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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2501585

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2501585

mardi 13 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2501585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. C..., ressortissant sénégalais, contestant son expulsion du territoire français et la fixation du Sénégal comme pays de destination. Le tribunal a jugé que le préfet de la Côte-d'Or était compétent pour signer l'arrêté d'expulsion en vertu des articles R. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 11-1 du décret du 29 avril 2004. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des moyens soulevés, confirmant la légalité des arrêtés préfectoraux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés les 2 mai et 12 juin 2025, M. D... C..., représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 25 février 2025 par lequel le préfet de la Côte-d’Or a prononcé son expulsion du territoire français ainsi que l’arrêté du 24 mars 2025 fixant le Sénégal comme pays à destination duquel il sera éloigné.

Il soutient que :
S’agissant de l’arrêté portant expulsion :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’incompétence ;
- il est entaché d’une erreur de droit au regard du 1° de l’article L. 631-2 et du 2° de l’article L. 631-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que seul le ministre de l’intérieur pouvait prononcer cet arrêté ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation, dès lors que sa présence en France ne représente pas une menace pour l’ordre public, ainsi que d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
S’agissant de l’arrêté fixant le pays de destination :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- il est illégal en raison de l’illégalité, soulevée par la voie de l’exception, de l’arrêté prononçant à son encontre une expulsion du territoire français ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2025, le préfet de la Côte-d’Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. C... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture de l’instruction a été fixée au 18 septembre 2025 par une ordonnance du 18 août 2025.


Par une décision du 2 juin 2025 du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon, M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.


Des pièces produites pour M. C... ont été enregistrées le 1er octobre 2025 et le 16 novembre 2025, postérieurement à la clôture de l’instruction, et n’ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code pénal ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Pauline Hascoët, première conseillère, en application de l’article R. 221-17 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Hamza Cherief,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,
- et les observations de Me Si Hassen, représentant M. C....


Considérant ce qui suit :


M. C..., ressortissant sénégalais né le 23 février 1982 au Sénégal, déclare être entré en France en 1982, à l’âge de six mois. Par deux arrêtés du 25 février 2025 et du 24 mars 2025, le préfet de la Côte-d’Or a respectivement prononcé à son encontre une expulsion du territoire français et fixé le Sénégal comme pays à destination duquel il sera éloigné. Par la présente requête, M. C... demande au tribunal de prononcer l’annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En ce qui concerne l’arrêté portant expulsion du territoire français :

En premier lieu, aux termes de l’article R. 122-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers du droit d’asile : « Le préfet de département et, à Paris, le préfet de police, sont compétents en matière d'entrée et de séjour des étrangers ainsi qu'en matière de droit d'asile dans les conditions définies aux articles 11-1 et 71 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements ». Aux termes de l’article 11-1 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : « Le préfet de département est compétent en matière d'entrée et de séjour des étrangers ainsi qu'en matière de droit d'asile. / En matière d'asile, un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'asile peut donner compétence à un préfet de département ou au préfet de police pour exercer ces missions dans plusieurs départements ».

Par décret du 10 octobre 2024, régulièrement publié le 11 octobre 2024 au Journal Officiel de la République Française, M. A... B..., signataire de l’arrêté attaqué, a été nommé préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, préfet de la Côte-d’Or.

Par ailleurs, en vertu de l’article L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’autorité administrative peut décider d’expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l’ordre public. Aux termes de l’article L. 631-2 du même code : « Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; (…) / Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 4° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou des délits punis de trois ans ou plus d'emprisonnement. (…) ». Aux termes de l’article L. 631-3 du même code : « Ne peut faire l’objet d’une décision d’expulsion qu’en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Etat, dont la violation délibérée et d’une particulière gravité des principes de la République énoncés à l’article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : (…) / 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; (…) / Par dérogation au présent article, peut faire l’objet d’une décision d’expulsion en application de l’article L. 631-1 l’étranger mentionné aux 1° à 5° du présent article lorsqu’il a déjà fait l’objet d’une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d’emprisonnement ou de trois ans en réitération de crimes ou délits punis de la même peine. (…) ». Aux termes de l’article R. 632-2 de ce code : « L'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est le ministre de l'intérieur. / L'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application de l'article L. 631-1 est le ministre de l'intérieur en cas d'urgence absolue ou lorsque la décision est édictée en raison d'un comportement visé au premier alinéa de l'article L. 631-3 ».

