vendredi 23 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2402686 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LUKEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, le préfet de la Côte-d'Or demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme D B et de Mme E C A de l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile de 2 Choses Lune à Dijon ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) d'autoriser le préfet à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile de 2 Choses Lune à Dijon afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme B et de Mme C A, à défaut pour celles-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- il a qualité pour introduire la présente requête ;
- Mme B et Mme C A, définitivement déboutées de leur demande d'asile, occupent désormais indûment le logement en cause, cela en dépit des termes du contrat qu'elles ont souscrit et d'une mise en demeure de libérer les lieux ; l'expulsion des intéressées ne se heurte par conséquent à aucune contestation sérieuse ;
- cette situation, qui empêche le logement d'autres personnes alors que les solutions d'hébergement sont limitées, compromet le bon fonctionnement du service public de l'accueil des demandeurs d'asile, et ne permet pas à ce dernier d'assurer l'objectif d'égal accès à ses usagers, de sorte que les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont remplies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, Mme D B et Mme E C A, représentées par Me Lukec, concluent au rejet de la requête du préfet de la Côte-d'Or et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elles soutiennent que :
- le préfet ne justifie pas que la lettre de mise en demeure leur a bien été notifiée ;
- il ne justifie ni de l'urgence ni de l'utilité de la mesure ;
- la famille se retrouvera dans une situation de grande précarité en cas d'expulsion.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Cherief, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Cherief, juge des référés ;
- et les observations de Me Lukec, représentant Mme B et Mme C A, qui reprend les fait et les moyens contenus dans leurs écritures et fait valoir, en outre, que Mme B traverse des crises de somnolences chroniques en raison des médicaments qu'elle prend, qu'elle est en permanence dans un état de semi-conscience, que le préfet ne leur a proposé aucune solution de relogement, par le " 115 " ou par un autre dispositif, malgré plusieurs demandes en ce sens et alors que Mme B a plus de quatre-vingt ans, et que sa fille s'occupe quotidiennement d'elle.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Côte-d'Or demande au juge des référés de faire injonction à Mme B et à Mme C A de libérer le lieu d'hébergement mis à leur disposition au titre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et d'autoriser qu'il soit procédé à leur expulsion de ce logement, situé à Dijon, au besoin avec le concours de la force publique. Il demande également au juge des référés d'autoriser le préfet à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile de 2 Choses Lune à Dijon afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme B et de Mme C A, à défaut pour celles-ci de les avoir emportés.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme B et Mme C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 de ce code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B et Mme C A, nées respectivement en 1942 et 2002 et toutes deux de nationalité congolaise, ont été accueillies dans une structure d'hébergement pour demandeurs d'asile située à Dijon et gérée pour le compte de l'Etat par l'association " 2 Choses Lune ". Leur demande d'asile ayant été définitivement rejetée, en dernier lieu, par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 14 avril 2023, Mme B et Mme C A ont fait l'objet de deux décisions de sortie de ce lieu d'hébergement prises par la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et remises en main propre le 26 avril 2023, puis ont été mises en demeure, par lettres recommandées du préfet de la Côte-d'Or du 2 avril 2024, notifiées le 12 avril 2024, de quitter le logement en cause dans un délai de quinze jours. Mme B et Mme C A n'ont pas obtempéré et occupent ainsi sans droit ni titre ce lieu d'hébergement.
6. En second lieu, il est constant que le dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile est sous forte tension à l'échelle de l'ensemble du territoire national, ce qui a un impact sur les capacités locales en la matière, les foyers de la Côte-d'Or pouvant ainsi être sollicités pour l'accueil de personnes dont les demandes d'asiles ont été déposées dans d'autres départements. Les requérantes ne contestent d'ailleurs pas sérieusement les chiffres avancés par le préfet de la Côte-d'Or dans sa requête introductive d'instance et desquels il ressort que le département de la Côte-d'Or disposait, au 31 mai 2024, de 1 285 places en lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile (hors CAES) et que le taux d'occupation à cette date, hors CAES, était de 98 %, plus de 850 personnes ayant été orientées depuis la région Ile-de-France en 2023.
7. En troisième et dernier lieu, il résulte toutefois de l'instruction, et en particulier des certificats médicaux récents versés au dossier par les requérantes, que, alors même que ces dernières ne disposent plus d'aucun droit au séjour sur le territoire français, Mme B, qui a quatre-vingt-deux ans, se trouve dans un état de santé précaire, en semi-conscience, qui la rend dépendante de sa fille et a pour conséquence, outre qu'elle se déplace en fauteuil roulant poussé par cette dernière, qu'elle passe la majeure partie de son temps alitée. Il en ressort que son état de santé et de fragilité apparait incompatible avec une vie à la rue ou sans abri, même temporaire. Le préfet de la Côte-d'Or n'apporte à cet égard aucune garantie de prise en charge immédiate par un autre dispositif d'hébergement, malgré les demandes en ce sens que lui ont adressées Mme B et Mme C A.
8. Compte tenu de ces éléments, et dans les circonstances très particulières de l'espèce, la mesure d'expulsion de Mme B et de Mme C A ne peut être regardée comme présentant un caractère d'urgence. Par suite, il y a lieu de rejeter en toutes ses conclusions la requête du préfet de la Côte-d'Or.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Mme B et Mme C étant admises à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Lukec, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B et Mme C A sont admises à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête du préfet de la Côte-d'Or est rejetée.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à Me Lukec en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Côte-d'Or, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme D B et Mme E C A ainsi qu'à Me Lukec.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Fait à Dijon, le 23 août 2024.
Le juge des référés,
H. Cherief
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026