mardi 5 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2000792 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DE LA GRANGE ET FITOUSSI |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant dire-droit du 22 février 2022, le tribunal administratif, avant de statuer sur la requête de Mme I L, M. E H, Mme J D, Mme G L épouse C, M. F D, tendant à la condamnation de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à les indemniser des préjudices qu'ils estiment avoir subis à la suite de l'intervention subie le 19 juillet 2016 par Mme I L au sein du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Besançon, à raison de 3 023 851,45 euros pour cette dernière, 10 000 euros chacun pour M. H et Mme D et 5 000 euros chacun pour Mme C, M. L, a ordonné qu'il soit procédé à une expertise médicale confiée à un collège d'experts composé d'un anatomopathologiste et d'un chirurgien aux fins, notamment, de :
- préciser les conditions de prise en charge de Mme L, dire si l'intervention qu'elle a subie était ou non indiquée et a été réalisée conformément aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits et si les examens pratiqués, les diagnostics établis, les soins réalisés et la surveillance de la patiente ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et si tel n'était pas le cas, ils ont pu contribuer aux préjudices subis par la requérante ;
- fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme L ou, si son état n'est pas encore consolidé, indiquer le délai à l'issue duquel un nouvel examen devra être réalisé et évaluer les seuls préjudices qui peuvent l'être en l'état ;
-déterminer, le cas échéant, les préjudices de toute nature strictement imputables à un éventuel manquement de l'établissement de santé ou au titre de la solidarité nationale en les distinguant des conséquences normalement prévisibles d'éventuelles autres pathologies de Mme L ;
- dire si les manquements éventuellement commis ont fait perdre à la patiente une chance de ne pas conserver de séquelles et en évaluer le taux.
Le collège d'experts a déposé son rapport le 5 janvier 2023.
Par des mémoires enregistrés les 7 avril, 23 juin, 15 novembre 2023 et 15 janvier 2024, Mme I L, M. E H, Mme J D, Mme G L épouse C, M. F L, représentés par Me Grimbert, demandent au tribunal :
1) d'annuler la décision du centre hospitalier régional universitaire de Besançon du 17 octobre 2023 portant rejet de leur demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'ONIAM à verser à Mme I L la somme de 2 974 478,41 euros en réparation de ses préjudices, ainsi que la somme de 10 000 euros chacun à M. et Mme D, et 5 000 euros chacun à M. F L et Mme G L ;
3°) d'ordonner la capitalisation des intérêts en application de l'article 1343-2 du code civil ;
4°) de mettre à la charge de l'ONIAM les entiers dépens ainsi que la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'ONIAM ne conteste pas son obligation indemnitaire à l'égard de Mme I L au titre de la solidarité nationale ;
- en ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires de Mme I L, elle est fondée à solliciter 162,48 euros au titre des frais de santé, 3 789,08 euros au titre des pertes de gains professionnels, 45 070 euros au titre de l'assistance par tierce personne, 610,73 euros de frais de transport, 9 214,92 euros au titre des frais de logement ;
- en ce qui concerne les préjudices patrimoniaux définitifs de Mme I L, elle est fondée à solliciter 24 092,64 euros au titre des frais de santé futurs, 252 773 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs ou une rente viagère annuelle de 2 736 euros, 1 053 072 euros au titre de l'assistance par tierce personne, 39 523,59 au titre des frais de véhicule adapté, 109 025 euros au titre des frais de logement adapté, 30 184 euros au titre de son préjudice scolaire, universitaire et de formation, 875 982,37 euros au titre de son incidence professionnelle économique, 661,24 euros au titre des frais de déplacement aux expertises post-consolidation ;
- en ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux temporaires de Mme I L, elle est fondée à solliciter, après déduction des provisions versées par l'ONIAM, 16 328 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, 27 000 euros au titre de ses souffrances endurées, 2 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- en ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux définitifs de Mme I L, elle est fondée à solliciter 299 475 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent, 70 019,36 euros au titre de son préjudice esthétique permanent, 30 000 euros au titre de son préjudice sexuel, 59 895 euros au titre de son préjudice d'agrément, 25 000 euros au titre de son préjudice d'établissement ;
- M. et Mme D, Mme G L et M. F L doivent être indemnisés de leur préjudice d'affection par l'ONIAM ou, à défaut, par le centre hospitalier universitaire de Besançon ;
- le centre hospitalier universitaire de Besançon a engagé sa responsabilité pour faute, ou à tout le moins sans faute, l'expert ayant retenu une prise en charge post-opératoire non conforme aux règles de l'art ayant participé à l'augmentation anormale des souffrances physiques et psychiques de Mme I L.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 avril 2023, 5 décembre 2023, et 24 janvier 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Fitoussi, demande à ce qu'il lui soit donné acte de son absence de contestation de son obligation indemnitaire à l'égard de Mme L au titre de l'accident médical non fautif dont elle a été victime lors de l'intervention du 19 juillet 2016, de réduire à de plus justes proportions ses prétentions indemnitaires, et de rejeter la demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à tout le moins, de réduire le montant accordé.
