jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402056 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BREY CÉLINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, le préfet de la Côte-d'Or demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
1°) d'ordonner à Mme B de libérer le lieu d'hébergement mis à sa disposition dans le centre d'accueil pour demandeurs d'asile sis rue des Ateliers, à Dijon, géré par l'association Coallia ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'expulsion forcée de l'intéressée ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles à l'association Coallia afin d'évacuer les biens mobiliers éventuellement abandonnés dans les lieux par Mme A, cela aux frais de cette dernière.
Il soutient que :
- sa demande relève de la compétence de la juridiction administrative en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la requête est recevable ;
- Mme A, définitivement déboutée de sa demande d'asile, occupe désormais indûment le lieu d'hébergement en cause, en dépit d'une mise en demeure de le libérer et cette situation compromet le bon fonctionnement du service public de l'accueil des demandeurs d'asile, de sorte que les conditions d'urgence et d'utilité sont réunies ;
- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Par un mémoire enregistré le 8 juillet 2024, Mme A, représentée par Me Brey, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, de rejeter la requête ;
3°) subsidiairement, à ce que la mesure sollicitée par le préfet soit assortie de l'injonction faite à ce dernier de lui procurer une solution d'hébergement stable dans les 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à venir, au titre du dispositif de veille sociale institué par les articles L. 345-2 et L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;
4°) plus subsidiairement, à ce qu'un délai de deux mois lui soit accordé pour quitter le logement en cause ;
5°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la procédure est irrégulière, sauf à justifier d'une délégation conférée au signataire de la mise en demeure de quitter le logement ;
- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas remplies, dès lors que le préfet ne démontre pas la saturation du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile ;
- sa situation de vulnérabilité particulière, compte tenu de son état de santé et de celui de ses deux enfants mineurs, caractérise l'existence de circonstances exceptionnelles tenant en échec le constat de l'urgence alléguée par le préfet ;
- sa demande de réexamen de demande d'asile est en cours d'instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Zancanaro en qualité de juge des référés, en vertu des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Kieffer, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Zancanaro, juge des référés ;
- et les observations de Me Brey, pour Mme A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire en défense.
L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Côte-d'Or demande au juge des référés de faire injonction à Mme A de libérer le lieu d'hébergement mis à sa disposition au titre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et d'autoriser qu'il soit procédé à son expulsion de ce local, situé à Dijon et géré par l'association Coallia, au besoin avec le concours de la force publique.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Rien ne s'oppose à ce que Mme A soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur la mesure sollicitée :
3. En premier lieu, par un arrêté du 18 janvier 2024, régulièrement publié le 22 janvier suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture,et aisément consultable en ligne, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. Mougenot, secrétaire général de la préfecture et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas l'acte en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Mougenot n'aurait pas été absent ou empêché le 18 avril 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme Ghayou n'était pas compétente pour signer la mise en demeure de quitter le logement en cause, emportant l'irrégularité de la procédure, doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A, née en 1978 et de nationalité djiboutienne, a été accueillie dans le centre d'accueil pour demandeurs d'asile de Dijon géré pour le compte des services de l'Etat par l'association Coallia. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par une décision la Cour nationale du droit d'asile du 25 janvier 2024, devenue définitive. Elle s'est cependant maintenue dans les lieux, en dépit d'une notification de sortie effectuée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 30 janvier 2024. Par lettre du 18 avril 2024, notifiée le 22 avril suivant, le préfet de la Côte-d'Or l'a mise en demeure de libérer ce lieu d'hébergement dans un délai de quinze jours. Mme A ne s'est pas soumise à cette injonction et occupe toujours le logement, sans droit ni titre, en compagnie de ses deux fils nés respectivement les 15 août 2012 et 20 août 2014. S'il ressort de l'instruction que l'intéressée a sollicité le réexamen de sa demande d'asile et est actuellement dans l'attente d'une convocation par le service d'accompagnement des demandeurs d'asile, cette nouvelle démarche ne lui a pas rouvert le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en vertu de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le lieu d'hébergement étant désormais occupé sans droit ni titre, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
7. D'autre part, le dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile est sous forte tension à l'échelle de l'ensemble du territoire national, en dépit des efforts accomplis pour augmenter le parc de logements, ce qui a un impact sur les capacités locales en la matière, les foyers de la Côte-d'Or pouvant en outre être sollicités pour l'accueil de personnes dont les demandes d'asiles ont été déposées dans d'autres départements. Eu égard à l'exigence primordiale de bon fonctionnement de ce service public et aux difficultés rencontrées par les autorités pour garantir l'effectivité des droits reconnus en la matière aux demandeurs d'asiles, dont beaucoup sont en attente de solutions d'hébergement, la libération des lieux occupés par Mme A revêt un caractère certain d'utilité et d'urgence. A cet égard, s'il est fait état d'une situation de vulnérabilité particulière liée aux troubles de santé dont souffrent Mme A et ses deux enfants mineurs âgés de onze et neuf ans, ces considérations ne permettent pas de caractériser, alors que d'autres solutions d'hébergement stables peuvent être procurées à cette famille, notamment au titre du dispositif de veille sociale, l'existence d'une situation exceptionnelle faisant obstacle à son éviction du lieu d'hébergement indument occupé. Il doit en revanche être tenu compte de cette situation pour déterminer le délai à compter duquel le préfet de la Côte-d'Or pourra procéder d'office à l'expulsion des intéressés.
8. Compte tenu de tout ce qui précède, il y a lieu de faire injonction à Mme A, ainsi qu'à tous occupants de son chef, de quitter le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe et, en cas d'inexécution de cette mesure dans les deux mois suivant la notification de la présente ordonnance, d'autoriser le préfet de la Côte-d'Or à procéder à son expulsion d'office, le cas échéant avec le concours de la force publique. Il n'y a pas lieu de subordonner ces mesures à l'attribution effective, par les services de l'Etat, d'un nouveau logement, hors dispositif d'accueil des demandeurs d'asile. Il y a lieu, en revanche, d'autoriser le préfet à donner toutes instructions nécessaires à l'association Coallia afin d'évacuer, aux frais de l'intéressée, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser quelque somme que ce soit à Mme A ou à son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à Mme A, ainsi qu'à tous occupants de son chef, de libérer le logement qu'elle occupe à Dijon dans la structure d'accueil des demandeurs d'asile gérée par l'association Coallia.
Article 3 : Faute pour Mme A d'avoir volontairement quitté les lieux dans les deux mois suivant la notification de la présente ordonnance, le préfet de la Côte-d'Or pourra faire procéder à son expulsion par les moyens légaux de son choix, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Le préfet de la Côte-d'Or est en outre autorisé à toutes instructions utiles à l'association Coallia à l'effet d'évacuer, aux frais de Mme A, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.
Article 5 : Les conclusions de Mme A tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Côte-d'Or, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme B.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Fait à Dijon, le 11 juillet 2024.
La juge des référés
V. Zancanaro
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026