Il résulte de l’article L. 631-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que l’étranger remplissant l’une des conditions mentionnées aux 1° à 5° de cet article bénéficie d’une protection particulière n’autorisant son expulsion qu’en raison de comportements, définis à son premier alinéa, dont la particulière gravité justifie son éloignement durable du territoire français alors même que ses attaches y sont fortes. Toutefois, le neuvième alinéa de cet article prévoit que, par dérogation, l’étranger entrant dans le champ d’application de cet article peut faire l’objet d’une expulsion en application de l’article L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile s’il a fait l’objet d’une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d’emprisonnement ou de trois ans en réitération de crimes ou délits punis de la même peine. Si ces conditions sont remplies, la décision d’expulsion est alors régie par l’article L. 631-1.

6. En l’espèce, il est constant que M. C... a été condamné le 3 février 2023 par le tribunal correctionnel de Dijon, notamment, à une peine de huit mois d’emprisonnement pour des faits de violence en état d’ivresse manifeste sans incapacité, commis en récidive. Il est également constant que l’intéressé avait été précédemment condamné, le 21 octobre 2019, par le même tribunal, pour des faits identiques ou assimilés à une peine de douze mois d’emprisonnement, dont six mois avec sursis, et à une mise à l’épreuve d’une durée de deux ans. Aux termes de l’article 222-13 du code pénal : « Les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou n'ayant entraîné aucune incapacité de travail sont punies de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende lorsqu'elles sont commises : (…) / 14° Par une personne agissant en état d'ivresse manifeste ou sous l'emprise manifeste de produits stupéfiants ; (…) ». Aux termes de l’article 132-10 de ce code : « Lorsqu'une personne physique, déjà condamnée définitivement pour un délit, commet, dans le délai de cinq ans à compter de l'expiration ou de la prescription de la précédente peine, soit le même délit, soit un délit qui lui est assimilé au regard des règles de la récidive, le maximum des peines d'emprisonnement et d'amende encourues est doublé ». L’intéressé n’établit pas, ni même n’allègue, que la condamnation prononcée à son encontre le 3 février 2023, ne serait pas définitive. Ainsi M. C... ne peut se prévaloir des protections prévues à l’article L. 631-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ni au demeurant, de celle prévue par l’article L. 631-2 du même code, et entre dans le champ des dispositions de l’article L. 631-1 de ce code. Dès lors que le requérant ne se prévaut d’aucune situation d'urgence absolue et que l’arrêté attaqué n’a pas été édicté en raison d'un comportement visé au premier alinéa de l'article L. 631-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet était compétent pour prononcer à l’encontre de M. C... la décision d’expulsion en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que l’arrêté attaqué est entaché d’une erreur de droit et d’incompétence doivent être écartés.

En deuxième lieu, l’arrêté litigieux vise les textes qui le fondent, en l’occurrence l’article L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’article L. 631-3 du même code. Il relève que M. C... déclare être entré en 1982 sur le territoire national, à l’âge de six mois, qu’il ne peut cependant bénéficier de la protection contre l’expulsion prévue par les dispositions de l’article L. 631-3 précité, dès lors qu’il a été condamné, le 3 février 2023, par le tribunal correctionnel de Dijon, notamment, à une peine de huit mois d’emprisonnement pour des faits de violence en état d’ivresse manifeste sans incapacité, commis en récidive, et que la peine encourue pour ces faits est supérieure à cinq ans d’emprisonnement. L’arrêté mentionne, en outre, que l’intéressé a été condamné à de multiples reprises entre 2007 et 2023 pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, pour outrage ainsi que pour des violences aggravées, de sorte que sa présence en France constitue une menace grave et actuelle pour l’ordre public. L’arrêté attaqué comporte également un examen des éléments relatifs aux conditions de séjour de M. C... en France, qui a fait l’objet de plusieurs mesures d’éloignement à l’exécution desquelles il s’est soustrait, de même qu’à sa vie privée et familiale, prenant en considération la gravité de la menace que représente sa présence sur le territoire français, et conclut qu’il n’est pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de cette vie privée et familiale. Cette motivation est ainsi suffisante, tant en fait qu’en droit. Par suite ce moyen doit être écarté.