Il soutient que :
- les conditions permettant à Mme I L d'être indemnisée de l'accident médical non fautif survenu le 19 juillet 2016 sont remplies ;
- les demandes relatives aux frais de santé avant consolidation, frais de déplacement avant et post consolidation doivent être indemnisées à hauteur des montants sollicités ;
- les demandes présentées au titre des pertes de gains professionnels avant consolidation, des frais de logement avant consolidation, des frais de santé futurs liés à un suivi psychologique, d'attelle et de médecine alternative, des souffrances endurées et du préjudice d'établissement doivent être rejetées ;
- l'assistance par tierce personne permanente doit être indemnisée sous la forme d'une rente à compter de la date du jugement à intervenir, sous réserve de la justification de l'absence de perception d'aides à ce titre ;
- le surplus des demandes doit être ramenées à de plus justes proportions ;
- les demandes des victimes par ricochet ne sont pas indemnisables par la solidarité nationale.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2023, le centre hospitalier universitaire de Besançon, représenté par Me Cariou, conclut à sa mise hors de cause, au rejet des demandes des requérants ou de l'ONIAM à son encontre et à la condamnation de la partie perdante à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des frais irrépétibles.
Par un mémoire enregistré le 27 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance-maladie de la Haute-Saône a indiqué ne pas entendre intervenir dans la présente instance et a transmis le montant définitif de ses débours.
Vu :
- l'ordonnance du 26 avril 2022 par laquelle le président du tribunal administratif désigné un collège d'expert constitué du Dr B A, chirurgien orthopédiste, et du Dr K M, anatomopathologiste ;
- l'ordonnance du 18 janvier 2023 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise du 5 janvier 2023 à la somme de 3 650 euros et les a mis à la charge de l'ONIAM ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Grimbert et de Me Bajti, pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. En janvier 2015, Mme I L, alors âgée de 18 ans, s'est vue diagnostiquer un lymphome scléronodulaire classique de localisation basi-cervicale gauche. Ce lymphome a été traité par seize séances de chimiothérapie. En juin 2016, il a été suspecté une rechute médiastinale du lymphome. Le 19 juillet 2016, Mme L a subi une biopsie médiastinale par thoracoscopie sous anesthésie générale au centre hospitalier universitaire de Besançon. Les suites ont toutefois été marquées par des douleurs et des paresthésies des doigts de la main gauche et du bord cubital de l'avant-bras gauche, en rapport avec la position opératoire. Le 5 août 2016, un électromyogramme a mis en évidence une atteinte complète du tronc inférieur du plexus brachial gauche. Le 16 août suivant, un examen d'imagerie par résonance magnétique (IRM) a objectivé un épaississement subtil des racines nerveuses associé à un hypersignal de C8. Plusieurs examens réalisés les mois suivants ont montré une atteinte prédominante sur le contingent médian et cubital avec une souffrance des troncs antérieurs du plexus brachial gauche. Par un avis en date du 25 avril 2017, la Commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de la région Franche-Comté a retenu que Mme L avait été victime d'un acte médical non fautif ouvrant droit à la solidarité nationale et a invité l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à formuler une proposition d'indemnisation. Le 29 août 2017, l'ONIAM a adressé par courrier un protocole d'indemnisation transactionnelle au conseil de la requérante, correspondant à l'indemnisation de certains postes de préjudices pour un montant de 15 607,50 euros. Cette proposition d'indemnisation a été acceptée par la requérante le 28 septembre suivant. Le 6 février 2019, la CCI a rendu son avis post-consolidation et a invité l'ONIAM à formuler une offre définitive d'indemnisation. L'ONIAM a alors adressé un courrier à Mme L, dans lequel était proposée une indemnisation partielle à hauteur de 61 755 euros, au titre du déficit fonctionnel temporaire, du préjudice d'agrément, du préjudice esthétique permanent et du préjudice sexuel, en invitant l'intéressée à produire les justificatifs nécessaires pour l'indemnisation