mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402032 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DUFLOT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 juin et 29 juillet 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer les causes et origines des désordres affectant le bâtiment annexe à la direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP), dont les travaux de construction ont été réalisés en exécution d'un marché public en 2021.
Le garde des sceaux, ministre de la justice soutient que :
- en 2019, il a lancé un projet d'extension des locaux du pôle administratif du centre pénitentiaire de Dijon, consistant en la création d'un nouveau bâtiment, la rénovation complète d'un immeuble existant et la création d'une annexe ;
- il a confié l'assistance à maîtrise d'ouvrage au SAMOP Bourgogne-Franche-Comté ;
- la maîtrise d'œuvre a, quant à elle, été confiée à un groupement composé de la SARL Tria architectes, en qualité de mandataire solidaire, de la SAS groupe Archimen, désormais SAS B27-AI, de la SAS Allegro acoustique et de la SAS eEgénie ;
- la mission de contrôle technique a été confiée à la SAS Apave Sud Europe, désormais SAS Apave infrastructure et construction ;
- la coordination de la sécurité et de la protection de la santé a été confiée à la SARL Prosseco ;
- la mission d'ordonnancement de pilotage et de coordination a été confiée à la SARL Go'Travaux ;
- la mission de tester la perméabilité à l'air a été confiée à la SAS Socotec construction ;
- le marché de travaux a, quant à lui, été réparti en dix-neuf lots, dont le lot n°3 " structures bois ", attribué à la SAS Les charpentiers de l'Ouche, le lot n°4 " étanchéité ", attribué à la SAS Soprema, le lot n°6 " isolation thermique par l'extérieur - ravalement ", attribué à la SAS PNA services et le lot n°7 " menuiseries extérieures bois - aluminium ", attribué à la SAS Espace menuiserie ;
- les travaux ont démarré le 20 décembre 2021 et ont été réceptionnés le 12 juillet 2023 avec des réserves qui n'ont jamais été levées ;
- des déformations d'enduits de façade ont été constatées à partir du mois de décembre 2023 ;
- malgré les demandes formulées quant au défaut d'étanchéité des bâtiments en cause, aucune mesure réparatoire n'a été mise en œuvre par les constructeurs ;
- le 8 avril 2024, il a décidé de prolonger d'un an le délai de la garantie de parfait achèvement pour les lots concernés ;
- la participation de la SAS Allegro acoustique à l'expertise est utile car de nature à faciliter la recherche de l'origine des désordres et ne préjuge pas de sa responsabilité ;
- l'expertise est utile afin de déterminer les causes et origines des désordres survenus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, la SARL Tria architectes, représentée par Me Broglin, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, tous droits demeurant réservés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, la SAS Les charpentiers de l'Ouche, représentée par Me Creusvaux, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, sous toutes protestations et réserves quant à sa mise en cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, la SAS Apave Sud Europe, désormais SAS Apave infrastructure et construction, représentée par la société d'avocats Berthiaud et associés, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de rejeter la demande d'expertise ;
2°) à titre subsidiaire, si l'expertise était ordonnée, de supprimer le chef de mission portant sur l'établissement des différents types de responsabilités en fonction des dommages et à l'évaluation des parts de responsabilité.
La SAS Apave soutient que :
- l'expertise est dépourvue d'utilité dans la mesure où il n'existe pas de désordre actuel, le gonflement des enduits extérieurs et le défaut d'étanchéité n'étant pas établis ;
- la mission de l'expert devra se borner à établir l'imputabilité des désordres aux intervenants à l'acte de construire, à défaut de se prononcer sur les responsabilités de ces derniers.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, la SAS Allegro acoustique, représentée par Me Duflot, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de la mettre hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, de lui donner acte de ce qu'elle formule ses plus expresses réserves quant au bien fondé de la mesure d'expertise sollicitée et quant à sa responsabilité ;
3°) de compléter la mission dévolue à l'expert.
La SAS Allegro acoustique soutient que :
- les désordres en cause portent sur la structure de l'ouvrage et sont sans rapport avec la mission d'un bureau d'études acoustique ;
- il est nécessaire que l'expert chiffre les plus-values qui résulteront de la réparation des désordres et examine les conditions d'entretien et d'utilisation de l'ouvrage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2024, la SAS Axa France Iard, représentée par Me Kouma, demande au juge des référés de lui donner acte de son intervention volontaire.
La SAS Axa France Iard soutient qu'elle est fondée à intervenir volontairement en qualité d'assureur responsabilité civile décennale de la SAS PNA services, titulaire du lot n°6 " isolation thermique par l'extérieur - ravalement ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, la SAS espace menuiserie, représentée par Me Rémond, demande au juge des référés :
1°) de mettre en cause la société MAAF assurances ;
2°) de compléter la mission dévolue à l'expert.
La SAS espace menuiserie soutient que :
- la société MAAF assurances doit être mise en cause en sa qualité d'assureur responsabilité civile décennale ;
- l'expert devra déterminer si les désordres constatés sont ou non en lien avec les réserves présentes sur le procès-verbal de réception des travaux, si les réserves peuvent être levées à la suite des travaux de parfait achèvement entrepris par les constructeurs.
Vu :
- les pièces de procédure établissant que la requête a été notifiée aux personnes mises en cause ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, vice-président, en application de l'article
L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de recherche de fuite établi par la société Les gars des eaux, que les désordres relatés par le garde des sceaux, ministre de la justice sont actuels et sont ainsi, en l'espèce, de nature à justifier la mesure d'instruction demandée. En conséquence, il y a lieu d'ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance.
