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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2504729

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2504729

mardi 6 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2504729
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant par ordonnance, rejette l'opposition formée par Mme A... contre une contrainte émise par la CAF de l'Yonne pour le recouvrement d'un indu de prime d'activité de 2 175,84 euros. La requérante, qui ne conteste pas le bien-fondé de la dette mais invoque des manquements de la CAF, n'a pas formé de recours administratif préalable obligatoire devant la commission de recours amiable. En l'absence de ce préalable, ses moyens sont irrecevables et ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. L'ordonnance est fondée sur l'article R. 222-1 (7°) du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2025, Mme B... A... soumet au tribunal un litige qui l’oppose à la caisse d’allocations familiales (CAF) de l’Yonne concernant une contrainte ayant pour objet le recouvrement d’une dette de prime d’activité de 2 175,84 euros.

Mme A... expose qu’elle a « perdu son mari dans des circonstances atroces », qu’elle a « reconnu son erreur en effectuant un remboursement de 2 400 euros », que les « services de contrôle » de la CAF « avaient l’obligation de la prévenir de son erreur dans les mois qui suivent » et qu’ils ne l’ont « pas fait » et, enfin, souhaite que la CAF « reconnaisse ses manquements et négligences ».

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (...) les présidents de formation de jugement des tribunaux (...) peuvent, par ordonnance : (…) 7° Rejeter, après l’expiration du délai de recours (…), les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé (…) ».

2. Après avoir vainement mis en demeure Mme A..., le 10 juillet 2025, de lui rembourser une somme de 2 175,84 euros, correspondant au solde d’un paiement indu de prime d’activité au titre de la période allant du 1er juin 2022 au 31 mai 2024 -d’un montant initial de 4 830,21 euros-, la directrice de la CAF de de l’Yonne lui a notifié, le 6 décembre 2025, une contrainte -datée du 2 décembre 2025- en vue de recouvrer cette somme de 2 175,82 euros. Mme A... doit être regardée comme formant opposition à cette contrainte.

3. En vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d’activité, qui a pour objet d’inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu’ils soient salariés ou non salariés, à l’exercice ou à la reprise d’une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d’achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l’État, par les caisses d’allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.

4. Lorsque l’un des organismes mentionnés au point 3 décide de récupérer un paiement indu de prime d’activité, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par cette commission se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d’être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l’office du juge d’apprécier, au regard de l’argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d’ordre public, en tenant compte de l’ensemble des circonstances de fait qui résultent de l’instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d’indu. Il lui appartient également, s’il y a lieu, d’annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l’exercice de son office, de régler le litige.

5. Lorsque l’un des organismes mentionnés au point 3 décide de récupérer un paiement indu de prime d’activité et que le ressortissant concerné, sans contester le principe ou la quotité de l’indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, l’organisme peut décider d’accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu’il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l’allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s’entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d’une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s’est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d’un indu de prime d’activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d’être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l’une et l’autre parties à la date de sa propre décision.

6. Aux termes de l’article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale, applicable au recouvrement des indus de prime d’activité en vertu de l’article L. 845-1 du même code : « Pour le recouvrement d’une prestation indûment versée (…), le directeur d’un organisme de sécurité sociale peut (…) délivrer une contrainte qui, à défaut d’opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d’un jugement et confère notamment le bénéfice de l’hypothèque judiciaire ». Aux termes de l’article R. 133-3 de ce code : « Si la mise en demeure ou l’avertissement reste sans effet au terme du délai d’un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner (…) une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d’huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d’huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. A peine de nullité, l’acte d’huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l’opposition doit être formée, l’adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. (…) Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent (…) ».

7. Il résulte des dispositions analysées aux points 4 et 5 et de celles citées au point 6 que si l’opposition à une contrainte délivrée en vue de l’exécution d’une décision de récupération d’un paiement indu de prime d’activité n’est pas subordonnée à l’exercice d’un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois pas, à l’occasion de cette opposition, demander au juge administratif une remise gracieuse totale ou partielle de cet indu mais peut seulement en contester le bien-fondé à la condition d’avoir exercé le recours administratif mentionné au point 4.

8. Tout d’abord, il ne résulte pas de l’instruction que Mme A... aurait exercé le recours préalable mentionné au point 4 contre la décision lui réclamant un paiement indu de prime d’activité ou que, à la date de la présente ordonnance, la directrice de la CAF de de l’Yonne aurait pris une décision statuant sur un tel recours. Dès lors, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, la requérante n’est en tout état de cause pas recevable à contester le bien-fondé de cet indu.

9. Ensuite, alors qu’il n’apparaît pas, au regard des arguments analysés, ci-dessus, dans les visas, que Mme A... fasse état de sa bonne foi et de la précarité de sa situation, une telle argumentation, ainsi qu’il vient d’être dit au point 7, n’est en tout état de cause pas opérante devant le juge de l’opposition à contrainte.

10. Enfin, les seuls éléments de fait ou de droit moyens invoqués par la requérante et analysés, ci-dessus, dans les visas, ne permettent en tout état de cause pas de critiquer utilement la légalité de la contrainte en litige.

11. Il appartient seulement à l’intéressée, si elle s’y croit fondée, de présenter auprès de la CAF de de l’Yonne une demande de remise gracieuse de sa dette de prime d’activité ou de lui demander de mettre en œuvre des modalités de remboursement de sa dette supportable au regard de sa capacité contributive.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A... peut être rejetée en application du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A....

Une copie de cette ordonnance sera transmise, pour information, à la caisse d’allocations familiales de de l’Yonne.


Fait à Dijon le 6 janvier 2026.


Le président de la 3ème chambre,




L. Boissy


La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Le greffier

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