des autres préjudices. Mme L a adressé une demande indemnitaire préalable à l'ONIAM le 28 mai 2020 puis elle a saisi le 8 juin suivant le tribunal pour obtenir la condamnation de l'ONIAM à lui verser la somme de 3 023 851,45 euros. Ses parents ainsi que son frère et sa sœur ont par ailleurs sollicité la condamnation de l'ONIAM à leur verser la somme de 10 000 euros chacun pour les parents et 5 000 euros chacun pour le frère et la sœur de Madame L. Par un jugement du 22 février 2022, le tribunal administratif de Besançon, avant de statuer sur ces demandes, a désigné un collège d'experts, composé d'un anatomopathologiste et d'un chirurgien, qui a rendu son rapport le 5 janvier 2023. Par une décision du 17 octobre 2023, le centre hospitalier universitaire de Besançon a rejeté la demande indemnitaire préalable formulée le 9 octobre 2023 par les requérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision par laquelle le centre hospitalier universitaire de Besançon a rejeté la demande indemnitaire préalable des requérants a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande des intéressés qui en formulant des conclusions indemnitaires, ont donné à l'ensemble de leur requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, leurs conclusions aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le droit à réparation au titre de la solidarité nationale :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ". L'article D. 1142-1 du même code dispose : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ". Enfin, en vertu des articles L. 1142-17 et L. 1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM).
4. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.
5. Il résulte de l'instruction et particulièrement du rapport de l'expertise confiée au Dr A et au Dr M,, que les séquelles dont demeure atteinte Mme L à la suite de la thoracoscopie sont la conséquence de l'atteinte du plexus brachial et qu'une telle complication est exceptionnelle et n'a pas été retrouvée dans la littérature. Par ailleurs, ces mêmes experts ont relevé, sans être contestés sur ce point, que le déficit fonctionnel permanent dont reste atteinte Mme L doit être fixé au taux de 55 %. En conséquence, il résulte de ces constatations que l'état de santé de Mme L résulte d'actes de soins, que l'accident médical survenu a eu pour la patiente des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et que le dommage présente le caractère de gravité requis par les dispositions précitées du code de la santé publique.
6. Il suit de là que Mme I L est fondée à rechercher la mise en œuvre de la solidarité nationale.
7. En revanche, les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ne prévoient d'indemnisation au titre de la solidarité nationale que pour les préjudices du patient et, en cas de décès, de ses ayants droit. Les requérants invoquent également les dispositions de l'article L. 1142-1-1 du même code, selon lesquelles : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : () 2° Les dommages résultant de l'intervention, en cas de circonstances exceptionnelles, d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme en dehors du champ de son activité de prévention, de diagnostic ou de soins ". Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les dommages dont ils font état résultent de l'intervention d'un professionnel ou d'un établissement en dehors du champ de son activité de prévention, de diagnostic ou de soins. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'apprécier l'existence de circonstances exceptionnelles au sens de ces dispositions, M. E H, Mme J D, Mme G L épouse C, M. F D, victimes " par ricochet " ne sont pas fondés à obtenir une indemnisation au titre de la solidarité nationale.
Sur les préjudices de Mme L indemnisables au titre de la solidarité nationale :
8. Il résulte de l'instruction et, notamment, du rapport d'expertise que l'état de santé de Mme L est consolidé à la date du 23 octobre 2018, à l'âge de vingt et un ans.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :
S'agissant des frais de santé :
9. Il résulte de l'instruction que Mme L a justifié de frais de santé d'un montant de 162,48 euros correspondant à la franchise demeurée à sa charge. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant une somme de 162,48 euros.