Sur les demandes de mise en cause et hors de cause :
3. L'organisation d'une mesure d'expertise ne préjuge pas de la responsabilité éventuelle des parties appelées en la cause. Dès lors peuvent être appelées à une expertise ordonnée sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative non seulement les personnes dont la responsabilité est susceptible d'être engagée par l'action qui motive l'expertise mais aussi toute personne dont la présence est de nature à éclairer les travaux de l'expert. Par suite, il y a lieu de dire que les opérations d'expertise se dérouleront, d'une part, en présence de la société MAAF assurances, en qualité d'assureur responsabilité civile décennale de la SAS espace menuiserie et, d'autre part, de la SAS Allegro acoustique en qualité de membre de l'équipe de maîtrise d'œuvre.
Sur la demande d'intervention volontaire de la SAS Axa France Iard :
4. Il résulte de l'instruction que la SAS PNA services a souscrit une assurance responsabilité civile décennale auprès de la SAS Axa France Iard le 1er février 2017, soit avant la conclusion du marché en cause et le démarrage des travaux. Par suite, il y a lieu de dire que les opérations d'expertise se dérouleront en présence de la SAS Axa France Iard.
ORDONNE :
Article 1er : Il est ordonné une expertise contradictoire en présence du garde des sceaux, ministre de la justice, du SAMOP Bourgogne-Franche-Comté, de la SARL Tria architectes, de la SAS groupe Archimen, désormais SAS B27-AI, de la SAS Allegro acoustique, de la SAS eEgénie, de la SAS Socotec, de la SAS Apave Sud Europe, désormais SAS Apave infrastructure et construction, de la SARL Go'Travaux, de la SAS Les charpentiers de l'Ouche, de la SAS Soprema, de la SAS PNA services, de la SAS Axa France Iard, son assureur, de la SAS Espace menuiserie et de la société MAAF assurances, son assureur.
Article 2 : Mme A B, architecte, demeurant 14 Rue Michel Servet à Dijon (21000), est désignée comme expert avec pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres, notamment du défaut d'étanchéité, affectant le bâtiment annexe à la DISP de Dijon, sis 72 Rue d'Auxonne, en indiquant leur date d'apparition ;
2°) décrire les désordres et malfaçons constatés et en indiquer la nature et l'importance en précisant s'ils étaient apparents ou non au moment de la date de réception, s'ils ont fait l'objet de réserves et dans l'affirmative si ces réserves ont été levées ; l'expert pourra notamment émettre un avis sur le point de savoir si les réserves qui ont été émises peuvent, ou non, être levées ; réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si elles sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination ; décrire les perspectives d'évolution des désordres n'ayant pas encore manifesté toute leur ampleur dans le délai de 10 ans ;
3°) se prononcer sur l'origine, les causes et les conséquences des désordres (non-conformité aux stipulations du marché, vice de construction ou de conception, défaut de surveillance des travaux, défaut d'exécution, manquement aux règles de l'art, défaut de qualité des matériaux mis en œuvre, utilisation dans des conditions non conformes à ce qui était contractuellement prévu, environnement extérieur de l'ouvrage ) et donner son avis sur le point de savoir à qui, parmi les intervenants mis en cause, ils peuvent être imputés et dans quelle proportion, en justifiant ses propositions ;
4°) indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ;
5°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.
Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l'instance, sans délai, la consultation ou la communication de tous documents qu'il estimera nécessaires à l'accomplissement de sa mission.
En cas de carence des parties, il en informera le président du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre ou l'autoriser à déposer son rapport en l'état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 6 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : Si les parties parviennent à un accord privant la mission d'expertise de son objet, le rapport de l'expert se bornera, après avoir indiqué les diligences qu'il a effectuées, à rendre compte de cet accord, en joignant tout document utile attestant de sa réalité et en précisant s'il a réglé le montant et l'attribution de la charge des frais d'expertise. Faute pour les parties d'avoir entièrement réglé la question de la charge des frais d'expertise, il sera procédé à la taxation de ces frais dans les conditions prévues par l'article R. 621-11 et à l'attribution de leur charge par application de l'article R. 621-13.
Article 8 : L'expert adressera aux parties un pré-rapport permettant la production de tout dire avant de déposer son rapport définitif au greffe du tribunal.
Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires, dont un sous format numérique via l'application Transfertpro : https://send.transfertpro.com/ en sélectionnant comme destinataire le mail : expertises.ta-dijon@juradm.fr et l'autre sous format papier, dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 9 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 10 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 11 : La présente ordonnance sera notifiée au garde des sceaux, ministre de la justice, au SAMOP Bourgogne-Franche-Comté, à la SARL Tria architectes, à la SAS groupe Archimen, désormais SAS B27-AI, à la SAS Allegro acoustique, à la SAS eEgénie, à la SAS Socotec, à la SAS Apave Sud Europe, désormais SAS Apave infrastructure et construction, à la SARL Go'Travaux, à la SAS Les charpentiers de l'Ouche, à la SAS Soprema, à la SAS PNA services, à la SAS Axa France Iard, son assureur, à la SAS Espace menuiserie, à la société MAAF assurances, son assureur et à Mme A B, expert.
Fait à Dijon le 3 décembre 2024.
Le juge des référés,
L. Boissy
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°240203
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026