En troisième lieu, l’autorité compétente pour prononcer une mesure d’expulsion d’un étranger, laquelle a pour objet de prévenir les atteintes à l’ordre public qui pourraient résulter du maintien d’un étranger sur le territoire français, doit caractériser l’existence d’une menace grave au vu du comportement de l’intéressé et des risques objectifs que celui-ci fait peser sur l’ordre public. Lorsque l’administration se fonde sur l’existence d’une menace grave à l’ordre public pour prononcer l’expulsion d’un étranger, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C... a été condamné à trois mois d’emprisonnement avec sursis, révoqué de plein droit, le 21 septembre 2007 par le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence, pour des faits, commis courant 2007 et de mai 2007 au 18 septembre 2007, d’acquisition non autorisée de stupéfiants, de transport non autorisé de stupéfiants, d’offre ou cession non autorisée de stupéfiants et de détention non autorisée de stupéfiants, à deux mois d’emprisonnement, le 23 décembre 2009, par le tribunal correctionnel de Marseille, pour des faits, commis le 22 décembre 2009, de recel de bien provenant d’un vol en récidive et d’entrée ou séjour irrégulier en France, en récidive, à 600 euros d’amende, le 26 septembre 2014, par le tribunal correctionnel de Marseille, pour des faits, commis le 5 décembre 2013, d’usage illicite de stupéfiants, à deux mois d’emprisonnement, le 5 janvier 2016, par le tribunal correctionnel de Marseille, pour des faits, commis le 28 janvier 2011, de violence aggravée par deux circonstances suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours (en réunion avec plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou de complice et avec usage ou menace d’une arme) et de violence commise en réunion sans incapacité, à 500 euros d’amende, le 31 août 2016, par le tribunal correctionnel de Marseille, pour des faits, commis le 1er avril 2016, d’usage illicite de stupéfiants, à quatre mois d’emprisonnement, le 12 janvier 2018, par le tribunal correctionnel de Marseille, pour des faits, commis le 10 janvier 2018, de vol avec violence n’ayant pas entraîné une incapacité totale de travail en récidive, à un mois d’emprisonnement, le 28 mars 2019, par le tribunal correctionnel de Dijon, pour des faits de port sans motif légitime d’arme blanche ou incapacitante de catégorie D, commis le 19 décembre 2018, et des faits d’outrage à un agent exploitant un réseau de transport public de personnes ou habilité à constater les infractions à la police ou à la sûreté du transport, commis le 1er novembre 2018, à un an d’emprisonnement, dont six mois avec sursis assorti d’une mise à l’épreuve pendant deux ans, le 21 octobre 2019, par le tribunal correctionnel de Dijon, pour des faits, commis le 18 octobre 2019, de violence aggravée par deux circonstances suivie d’incapacité supérieure à huit jours (par conjoint ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et en état d’ivresse en récidive) et, enfin, à huit mois d’emprisonnement, le 3 février 2023, par le tribunal correctionnel de Dijon, pour des faits de violence par une personne en état d’ivresse manifeste sans incapacité, en récidive, et de dégradation ou détérioration d’un bien appartenant à autrui, commis le 6 décembre 2022.