S'agissant des pertes de gains professionnels :
10. Il résulte de l'instruction que Mme L a informé l'un de ses futurs employeurs saisonniers dès le 10 juillet 2016 qu'elle ne serait pas en mesure d'occuper son emploi estival en raison de la biopsie programmée le 19 juillet 2016 puis des suites médicales envisagées en raison d'une suspicion de récidive de sa pathologie. L'impossibilité d'honorer son emploi en 2016 est ainsi sans lien avec la complication de la biopsie réalisée le 19 juillet 2016. Si elle justifie avoir travaillé de manière saisonnière durant les étés 2013 à 2015, les pertes de gains professionnels évoquées au titre des années 2017 et 2018 demeurent éventuelles en l'absence de certitude sur le renouvellement de ces contrats saisonniers et en raison de son état de santé préexistant et de son retentissement. Par suite, aucune indemnisation ne peut lui être allouée de ce chef de préjudice.
S'agissant des frais d'assistance temporaire par tierce personne :
11. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d' une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. A ce titre, il appartient au juge, lorsqu'il résulte de l'instruction que la victime bénéficie de telles prestations, de les déduire d'office de l'indemnité mise à la charge de la personne publique, en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour en déterminer le montant. Lorsque la personne publique n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, cette déduction ne doit toutefois être opérée que dans la mesure requise pour éviter que le cumul des prestations et de l'indemnité versée excède les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne, évaluées ainsi qu'il a été dit plus haut.
12. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que, l'état de santé de Mme L résultant de l'accident médical non fautif, a justifié l'assistance d'une tierce personne à raison de 4 heures par jour du 21 juillet au 2 août 2016, du 6 au 15 août 2016, puis du 5 novembre 2016 au 26 avril 2017, soit 196 jours, ainsi que de 2 heures et demi par jour du 27 avril 2017 au 22 octobre 2018, soit 544 jours. Il sera, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, retenu pour l'indemnisation de ce chef de préjudice la base d'une année de 412 jours et un taux horaire de 14 euros, la requérante ne justifiant pas de ce que sa situation particulière aurait nécessité une assistance à un coût supérieur. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait perçu, au cours de la période, la prestation de compensation du handicap ou toute autre aide qui viendrait en déduction. Compte-tenu de tout ce qui vient d'être dit, ce poste de préjudice doit être évalué à la somme de 31 461 euros.
S'agissant des frais divers :
13. Il résulte de l'instruction, d'une part, que la requérante justifie avant consolidation de son état de santé avoir bénéficié de 23 séances de kinésithérapie suivies à Morbier. Compte-tenu de la distance entre le domicile de l'intéressée et le cabinet médical, il sera fait une juste appréciation de ses frais de déplacements en lui accordant à une somme de 475,27 euros.
14. Mme L demande également à être indemnisée des frais de déplacements exposés pour se rendre aux opérations d'expertise qui se sont tenues à Dijon le 27 janvier 2017. Il lui sera alloué à ce titre une somme de 135,46 euros.
S'agissant des frais de logement :
15. Si Mme L demande le remboursement des loyers qu'elle a réglés pour ses logements d'étudiante sans être en mesure de les occuper compte-tenu de son état de santé et de l'assistance que lui apportaient ses parents en l'accueillant à leur domicile, le préjudice ainsi invoqué est sans lien direct avec l'accident médical non fautif dont elle a été victime. Par suite, ses prétentions indemnitaires sur ce poste de préjudice doivent être rejetées.
S'agissant du préjudice scolaire, universitaire et de formation :
16. Il résulte de l'instruction que Mme L a obtenu son baccalauréat en juin 2015 puis s'est inscrite en classe préparatoire en septembre 2015 afin de préparer le concours d'orthophoniste. A la suite de son accident médical non-fautif, elle a été hospitalisée du 16 août au 4 novembre 2016 puis prise en charge en hospitalisation de jour dans un service de réadaptation. Elle a subi une nouvelle intervention en avril 2017 avant de reprendre au mois de mai suivant les séances de chimiothérapie. Elle s'est inscrite en 1ère année de sciences du langage en 2016 puis, le 30 septembre 2017, dans un institut afin de devenir assistante sociale, formation qu'elle n'a pas suivie dans son intégralité ni validée. Si elle fait valoir qu'elle a été privée de la possibilité de réaliser des études conformes à ses projets, les difficultés dont fait état Mme L ne résultent que pour partie des conséquences de l'accident médical non-fautif dont elle a été victime, compte-tenu de son état de santé préexistant. Compte-tenu de ces éléments, il sera fait une juste appréciation de l'incidence scolaire indemnisable en mettant à la charge de l'ONIAM la somme de 8 500 euros à ce titre.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :
S'agissant des frais de santé futurs :
17. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les séances de rééducation de Mme L devaient se poursuivre durant les cinq années suivant sa consolidation et qu'une prise en charge psychologique semblait indispensable, même si la patiente ne le souhaitait pas pour le moment, durant deux à trois ans.
