'attribution de leur charge par application de l'article R. 621-13.
Article 8 : L'expert adressera aux parties un pré-rapport permettant la production de tout dire avant de déposer son rapport définitif au greffe du tribunal.
Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires, dont un sous format numérique via l'application Transfertpro : https://send.transfertpro.com/ en sélectionnant comme destinataire le mail : expertises.ta-dijon@juradm.fr et l'autre sous format papier, dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 9 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 11 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à M. E F, à la commune de Decize et à M. B D, expert.
Fait à Dijon le 10 octobre 2024.
Le juge des référés,
L. Boissy
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401577
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