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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2501211

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2501211

jeudi 17 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2501211
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé sur la demande du préfet de la Côte-d'Or, ordonne à Mme D et M. C de libérer le logement d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment depuis le rejet définitif de leurs demandes d'asile. La juridiction fait droit à la requête préfectorale sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constatant l'urgence et l'utilité de la mesure face à l'occupation sans titre compromettant le service public. Elle autorise le recours à la force publique pour procéder à l'expulsion et l'évacuation des biens mobiliers aux frais des occupants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 avril 2025, le préfet de la Côte-d'Or demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions des articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

1°) d'ordonner à Mme A D et M. B C de libérer le logement mis à leur disposition dans la structure d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile sise 31B, rue Auguste Blanqui à Dijon, gérée par la Croix-Rouge française ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'expulsion des intéressés ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles à la société Adoma afin de d'évacuer les biens mobiliers abandonnés dans les lieux par Mme D et M. C, le cas échéant, cela aux frais de ces derniers.

Il soutient que :

- sa demande relève de la compétence de la juridiction administrative en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la requête est recevable ;

- Mme D et M. C, définitivement déboutés de leurs demandes d'asile, occupent désormais indûment le lieu d'hébergement en cause, en dépit d'une mise en demeure de le libérer et cette situation compromet le bon fonctionnement du service public de l'accueil des demandeurs d'asile, cela dans un contexte budgétaire contraint, de sorte que les conditions d'urgence et d'utilité sont réunies ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

La requête a été communiquée à Mme D et M. C, qui n'ont pas produit d'observations écrites.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Kieffer, greffière d'audience :

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- et les observations de Mme D, qui évoque les conditions dans lesquelles son foyer a quitté l'Arménie, du fait de l'occupation du Haut Karabagh par l'armée azerbaïdjanaises, sa volonté de travailler et de s'insérer socialement en France, l'absence de toute proposition de relogement en dépit de ses appels réitérés au 115 et la précarité de la situation de la famille, comptant trois enfants.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Côte-d'Or demande au juge des référés de faire injonction à Mme D et M. C de libérer le lieu d'hébergement mis à leur disposition au titre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et d'autoriser qu'il soit procédé à leur expulsion de ce logement, sis à Dijon et géré par la Croix-Rouge française, au besoin avec le concours de la force publique.

2. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme D et M. C, tous deux de nationalité arménienne, ont été accueillis dans la structure d'hébergement pour demandeurs d'asile de la Croix-Rouge française sise 31B, rue Auguste Blanqui à Dijon. Leurs demandes d'asile respectives ont été rejetées, en dernier lieu, par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile des 28 juin 2024 et 20 décembre 2024, devenues définitives. En conséquence, les intéressés ont fait l'objet d'une décision de sortie de leur lieu d'hébergement prise par la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration puis ont été mis en demeure, par lettres recommandées du 7 février 2025, reçues le 13 du même mois, de libérer les lieux. Ainsi, Mme D et M. C occupant désormais sans droit ni titre le logement qui leur avait été concédé dans le cadre de leurs procédures d'asile, la mesure sollicitée par le préfet de la Côte-d'Or ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

5. En second lieu, le dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile est notoirement sous forte tension à l'échelle de l'ensemble du territoire national, en dépit des efforts accomplis pour augmenter le parc de logements, ce qui a un impact sur les capacités locales en la matière, les foyers de la Côte-d'Or pouvant en outre être sollicités pour l'accueil de personnes dont les demandes d'asiles ont été déposées dans d'autres départements. Eu égard à l'exigence primordiale de bon fonctionnement de ce service public et aux difficultés rencontrées par les autorités pour garantir l'effectivité des droits reconnus en la matière aux demandeurs d'asiles, dont beaucoup sont en attente de solutions d'hébergement, la libération des lieux indûment occupés par Mme D et M. C revêt un caractère certain d'utilité et d'urgence. Il doit néanmoins être tenu compte de la présence dans leur foyer de deux adolescentes et d'un enfant de neuf ans pour déterminer le délai à compter duquel le préfet de la Côte-d'Or pourra procéder d'office à l'expulsion. Ce délai doit ainsi, en l'espèce, être fixé à deux mois.

6. Compte tenu de tout ce qui précède, il y a lieu de faire injonction à Mme D et M. C, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de quitter le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent et, en cas d'inexécution de cette mesure dans les deux mois suivant la notification de la présente ordonnance, d'autoriser le préfet de la Côte-d'Or à procéder à leur expulsion d'office, le cas échéant avec le concours de la force publique. Il y a lieu, en outre, d'autoriser le préfet à donner toutes instructions nécessaires à la Croix-Rouge française afin d'évacuer, aux frais des intéressés, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme D et M. C, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer le logement qu'ils occupent à Dijon dans la structure d'accueil des demandeurs d'asile sise 31B, rue Auguste Blanqui et gérée par la Croix-Rouge française.

Article 2 : Faute pour Mme D et M. C d'avoir volontairement quitté les lieux dans les deux mois suivant la notification de la présente ordonnance, le préfet de la Côte-d'Or pourra faire procéder à leur expulsion par les moyens légaux de son choix, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Le préfet de la Côte-d'Or est autorisé à toutes instructions à la Croix-Rouge française à l'effet d'évacuer, aux frais de Mme D et M. C, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Côte-d'Or, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Mme A D et M. B C.

Fait à Dijon, le 17 avril 2025.

Le président du tribunal, juge des référés

David Zupan

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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