18. S'agissant des frais engagés pour se rendre aux séances de kinésithérapie, il résulte de l'instruction que Mme L justifie avoir bénéficié de 215 séances entre le 23 octobre 2018, date de sa consolidation, et le 23 octobre 2023, date d'échéance de la période de cinq années retenue par l'expert. Il n'est pas contesté qu'elle effectue un trajet de 36 kilomètres pour se rendre à chaque séance, au cabinet médical de Morbier. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en mettant à la charge de l'ONIAM une somme de 4 443 euros à ce titre.
19. S'agissant des frais de suivi psychologique, il ne résulte pas des pièces du dossier que la requérante ait engagé un suivi psychologique ni, le cas échéant, qu'elle ne pourrait bénéficier à ce titre d'une prise en charge de sa mutuelle. Par suite, sa demande ne peut qu'être rejetée.
20. S'agissant, enfin, des frais de renouvellement de ses prothèses ainsi que des séances de médecine alternative, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante assume un reste à charge au titre de ces prothèses ni qu'elle bénéficie de soins relevant de la médecine alternative de sorte que ces demandes ne peuvent qu'être rejetées.
S'agissant des pertes de gains professionnels futurs :
21. Si Mme L sollicite l'indemnisation d'une perte de revenus professionnels futurs en comparant le montant de ses salaires avec le revenu moyen d'un orthophoniste, et soutient qu'elle a été privée de la possibilité de suivre des études conformes à son projet initial, la possibilité pour elle de devenir orthophoniste comme elle l'envisageait demeure de l'ordre de l'éventualité compte-tenu de ce qui a été dit au point 15 et du niveau d'exigence du concours d'entrée. Elle fait également valoir qu'elle travaille depuis le 17 octobre 2022 en qualité d'assistante d'appels d'offre, à temps complet et que le service de prévention et de santé au travail a préconisé la mise en place, à compter du 19 juin 2023, d'un temps partiel thérapeutique. Pour autant, il ne résulte pas de l'instruction que le temps partiel thérapeutique dont elle bénéficie depuis juillet 2023 résulte des conséquences de l'accident médical non fautif dont elle a été victime et non des pathologies dont elle a souffert et pour lesquelles elle fait toujours l'objet d'un suivi, la requérante évoquant principalement la fragilité de son état de santé, les risques accrus de développer des maladies ou de rechuter et une suspicion récente de rechute d'un cancer. Par suite, les conclusions tendant à l'indemnisation des pertes de gains professionnels futurs doivent être rejetées.
S'agissant des frais d'assistance par tierce personne :
22. Il résulte de l'instruction qu'une assistance par tierce personne est nécessaire pour l'aide aux tâches ménagères de la vie quotidienne et est évaluée par l'expert à deux heures par jour. Il sera, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, retenu pour l'indemnisation de ce chef de préjudice la base d'une année de 412 jours et un taux horaire de 17 euros, la requérante ne justifiant pas de ce que sa situation aurait nécessité une assistance à un coût supérieur. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante perçoive la prestation de compensation du handicap o_ une aide financière qu'il conviendrait de déduire. Compte-tenu de ce qui vient d'être dit, il y a lieu d'accorder à Mme L la somme de 75 208 euros au titre de ce préjudice pour la période du 23 octobre 2018, date de sa consolidation, jusqu'à la date du jugement.