Eu égard à la nature, à la gravité et à la réitération encore récente des faits pour lesquels il a été condamné, M. C... ne saurait sérieusement soutenir que sa présence en France ne représente pas une menace réelle, actuelle et grave à l’ordre public. Par suite, les moyens tirés de l’erreur d’appréciation et de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle qu’aurait commises le préfet de la Côte-d’Or à ce titre doivent être écartés.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

Si M. C... se prévaut de sa présence en France depuis 1982, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé a fait l’objet, le 8 octobre 2017, d’un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet de la Côte-d’Or ayant, par arrêté du 20 décembre 2018, prolongé de deux ans cette dernière décision. Le requérant a également fait l’objet, le 17 septembre 2022, d’un arrêté du préfet de la Côte-d’Or portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, le 1er septembre 2023, d’un arrêté de ce même préfet portant également obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et, enfin, le 20 octobre 2024, d’un arrêté du préfet de la Côte-d’Or portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il est constant que M. C... s’est systématiquement soustrait à l’exécution de ces différentes mesures d’éloignement. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu’il est père d’un enfant de nationalité française, né de son union avec une ressortissante française, il indique lui-même ne pas avoir reconnu cet enfant, ni les deux autres enfants nés de son union avec deux précédentes compagnes, et ne justifie aucunement, par la seule production d’un courrier de sa compagne actuelle, participer effectivement à l’entretien et à l’éducation de ces enfants, ou même simplement entretenir avec ces derniers une relation de proximité affective. Il n’est pas davantage établi qu’il serait isolé en cas de retour dans son pays d’origine nonobstant ses allégations selon lesquelles il a rompu tout contact avec sa famille présente en France. Par ailleurs, l’intéressé ne justifie d’aucune insertion professionnelle significative en France. Ainsi, en dépit de sa longue durée de présence en France, et eu égard à la menace à l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français, l’arrêté en litige n’a pas porté au droit de M. C... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n’est donc entaché d’aucune erreur de droit et n’a pas méconnu les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En cinquième lieu, dès lors que M. C... a lui-même déclaré, lors de son audition le 24 avril 2025 par la compagnie de gendarmerie nationale d’Is-sur-Tille, n’avoir reconnu aucun des trois enfants nés de son union avec trois compagnes différentes, qu’il ne justifie, par ailleurs, aucunement participer effectivement à leur entretien et à leur éducation et qu’il n’établit par aucune pièce du dossier entretenir avec ces trois enfants une relation de proximité affective, il n’est pas fondé à faire valoir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l’arrêté fixant le pays de destination :

En premier lieu, par un arrêté du 17 mars 2025, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Côte-d’Or, le préfet de la Côte-d’Or a donné délégation de signature à M. Denis Bruel, secrétaire général de la préfecture, à l’effet de signer tout arrêté ou décision à l’exception d’actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte manque de nouveau en fait et doit être écarté.

En deuxième lieu, l’arrêté attaqué est motivé, en droit, par le visa de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que par celui des articles L. 721-4 et L. 721-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’arrêté du 25 février 2025 portant expulsion de M. C... du territoire français. Il est également motivé, en fait, par la circonstance que M. C... est de nationalité sénégalaise et qu’il n’allègue pas courir le risque d’être soumis à des peines ou traitements inhumains ou dégradants dans son pays d’origine. La décision attaquée est ainsi motivée, en droit et en fait, avec une précision suffisante pour permettre au requérant d’en contester utilement le bien-fondé. Par suite le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêté attaqué ni d’aucune pièce du dossier que le préfet n’aurait pas, préalablement à l’édiction de la décision attaquée, procédé à un examen particulier de la situation de M. C.... Par suite, ce moyen doit être écarté.

En quatrième lieu, M. C... n’ayant pas démontré l’illégalité de la mesure d’expulsion dont il fait l’objet, il n’est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité à l’appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En cinquième lieu, pour des motifs identiques à ceux exposés au point 13 du présent jugement, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En sixième lieu, pour des motifs identiques à ceux exposés au point 14 du présent jugement, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant doit être écarté.

Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. C... doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Dès lors que le préfet, qui n’est pas représenté par un avocat, ne justifie pas avoir exposé, dans le cadre de la présente affaire, des frais excédant le coût de fonctionnement normal de ses services, ses conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.



D É C I D E :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d’Or sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C..., au préfet de la Côte-d’Or et à Me Si Hassen.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 17 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Hascoët, première conseillère, faisant fonction de présidente,
M. Cherief, premier conseiller.
Mme Pfister, conseillère.




















Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.


Le rapporteur,





H. CheriefLa première conseillère faisant fonction de présidente,




P. Hascoët


La greffière,





L. Curot


La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d’Or, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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