23. Pour le futur, à compter de la date du présent jugement et selon les mêmes modalités de calcul, doit être allouée à Mme L une rente trimestrielle de 3 502 euros, dont le montant sera revalorisé annuellement en application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
S'agissant des frais de véhicule adapté :
24. Il résulte de l'instruction que les conséquences de l'accident du 19 juillet 2016 impliquent une adaptation du véhicule de la requérante à ses difficultés de mobilité de la main, notamment en lui permettant d'accomplir les actes usuels de conduite impliquant une appréhension manuelle qu'elle ne peut assurer. Le coût d'une boule à installer sur le volant est chiffré à 99 euros, et le surcoût du renouvellement d'un véhicule avec boîte automatique à 2 000 euros. Mme L doit par conséquent se voir allouer la somme de 2 099 euros au titre de ce préjudice jusqu'à la date du présent jugement. Du fait de l'usure nécessaire du véhicule, Mme L est fondée à demander à être indemnisée des frais liés à son renouvellement futur. En prenant en compte la nécessité de renouveler son véhicule tous les 7 ans, et du coefficient de 56,514 mentionné par le barème de la Gazette du Palais de 2022 pour une femme âgée de 27 ans, soit l'âge de la requérante au jour de la mise à disposition du jugement, il y a lieu d'accorder à Mme L la somme de de 16 946 euros, à compter du jugement, soit un montant total de 19 045 euros au titre de ce préjudice.
S'agissant des frais d'adaptation de son logement :
25. Il résulte de l'instruction que les conséquences de l'accident du 19 juillet 2016 impliquent d'adapter le lieu de vie de la requérante à ses difficultés de mobilité de la main et du bras gauche, notamment en lui permettant d'accomplir les actes usuels du quotidien impliquant une appréhension manuelle ou encore des mouvements de bras qu'elle ne peut assurer. Ainsi, quand bien même Mme L réside au domicile de ses parents, la requérante a droit à l'indemnisation des coûts d'adaptation de son logement aux séquelles de l'accident médical non-fautif dont elle a été victime. Pour autant, si la requérante fournit un devis établi par un ergothérapeute, il n'y a pas lieu d'indemniser les frais déjà pris en charge par d'autres organismes, ainsi que ceux liés à l'installation d'une douche italienne, d'une boule de volant déjà prise en compte au titre de l'aménagement du véhicule. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ces différents frais en retenant le montant de 2 706 euros. Du fait de l'usure nécessaire de ces différents ustensiles dans le temps, Mme L est fondée à demander à être indemnisée des frais liés à leur renouvellement futur. En prenant en compte la nécessité de renouveler ces équipements tous les 10 ans et du coefficient de 58,485 mentionné par le barème de la Gazette du Palais de 2022 pour un taux d'actualisation nul et pour une femme âgée de 27 ans, soit l'âge de la requérante au jour de la mise à disposition du jugement, il y a lieu d'accorder à Mme L la somme de 15 791 euros au titre de ce préjudice.
S'agissant des autres frais :
26. Si Mme L demande à être indemnisée de ses frais d'esthéticienne, il n'est pas démontré que de telles dépenses, eu égard à leur caractère habituel, seraient directement imputables à l'accident médical non fautif dont la requérante a été victime.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
27. Il résulte de l'instruction que le handicap entraîné par l'accident médical non fautif affecte la mobilité de la main gauche de Mme L, alors que cette dernière est gauchère et exerce actuellement des fonctions dans le secteur tertiaire impliquant un usage régulier de l'outil informatique. Mme L, du fait des conséquences physiques de cet accident, est certes en capacité de travailler mais nécessite une adaptation de son poste afin de pouvoir effectuer les tâches qui lui incombent. Pour autant, il convient également de tenir compte de l'état de santé préexistant de la requérante, qui a affecté le suivi de ses études supérieures et de la formation initialement envisagées, mais a également eu un retentissement sur son quotidien professionnel, et a notamment nécessité la mise en place d'un temps partiel à compter de juillet 2023. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'incidence professionnelle en accordant à Mme L la somme de 3 000 euros.
S'agissant des frais de déplacement :
28. Il résulte de l'instruction que la requérante fait état, sans que cela ne soit contesté, du coût des trajets effectués à l'occasion de réalisation d'expertises post-consolidation à Dijon et Paris, soit 135,46 euros le 7 janvier 2019 et 525,78 euros le 10 octobre 2022. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant à une somme de 661,24 euros.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
S'agissant du déficit temporaire partiel :
29. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la requérante a connu une période de déficit fonctionnel temporaire total au cours de ses hospitalisations du 3 au 5 août 2016 puis du 16 août au 4 novembre 2016, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 75 % du 21 juillet au 2 août 2016, du 6 au 15 août 2016, puis du 5 novembre 2016 au 26 avril 2017, et un déficit fonctionnel temporaire partiel de 60 % du 27 avril 2017 au 22 octobre 2018. Si la requérante demande l'application d'un taux journalier de 33 euros, il sera fait usage du taux de 14 euros. Cependant, par protocole transactionnel du 12 septembre 2017, l'ONIAM a déjà indemnisé ce chef de préjudice pour un montant de 2 107,50 euros. Il s'ensuit que ce montant doit être déduit de la somme accordée à la requérante au titre du déficit temporaire partiel. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant au montant de 5 691 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
30. Il résulte de l'instruction que les experts estiment dans leur rapport du 5 janvier 2023 que les souffrances subies par Mme L peuvent être évaluées à 5,5 sur 7 alors que le premier expert désigné par la CCI les avait évaluées à 5 sur 7. Les seconds experts tiennent compte des longues hospitalisations de Mme L et de ses douleurs physiques et plus particulièrement psychiques. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'estimant à 13 000 euros. Toutefois, par protocole transactionnel du 12 septembre 2017, la requérante a accepté l'indemnisation de ce chef de préjudice par l'octroi d'une somme de 13 000 euros et sur la base de l'évaluation du premier expert. Par suite, la requérante ne peut obtenir d'indemnisation à ce titre.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
31. Les seconds experts l'ont évalué comme étant peu différent du préjudice esthétique permanent, évalué à 2,5 sur 7, alors que le premier expert désigné par la CCI avait retenu un taux de 3 sur 7 pour les mêmes manifestations. Il sera fait une juste appréciation du montant de la somme à allouer au titre de ce préjudice en l'estimant à 2 000 euros. Cependant, par un protocole transactionnel du 12 septembre 2017, la requérante a accepté l'indemnisation de ce chef de préjudice par l'octroi d'une somme de 500 euros sur la base de l'évaluation du premier expert. Il s'ensuit que la somme de 1 500 euros doit être accordée à Mme L au titre du préjudice esthétique temporaire.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux définitifs :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
32. Il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent dont reste atteinte Mme L peut être évalué à 55 %, du fait de la paralysie du plexus brachial atteignant le tronc secondaire antéro médial, et des douleurs physiques et psychiques qui y sont associées. Il sera donc fait une juste appréciation du préjudice de la requérante, âgée de 21 ans à la date de sa consolidation, en mettant à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une somme totale de 200 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
33. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique permanent de l'intéressée, l'altération permanente de son apparence physique ayant été évaluée à 2,5 sur une échelle de 1 à 7 par l'expert. L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales sera condamné à verser à Mme L une somme de 2 000 euros à ce titre.
S'agissant du préjudice sexuel :
34. Aux termes des conclusions du rapport d'expertise, il est évoqué au sujet de Mme L " l'existence de difficultés positionnelles sont très évidentes, bien que non rapportées ". Il sera donc fait une juste appréciation de son préjudice sexuel en mettant à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une somme de 5 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
35. Il résulte de l'instruction que, du fait de l'atteinte handicapante de sa main gauche ainsi que de son bras lors de l'accident médical non-fautif, qui affecte son quotidien, Mme L n'a pu maintenir les activités d'agrément auxquelles elle s'adonnait, notamment le ski, l'équitation et le vélo. Il sera donc fait une juste appréciation du préjudice d'agrément qui en résulte en lui allouant à ce titre une somme de 10 000 euros.
S'agissant du préjudice d'établissement :
36. Il ressort des conclusions du rapport d'expertise que la requérante, âgée de 21 ans lors de sa consolidation, et désormais âgée de 27 ans, n'avait pas fait état d'un projet concret de fonder une famille et que cela pourrait nécessiter une assistance accrue à la parentalité. Pour autant, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante serait dans l'incapacité de concrétiser normalement un projet de vie familiale du fait du handicap résultant de l'accident médical non-fautif dont elle a été victime. Par suite, les conclusions tendant à l'indemnisation de son préjudice d'établissement doivent être rejetées.
37. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à Mme I L une somme de 385 493 euros, ainsi qu'une rente trimestrielle de 3 502 euros à compter de la date du présent jugement.
Sur la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Besançon :
38. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
39. Il résulte de l'instruction que la prise en charge post-opératoire ne permet pas de tracer une surveillance effective en salle de réveil, l'expert relevant que le diagnostic des séquelles n'est porté que vers 22 heures sans prévenir de médecin et sans réalisation de bilan dans les deux jours qui ont suivi, et que le traitement antalgique n'a pas été adapté lors de la sortie de la patiente. L'expert estime ainsi que la prise en charge, ni diligente, ni attentive, n'est pas conforme aux règles de l'art. Il précise cependant qu'il ne peut être affirmé qu'elle est à l'origine d'une aggravation du pronostic car il n'y avait pas de schéma thérapeutique à mettre en place en post-opératoire immédiat, et qu'elle n'entraîne aucune perte de chance d'éviter le dommage mais participe seulement à l'augmentation anormale de la souffrance physique et psychique.
40. Les carences ainsi relevées dans le suivi de Mme L en phase post-opératoire ainsi que dans les soins qui lui ont été prodigués sont constitutifs d'une faute qui a été à l'origine de la majoration de ses souffrances physiques et psychiques et du retard pris dans le traitement des douleurs de la requérante, qui n'interviendra que six jours après l'intervention chirurgicale, soit le 25 juillet 2016 lors d'une consultation de son médecin traitant.
41. En premier lieu, Mme L peut être regardée, aux termes de ses écritures, comme demandant à ce que le centre hospitalier universitaire de Besançon soit condamné à réparer son préjudice constitué par l'augmentation anormale de ses souffrances. Compte-tenu de ce qui vient d'être dit, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant à ce titre la somme de 1 000 euros.
42. En second lieu, ces manquements ne constituent pas la cause directe et certaine du dommage subi par la requérante à l'issue de la biopsie pratiquée, dommage ayant suscité le préjudice d'affection évoqué par ses parents, frère et sœur, mais un élément de majoration des souffrances endurées par l'intéressée. M. H, Mme D, Mme C et M. L ne sont dès lors pas fondés à solliciter auprès du centre hospitalier universitaire de Besançon la réparation d'un préjudice d'affection qui leur aurait été causé par l'accident médical dont a été victime leur fille ou sœur, Mme I L, au cours de l'intervention chirurgicale du 19 juillet 2016.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
43. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".
44. Compte-tenu de la demande de capitalisation formulée dans la requête enregistrée le 8 juin 2020, cette demande vaut demande d'intérêts moratoires. Les intérêts moratoires dus en application de l'article 1343-2 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Il convient en l'espèce de retenir la date du 14 octobre 2016, date d'enregistrement de la saisine de la Commission de conciliation et d'indemnisation de la région Franche-Comté par les requérants. Il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à compter du 8 juin 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens de l'instance :
45. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.
46. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme globale de 3 650 euros par ordonnance du 18 janvier 2023 du président du tribunal administratif de Besançon, à la charge définitive de l'ONIAM.
Sur les frais exposés et non-compris dans les dépens :
47. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
48. D'une part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 500 euros à verser à Mme I L sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
49. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM le somme que demande le centre hospitalier universitaire de Besançon au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) versera à Mme I L la somme de 385 493 euros. Cette somme sera majorée des intérêts au taux légal à compter du 14 octobre 2016. Les intérêts échus à la date du 8 juin 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) versera à Mme I L une rente trimestrielle au titre de son besoin d'assistance par une tierce personne de 3 502 euros, dont le montant sera revalorisé annuellement en application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Besançon versera à Mme I L la somme de 1 000 euros. Cette somme sera majorée des intérêts au taux légal à compter du 14 octobre 2016. Les intérêts échus à la date du 8 juin 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : L'ONIAM versera la somme de 1 500 euros à Mme I L au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 3 650 euros sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête des requérants est rejeté.
Article 7 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier régional universitaire de Besançon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme I L, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au centre hospitalier universitaire de Besançon et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône.
Copie en sera transmise, pour information, à M. B A et à Mme K M, experts.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.
La rapporteure,
N. DieboldLa présidente,
C. Schmerber
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026